Gardiens de la Révolution

Les experts s’entendent pour dire que les Gardiens de la Révolution islamique ont remplacé les mollahs à la tête de l’Iran.

Les Gardiens de la Révolution sont en quelque sorte la garde prétorienne des mollahs, un État dans l’État. Ils sont devenus une sorte de mafia fanatisée, qui profite largement des exportations de pétrole de l’État persan.  En outre, ils ont massacré les manifestants qui exigeaient la fin de la République islamique. Les Gardiens sont en fait un corps militaire bien mieux armé que l’armée régulière, ce qui explique peut-être la passivité de cette dernière devant les exactions commises contre la population iranienne.

Les gardiens de la révolution

J’en ai parlé à maintes reprises, le français est avare de majuscules, une denrée distribuée au compte-gouttes dans les appellations officielles. La minuscule possède un droit d’aînesse apparemment inaliénable.

Auparavant, la presse francophone parlait tout simplement des gardiens de la révolution, tout en minuscules, comme on le voit. Ici et là, des auteurs s’encanaillaient au point de glisser une majuscule : les Gardiens de la révolution. C’était un début

On pourrait citer comme exemple l’Armée populaire de Chine, la Fraction Armée rouge. On donne la majuscule au nom d’un groupe spécifique.

Reste la révolution. J’ai déjà dénoncé la prudence excessive du français quant aux noms de périodes historiques. Par exemple la Révolution française, mais la révolution américaine, la révolution russe ou la révolution islamique. Comme si tous ces tournants de l’histoire étaient sans importance.

Donc : la Révolution islamique, dont personne ne doute de la portée (parlez-en à toutes ces femmes maintenant forcées de porter le hidjab au Moyen-Orient).

Par conséquent, il conviendrait de mettre la majuscule aux Gardiens de la Révolution. Pour beaucoup de francophones prudents, c’est déjà une hérésie : deux majuscules dans une seule expression!

Le corps des gardiens de la révolution

Continuons notre promenade dans le désert.

L’appellation en titre est le nom officiel des Gardiens de la Révolution. Il est employé couramment dans la presse anglophone. Les francophones emboitent maintenant le pas.

Comme on pouvait s’y attendre, les graphies prolifèrent. Je vous fais grâce des diverses variantes, qui vont de la plus aride toute en minuscule à la plus audacieuse.

Comme dirait Columbo, il y a un détail qui me chicotte. Écrire le corps des gardiens de la révolution revient à nier le caractère officiel de cette organisation particulière. Or, nous avons déjà écrit les Gardiens de la Révolution.

Il serait particulièrement étrange de tout ramener à la minuscule triomphante; bref de passer de la serre chaude au reg desséché. Un majuscule initiale s’impose au mot Corps.

Écrire le Corps des gardiens de la révolution serait suffisant à bien des scribes. Mais, là encore, on aplatit le nom d’une institution. On ne peut pas tout à coup dépouiller les Gardiens de la Révolution de leurs majuscules arrachées aux esprits conservateurs.

 Le Corps des Gardiens de la révolution est donc la graphie qui s’impose.

Les États-Unis illibéraux

La guerre que mènent les États-Unis en Iran constitue un indice de plus de la décadence démocratique de ce grand pays, jadis respecté un peu partout dans le monde. De plus en plus, une évidence s’impose : les États-Unis sont devenus un pays illibéral.  

Définition

Commençons par définir ce terme, un néologisme, qui se répand de plus en plus. Il a d’ailleurs fait une percée dans le Larousse :

« Qui est opposé au libéralisme, à ses principaux fondements, tels que la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l’État de droit et les libertés individuelles. »

Dans un article précédent, j’expliquais qu’un État devient illibéral lorsque les règles démocratiques fondamentales ne sont plus entièrement respectées. Un tel État peut revêtir les nobles habits de la démocratie, tout en continuant d’en saper les principes fondamentaux.

Un bel exemple est la Hongrie de Victor Orban. Son parti, Fidesz, pourrait perdre les prochaines élections législatives, dimanche prochain, après un règne de 16 ans. Le régime est illibéral entre autres parce que le système électoral favorise le parti au pouvoir, les circonscriptions ayant été découpées pour l’avantager.

Récemment, on a découvert une charge d’explosifs visant un gazoduc entre la Serbie et la Hongrie. Les observateurs sur place s’interrogent sur l’authenticité de ce projet d’attentat et pointent le gouvernement de Budapest, qui chercherait à créer un état d’urgence factice.

La Turquie, la Russie et l’Iran sont d’autres pays illibéraux. Bien sûr, les citoyens vont aux urnes, mais dans des conditions totalement différentes que celles qui règnent dans des démocraties évoluées, comme le Canada, la France ou l’Allemagne.

Les États-Unis illibéraux

Les États-Unis ne sont plus la démocratie inspirante qu’ils étaient. En 2024, le Democracy Index, de l’Economist Intelligence Unit, plaçait les États-Unis au vingt-huitième rang, derrière des pays comme l’Uruguay, le Costa Rica et Taïwan. Le Canada se classait au quatorzième rang, derrière la Norvège, la Suède, la Suisse et le Danemark.

Voici quelques éléments de réflexion sur l’état de la démocratie américaine.

  1. La guerre illégale contre l’Iran

Le déclenchement illégal de la guerre contre l’Iran, sans obtenir l’aval du Congrès, est un exemple flagrant de violation de la Constitution états-unienne. On se rappelle sûrement du discours de Franklin Roosevelt au Capitole, dans lequel il dénonçait l’infamie du Japon après l’attaque de Pearl Harbor. Roosevelt demandait au Congrès de déclarer la guerre au Japon.

Le président actuel n’a jamais demandé la permission de personne pour attaquer l’Iran. Il entraine son pays et le reste du monde dans un conflit insensé et personne, aux États-Unis, ne semble capable de l’arrêter.

Ce n’est que la dernière conséquence de l’effritement de la démocratie chez nos voisins du Sud.

2. Le gerrymandering

Le découpage frauduleux des circonscriptions électorales est devenu une pratique courante aux États-Unis. L’État du Texas veut diminuer le nombre de circonscriptions qui pourraient voter démocrate. On les fractionne de telle manière que bon nombre d’électeurs démocrates seront noyés dans des circonscriptions républicaines.

Devant cette supercherie opérée sans cachotterie, le gouverneur Newsom de la Californie a annoncé que son État ferait pièce au Texas, cette fois-ci pour favoriser les démocrates. Que restera-t-il de la crédibilité de la démocratie américaine, si d’autres États se livrent aussi à cette danse maléfique?

3. La légitimité des élections

On le sait, Donald Trump a refusé de reconnaitre les résultats du scrutin présidentiel de 2020. Le 6 janvier de l’année suivante, il a incité ses partisans à prendre d’assaut le Capitole pour empêcher la certification de Joe Biden. C’est ce qu’on appelle une tentative de coup d’État.

Interrogé à propos des élections de mi-mandat, en novembre prochain, il a indiqué qu’il en reconnaitrait le résultat, « si elles sont honnêtes ». Le simple fait de poser une question de ce genre au président est déjà un indicateur inquiétant de l’état lamentable de la démocratie états-unienne. Et que dire de sa réponse, lourde de sous-entendus?

4) Centraliser les élections

Le président actuel veut maintenant centraliser la conduite des élections, ce qui contrevient à la Constitution. Celle-ci prévoit que ce sont les États qui organisent les scrutins fédéraux, et non le gouvernement central, comme cela se fait au Canada.

Cette volonté de prendre le contrôle du déroulement des prochaines élections n’est évidemment pas innocent.

5) La guerre contre les médias

Selon Donald Trump, les médias sont les ennemis du peuple, une terminologie qu’employait Staline pour dénoncer ceux qui avaient le courage de s’opposer à lui. Or, de plus en plus, les républicains cherchent à contrôler les journalistes qui se présentent aux conférences de presse, que ce soit à la Maison-Blanche ou au Pentagone.

Souvent, les reporters plus critiques, ceux qui posent des questions embêtantes, ne sont plus admis aux conférences de presse. Ils sont remplacés par des journalistes complaisants, de publications sympathiques au président, qui posent des questions préparées à Trump.

Pis encore, le président a intenté des poursuites en diffamation de 15 milliards de dollars contre le Wall Street Journal à la suite de la publication d’un article. Les tribunaux ont jugé sa plainte non fondée.

Néanmoins, l’intimidation des médias est un signe inquiétant et rien ne garantit que le président n’y recourra pas encore.

Une démocratie qui vacille

Le terme illibéralisme a un bel avenir devant, surtout quand l’ancien phare de la démocratie libérale semble en voie de s’éteindre.   

Force est de constater que les contre-pouvoirs constitutionnels sont enrayés en bonne partie. Le Congrès n’exerce pas son rôle de baliser le pouvoir du président. Beaucoup se demandent quand il se réveillera au juste.

Pour l’instant, le seul contre-pouvoir efficace demeure celui des tribunaux. Mais pendant combien de temps?

Golfe Persique

La guerre en Iran nous impose une petite leçon de géographie. Tout le monde, ou presque, connait l’existence du golfe Persique et de son embouchure, le détroit d’Ormuz.

Le Golfe en question borde l’Iran ainsi que la péninsule d’Arabie. Or, l’Iran se faisait appeler jadis la Perse, jadis un grand empire. D’où le nom de golfe Persique. Comme je l’ai mentionné dans d’autres articles, les appellations géographiques sont souvent arbitraires. Par exemple, l’océan Indien lèche les côtes de l’Inde, certes, mais aussi du Bangladesh et du Myanmar, entre autres.

Quant à lui, le golfe Persique borde l’Iran, mais aussi d’autres États : Oman, les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, l’Arabie saoudite, l’Iraq et le Koweït. Trouver une appellation qui ferait plaisir à tout le monde serait un exercice périlleux.

Certains auteurs parlent du golfe Arabo-Persique. La référence à la péninsule arabique rétablit un certain équilibre.

Le régime des mollahs bombarde ce que l’on appelle les États du Golfe, c’est-à-dire les pays ayant un littoral avec le golfe Persique.

Majuscule

Les règles du français quant à l’utilisation des majuscules dans les toponymes sont assez claires. Le générique golfe s’écrit en minuscule tandis que le spécifique Persique prend la majuscule.

Une ellipse reporte la majuscule à Golfe dans l’expression pays du Golfe, car on sous-entend golfe Persique. Ainsi va le français avec son jeu de bascule majuscule/minuscule.

Le nom des habitants

Dans un article précédent, j’expliquais le changement survenu pour le nom des habitants des pays du Golfe. Prolifération des finales en -i au détriment des noms français. C’est ici.

Heureusement, l’Iran a été épargné : on parle bel et bien des Iraniens, et non des Iranis. Pour autant que je sache, il n’y a pas de nom collectif pour les habitants des pays du Golfe.

Le Bahreïn

La guerre en Iran déborde sur les États du Golfe, sous-entendu le golfe Persique. Le petit royaume de Bahreïn subit les tirs envoyés par la République islamique, tout comme le Qatar et les Émirats arabes unis.

Avec ou sans article?

Les commentateurs français aussi bien que canadiens énoncent le nom du royaume de deux manières :

  1. On parle de Bahreïn tout court, sans article;
  2. On parle du Bahreïn, avec article.

L’utilisation de l’article est plus naturelle; après tout, ne dit-on pas le Qatar? Sans parler de l’Arabie saoudite ou du Yémen? Alors d’où vient cette incongruité?

Première hypothèse : (le) Bahreïn est un archipel et les noms d’îles s’énoncent souvent sans article : Cuba, Saint-Pierre-et-Miquelon. Toutefois, il faut remarquer que l’archipel nippon se dit le Japon.

Seconde hypothèse : on traite Bahreïn comme un nom d’île, donc pas d’article. Pourtant, une grande île comme le Sri Lanka requiert l’article. À noter également qu’on disait jadis Ceylan sans article… L’usage a donc évolué.

Un nouvel usage?

La question se pose : un nouvel usage est-il en train de se créer? On peut penser que oui. On pourrait argüer que les scribes qui parlent du Bahreïn pèchent par ignorance. C’est bien possible. Mais on peut aussi supposer qu’ils trouvent absurde de mettre un article à Qatar mais pas à Bahreïn.

Cette absence d’article est d’autant plus illogique que le nom arabe de l’émirat est al-Bahrayn. On voit donc que les arabophones utilisent l’article al. Alors pourquoi ne pas faire la même chose en français?

Limoger

Le verbe limoger a une origine intéressante et particulièrement originale. Son nom dérive de la ville de Limoges, en France. C’était l’endroit où le maréchal Joffre affectait les généraux qu’il jugeait incapables, pendant la Grande Guerre, future Première Guerre mondiale.

On disait alors que le général Groprunot avait été « limogé ».

Des petits hasards comme celui-ci forgent la langue et expliquent certaines incohérences apparemment illogiques, qui finissent par investir le français par le portillon du jardin.

Le verbe limoger a pris le sens général de renvoyer quelqu’un. En fait, le limogeage est la destitution ou le déplacement d’une personne jugée incompétente. Les amateurs de hockey se souviendront que le président du Canadien de Montréal Ronald Corey avait limogé son directeur général Serge Savard.

Dans le contexte de la fonction publique, on pourrait employer le verbe révoquer : on révoque un fonctionnaire. Ne vous inquiétez pas, c’est très rare…

Un dangereux faux ami

En anglais, dans un style relevé (lui aussi très rare), on pourrait parler de demission, que le Collins définit comme suit : « relinquishment of or abdication from an office, responsability ». Des synonymes nettement plus courants existent : dismiss, fire, etc.

Un traducteur incapable serait porté à parler de la démission d’un fonctionnaire, ce qui serait un faux sens. Un rédacteur plumitif dirait que le général Groprunot a été démissionné… Nul doute que ces deux énergumènes seraient limogés sur-le-champ.

Disgrâce

Depuis quelques années déjà, l’ancien prince Andrew est en disgrâce en Grande-Bretagne pour avoir fréquenté le pédophile Jeffrey Epstein. Or, il vient tout juste d’être arrêté parce qu’il aurait révélé des secrets d’État à des entreprises étrangères.

Certains diront que les agissements de Andrew Mountbatten sont une véritable disgrâce.

C’est aussi dans ces termes que s’exprime le président des États-Unis après le jugement de la Cour suprême qui statue que les droits tarifaires imposés à plusieurs autres pays sont illégaux.

« Ce jugement est une disgrâce », s’est exclamé le grand homme, outré.

Un autre faux ami?

Employer le mot disgrâce en français c’est comme marcher sur un fil de fer. Un faux pas et c’est l’anglicisme insidieux qui nous guette.

Dans le cas du président étasunien, il faudrait dire que le jugement est une honte, qu’il est scandaleux. En effet, le terme anglais disgrace peut se traduire ainsi. Autrement dit, les juges du tribunal suprême ont pris une décision inacceptable, une très mauvaise décision.

Là où le français rejoint l’anglais, c’est lorsque l’on dit qu’une personne est en disgrâce à cause des actes répréhensibles qu’elle a commis. C’est le cas de Andrew Mountbatten Windsor.

Disgrâce en français

Dans notre langue, une perte de faveur est une disgrâce. On dira que l’ancien prince britannique est tombé en disgrâce, parce qu’il a eu des rapports sexuels avec des personnes mineures.

Ce scandale secoue la Grande-Bretagne et ébranle la monarchie britannique. C’est une honte, mais non pas une disgrâce, au sens strict du français.

L’Iran en révolte

La République islamique d’Iran n’a jamais été aussi vulnérable. Ce fruit pourri de l’islam politique semble sur le point de tomber.

Chronique en deux volets. Le premier porte sur le terme anglais proxy et le second est une somme de mes réflexions sur la situation en Iran après avoir lu divers articles dans la presse étrangère. Vous y trouverez un tas de détails qui sont ignorés par nos médias locaux, dont la couverture internationale est vraiment minimale.

Proxies

La République islamique soutient divers groupes terroristes que sont le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen.

Le terme proxy vient bien entendu de l’anglais et il peut sembler difficile à traduire. Lu récemment dans Le Figaro : les affidés de Téhéran. Une jolie trouvaille, bien que le mot soit quelque peu obscur pour bien des gens. On pourrait lui substituer acolytes ou parler des complices de l’Iran. Les méchantes langues diront les sbires

Le terme proxy existe en français. Il désigne en informatique un serveur mandataire, c’est-à-dire un serveur secondaire.

Fin du volet linguistique.

Une insurrection contre le régime islamique

Au Québec, la presse bien-pensante essaie de faire croire que les émeutes récentes en Iran étaient surtout dues à la vie chère. Du bout des lèvres, elle est bien obligée de mentionner que beaucoup d’Iraniens veulent en finir avec cette tyrannie religieuse qui les écrase depuis 1979.

Pourtant, l’évidence s’impose : la vaste majorité de la population est excédée par le régime des mollahs. De nombreux manifestants réclament la tête de l’ayatollah Khamenei, d’autres brandissent des pancartes en faveur de Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979 par la Révolution islamique.

Autre fait qu’ignorent nos médias, toujours soucieux de ménager l’islam, c’est que cette révolte n’a rien de nouveau. Depuis des décennies, la population iranienne élit des parlementaires progressiste au Majlis, le Parlement. Elle a aussi élu des présidents modernes déterminés à moderniser le régime. Pensons à Akbar Hachémi Rafsandjani en 1989 ou à Mohammad Khatani, élu en 1997. Il se sont tous heurtés au pouvoir religieux inflexible : les ayatollahs ont toujours le dernier mot. La volonté de changement de la population reste lettre morte.

L’opposition iranienne

Les récentes émeutes n’ont pas suffi à renverser le régime islamique. Le peuple iranien est laissé à lui-même : il n’a pas de leader qui pourrait prendre la tête de l’insurrection. Celle-ci est spontanée et désorganisée. Mais, surtout, elle n’a pas d’armes pour tenir tête à cette armée redoutable que sont les Gardiens de la révolution

Les Gardiens de la révolution

Un État dans l’État. Ils comptent 200 000 hommes, armés jusqu’aux dents, mieux équipés, en fait, que l’armée régulière.

La République islamique ne faisait pas confiance à l’armée régulière, qu’elle soupçonnait de soutenir le shah exilé. Les Gardiens de la révolution sont donc devenus l’armée privée des mollahs. Ce sont des hauts gradés de l’armée, des anciens combattants contre l’Iraq… mais aussi toute une fratrie d’opportunistes, de gens d’affaires qui s’enrichissent, fait paradoxal, grâce aux sanctions.

Les Gardiens de la révolution possèdent une flotte de 60 pétroliers, amarrés à des ports privés, grâce à laquelle ils peuvent vendre du pétrole illégalement. Ils sont également dans l’import-export et contournent les sanctions occidentales en s’en mettant plein les poches par la vente de produits interdits.

Bref, une sorte de multinationale mafieuse, considérée comme un groupe terroriste par le Canada et, enfin, par l’Union européenne, tout dernièrement.

Les insurgés iraniens devront marcher sur le corps des Gardiens de la révolution s’ils veulent se débarrasser des mollahs. Or, ils ne le peuvent pas sans aide extérieure.

Impasse

Le régime islamique n’a plus rien à offrir à sa population. Les diatribes contre Israël et le Satan américain ne portent plus. La pudibonderie imposée à la population ne fait que dresser celle-ci contre le régime. Les femmes brûlent parfois leur hidjab en pleine rue; d’autres ne le portent plus, mettant leur vie en péril. Pensons à Mahsa Amini, jeune Kurde battue à mort en 2022 parce que son voile était mal ajusté.

L’élément déclencheur des émeutes du début de l’année est la misère économique due à l’incompétence monstrueuse des élites religieuses. Les religieux ne sont pas des administrateurs chevronnés. Comme le disait l’ayatollah Khomeini, « les économistes sont des ânes. » Eh bien les ânes ce sont eux, les religieux!

En clair, les mollahs sont incapables d’assurer la prospérité économique du pays. Le taux de chômage est de l’ordre de 40 pour 100. Comble de malheur, la classe moyenne s’appauvrit et les classes populaires ont perdu tout espoir d’ascension sociale. Une situation explosive.

Bien entendu, les sanctions ont un effet délétère sur la population, mais il ne faut pas se leurrer, c’est d’abord et avant tout l’incompétence des religieux qui est responsable du bourbier économique actuel.

Autre pièce du puzzle, le rôle politique de l’Iran sur l’échiquier international.

L’Iran est un élément perturbateur au Moyen-Orient depuis des décennies, une sorte de boutefeu très dérangeant. Sa cible principale est Israël, mais les pétromonarchies tout autour sont agacées par l’instabilité provoquée par les manigances de Téhéran, notamment de son utilisation de complices pour perpétrer des actes terroristes. À cela s’ajoute un autre facteur de division : les Iraniens sont chiites, tandis que la majorité des peuples environnants est sunnite.

Des conditions inacceptables

Le président états-unien a promis son aide aux insurgés avant de retourner sa veste. Il semble maintenant chercher un deal, comme il les affectionne. Pourtant, les conditions qu’il veut imposer à Téhéran sont inacceptables pour le régime des mollahs. En effet, l’Iran doit :

  • Renoncer à son programme nucléaire.
  • Arrêter de tyranniser la population.
  • Mettre fin à l’appui à des groupes terroristes comme le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban et aux Houthis au Yémen.

On pourrait penser que le locataire de la Maison-Blanche est un fin stratège en poussant Téhéran dans ses derniers retranchements, sachant très bien que l’ayatollah Khamenei n’acceptera jamais ces conditions. Au fond, Washington demande la capitulation de du régime islamique.

Que va faire Washington?

Mais le président américain n’a pas cette finesse de jugement. Il a carrément laissé tomber la population iranienne à qui il avait promis son aide. Le voilà maintenant en train de négocier un deal sur le nucléaire. Chose certaine, la population ne s’est pas soulevée pour avoir une entente sur le nucléaire. Les 30 000 personnes massacrées par les Gardiens de la révolution ne protestaient pas contre les stocks de plutonium enrichi.

Trahison? C’est ce que pensent bien des Iraniens interrogés sur place par des journalistes français. Malheureusement pour les Iraniens, la suite des choses n’est pas claire.

Au sein de la Maison-Blanche, isolationnistes et interventionnistes se disputent l’attention du président, qui semble indécis, même s’il a dépêché quelques navires de guerre non loin de l’ancienne Perse.

Les isolationnistes craignent que les États-Unis s’embourbent dans un autre conflit interminable, comme en Afghanistan ou en Iraq, sans parler de la catastrophe en Libye. Par ailleurs, disent les interventionnistes, l’occasion n’a jamais été aussi favorable pour se débarrasser de la République islamique.

Idéalement, la révolution devrait venir de l’intérieur. Il faudrait que l’armée et les forces policières prennent position en faveur de la population. Jusqu’à maintenant elles n’ont pas bougé, d’autant plus que les Gardiens de la révolution veillent au grain.

Si soldats et policiers en venaient à soutenir la population, la révolution pourrait mener à une guerre civile dont l’issue est imprévisible. À moins, bien sûr, que Washington…

Cassation

Écouter les informations françaises à TV5, ou les lire dans un journal de l’Hexagone, est une immersion dans la fontaine de jouvence pour tout Nord-Américain francophone.

On est frappé par la richesse du vocabulaire, un débit fluide, des phrases bien construites, non inspirées de la syntaxe anglaise.

L’affaire Marine Le Pen met en évidence des différences flagrantes entre le vocabulaire juridique français et celui qui a cours au Québec et au Canada.

Dans le cas de Mme Le Pen, il est question de cassation. La cheffe du Rassemblement national veut faire annuler une décision du tribunal. Elle forme un pouvoi en cassation. Cette formulation est inusitée au Canada.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on va en appel, on interjette appel. Le mot cassation risque d’être mal compris.

Pourtant, le mot est bel et bien français : « Annulation, par une cour suprême, d’un jugement, d’une décision rendue en dernier ressort par une cour d’une juridiction inférieure. » Dixit le Robert.

(Au Canada français, le mot juridiction est trop souvent employé dans son sens anglais d’État ou d’administration.)

En toute logique, une cour de cassation est ce qu’on appelle chez nous un tribunal d’appel.

Renverser une décision

En toute logique, une juridiction supérieure peut casser une décision rendue par un tribunal inférieur.

Des variantes existent : annuler, infirmer une décision.

Toutefois, « renverser une décision », comme on l’entend très souvent dans nos contrées, est un calque de l’anglais. Pensez-y, avez-vous déjà vu une cour de renversement? Par pitié, chers juristes et chers journalistes, évitez cette formulation anglo-saxonne.

Autre pays, autres mœurs

Bien entendu, il ne saurait être question d’adopter intégralement le vocabulaire français, d’autant plus que les mots de la justice sont souvent incompréhensibles pour le commun des mortels. Mais, il me semble qu’entendre une fois de temps à autre sur nos ondes que la Cour suprême vient de casser une décision serait une bouffée d’air frais.

La cause est entendue.

Internet

Internet est un univers fantasmagorique, peuplé d’anges et de démons. Un enfer serti dans l’écrin d’un paradis (je suis en piste pour le Goncourt).

La Grande Toile, comme on l’appelle parfois, présente aussi quelques problèmes sur le plan linguistique.

Internet, mode d’emploi

L’auteur de ce billet – qui n’est pas un robot, soit dit en passant – a contourné la question de la majuscule en amorçant son texte avec le mot litigieux : Internet.

Un petit coup d’œil aux grands dictionnaires révèle une certaine ambiguïté, qui se reflète dans l’usage. Le Larousse donne Internet et internet. Le Robert précise qu’on peut dire l’internet, avec minuscule. Comme on le voit, l’utilisation du déterminant le serait acceptable, mais il me semble qu’elle s’inspire de l’anglais the Internet.

À noter toutefois que certains considèrent Internet comme un nom propre et l’écrivent avec la majuscule initiale. Je suis de cet avis.

Le Robert donne la Toile, le Net et le Web comme synonymes.

Web

Le Web, c’est l’ensemble des données reliées par des liens hypertextes. Un diminutif de World Wide Web. Là encore, on observe une alternance entre majuscule initiale et minuscule initiale. Le mot ne prend pas la marque du pluriel. On écrira donc des sites Web.

Sur Internet?

Se pose maintenant la question de la préposition. On navigue sur Internet ou dans internet? Une visite dans la Vitrine linguistique de l’Office québécois de la langue française nous réserve quelques surprises.

L’Office donne l’explication suivante :

Le cyberespace peut être considéré métaphoriquement comme un volume (ce qui appelle la préposition dans) ou comme une surface (ce qui appelle la préposition sur). Les deux prépositions, dans et sur, peuvent donc être employées devant un nom désignant un cyberespace, comme Internet, site Web, réseau social, blogue, etc.

En clair, on navigue dans Internet, on a vu un article dans le Web, on se promène dans le site Web d’Air Canada. Vous lisez mon article dans mon blogue. Dans toutes les phrases qui précèdent, on peut aussi employer la préposition sur.

L’Office justifie l’utilisation de la préposition sur en faisant valoir qu’on surfe sur quelque chose. Dixit l’OQLF :

Lorsqu’on utilise sur, on se représente le cyberespace comme une surface sur laquelle on se déplace, un peu comme avec un bateau. Le verbe naviguer, dont le sens premier est « voyager sur l’eau », peut d’ailleurs renforcer cette conception. Ainsi, on évoque la navigation maritime au lieu de la navigation aérienne.

On surfe donc sur le Net, on se promène sur les réseaux sociaux. Sur mon blogue, vous trouverez des articles de fond et des conseils linguistiques.

J’ai encore du mal à digérer cette prise de position des linguistes de l’Office. En fait, je la trouve plutôt déroutante. Elle sème une dangereuse confusion. Une seule chose est claire : le verbe surfer appelle la préposition sur.

Personnellement, je surfe sur le Web du New York Times, mais j’ai découvert une information dans les réseaux sociaux et vous trouverez des centaines d’articles instructifs dans mon blogue.

Sur ou dans? Un petit coup d’œil aussi bien dans la littérature que dans la Toile permet de constater que l’usage est très diversifié.

Exfiltrer

L’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis défraie la manchette, pour toutes sortes de raisons. L’une d’entre elles, linguistique, fait l’objet de cette chronique.

Certains médias ont parlé d’exfiltration, ce qui est inexact. Un simple coup d’œil au Petit Robert aurait permis d’éviter l’erreur. Voyons ce que dit le dictionnaire.

« Assurer le rapatriement de (un agent secret) au terme de sa mission. Organiser clandestinement la fuite de (qqn qui se trouve en milieu hostile). Exfiltrer des dissidents. »

On voit tout de suite que ça ne colle pas. Il aurait été plus juste de parler d’extradition, procédé qui consiste à se faire livrer un individu condamné. Par exemple, la France peut demander au Portugal l’extradition d’un trafiquant de drogues coupable de plusieurs crimes dans l’Hexagone.

Venezuela

Un petit mot sur ce toponyme espagnol, qui s’écrit sans accent, alors que le gentilé Vénézuélien en prend deux. Un autre illogisme du français? Pas vraiment, car Vénézuélien est bel et bien un mot français, et non espagnol. Dans la langue de Cervantès, on dit Venezolano.

Dans une autre chronique, j’ai déjà exprimé le vœu que certains toponymes étrangers soient écrits avec les accents du français. Matière à réflexion.

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