La langue française a beau être fastueuse – quand elle n’est pas fastidieuse –, mais la tentation de tout angliciser semble irrépressible.
Un concept récemment apparu, la fast fashion, en est un bel exemple. Définition qui nous vient d’Oxfam France : « … cette mode rapide et jetable qui a inondé les marchés de ses multiples collections depuis les années 1990. » La même source nous parle aussi de l’ultra fast-fashion, dont le renouvellement des collections est quotidien. Oui, vous avez bien lu.
Un beau pied de nez à l’environnement. On imagine le gaspillage des ressources causée par ces marques de consommation rapide, sans parler de la qualité médiocre, grâce à laquelle certaines chaines offrent des prix sans équivalent.
On comprend rapidement que les acheteurs se lassent rapidement de leurs achats, d’autant plus qu’ils risquent de se détériorer à vitesse grand V.
Les médias français nous parlent aussi de la Fashion Week, qui se déroule à Paris, mais aussi à Londres, Milan et à New York.
Traduire
On peut comprendre que la Fashion Week conserve son appellation anglaise, puisqu’il s’agit d’une manifestation internationale. Cependant, le concept de fast fashion peut aisément être traduit en français. Voici quelques suggestions :
- Mode éphémère
- Mode rapide
- Mode instantanée
- Mode de courte durée
- Mode jetable
- Mode à bas prix
Mais, comme d’habitude, la volonté de traduire semble complètement disparue de l’autre côté de l’Atlantique.
Fast-food
On peut tracer un parallèle avec l’expression indigeste fast-food. Celle-ci habite le français depuis 1972, précise Le Petit Robert.
Certaines traductions se sont frayé un chemin dans l’usage, bien que fast-food soit très répandu. Pensons à restauration rapide et à malbouffe.
Fin de cette chronique rapide et indigeste.
Pour information, France Terme, l’organisme ministériel spécialisé en francisation des termes étrangers, a déterminé « mode express » (et « mode ultra-express ») comme équivalent normatif. Cela remonte à 2020 et est censé s’imposer aux professionnels (médias, entreprises). En vain, comme souvent hélas, mais c’est un point de repère…
Voir : https://www.culture.fr/franceterme/terme/CULT747
Le Grand dictionnaire terminologique, de l’Office québécois de la langue française (dont l’appellation n’est pas, contrairement à « France Terme » n’est pas un anglicisme syntaxique, donne l’équivalent « mode express », mais, d’abord, celui de « mode éphémère ».
@Paul Rivard
C’est bien la première fois que j’entends parler d’anglicisme syntaxique pour une appellation de ce type (France Télévision, France Travail, etc.). Il n’y a d’ailleurs là, au sens linguistique propre, aucune syntaxe puisqu’il s’agit d’un simple nom pas d’une construction grammaticalement articulée.
Le Petit Robert définit ainsi le mot SYNTAXE : « Études des règles qui président à l’ordre des mots et à la construction des phrases dans une langue ; ces règles. »
Ainsi, en français, l’élément qualifiant d’un syntagme (ou groupe de mots ayant un sens) se place après l’élément auquel il se rapporte, dit l’élément qualifié (que cet élément soit épithète ou complément du nom). Lorsque l’on parle de France Télévision, ce n’est pas de la France qualifiée de Télévision, mais de la Télévision de France. Diriez-vous « Nouvelles de France » ou « France Nouvelles » ou « France News »?
Je pense comprendre votre raisonnement mais encore une fois, il n’y a pas ici de « phrase ». L’ordre des mots d’une marque est du ressort du créateur de l’appellation et n’a pas de fonction discursive. Aller chercher là des influences anglo-saxonnes nocives me semble excessif, surtout dans le déferlement d’abus que l’on connait par ailleurs. En s’égarant là, on en oublie la masse des expressions totalement importées contre lesquelles on doit se battre.
Monsieur,
Je n’ai jamais prétendu que la syntaxe ne concernait que les phrases ; elle concerne d’abord les groupes de mots et « France Télévision » ou « France Travail » sont des groupes de mots dont l’ordre est calqué sur l’anglais.
Le lien Wikipédia est pertinent mais je persiste à penser qu’il y a une hiérarchie dans les dégâts causés par la submersion de l’anglo-américain dans notre langue. Selon l’expression consacrée, c’est la dose qui fait le poison. Aucune langue n’étant pure, le perfectionnisme en la matière conduit à des excès et fait perdre beaucoup de l’énergie qui serait utile contre les agressions caractérisées.
Merci en tout cas pour cet intéressant échange de points de vue et bonne journée à vous.
« Selon l’expression consacrée, c’est la dose qui fait le poison », dites-vous. Vous avez tout à fait raison. Et je me permets d’ajouter que la syntaxe anglicisée en français a déjà atteint ce niveau de létalité, particulièrement dans les esprits, ce qui fait que ceux-ci considèrent cette tournure comme naturelle et justifiée. De grands linguistes, comme Claude Hagège, ont, depuis des décennies, tiré la sonnette d’alarme à ce propos. Et ce n’est pas être puriste que de trouver cette situation alarmante. Permettez-moi encore de vous suggérer deux lectures : 1) L’iNSIDIEUSE INVASION, par MIchel Rondeau, ouvrage publié en 2018 aux Éditions Somme toute, à Montréal ; 2) LE JOUAL DE TROIE, par Jean Marcel, publié en 1973, par les Éditions du Jour, à Montréal, aussi. Ce dernier ouvrage explique fort bien ce qu’est l’aliénation linguistique, qui fait que l’on en vient à adopter le point de l’autre, à force d’avoir l’esprit contaminé par la langue de celui-ci. Il expose aussi fort bien les traquenards de la traduction. J’ajoute une suggestion de lecture, celle de l’essai intitulé PORTRAIT DU COLONISÉ, par Albert Memmi. Sans doute, trouverez-vous facilement ce dernier livre et ceux de Claude Hagège. Quant aux autres, édités à Montréal, vous les trouverez plus facilement dans une bibliothèque universitaire que dans une librairie près de chez vous. Cela étant dit, je vous remercie de votre patience à me lire et à maintenir notre échange de points de vue. Je vous souhaite aussi une bonne journée de même qu’une bonne et heureuse année 2026 ! (Si jamais vous désirez garder le contact, vous pouvez aller voir ma page Facebook et me proposer d’être mon ami FB. La photo de la page d’accueil me montre assis dans un restaurant d’un centre de villégiature du Mexique. J’accepterai et je vous enverrai par Messenger mon adresse de courrier électronique, dite aussi « courriel ».)
Merci pour votre offre sympathique mais je ne fréquente pas les réseaux sociaux. Sans doute aurons-nous l’occasion de nous croiser de nouveau, ici… ou là où il faut défendre avec compétence notre bon vieil idiome commun.
Que 2026 vous soit aussi favorable…
Merci de votre réponse et de vos vœux pour 2026. De mon côté, je ne fréquente qu’un seul réseau social, Facebook, que dans la mesure où il me permet d’apprendre sur le français et la francophonie et de diffuser des renseignements qui me paraissent utiles à la réflexion sur différents thèmes, surtout en ce qui a trait à la langue française, à son apprentissage ou à son perfectionnement, mais aussi à d’autres langues, particulièrement les langues romanes et à quelques questions de nature sociale ou sociologique. Je n’utilise guère le réseau pour des communications personnelles, si ce n’est pour retrouver une personne que j’ai perdue de vue, et, une fois cette personne retrouvée, je communique avec elle par courriel. J’espère que vous trouverez les livres que je vous ai suggéré de lire et que, bien sûr, vous aurez la chance de les lire. En passant, je vous signale que je fais partie de l’ASULF (Association pour le soutien et l’usage de la langue française) dont le site comprend de nombreux éléments susceptibles d’être dignes de votre intérêt : http://www.asulf.org
Au plaisir de lire de nouveau vos commentaires.
Monsieur,
Qu’il me soit permis d’attirer votre attention sur l’article suivant et de vous inciter à lire attentivement sa section consacrée à la syntaxe anglicisée : https:fr.wikipedia.org/wiki/Anglicismes_en_français
. L’un des exemples qu’on y donne est celui de « France Terme »… Je suis désolé de ne pas arriver à transmettre un lien cliquable.
Votre phrase « On peut comprendre que la Fashion Week conserve son appellation anglaise, puisqu’il s’agit d’une manifestation internationale. » me fait sursauter. Je ne croyais pas possible de lire, venant de vous, une telle manifestation de colonisation linguistique. Ce n’est parce qu’un activité ou manifestation est internationale qu’on doit en conserver l’appellation anglaise. Rien ne nous empêche de parler de « Semaine de la mode », quel que soit le pays où elle se déroule, dans la mesure où l’on en parle en français.