Une chronique cul par-dessus tête qui demande un certain CULot. Un mot innocent de trois lettres qui oscille entre vulgarité et acceptabilité. Car on peut parler de cul sans nécessairement être vulgaire et ceux qui souhaiteraient être dyslexiques pour éviter bassesse et trivialité seront confondus. Ils en resteront sur le cul.
Un mot comme un autre
On aurait tort de penser que cul rime sans cesse avec trivialité. Les automobilistes qui s’engagent dans un cul-de-sac pourront en témoigner, de même que les culs-de-jatte et toutes les personnes qui parlent avec la bouche en cul-de-poule. Celles qui pètent plus haut que le cul, bref. Au Québec, on est plus poli et on pète plus haut que le trou. L’honneur est sauf.
Les amateurs de vins aiment faire cul sec et boivent leur élixir jusqu’au fond de la bouteille. Ce fond de bouteille s’appelle le cul de la bouteille et jamais ne pourra-t-on accuser un œnologue de vulgarité lorsqu’il en parle. Eh oui, cul revêt parfois ses habits de gala et se glisse dans les conversations les plus innocentes. De quoi tomber sur le cul, diront les loustics, surtout si ladite bouteille nous coûte la peau du cul.
Un mot pas comme les autres
Il m’a fallu me botter le cul pour écrire ce texte, car le mot cul est le plus souvent employé dans un contexte de vulgarité. Qu’on en juge par les quelques expressions suivantes :
- En avoir plein le cul : en avoir assez.
- Se bouger le cul : se grouiller, réagir.
- Lécher le cul : flatter quelqu’un.
- Avoir le feu au cul : être en colère.
En Europe
Il y a prolifération d’expressions avec le mot cul, dont un certain nombre sont plutôt inusitées de ce côté-ci de l’Atlantique.
L’expression très imagée avoir le cul bordé de nouilles, c’est-à-dire être veinard, ne se voit pas au Canada français. Elle pourrait même susciter l’étonnement. Avoir du pot serait mieux compris.
Un peu de porno? Allons voir un film de cul, ou, de façon plus moderne, pourquoi ne pas le regarder sur son ordinateur, bien assis sur son cul. Tant qu’à y être, consultons les sites de rencontre pour se trouver un plan cul avec une gentille partenaire, généreuse de sa personne.
Un plan cul, vous dites? Jamais entendu cela ici. S’offrir une bonne baise, peut-être.
Autre expression étrange pour nous. Renaud chantait que les Français sont une bande de faux-culs, donc des hypocrites. Ce terme étonne.
Et que dire de cul-terreux? Une façon péjorative de décrire les paysans. Là encore, inusité au Québec et au Canada.
Icitte
Dans nos contrées enneigées, où des températures négatives, qualifiées de polaires en Europe, ne sont que rafraichissantes, on ne se pogne pas le cul. Non, on se grouille le cul… Et, s’il le faut, on se donne des coups de pied au cul pour affronter un froid polaire, soit en bas de vingt sous zéro.
Pourtant l’expression se pogner le cul est entrée dans le Robert. Signification? Ne rien faire tout simplement, comme on dit icitte (ici). On en reste sur le cul, n’est-ce pas?
La disgrâce dont souffre le nom seul étonne d’autant plus que personne n’est gêné par les mots très nombreux qui en dérivent : acculer, basculer, bousculer, culbuter, éculer, reculer et leurs familles respectives.
Cela a-t-il un rapport avec la Révolution française pendant lequel le sans-culotte a été roi ? On aurait pourtant dû avoir l’effet inverse…
Je n’avais pas pensé aux dérivés. Bon point.
« avoir le cul bordé de nouilles », cette expression m’a bien fait rire!
C’est en effet très étrange et on se demande bien d’où ça vient.
Super votre blogue sur le « cul »! En Suisse, il me semble que l’on dit aussi « se donner un coup de pied au cul » pour « se lever, se bouger le cul », et faire ce qu’on a à faire » quoi, mais peut-être que depuis le temps que je suis icitte, je ne sais plus trop d’où me viennent certaines expressions!
Il est bien possible que le Québec et la Suisse partagent certaines expressions.
À tomber sur le cul…