La technologie envahissante

En cette fin d’été, on s’écarte un peu du champ linguistique. Je voudrais amorcer une réflexion sur l’importance grandissante des appareils électroniques dans nos vies.

D’entrée de jeu, j’aimerais souligner que je ne suis pas un dinosaure. J’ai beaucoup de plaisir à utiliser mon téléphone intelligent et je ne m’en passerais plus. J’apprécie tout autant de pouvoir envoyer textes et photos à l’autre bout du monde par courriel; de pouvoir communiquer avec mon épouse par Skype quand elle séjourne à Florence. La liste est sans fin.

Il faut néanmoins constater que l’électronique s’immisce partout et que nous n’avons plus le choix, il faut l’accepter ou périr.

Jeune adulte, j’ai lu Les robots d’Isaac Asimov. L’auteur américain y décrivait l’importance grandissante que prenaient ces engins qui devaient servir les humains.

Nous assistons au même phénomène, tout d’abord avec les répondeurs automatiques. Il est devenu impossible de parler à un être humain lorsqu’on communique avec une entreprise. Ces répondeurs entraînent le client dans une toile d’araignée de menus et de sous-menus qui mènent souvent à un cul de sac… ou au mensonge éhonté « Votre appel est important pour nous… » Ah oui? Alors pourquoi ne répondez-vous pas tout de suite?

Attraper un téléphoniste relève de l’exploit. Il faut finasser avec le répondeur.

Heureusement, le courriel est plus coopératif. Il permet souvent de rester en contact avec des gens dont nous sommes éloignés. Grâce à lui, se tissent des rapports qui n’auraient peut-être jamais existés.

Les appareils électroniques nous entraînent dans une spirale vers le haut. L’obsolescence survient à peine quelques mois après l’achat d’un téléphone intelligent, d’un ordinateur. Déjà, des fonctionnalités se sont ajoutées, votre outil n’est plus aussi vif qu’au début. Il faut faire des mises à jour.

Même les automobiles y passent. Gavées de contrôles électroniques, leur degré d’usure ne se mesure plus uniquement par la mécanique. Non, vous n’avez pas de caméra de recul? De capteur pour les angles morts? Pas de prise USB? Pas de navigateur intégré? Une vraie antiquité votre bolide de 2012…

Toutes ces avancées obligent l’utilisateur à constamment se tenir à jour. Je vous parle d’un autre livre : Le choc du futur, d’Alvin Toffler. L’auteur prédisait que le rythme des changements s’accélérerait. Il n’avait pas tort.

Vous achetez une télé? Il ne suffit plus régler les couleurs, comme jadis. Il faut maintenant la programmer. L’installation d’un enregistreur numérique nécessite aussi un effort. Mais si vous tentez de coordonner le branchement de votre chaîne stéréophonique pour écouter vos émissions plein son, bonne chance. On y arrive, mais à la condition de ne faire aucune erreur. Malheur à vous si un fil n’est pas branché à la bonne place…

L’humain est condamné à suivre le triple galop de la technologie. Des machines s’implantent partout, qu’on le veuille ou non. Même dans les terrains de stationnement.

Je me souviens de ces mélomanes médusés, dans un parking extérieur, qui devaient déchiffrer le fonctionnement d’un horodateur, qui distribuait les billets prouvant que l’on avait payé. Chaque couple qui s’avançait vers le monstre impassible plissait les yeux, essayait de comprendre l’agencement des boutons et de deviner comment on payait par carte de crédit ou comptant…

Les parkings intérieurs font maintenant l’économie de guichetiers. Il faut payer son billet à une machine AVANT de s’avancer vers la sortie, parce qu’il n’y a plus d’humain pour accepter vos précieux billets. Chaque fois, je dis une petite prière pour que le paiement effectué à la machine se soit fait correctement et que la barrière automatique accepte mon billet…

Une machine aussi simple qu’un photocopieur peut représenter un autre défi à l’intelligence. Nouvelle configuration de boutons, où est le plateau pour les feuilles? Et surtout, où est le maudit bouton pour lancer l’impression? J’ai vécu ce genre d’humiliation récemment : le bouton n’existe plus, il faut se servir de l’écran tactile.

Et vous avez de la chance si l’appareil ne combine pas un scanneur et un télécopieur, parce qu’alors, des boutons, il y en a une pléthore.

Je vous fais grâce des dizaines de mots de passe que nous ne sommes pas censés écrire nulle part. Encore une chance si on précise le FORMAT du mot de passe. Encore une fois, les informaticiens s’imaginent que parce qu’eux en connaissent les paramètres, vous allez automatiquement les deviner.

Les appareils photos résument bien l’état de la technologie actuelle. Ils multiplient les possibilités, mais rendent compliqué l’accès à certaines fonctions élémentaires. Jadis, on pouvait modifier l’entrée de lumière ou la vitesse d’obturation en tournant une roulette. Maintenant il faut chercher ces fonctions quelque part dans les menus.

Un exercice darwinien d’adaptation, voilà ce à quoi nous convie l’électronique. Apprendre et réapprendre sans cesse.

Heureusement, la technologie sait nous récompenser de nos efforts.

On peut maintenant dialoguer avec son iPhone. Lui poser des questions comme « Où se trouve la pharmacie la plus proche? » Ou encore lui donner des ordres : « Ouvre le dictaphone. » Et c’est fait.

Mon téléphone m’a fait découvrir un optométriste dont j’avais oublié l’existence. J’y ai acheté mes nouvelles lunettes.

Certaines personnes s’amusent à entretenir des dialogues farfelus avec leur téléphone. Celui-ci est programmé pour donner des réponses précises et réagir aux obscénités, par exemple. Mais ces dialogues ne demeureront pas rudimentaires bien longtemps, avec l’expansion exponentielle des capacités électroniques.

Lorsque les conversations deviendront plus complexes, ces appareils pourraient-ils finir par remplacer les humains? Certains individus asociaux en viendront-ils à les voir comme de véritables amis et à limiter leurs rapports avec leur cell?

Je me suis amusé à essayer d’imaginer où nous en serions dans dix ou quinze ans. Y aura-t-il encore des caissiers dans les cinémas, les épiceries? Des appareils feront-ils le ménage dans nos maisons? On commence à parler d’automobiles qui se conduiront toutes seules… Ce serait une bénédiction dans bien des cas, surtout au Québec…

Se projeter dans le futur devient étourdissant.

Vous lirez avec intérêt : les informaticiens et le français.

Encore un roman?

Encore un roman? Mais vous êtes complètement fou, Mortimer!

Dans les articles précédents, je relatais les affres de l’écriture. Ce bonheur suprême transformé en supplice de la goutte. Un récit qui évolue en méandres capricieux, contre le gré de l’auteur. Ces idées de génie tombées du ciel mais qui mènent à des impasses. Les multiples contradictions qui surgissent en cours de route, sans oublier les anachronismes insidieux rattrapés à la toute dernière lecture, juste avant d’aller présenter notre opus à un éditeur…

Les personnages envahissants qui réorientent toute l’histoire, et ce plan jamais tout à fait respecté, ne sont rien quand on les compare aux doutes et remises en question douloureuses qui assaillent l’auteur.

Le prix de ce labeur étant des lettres de refus polies.

L’auteur qui persévère pourrait se faire traiter de cinglé. Cette épithète est une litote.

Car le feu de la création peut être ramené à des braises apparemment refroidies. C’est fini, l’incendie est éteint et seuls persistent les relents de la combustion, celle des cellules cervicales.

Pourtant, le brasier reprend. En fait, il couve depuis des mois, voire des années. Il s’alimente de vagues projets esquissés sous la forme de quelques notes innocentes enfouies dans une chemise, tout en dessous de la pile.

Naïf, l’auteur n’a pas encore achevé le projet sur lequel il s’esquinte depuis des années, mais s’imagine que les quelques idées qui dorment sur sa table de travail seraient bien plus faciles à concrétiser.

Cette fois-ci, ce ne sera pas un bourbier. Tout est clair, tout est simple. Ça va aller tout seul.

Il oublie qu’il avait les mêmes impressions quand il a entrepris la rédaction de son roman…

Le second opus est déjà amorcé, de la main gauche; le synopsis est écrit, quelques chapitres ont été rédigés quand le premier projet était remis en question.

À présent, il attend la réponse des derniers éditeurs, se promettant de tirer un trait sur le premier roman, après des années de labeur. Sans trop de conviction, il reprend le deuxième projet.

Mais cette fois-ci, il sait ce qui l’attend : pannes d’inspiration, le goût de tout balancer au panier, les appréhensions quant au jugement des éditeurs, des critiques s’il est publié. Il sait que certains personnages vont flipper, tandis que d’autres vont flopper… Aux passages à vide succéderont les épisodes d’hyperactivité…

Pourtant, d’immenses surprises l’attendent.

Pour se remettre dans le bain, il relit la centaine de pages déjà écrites. Il est rassuré : tout se tient. En plus, il est en vacances. Il peut donc enfin consacrer deux ou trois heures quotidiennes à l’écriture. Les astres sont alignés.

Première constatation : les idées sont claires. L’impression de filer comme un train express. Les éléments du récit s’emboîtent comme par magie, le train s’emballe, l’auteur aussi. Wagon tiré par la locomotive de l’inspiration, le voilà débordé.

Le roman s’écrit tout seul. Il fonce comme une flèche vers sa destination. Le transsibérien ne déraille pas; les arrêts en gare sont rares. Les doutes qui l’assaillaient dans le premier livre sont choses du passé. Le récit est tellement limpide qu’il n’y a plus d’hésitation.

L’auteur est tout aussi conscient des failles de son histoire et de ses personnages, mais il ne s’en formalise pas. Après tout, un premier jet est un premier jet. Et déjà, des chapitres imprévus s’insinuent dans la trame rectiligne du récit et donnent plus de consistance aux personnages.

Sidéré, l’auteur constate que les ajouts inévitables des versions subséquentes s’imposent déjà à son esprit dès le premier jet. Le récit commence à s’approfondir. On dirait un prématuré qui veut à tout prix sortir du ventre de la mère.

Le démon tyrannique de l’inspiration finit par ralentir la course folle du train. Il doit à présent emprunter quelques voies secondaires pour étoffer une histoire de moins en moins esquissée. Dans la tête de l’auteur, les détails se bousculent. Il jette des tonnes de notes sur sa tablette papier et les transcrit dès aussitôt en langage romanesque.

Le premier jet est un peu le deuxième.

Que s’est-il donc passé? Le plumitif est une chrysalide qui se mue en auteur expérimenté. Il sait. Le premier jet sera plein de failles; il ne s’en émeut plus. Les autres permettront de dégrossir certains personnages, tandis que le récit s’affinera. On ne peut y arriver du premier coup.

Mais il y a aussi ce temps précieux dilapidé ailleurs. L’été est un moment de grâce. L’auteur s’installe dans son jardin et tape sans relâche, voyant son imaginaire s’aligner en petits caractères malins sur son écran. Et il se livrera à sa passion demain, et après-demain… Tout est tellement plus facile. Il rêve à sa retraite et imagine les piles de romans qu’il pourra enfin écrire. L’un d’entre eux sera publié, c’est certain.

Douce folie.

Parti de Vladivostok, le transsibérien traverse à toute allure les steppes de la Sibérie et finira bien par arriver à Istanbul.

 

Chapitre

On parle beaucoup de la résurrection du groupe de motards criminalisé des Hells Angels. Leur apparition dans certaines régions a suscité un certain émoi.

Les médias ont souligné la création de chapitres du groupe un peu partout au Québec. Dans ce contexte, le mot chapitre est un anglicisme. Il serait plus exact de parler de sections du groupe de motards.

Pour ce qui est du mot chapitre, on s’en tiendra à la définition de l’Office québécois de la langue française : « Division numérotée ou titrée d’un document écrit, qui se suffit généralement à elle-même mais qui est en relation avec les divisions qui la suivent ou qui la précèdent. »

Garder en tête que ce mot ne prend pas l’accent circonflexe.

Être en élection

Le premier ministre l’a annoncé le dimanche 2 août,  le Canada est en élection. C’est exact sur le plan politique mais erroné sur le plan linguistique.

L’expression «être en élection» semble provenir de l’anglais to be in election mode. On entend parfois que le Canada est en mode électoral. Quant à «être en élection», elle pourrait être un raccourci pour «être en mode électoral».

Chose certaine, les dictionnaires français ne mentionnent pas les deux expressions précitées. Il convient donc de s’en méfier.

Il serait plus exact de dire que le Canada va aux urnes. Ou encore que des élections ont été déclenchées au Canada.

Les politiciens seront en campagne pour les 78 prochains jours. Où est l’erreur, cette fois-ci? Certains condamneront politiciens, anglicisme passé en français, mais dont le sens original était péjoratif. L’adjectif a toujours une connotation négative, notamment dans l’expression des promesses de politicien; une réponse de politicien.

Toutefois, le terme politicien a été neutralisé pour désigner toute personne qui fait de la politique. En France on désigne ce genre de personne sous le nom de politique. Par exemple : «Les politiques sont alarmés par la montée du terrorisme.» Cet usage est moins répandu au Canada.

Les politiciens sont bel et bien en campagne. Cette expression est souvent confondue avec à la campagne. On va à la campagne pour y respirer le bon air, mais on ne peut aller en campagne uniquement qui si on part faire la guerre ou si on participe à une campagne électorale.

Dans un article précédent, j’analyse l’anglicisme aller en élection.

Aller en élection

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a choisi d’aller en élection, calque de l’anglais to go in election.

Plus correctement, on pourrait dire que le Canada va aux urnes, que des élections ont été déclenchées, parce que la gouverneure générale a accepté de dissoudre la Chambre des communes, et non le Parlement, comme le racontent les médias. En effet, la vice-reine (c’est son titre officiel) n’a pas le pouvoir de dissoudre la Chambre haute qui, avec les Communes, constitue le Parlement.

Seule la gouverneure générale peut lancer le scrutin; il est donc faux de dire que le premier ministre a déclenché des élections ou, pire encore, qu’il a dissous le Parlement. Nous sommes alors dans le non-sens le plus total.

Comme à chaque scrutin, les anglicismes nous attendent au détour. Le vote (et non la votation) aura lieu le 20 septembre prochain et les électeurs – surtout pas les voteurs – se rendront aux bureaux de scrutin, qu’on évitera d’appeler polls, ou pire encore, bureaux de votation…  Les électeurs choisiront alors les membres de la 44e législature, et non du 44e Parlement, comme on le dit en anglais.

L’obsession majoritaire

Il est clair que le premier ministre Trudeau a demandé la tenue d’un nouveau scrutin uniquement parce qu’il veut obtenir la majorité absolue des sièges, ce qui lui permet de gouverner seul. Or, la défunte législature fonctionnait très bien. Alors pourquoi demander des élections?

Dans un système politique britannique, le fait de diriger un gouvernement minoritaire est perçu comme une aberration à laquelle il faut mettre fin au plus vite. Pourtant, le premier ministre conservateur britannique David Cameron a gouverné pendant quatre ans avec les libéraux-démocrates.

Ailleurs dans les démocraties occidentales, il est très courant que plusieurs partis siègent au gouvernement, car les systèmes électoraux proportionnels ne donnent à peu près jamais à une formation la majorité absolue des sièges. Et personne ne s’en plaint vraiment.

Prenons l’exemple de l’Allemagne. Saviez-vous qu’Angela Merkel occupe le poste de chancelière depuis 16 ans et que jamais elle n’a été majoritaire? Elle a gouverné avec les sociaux-démocrates et les libéraux sans jamais chercher à déclencher des élections prématurées pour avoir plus de la moitié des sièges. De toute façon, elle n’y serait pas parvenue.

L’obsession majoritaire est donc une particularité canadienne et britannique.

Les pays baltes

En anglais, on les appelle « Baltic States »; en français, on parle plutôt des pays baltes, bien que l’appellation « États baltes » se voie parfois. Elle ne peut être considérée comme une erreur.

On appelle pays baltes la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie. Ces trois pays sont adossés au Bélarus et à la Russie. Ils comportent chacun une importante minorité russe, que Moscou défend avec fermeté.

La graphie Lithuanie est désuète en français, alors que l’anglais a conservé le H : Lithuania. La Lettonie est parfois appelé Latvie, tout comme en anglais : Latvia.

La désignation pays baltes devait s’écrire en minuscules, comme on le fait pour d’autres expressions du genre. Pensons à pays nordiques, pays balkaniques, etc. D’ailleurs les deux grands dictionnaires ne s’entendent pas sur la graphie, le Larousse préférant pays Baltes, tandis que le Robert écrit l’expression en minuscule.

On constatera l’arbitraire de ce genre d’appellation. En effet, les trois pays précités ne sont pas les seuls à posséder un rivage sur la Baltique : c’est aussi le cas de la Pologne et de l’Allemagne.

Ainsi en va-t-il des toponymes. Les référents sont parfois choisis arbitrairement pour des raisons de simplicité.

Membership

Le terme s’est tellement bien implanté dans la prose journalistique qu’on s’imagine qu’il n’existe pas d’équivalent en français. Pourtant, membership est le parfait exemple de l’anglicisme inutile.

Le membership, c’est l’ensemble des membres d’une organisation, particulièrement d’un parti politique. On peut donc parler des membres, de l’effectif, des adhérents. Très facile de parler français quand on veut.

Le plus souvent, on parle du membership en termes quantitatifs. Par exemple, le membership de tel parti s’établit à 14 000 membres. Le membership a augmenté de 25 pour 100 l’an dernier. On peut aisément contourner la difficulté : Le parti compte 14 000 membres; le nombre de membres, l’effectif a augmenté de 25 pour 100 l’an dernier.

Membriété

Termium, la base de données terminologiques du Bureau de la traduction, relève l’expression originale membriété. On dit que ce terme est employé dans les provinces canadiennes. Personnellement, je ne l’ai jamais vu, mais le moteur de recherche anglais-français Linguee le relève dans de nombreux textes. Dans le Devoir du 21 mars 2017, on lisait membrariat.

Effectif ou effectifs?

On voit les deux, mais l’Office québécois de la langue française précise que le singulier s’impose lorsque le nombre précis d’adhérents est connu. Le pluriel s’emploie lorsqu’on ne connait pas le nombre précis de membres.

Exemples : un effectif de 225 membres; des effectifs de plusieurs centaines de personnes.

Une conclusion s’impose : on n’a pas besoin de membership en français.

La nouvelle orthographe

Elle a fait beaucoup jaser; on l’a conspuée, décriée, maudite…

La fameuse réforme de l’orthographe de 1990. Bien mal nommée, en fait, car elle touche environ 2400 mots, soit un mot dans un texte de deux pages. C’est pourquoi il serait plus juste de parler de rectifications de l’orthographe.

La levée de boucliers, il y a déjà 25 ans, n’est pas justifiée. Le français a connu plusieurs réformes de son orthographe et beaucoup d’anomalies et d’anachronismes ont pu être corrigés. Il n’y a qu’à lire des textes de Rabelais ou de Jean de La Fontaine pour se rendre compte qu’on n’arrête pas l’évolution d’une langue.

Prenons un extrait des Fables de La Fontaine :

Une grenouïlle vid un Bœuf,

Qui luy sembla de belle taille.

Elle qui n’estoit pas grosse en tout

Comme un œuf…

Mon correcteur orthographique rugit… Qui songerait à revenir à de pareilles graphies au nom de la pureté de la langue?

Le débat sur les rectifications de 1990 était tout sauf rationnel. Que de sottises a-t-on entendues…

  • L’écriture va devenir phonétique.
  • La littérature classique deviendra inaccessible.
  • L’anarchie grammaticale règnera.
  • On nivèle par le bas.

 

L’un des grands mythes propagés est que l’on pourra désormais écrire chevals au lieu de chevaux. Faux! Les rectifications ne comportent qu’un seul élément grammatical : l’invariabilité du verbe laisser lorsqu’il précède un infinitif.

Une mise en perspective s’impose.

Des langues sœurs comme l’espagnol, l’italien et le portugais s’écrivent de manière presque entièrement phonétique. D’ailleurs, l’espagnol est allé très loin en éliminant pratiquement toutes les doubles consonnes, en substituant le t simple au th, et en remplaçant le ph par le f.

Ainsi, on dit el teatro et la filosofía dans la langue de Cervantes. Le téâtre et la filosofie, vous avez vu ça quelque part en français?

En fait, les principaux changements concernent l’accent grave appliqué à des mots dont l’accent aigu était justement prononcé comme un accent grave. Cas connus : évènement, règlementation et… cèleri.

Ce dernier, l’usage ne l’a pas digéré… Mais on estime à 60 pour 100 la proportion des modifications intégrées dans les dictionnaires. C’est impressionnant quand on considère la résistance forcenée que l’on observe dans les publications de tout ordre.

La nouvelle orthographe introduit un peu de logique dans notre façon d’écrire. Une bonne partie des graphies du français résulte de décisions arbitraires; ce sont parfois des erreurs qui se répandent dans l’usage et sont ensuite consignées dans les dictionnaires. La supposée rationalité de l’orthographe française est un mythe.

Un bel exemple d’illogisme est le cure-dents. Le s est au singulier. Soit. Mais pourquoi un cure-ongle, sans s? Le français a justement besoin de ce genre dépoussiérage.

Les rectifications permettent aussi de raccorder des familles de mots aux graphies divergentes. Quelques exemples :

  • Bonhommie, comme bonhomme;
  • Charriot comme charrue;
  • Chaussetrappe comme trappe;
  • Combattivité comme battre;
  • Imbécilité comme imbécile;
  • Persiffle comme siffler;
  • Relai comme essai.

 

Malgré tout, la nouvelle orthographe laisse en plan plusieurs problèmes. Si on a éliminé l’accent circonflexe sur le u et le i, il est maintenu sur le o. On écrira donc symptome et syndrôme… À moins que ce ne soit le contraire…

Malgré les raccordements précités, les mystères de la double consonne persistent.

On continuera d’écrire raisonner et raisonnement, mais rationaliser

On a cité le malheureux nénufar comme un exemple des « bouleversements » que la nouvelle orthographe infligeait au français. Or cette graphie est exacte; c’est plutôt nénuphar qui est une faute. En effet, ce mot n’est pas un hellénisme — ce qui aurait justifié le ph. Le mot dérive de l’arabe nînûfar et non pas du grec.

Alors d’où vient nénuphar? D’une erreur de transcription survenue en 1935. Pourtant, des détracteurs de la nouvelle orthographe étaient prêts à défendre nénuphar bec et ongles, en faisant valoir que la fausse graphie avec ph était plus poétique…

Il reste encore bien du chemin à faire avant les prochaines rectifications.

 

L’Arabie saoudite

L’erreur revient trop souvent pour ne pas en parler. La graphie Arabie Saoudite est erronée. Je répète, erronée. ERRONÉE.

Il faut écrire Arabie saoudite sans majuscule à «saoudite». On applique le même principe pour République centrafricaine.

Pourquoi? Parce qu’en français l’adjectif s’écrit en minuscule, sauf lorsqu’il précède le substantif dans une appellation officielle. Les exemples sont nombreux : la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Calédonie.

Parfois, l’adjectif suivant le substantif prend effectivement la majuscule, mais uniquement s’il est relié à celui-ci par un trait d’union. Exemple : les États-Unis d’Amérique.

Monsieur

Monsieur est mort, vive Monsieur!

Les recueils de citations de Jacques Parizeau pullulent dans la Grande Toile. Celle qui revient très souvent est la fameuse échappée de rhétorique sur le vote ethnique. Bien peu de médias se donnent la peine de mentionner qu’au lendemain de la défaite référendaire, le premier ministre démissionnaire avait avoué être allé un peu loin. On attendait un acte de contrition, il n’est pas venu. On ne lui a jamais pardonné.

Jacques Parizeau parlait l’anglais avec un accent londonien. Il s’exprimait aussi très bien en français et savait se montrer créatif. Qui a oublié le fameux « s’autopeluredebananiser », ou encore : « Il ne faut pas laisser le Parti québécois s’unionnationaliser. »?

L’un des rares architectes de la Révolution tranquille disait également : « Mon Dieu, je botterais le derrière de quiconque au Québec qui ne saurait parler l’anglais. En effet, à notre époque, un petit peuple comme nous se doit de le parler. »

Mais celle que je préfère me paraît encore d’une actualité indéniable : « La religion des uns ne doit pas devenir la loi des autres. »

À méditer.

 

Blogue destiné à tous ceux qui ont à cœur l'épanouissement de la langue française.