L’Iran en révolte

La République islamique d’Iran n’a jamais été aussi vulnérable. Ce fruit pourri de l’islam politique semble sur le point de tomber.

Chronique en deux volets. Le premier porte sur le terme anglais proxy et le second est une somme de mes réflexions sur la situation en Iran après avoir lu divers articles dans la presse étrangère. Vous y trouverez un tas de détails qui sont ignorés par nos médias locaux, dont la couverture internationale est vraiment minimale.

Proxies

La République islamique soutient divers groupes terroristes que sont le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen.

Le terme proxy vient bien entendu de l’anglais et il peut sembler difficile à traduire. Lu récemment dans Le Figaro : les affidés de Téhéran. Une jolie trouvaille, bien que le mot soit quelque peu obscur pour bien des gens. On pourrait lui substituer acolytes ou parler des complices de l’Iran. Les méchantes langues diront les sbires

Le terme proxy existe en français. Il désigne en informatique un serveur mandataire, c’est-à-dire un serveur secondaire.

Fin du volet linguistique.

Une insurrection contre le régime islamique

Au Québec, la presse bien-pensante essaie de faire croire que les émeutes récentes en Iran étaient surtout dues à la vie chère. Du bout des lèvres, elle est bien obligée de mentionner que beaucoup d’Iraniens veulent en finir avec cette tyrannie religieuse qui les écrase depuis 1979.

Pourtant, l’évidence s’impose : la vaste majorité de la population est excédée par le régime des mollahs. De nombreux manifestants réclament la tête de l’ayatollah Khamenei, d’autres brandissent des pancartes en faveur de Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979 par la Révolution islamique.

Autre fait qu’ignorent nos médias, toujours soucieux de ménager l’islam, c’est que cette révolte n’a rien de nouveau. Depuis des décennies, la population iranienne élit des parlementaires progressiste au Majlis, le Parlement. Elle a aussi élu des présidents modernes déterminés à moderniser le régime. Pensons à Akbar Hachémi Rafsandjani en 1989 ou à Mohammad Khatani, élu en 1997. Il se sont tous heurtés au pouvoir religieux inflexible : les ayatollahs ont toujours le dernier mot. La volonté de changement de la population reste lettre morte.

L’opposition iranienne

Les récentes émeutes n’ont pas suffi à renverser le régime islamique. Le peuple iranien est laissé à lui-même : il n’a pas de leader qui pourrait prendre la tête de l’insurrection. Celle-ci est spontanée et désorganisée. Mais, surtout, elle n’a pas d’armes pour tenir tête à cette armée redoutable que sont les Gardiens de la révolution

Les Gardiens de la révolution

Un État dans l’État. Ils comptent 200 000 hommes, armés jusqu’aux dents, mieux équipés, en fait, que l’armée régulière.

La République islamique ne faisait pas confiance à l’armée régulière, qu’elle soupçonnait de soutenir le shah exilé. Les Gardiens de la révolution sont donc devenus l’armée privée des mollahs. Ce sont des hauts gradés de l’armée, des anciens combattants contre l’Iraq… mais aussi toute une fratrie d’opportunistes, de gens d’affaires qui s’enrichissent, fait paradoxal, grâce aux sanctions.

Les Gardiens de la révolution possèdent une flotte de 60 pétroliers, amarrés à des ports privés, grâce à laquelle ils peuvent vendre du pétrole illégalement. Ils sont également dans l’import-export et contournent les sanctions occidentales en s’en mettant plein les poches par la vente de produits interdits.

Bref, une sorte de multinationale mafieuse, considérée comme un groupe terroriste par le Canada et, enfin, par l’Union européenne, tout dernièrement.

Les insurgés iraniens devront marcher sur le corps des Gardiens de la révolution s’ils veulent se débarrasser des mollahs. Or, ils ne le peuvent pas sans aide extérieure.

Impasse

Le régime islamique n’a plus rien à offrir à sa population. Les diatribes contre Israël et le Satan américain ne portent plus. La pudibonderie imposée à la population ne fait que dresser celle-ci contre le régime. Les femmes brûlent parfois leur hidjab en pleine rue; d’autres ne le portent plus, mettant leur vie en péril. Pensons à Mahsa Amini, jeune Kurde battue à mort en 2022 parce que son voile était mal ajusté.

L’élément déclencheur des émeutes du début de l’année est la misère économique due à l’incompétence monstrueuse des élites religieuses. Les religieux ne sont pas des administrateurs chevronnés. Comme le disait l’ayatollah Khomeini, « les économistes sont des ânes. » Eh bien les ânes ce sont eux, les religieux!

En clair, les mollahs sont incapables d’assurer la prospérité économique du pays. Le taux de chômage est de l’ordre de 40 pour 100. Comble de malheur, la classe moyenne s’appauvrit et les classes populaires ont perdu tout espoir d’ascension sociale. Une situation explosive.

Bien entendu, les sanctions ont un effet délétère sur la population, mais il ne faut pas se leurrer, c’est d’abord et avant tout l’incompétence des religieux qui est responsable du bourbier économique actuel.

Autre pièce du puzzle, le rôle politique de l’Iran sur l’échiquier international.

L’Iran est un élément perturbateur au Moyen-Orient depuis des décennies, une sorte de boutefeu très dérangeant. Sa cible principale est Israël, mais les pétromonarchies tout autour sont agacées par l’instabilité provoquée par les manigances de Téhéran, notamment de son utilisation de complices pour perpétrer des actes terroristes. À cela s’ajoute un autre facteur de division : les Iraniens sont chiites, tandis que la majorité des peuples environnants est sunnite.

Des conditions inacceptables

Le président états-unien a promis son aide aux insurgés avant de retourner sa veste. Il semble maintenant chercher un deal, comme il les affectionne. Pourtant, les conditions qu’il veut imposer à Téhéran sont inacceptables pour le régime des mollahs. En effet, l’Iran doit :

  • Renoncer à son programme nucléaire.
  • Arrêter de tyranniser la population.
  • Mettre fin à l’appui à des groupes terroristes comme le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban et aux Houthis au Yémen.

On pourrait penser que le locataire de la Maison-Blanche est un fin stratège en poussant Téhéran dans ses derniers retranchements, sachant très bien que l’ayatollah Khamenei n’acceptera jamais ces conditions. Au fond, Washington demande la capitulation de du régime islamique.

Que va faire Washington?

Mais le président américain n’a pas cette finesse de jugement. Il a carrément laissé tomber la population iranienne à qui il avait promis son aide. Le voilà maintenant en train de négocier un deal sur le nucléaire. Chose certaine, la population ne s’est pas soulevée pour avoir une entente sur le nucléaire. Les 30 000 personnes massacrées par les Gardiens de la révolution ne protestaient pas contre les stocks de plutonium enrichi.

Trahison? C’est ce que pensent bien des Iraniens interrogés sur place par des journalistes français. Malheureusement pour les Iraniens, la suite des choses n’est pas claire.

Au sein de la Maison-Blanche, isolationnistes et interventionnistes se disputent l’attention du président, qui semble indécis, même s’il a dépêché quelques navires de guerre non loin de l’ancienne Perse.

Les isolationnistes craignent que les États-Unis s’embourbent dans un autre conflit interminable, comme en Afghanistan ou en Iraq, sans parler de la catastrophe en Libye. Par ailleurs, disent les interventionnistes, l’occasion n’a jamais été aussi favorable pour se débarrasser de la République islamique.

Idéalement, la révolution devrait venir de l’intérieur. Il faudrait que l’armée et les forces policières prennent position en faveur de la population. Jusqu’à maintenant elles n’ont pas bougé, d’autant plus que les Gardiens de la révolution veillent au grain.

Si soldats et policiers en venaient à soutenir la population, la révolution pourrait mener à une guerre civile dont l’issue est imprévisible. À moins, bien sûr, que Washington…

Cassation

Écouter les informations françaises à TV5, ou les lire dans un journal de l’Hexagone, est une immersion dans la fontaine de jouvence pour tout Nord-Américain francophone.

On est frappé par la richesse du vocabulaire, un débit fluide, des phrases bien construites, non inspirées de la syntaxe anglaise.

L’affaire Marine Le Pen met en évidence des différences flagrantes entre le vocabulaire juridique français et celui qui a cours au Québec et au Canada.

Dans le cas de Mme Le Pen, il est question de cassation. La cheffe du Rassemblement national veut faire annuler une décision du tribunal. Elle forme un pouvoi en cassation. Cette formulation est inusitée au Canada.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on va en appel, on interjette appel. Le mot cassation risque d’être mal compris.

Pourtant, le mot est bel et bien français : « Annulation, par une cour suprême, d’un jugement, d’une décision rendue en dernier ressort par une cour d’une juridiction inférieure. » Dixit le Robert.

(Au Canada français, le mot juridiction est trop souvent employé dans son sens anglais d’État ou d’administration.)

En toute logique, une cour de cassation est ce qu’on appelle chez nous un tribunal d’appel.

Renverser une décision

En toute logique, une juridiction supérieure peut casser une décision rendue par un tribunal inférieur.

Des variantes existent : annuler, infirmer une décision.

Toutefois, « renverser une décision », comme on l’entend très souvent dans nos contrées, est un calque de l’anglais. Pensez-y, avez-vous déjà vu une cour de renversement? Par pitié, chers juristes et chers journalistes, évitez cette formulation anglo-saxonne.

Autre pays, autres mœurs

Bien entendu, il ne saurait être question d’adopter intégralement le vocabulaire français, d’autant plus que les mots de la justice sont souvent incompréhensibles pour le commun des mortels. Mais, il me semble qu’entendre une fois de temps à autre sur nos ondes que la Cour suprême vient de casser une décision serait une bouffée d’air frais.

La cause est entendue.