Archives de catégorie : Anglicismes

Randomiser

Il est courant dans le monde scientifique de parler d’une étude randomisée. Il est évident que cette expression s’inspire de l’anglais random, défini ainsi par le Collins :

A random sample or method is one in which all the people or things involved have an equal chance of being chosen.

Autrement dit un échantillon au hasard.

Randomiser c’est répartir aléatoirement, répartir au hasard. C’est pourquoi le Petit Robert définit la randomisation de la manière suivante :

Échantillonnage aléatoire destiné à réduire ou supprimer l’interférence de variables autres que celles qui sont étudiées.

Il est donc clair qu’on pourrait aisément se passer des deux anglicismes que sont randomiser et randomisation, si ce n’est que ces expressions sont utilisées couramment dans le monde des sciences et de la statistique.

Booster

Les autorités sanitaires nous invitent à booster notre système immunitaire pour tenir le coup devant la pandémie chinoise de covid-19. L’expression est aussi bien employée en Europe qu’au Québec et au Canada français.

Elle peut se traduire facilement :

Stimuler, augmenter, renforcer, développer.  

Mais en cette période sombre de pandémie, l’anglicisme en question est plus attrayant que la simple locution « stimuler le système immunitaire. » Dans booster, il y a un petit kick supplémentaire, dont nous avons justement besoin, en cette saison hivernale (30 cm de neige aujourd’hui dans l’est du Canada).

Booster n’est pas un néologisme : il figure depuis quelques décennies dans les ouvrages de langue. En effet, un booster est un propulseur d’appoint en aéronautique. Je me rappelle l’avoir lu dans les pages du Monde en 1986, dans un article relatant l’explosion au décollage de la navette Challenger. Le journaliste s’emportait justement devant l’anglicisme booster en faisant valoir qu’il était temps de parler de fusée d’appoint… D’ailleurs, le Petit Robert propose propulseur d’appoint et propulseur auxiliaire.

Booster boosté par l’usage

Une petite recherche sur le Web permet de constater que le verbe et son substantif traversent le français de part en part. On peut acheter un booster pour sa batterie de voiture; si vous fumez, vous pouvez acheter des booster nicotines; le site pole-emploi.fr propose un forum Job Booster Day; si vous faites de la musculation prenez un booster, un complément alimentaire, etc.

Il faudrait peut-être aviver les réflexes de traduction dans la vieille Europe.

Pageturner

On a déjà dit à l’écrivaine québécoise Chrystine Brouillet qu’elle rendait ses lectrices insomniaques, parce que ses livres sont tellement captivants qu’il est difficile de les abandonner pour aller dormir. Ces romans policiers sont ce qu’on appelle en anglais des pageturners.

Comme cela arrive très souvent, l’anglais illustre son propos par une image : on voit le lecteur tourner frénétiquement les pages afin de connaitre la fin. Bien entendu, des commentateurs francophones se sont laissé séduire par cette image et parlent d’un… pageturner. Les éditions Milan ont baptisé ainsi une collection jeunesse. Triste.

Alors comment éviter l’anglicisme? Je reviens à Chrystine Brouillet. Ses romans sont captivants, prenants, irrésistibles, impossibles à abandonner, se lisent d’une traite.

L’Office québécois de la langue française propose accrolivre ou encore trappe-lecteur. Ce sont des suggestions intéressantes qui, certes, n’ont pas le pouvoir envoutant de la langue américaine mais n’en demeurent pas moins de belles trouvailles. Comme courriel au lieu de l’imbuvable email.

Prequel

Le monde du spectacle foisonne d’anglicismes, j’en ai parlé dans un article précédent.

La décennie des années 20 du nouveau siècle sera marquée par l’expansion des plateformes permettant de regarder en rafale nos séries favorites, sans pauses commerciales.

Le vocabulaire de ces nouvelles technologies vient de l’Amérique et, bien entendu, il est repris intégralement dans l’Europe francophone, comme s’il était impossible d’exprimer ces néologismes en français. En fait, on n’essaie même pas de le faire.

Prenons justement ce nouveau phénomène boulimique consistant à regarder plusieurs épisodes de suite d’une nouvelle série, au lieu d’attendre un nouvel épisodes chaque semaine. En anglais, il est question de binge watching. On peut parler de visionnage en rafale ou encore de visionnage boulimique. Le verbe serait donc de regarder en rafale. J’ai écrit un article complet sur le sujet.

Oui, ça peut se dire en français.

Certaines séries connaissent un tel succès que l’on en vient à produire des prequels. Il s’agit de raconter les évènements antérieurs à la série visionnée, autrement dit qu’est-ce que faisait tel ou tel héros avant, par exemple, de devenir un détective ou un avocat célèbre? La traduction française parle d’elle-même : antépisode ou présuite.

Dans la même veine que prequel, nous avons sequel qui, d’après le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, est une : « Œuvre cinématographique ou littéraire qui fait suite à une production antérieure, habituellement. »

Lorsqu’ils découvrent un filon, nos amis américains savent l’exploiter, c’est le moins que l’on puisse dire. L’idée est de faire pousser de nouvelles branches sur un tronc vigoureux, ce que l’on appelle dans le jargon un spin-off. On reprend le même univers et on le développe d’une manière différente. Comment traduire ce terme?

Une œuvre inspirée de… une production dérivée. Pourquoi pas?

Yard

Relire Jules Verne, quelque cinquante ans plus tard.

Constater qu’il écrivait New-Jersey avec trait d’union, au lieu de la forme anglaise qui prévaut aujourd’hui. Constater aussi que les mesures données dans L’île mystérieuse le sont en système impérial anglais, puisque l’histoire met en scène des Américains nordistes qui ont fui le Sud ségrégationniste et se sont échoués sur une île.

Au début du récit, j’étais à la fois heureux et surpris de voir que l’auteur employait le mot français milles, au lieu de l’anglicisme miles, pour découvrir ensuite qu’il parle de yards, au lieu de verges. Par ailleurs, Verne revient au français avec des pouces et des pieds. On voit donc un mélange d’anglais et de français.

De nos jours, ce sont les termes français pouces, pieds, verges et milles qui sont utilisés par les populations vivant sous le joug du système impérial, comme les Canadiens.

Un visionnaire

Jules Verne était fasciné par les avancées de la science et aussi parce cette jeune nation entreprenante qu’étaient les États-Unis. Comme bien des écrivains de son époque, il reprend souvent la terminologie qui avait cours dans le monde anglo-saxon. Par exemple, Verne parlait des steamers.

Il n’en demeure pas moins que Jules Verne était un visionnaire. Il a fait décoller en Floride un vaisseau destiné à orbiter autour de la lune. Ce vaisseau spatial était en fait un obus abritant trois explorateurs, vaisseau qu’il fait ensuite amerrir dans l’Atlantique! Une centaine d’années avant Apollo 11.

Le génial auteur a aussi imaginé l’hologramme, qui était l’enregistrement d’une cantatrice morte, projeté dans le Château des Carpates.

Le système impérial : une nuisance

Les Français ont délivré l’humanité de l’absurde système de mesures anglaises qui transforme de simples calculs en agonie. Par exemple, combien y a-t-il de pieds dans trois milles et quart? Eh bien 3,25 fois 5280, soit 17 160 pieds.

Pour les non-initiés ayant grandi à l’ombre du système métrique : un pied compte 12 pouces; une verge compte 3 pieds et donc 36 pouces; un mille représente 5280 pieds. Les plus masochistes voudront savoir combien on compte de pouces dans un mille… eh bien 63 360, c’est évident…

On voit tout de suite que les calculs sont fastidieux, alors que le système métrique fonctionne par multiples de dix, de cent ou de mille. Par exemple, trois kilomètres et quart (3,25 km) donnent 3250 mètres. Une personne mesurant 1 m 75 mesure 175 cm.  

La vétusté du système impérial a entraîné des erreurs de calcul en astronautique qui ont causé des tragédies. Alors pourquoi un système aussi bancal continue-t-il d’exister? Tout simplement parce que passer au système métrique coûterait des milliards à l’économie américaine. Il est décourageant de voir que chez nos voisins du sud, tout est souvent ramené à une question d’argent, envers et contre toute logique.

Parions que si c’était eux, et non les Français, qui avaient inventé le système métrique, ils l’auraient déjà imposé partout dans le monde.

Portfolio

Le remaniement ministériel que le premier ministre Trudeau a partagé a eu de l’impact sur son Conseil des ministres et a fait en sorte que plusieurs d’entre eux ont changé de portfolio.

Qu’est-ce qui cloche dans cette phrase écrite en style journalistique contemporain? (Soupir…)

La voici réécrite : Le remaniement ministériel du premier ministre Trudeau a eu des répercussions sur son Conseil des ministres et plusieurs d’entre eux ont changé de portefeuille.

Les lecteurs qui voudront en savoir plus sur les corrections consulteront les articles suivants :

Les reportages sur la question nous ont malheureusement asséné une autre horreur que l’on n’attendait pas, à savoir portfolio, anglicisme grinçant pour portefeuille.

Par exemple, notre ancien alpiniste de la tour du CN, Steven Guilbault s’est vu confier le portefeuille de l’environnement. Certains médias, dont La Presse, ont employé portfolio.

Ce mot est emprunté à l’italien portfogli et désigne un ensemble de photos ou de gravures qui sont présentées dans un coffret ou une pochette. En anglais, le même terme est employé pour l’ensemble des responsabilités d’un ministre, ce qu’on appelle portefeuille en français.

Cette erreur nous rappelle le danger d’emprunter directement à l’anglais sans vérifier la définition d’un mot en français. Traduire machinalement – pour ne pas dire comme une machine – n’est jamais une bonne idée.

Dernier droit

On entend cette expression aussi bien dans le monde du sport que dans un contexte plus général. Elle est fautive et s’inspire de l’anglais the last straight. Dans une course de 400 mètres, par exemple, on dira que les coureurs abordent le dernier droit. En politique, on dira qu’une campagne entre dans son dernier droit, c’est-à-dire dans les derniers jours.

Le français est pourtant très simple : la dernière ligne droite. Exemple tiré du Multidictionnaire de la langue française :

Les cyclistes se positionnent en vue de la dernière ligne droite.

Dans un contexte plus général, on parlera aussi de la dernière ligne droite d’un projet. Évidemment, il sera toujours possible de moduler, selon le contexte. Quelques suggestions : les derniers moments/détails, la touche finale, le parachèvement, etc.

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Offshore

Le scandale des Pandora Papers vient révéler toute la duplicité de nos dirigeants qui prétendent lutter contre l’évasion fiscale, mais ne font à peu près rien, parce que beaucoup d’entre eux profitent du système ou en profiteront. D’ailleurs qui peut nommer une firme importante ou une personnalité qui a dû rembourser à la collectivité les sommes qu’elle lui a dérobées en les versant dans des paradis fiscaux?

Les Jacques Villeneuve et autre Tony Blair ont ouvert des comptes dits offshore dans les Caraïbes ou ailleurs. La notion d’offshore est tellement courante qu’elle est entrée dans les dictionnaires courants. La recommandation officielle est extraterritorial.

En effet, quelle bonne idée! Mais en voici d’autres : si une entreprise a des actifs offshore, ils sont placés à l’étranger, dans un autre pays. Soit dit en passant, voilà une belle façon de réhabiliter le mot étranger, que la rectitude politique anglo-saxonne a banni pour le remplacer par international, ce qui entraine toute une ribambelle de faux sens, comme dans étudiants internationaux, terme joyeusement adopté par nos institutions d’enseignement.

On parle aussi de plateformes pétrolières offshore, celles qui font du forage en mer, au large. Il est également possible de parler de forage côtier ou encore marins. Là encore, on peut aisément se passer de l’anglicisme.

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Province

Le vocabulaire constitutionnel canadien est entachés d’anglicismes, sans compter tous les faits erronés rapportés dans les médias.

Le mot province, qui désigne les dix États fédérés composant la fédération canadienne, fait partie de ces anglicismes. Beaucoup seront surpris, car une province peut être une subdivision territoriale, comme l’indique le dictionnaire de l’Académie.

La Loi constitutionnelle de 1867 crée le Canada moderne et institue quatre provinces : le Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Ces États font partie d’une fédération – et non d’une confédération. Des pouvoirs précis leur sont attribués, certains exclusifs, d’autres partagés avec le nouveau gouvernement fédéral.

Le mot province, pour désigner un État fédéré, est inspiré de l’anglais et mentionné depuis un bon bout de temps dans les dictionnaires traditionnels, à commencer par celui de l’Académie; on y apprend que le même mot est utilisé en Belgique pour parler d’une division politique et administrative. Le Petit Robert, quant à lui, précise que les provinces sont souveraines dans leurs domaines de compétences.

Malgré les origines anglaises du terme en question, il serait vain de tenter de lui substituer l’expression État fédéré.

D’autres pays fédéraux emploient des mots originaux. Nous avons bien sûr les États-Unis, composés de cinquante États; la Suisse avec ses vingt-six cantons; l’Allemagne et ses seize Länder, mot qui signifie « pays ».

Pour ceux qui se posent la question, le Canada est une fédération, c’est-à-dire un pays divisé en États fédéraux. Une confédération est une association d’États souverains. L’Union européenne, par exemple, est un ensemble confédéral.

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Data mining

Nous avons tous vu cela sur le Net, notamment dans Facebook : quel est le nom de ton premier chien? Et bien innocemment beaucoup d’entre nous répondons Nabuchodonosor, surnommé la Terreur des facteurs. Nous lisons ensuite les autres réponses, sans être conscient que nous venons de tomber dans un piège.

Il est question ici de data mining, que l’on peut traduire par exploration, extraction, forage, fouille, prospection de données.

Les cyberfripouilles qui hantent la Grande Toile cherchent à connaitre la réponse que vous donnerez à une banque, en ouvrant un nouveau compte. Ce compte sera protégé par des questions de sécurité, comme, justement le nom de votre premier toutou, votre première voiture ou le nom de votre meilleur ami.

Les cyberfripouilles en question cherchent aussi à connaitre votre adresse, l’endroit où vous travaillez etc., et amalgament tous ces éléments pour reconstituer le puzzle de votre identité. Identité qu’ils finiront par voler. Parlez-en à ceux qui ont reçu des comptes de cartes de crédit à leur nom, mais qu’ils n’ont jamais possédées.

Une autre arnaque est le clickbait ou piège à clics, aussi appelé attrape-clics. Dans Facebook, ou ailleurs, on vous soumet une affirmation douteuse à laquelle on vous demande de réagir, par exemple : « Il n’y a aucun mot qui commence par z et finit par o. » Fier comme un paon, vous écrivez zéro. Une prise contre vous.

Dans YouTube, on vous proposera des vidéos sensationnelles, comme Les évènements les plus bizarres filmés, avec en prime une photo de jeune femme dénudée sur un yacht. Curieux de nature, vous allez voir la vidéo où il n’y a ni yacht ni jeune femme. Le fumiste qui a mis en ligne cette vidéo a récolté un clic, qui lui servira à obtenir des revenus publicitaires. Deux prises.

Morale de cette histoire : il ne faut pas réagir à n’importe quoi sur le Net, ou vous pourriez être retiré sur trois prises.

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