Gardiens de la Révolution

Les experts s’entendent pour dire que les Gardiens de la Révolution islamique ont remplacé les mollahs à la tête de l’Iran.

Les Gardiens de la Révolution sont en quelque sorte la garde prétorienne des mollahs, un État dans l’État. Ils sont devenus une sorte de mafia fanatisée, qui profite largement des exportations de pétrole de l’État persan.  En outre, ils ont massacré les manifestants qui exigeaient la fin de la République islamique. Les Gardiens sont en fait un corps militaire bien mieux armé que l’armée régulière, ce qui explique peut-être la passivité de cette dernière devant les exactions commises contre la population iranienne.

Les gardiens de la révolution

J’en ai parlé à maintes reprises, le français est avare de majuscules, une denrée distribuée au compte-gouttes dans les appellations officielles. La minuscule possède un droit d’aînesse apparemment inaliénable.

Auparavant, la presse francophone parlait tout simplement des gardiens de la révolution, tout en minuscules, comme on le voit. Ici et là, des auteurs s’encanaillaient au point de glisser une majuscule : les Gardiens de la révolution. C’était un début

On pourrait citer comme exemple l’Armée populaire de Chine, la Fraction Armée rouge. On donne la majuscule au nom d’un groupe spécifique.

Reste la révolution. J’ai déjà dénoncé la prudence excessive du français quant aux noms de périodes historiques. Par exemple la Révolution française, mais la révolution américaine, la révolution russe ou la révolution islamique. Comme si tous ces tournants de l’histoire étaient sans importance.

Donc : la Révolution islamique, dont personne ne doute de la portée (parlez-en à toutes ces femmes maintenant forcées de porter le hidjab au Moyen-Orient).

Par conséquent, il conviendrait de mettre la majuscule aux Gardiens de la Révolution. Pour beaucoup de francophones prudents, c’est déjà une hérésie : deux majuscules dans une seule expression!

Le corps des gardiens de la révolution

Continuons notre promenade dans le désert.

L’appellation en titre est le nom officiel des Gardiens de la Révolution. Il est employé couramment dans la presse anglophone. Les francophones emboitent maintenant le pas.

Comme on pouvait s’y attendre, les graphies prolifèrent. Je vous fais grâce des diverses variantes, qui vont de la plus aride toute en minuscule à la plus audacieuse.

Comme dirait Columbo, il y a un détail qui me chicotte. Écrire le corps des gardiens de la révolution revient à nier le caractère officiel de cette organisation particulière. Or, nous avons déjà écrit les Gardiens de la Révolution.

Il serait particulièrement étrange de tout ramener à la minuscule triomphante; bref de passer de la serre chaude au reg desséché. Un majuscule initiale s’impose au mot Corps.

Écrire le Corps des gardiens de la révolution serait suffisant à bien des scribes. Mais, là encore, on aplatit le nom d’une institution. On ne peut pas tout à coup dépouiller les Gardiens de la Révolution de leurs majuscules arrachées aux esprits conservateurs.

 Le Corps des Gardiens de la révolution est donc la graphie qui s’impose.

2 réflexions sur « Gardiens de la Révolution »

  1. Pourquoi utiliser le mot « corps », puisque, me semble-t-il, on peut dire que les Gardiens de la révolution sont un corps armé ?

  2. Vous n’évoquez pas le mot central d’origine qui est ‘pasdaran’, syntagme farsi qui a été traduit au plus près par ‘gardien de la révolution’. En France les deux s’emploient indifféremment et rien ne justifie vraiment des majuscules à ce qui n’est qu’une dénomination militaire. On écrirait de la même manière ‘garde prétorien’, ‘troupes d’élite’, etc.
    C’est la nouveauté qui pousse à mettre indument des majuscules là où les guillemets naturels semblent trop lourds pour un usage répété (mais on peut se limiter à ne les mettre qu’à la première mention). On a connu le cas avec de nombreux mots importés ou fabriqués sous le coup d’une actualité brulante et qu’on a gratifié d’une majuscule en toute précipitation.
    La majuscule peut réapparaitre contextuellement si un des noms communs de l’expression est employé en valeur absolue sur l’ensemble d’un texte. Ainsi on pourra écrire ‘les Gardiens’ tout court si l’on a expliqué d’abord qu’on abrège par là ‘le corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran’.
    Cette méthode est une base typographique classique et constante (en France en tout cas) : la majuscule marque la valeur absolue (limitée et parfaitement déterminée) d’un nom commun par rapport à la valeur relative du même nom assorti de compléments. La majuscule à ‘Révolution’ employé seul résume la période historique 1789-1799 en France. Si on l’emploie avec un adjectif ou un complément, un article indéfini ou au pluriel, le nom redevient commun, sans majuscule : la révolution française de la fin du XVIIIe siècle, les révolutions en France, une révolution à la manière française, etc.
    Ce mécanisme simple mais malheureusement peu expliqué permet de gérer quasiment toutes les questions de majuscules, anciennes ou nouvelles, avec une régularité de métronome. Il fut un temps où il faisait partie de la formation de base des typographes d’édition, métier hélas presque disparu.

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