La guerre que mènent les États-Unis en Iran constitue un indice de plus de la décadence démocratique de ce grand pays, jadis respecté un peu partout dans le monde. De plus en plus, une évidence s’impose : les États-Unis sont devenus un pays illibéral.
Définition
Commençons par définir ce terme, un néologisme, qui se répand de plus en plus. Il a d’ailleurs fait une percée dans le Larousse :
« Qui est opposé au libéralisme, à ses principaux fondements, tels que la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l’État de droit et les libertés individuelles. »
Dans un article précédent, j’expliquais qu’un État devient illibéral lorsque les règles démocratiques fondamentales ne sont plus entièrement respectées. Un tel État peut revêtir les nobles habits de la démocratie, tout en continuant d’en saper les principes fondamentaux.
Un bel exemple est la Hongrie de Victor Orban. Son parti, Fidesz, pourrait perdre les prochaines élections législatives, dimanche prochain, après un règne de 16 ans. Le régime est illibéral entre autres parce que le système électoral favorise le parti au pouvoir, les circonscriptions ayant été découpées pour l’avantager.
Récemment, on a découvert une charge d’explosifs visant un gazoduc entre la Serbie et la Hongrie. Les observateurs sur place s’interrogent sur l’authenticité de ce projet d’attentat et pointent le gouvernement de Budapest, qui chercherait à créer un état d’urgence factice.
La Turquie, la Russie et l’Iran sont d’autres pays illibéraux. Bien sûr, les citoyens vont aux urnes, mais dans des conditions totalement différentes que celles qui règnent dans des démocraties évoluées, comme le Canada, la France ou l’Allemagne.
Les États-Unis illibéraux
Les États-Unis ne sont plus la démocratie inspirante qu’ils étaient. En 2024, le Democracy Index, de l’Economist Intelligence Unit, plaçait les États-Unis au vingt-huitième rang, derrière des pays comme l’Uruguay, le Costa Rica et Taïwan. Le Canada se classait au quatorzième rang, derrière la Norvège, la Suède, la Suisse et le Danemark.
Voici quelques éléments de réflexion sur l’état de la démocratie américaine.
- La guerre illégale contre l’Iran
Le déclenchement illégal de la guerre contre l’Iran, sans obtenir l’aval du Congrès, est un exemple flagrant de violation de la Constitution états-unienne. On se rappelle sûrement du discours de Franklin Roosevelt au Capitole, dans lequel il dénonçait l’infamie du Japon après l’attaque de Pearl Harbor. Roosevelt demandait au Congrès de déclarer la guerre au Japon.
Le président actuel n’a jamais demandé la permission de personne pour attaquer l’Iran. Il entraine son pays et le reste du monde dans un conflit insensé et personne, aux États-Unis, ne semble capable de l’arrêter.
Ce n’est que la dernière conséquence de l’effritement de la démocratie chez nos voisins du Sud.
2. Le gerrymandering
Le découpage frauduleux des circonscriptions électorales est devenu une pratique courante aux États-Unis. L’État du Texas veut diminuer le nombre de circonscriptions qui pourraient voter démocrate. On les fractionne de telle manière que bon nombre d’électeurs démocrates seront noyés dans des circonscriptions républicaines.
Devant cette supercherie opérée sans cachotterie, le gouverneur Newsom de la Californie a annoncé que son État ferait pièce au Texas, cette fois-ci pour favoriser les démocrates. Que restera-t-il de la crédibilité de la démocratie américaine, si d’autres États se livrent aussi à cette danse maléfique?
3. La légitimité des élections
On le sait, Donald Trump a refusé de reconnaitre les résultats du scrutin présidentiel de 2020. Le 6 janvier de l’année suivante, il a incité ses partisans à prendre d’assaut le Capitole pour empêcher la certification de Joe Biden. C’est ce qu’on appelle une tentative de coup d’État.
Interrogé à propos des élections de mi-mandat, en novembre prochain, il a indiqué qu’il en reconnaitrait le résultat, « si elles sont honnêtes ». Le simple fait de poser une question de ce genre au président est déjà un indicateur inquiétant de l’état lamentable de la démocratie états-unienne. Et que dire de sa réponse, lourde de sous-entendus?
4) Centraliser les élections
Le président actuel veut maintenant centraliser la conduite des élections, ce qui contrevient à la Constitution. Celle-ci prévoit que ce sont les États qui organisent les scrutins fédéraux, et non le gouvernement central, comme cela se fait au Canada.
Cette volonté de prendre le contrôle du déroulement des prochaines élections n’est évidemment pas innocent.
5) La guerre contre les médias
Selon Donald Trump, les médias sont les ennemis du peuple, une terminologie qu’employait Staline pour dénoncer ceux qui avaient le courage de s’opposer à lui. Or, de plus en plus, les républicains cherchent à contrôler les journalistes qui se présentent aux conférences de presse, que ce soit à la Maison-Blanche ou au Pentagone.
Souvent, les reporters plus critiques, ceux qui posent des questions embêtantes, ne sont plus admis aux conférences de presse. Ils sont remplacés par des journalistes complaisants, de publications sympathiques au président, qui posent des questions préparées à Trump.
Pis encore, le président a intenté des poursuites en diffamation de 15 milliards de dollars contre le Wall Street Journal à la suite de la publication d’un article. Les tribunaux ont jugé sa plainte non fondée.
Néanmoins, l’intimidation des médias est un signe inquiétant et rien ne garantit que le président n’y recourra pas encore.
Une démocratie qui vacille
Le terme illibéralisme a un bel avenir devant, surtout quand l’ancien phare de la démocratie libérale semble en voie de s’éteindre.
Force est de constater que les contre-pouvoirs constitutionnels sont enrayés en bonne partie. Le Congrès n’exerce pas son rôle de baliser le pouvoir du président. Beaucoup se demandent quand il se réveillera au juste.
Pour l’instant, le seul contre-pouvoir efficace demeure celui des tribunaux. Mais pendant combien de temps?