Sinophones et magyarophones

Le nom des locuteurs d’une langue dérive généralement du nom de cette langue. Ainsi, les francophones parlent le français, les anglophones l’anglais, les russophones, le russe, les arabophones, l’arabe.

Mais ce n’est pas toujours aussi simple. Par exemple, il n’y a pas d’alémanophones, même si on dit la Suisse alémanique; on parle plutôt de germanophones, ce qui est quand même logique; pensons aux peuples germaniques. On sait tous que le nom anglais de l’Allemagne est Germany.

Le cas de l’Espagne est intéressant. Les locuteurs de l’espagnol ne sont pas des espagnophones ni des ibérophones (pensons à la péninsule Ibérique). Non, on parle plutôt d’hispanophones, du latin Hispanicus.

Les personnes parlant le portugais subissent un peu le même sort, puisqu’elles sont désignées sous le nom de lusophones. Cette fois-ci le lien vient de Lusitanie, nom du Portugal à l’époque romaine.

Les Grecs se faisaient jadis appeler Hellênos. Le nom officiel de la Grèce est la République hellénique, et les personnes parlant le grec s’appellent des hellénophones. Non, les grécophones n’existent pas.

Pas plus que les hongarophones, d’ailleurs. Les Hongrois se désignent eux-mêmes comme Magyars, donc les locuteurs du hongrois s’appellent magyarophones.

Un spécialiste de la Chine est appelé sinologue. L’adjectif composé sino se voit dans plusieurs expressions, comme les relations sino-américaines, le conflit sino-soviétique. D’où vient cette racine? Voici ce qu’en dit le Petit Robert : Élément du latin médiéval Sinae (nom grec d’une ville d’Extrême-Orient) signifiant « de la Chine ». On ne sera donc pas étonné d’apprendre que les locuteurs du chinois sont des sinophones.

Un dernier cas intéressant, celui du Japon, qui nous a donné l’adjectif nippon. On parle encore de l’empire nippon, de l’économie nipponne, mais jamais des nippophones, ce qui serait pourtant très logique. Le terme japanophone est également inusité. Les méandres de l’usage, encore une fois.

 

10 Thoughts on “Sinophones et magyarophones

  1. Et les smartphones, c’est dans quel pays?
    Désolé, je n’y ai pas résisté.

  2. Louis LaBonté on 5 mars 2014 at 10:53 said:

    Alors, comment appelle-t-on officiellement un locuteur du japonais? On retrouve des pistes de réponse dans l’article en anglais http://www.grammarphobia.com/blog/2013/03/japanophone.html, mais je ne trouve rien d’officiel.

    Dans Google, on retrouve japonophone, nippophone et nipponophone (mais dans ce dernier cas, les résultats sont trompeurs, puisqu’il s’agit également du nom d’une maison de disques japonaise).

    Petite découverte amusante en passant: la recherche d’une réponse m’a fait tomber sur le site Google Fight, qui compare les résultats obtenus en présentant d’abord un combat de bonhommes allumette. Voir http://www.googlefight.com/index.php?lang=fr_FR&word1=japonophone&word2=nippophone
    (Je souligne toutefois que le nombre de résultats affichés pour chacun ne correspond pas à ce que j’obtiens en faisant moi-même une recherche dans Google.)

    • Andre Racicot on 5 mars 2014 at 14:06 said:

      J’ai moi-même cherché «nippophone» sur la Toile et trouvé que les résultats n’étaient pas assez probants pour en parler dans mon article. Cependant, l’emploi de ce mot serait parfaitement logique à cause de l’adjectif «nippon», qui signifie japonais.

  3. Je vois que sur le google français il y a beaucoup plus de « nipponophones » que de « japonophones ». Personnellement, je ressens « nipponophone » comme un peu dépréciatif, mais il y a sans doute là un effet de génération (du fait qu’on parlait beaucoup des « Nippons » pendant les années 1930-1950).

    « Ethnic Russians » : c’est la « (partie de la) population de souche russe ». Il faudrait voir si « Russe de souche » ne correspondrait plutôt à « native-born Russian » . Comme le dit André. jamais de « Russe ethnique » ! JR

  4. Occurrences google

    Ceci à propos de la remarque de Louis LaBonté d’après laquelle il ne tombe pas sur le même nombre d’occurrences en faisant la recherche google.

    C’est tout à fait normal. Les résultats google varient énormément même d’un jour à l’autre en fonction de l’actualité et des documents traités. J’ai fait cette constatation en consultant tous les jours google pour le lexique Asie-Pacifique sur lequel je travaille. JR

  5. Anne Noelle Bailly on 17 janvier 2016 at 13:32 said:

    Y aurait-il un mot pour désigner les utilisateurs de langues d’Asie? Si l’on parle des europhones, peut-on parler d’ « asiophones »?

    • Andre Racicot on 17 janvier 2016 at 16:18 said:

      Je n’ai jamais entendu « asiophones » ou « europhones ». Je ne pense pas que ces mots existent d’ailleurs, car il n’y a pas de langue unique en Europe, pas plus qu’en Asie.

    • Christophe on 10 janvier 2017 at 11:56 said:

      La remarque est intéressante!

  6. Christophe on 10 janvier 2017 at 11:54 said:

    Bonjour,

    A l’instar des pratiquants du Japonais, en tant que locuteur de grec moderne j’ai un problème avec la dénomination. Je ne me sens pas vraiment Hellénophone ou helléniste qui font référence au grec ancien. Je n’aime pas du tout le terme de « Grecopohone ». Ellinophone est selon moi le terme le plus juste si l’on puise dans la langue actuelle (j’ai lu sur internet que certains anglophones utilisaient ce terme). Assez poétique on peut réfléchir autour de Romaïque…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation