La guerre en Iran déborde sur les États du Golfe, sous-entendu le golfe Persique. Le petit royaume de Bahreïn subit les tirs envoyés par la République islamique, tout comme le Qatar et les Émirats arabes unis.
Avec ou sans article?
Les commentateurs français aussi bien que canadiens énoncent le nom du royaume de deux manières :
- On parle de Bahreïn tout court, sans article;
- On parle du Bahreïn, avec article.
L’utilisation de l’article est plus naturelle; après tout, ne dit-on pas le Qatar? Sans parler de l’Arabie saoudite ou du Yémen? Alors d’où vient cette incongruité?
Première hypothèse : (le) Bahreïn est un archipel et les noms d’îles s’énoncent souvent sans article : Cuba, Saint-Pierre-et-Miquelon. Toutefois, il faut remarquer que l’archipel nippon se dit le Japon.
Seconde hypothèse : on traite Bahreïn comme un nom d’île, donc pas d’article. Pourtant, une grande île comme le Sri Lanka requiert l’article. À noter également qu’on disait jadis Ceylan sans article… L’usage a donc évolué.
Un nouvel usage?
La question se pose : un nouvel usage est-il en train de se créer? On peut penser que oui. On pourrait argüer que les scribes qui parlent du Bahreïn pèchent par ignorance. C’est bien possible. Mais on peut aussi supposer qu’ils trouvent absurde de mettre un article à Qatar mais pas à Bahreïn.
Cette absence d’article est d’autant plus illogique que le nom arabe de l’émirat est al-Bahrayn. On voit donc que les arabophones utilisent l’article al. Alors pourquoi ne pas faire la même chose en français?
Pour la France, la forme officielle (ministère) sans article reste largement majoritaire dans les médias : royaume ou golfe de Bahreïn, « à » Bahreïn, etc.
À noter que les considérations sur l’aspect insulaire semblent plutôt modernes. Pendant une bonne partie de son histoire multiséculaire, le nom a aussi englobé des zones de l’est de la péninsule arabique dont l’ile n’était que l’élément central.