Limoger

Le verbe limoger a une origine intéressante et particulièrement originale. Son nom dérive de la ville de Limoges, en France. C’était l’endroit où le maréchal Joffre affectait les généraux qu’il jugeait incapables, pendant la Grande Guerre, future Première Guerre mondiale.

On disait alors que le général Groprunot avait été « limogé ».

Des petits hasards comme celui-ci forgent la langue et expliquent certaines incohérences apparemment illogiques, qui finissent par investir le français par le portillon du jardin.

Le verbe limoger a pris le sens général de renvoyer quelqu’un. En fait, le limogeage est la destitution ou le déplacement d’une personne jugée incompétente. Les amateurs de hockey se souviendront que le président du Canadien de Montréal Ronald Corey avait limogé son directeur général Serge Savard.

Dans le contexte de la fonction publique, on pourrait employer le verbe révoquer : on révoque un fonctionnaire. Ne vous inquiétez pas, c’est très rare…

Un dangereux faux ami

En anglais, dans un style relevé (lui aussi très rare), on pourrait parler de demission, que le Collins définit comme suit : « relinquishment of or abdication from an office, responsability ». Des synonymes nettement plus courants existent : dismiss, fire, etc.

Un traducteur incapable serait porté à parler de la démission d’un fonctionnaire, ce qui serait un faux sens. Un rédacteur plumitif dirait que le général Groprunot a été démissionné… Nul doute que ces deux énergumènes seraient limogés sur-le-champ.

2 réflexions sur « Limoger »

  1. Pour ‘limoger’, le passage au sens de ‘mettre à la porte’ est abusif. Historiquement et proprement, cela correspond plus au moderne « mettre au placard », « en deuxième ligne » et accessoirement à briser les espoirs de carrière.
    Je viens de retrouver une des premières mentions, de 1917, où le terme figure encore entre guillemets. Il a été difficile au maréchal Joffre d’envoyer à l’arrière de nombreux officiers généraux qui n’avaient pas forcément démérité mais qui étaient en surnombre pour pour la phase d’offensive qu’il envisageait.

  2. J’utilise couramment ‘congédier’, quoique il est vrai que ce n’est pas très reconnu par les gouvernements.

Répondre à Leo Bourdon Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *