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Voici le dernier article d’une série publiée dans mon blogue sur l’expérience d’écrire.

Le rêve de tout écrivain est d’être publié et c’est un rêve que je caressais depuis l’école primaire. Déjà à cette époque, avant que je devienne un lecteur boulimique, j’écrivais des récits de toutes sortes.

Adolescent, j’essayais d’imaginer le moment merveilleux où un éditeur m’appellerait ou encore m’enverrait une lettre pour confirmer que mon manuscrit avait reçu l’assentiment du comité de lecture. Il y aurait ensuite un lancement et mon talent serait enfin reconnu. La voie était tracée.

Présenter un manuscrit

J’ai vite constaté que les choses n’allaient pas se dérouler ainsi. Mes écrits maladroits de l’adolescence étaient rejetés les uns après les autres; je recevais des lettres stéréotypées me disant que le programme des publications était déjà très chargé…

Parfois, un éditeur avait la générosité d’analyser mon opus et de me faire des commentaires plus éclairants.

Rendu à l’âge adulte, mes écrits sont devenus plus songés, les personnages nettement plus intéressants. Une maturité nouvelle animait ma prose. Malgré tout, je continuais de collectionner les lettres de refus…

J’ai compris que les éditeurs ne roulaient pas sur l’or et qu’ils ont certains impératifs de rentabilité à respecter. Il faut vraiment arriver juste au bon moment pour avoir une chance d’être publié. Si l’éditeur n’a plus d’argent ou qu’il a déjà sorti ses 25 livres pour cette année, il ne publiera jamais votre roman ou votre essai, même si c’est un chef-d’œuvre. 

Comble de tout, les éditeurs font des bourdes, notamment parce qu’ils n’ont pas le temps de tout lire. Une amie ayant siégé à un comité de lecture déplorait la désinvolture avec laquelle étaient traités le flot de manuscrits présentés. Beaucoup ne sont pas lus, on regarde la première page, on feuillète le manuscrit pour en lire un passage ici et là et ensuite la poubelle. En outre, les préférences personnelles de tel ou tel lecteur pèsent lourd dans la balance : je n’aime pas ton style ou ton genre d’histoire, donc ça ne vaut rien. Des textes très valables sont ainsi écartés d’office.

Mes romans et nouvelles n’ont jamais trouvé preneur et ce sont plutôt des textes didactiques qui ont fini par être édités. Une liste de noms de pays, un chapitre dans Le guide du rédacteur du Bureau de la traduction viennent rejoindre mon essai dont le titre est celui de la prochaine section.

Plaidoyer pour une réforme du français

Cet ouvrage est le fruit des réflexions de toute une vie sur la langue française et ses trop nombreuses aberrations. Il s’appuie sur de longues recherches sur l’histoire et l’évolution de notre langue; la bibliographie est solide; l’ouvrage est étayé par de nombreux exemples percutants qui démontrent que même les plus érudits font des fautes, y compris des académiciens. Bref, ce n’était pas un torchon que je soumettais.

Je l’ai envoyé aux grands éditeurs québécois habituels et un seul a daigné me répondre. Car, pandémie oblige, ou progression de l’incivilité, les éditeurs ne répondent plus. À un accusé de réception par courriel succède le silence radio.

Jadis, les éditeurs se fendaient d’une lettre officielle qu’ils envoyaient par la poste. De nos jours, ils ne veulent même pas se donner la peine d’envoyer un courriel de refus, ce qui exige pourtant moins de manipulations. En fait un seul éditeur, le Druide, s’est donné la peine de me répondre (à part Marcel Broquet, bien entendu). Le message était somme toute sympathique : il reconnaissait la valeur de mon travail, en soulignant le caractère impressionnant des recherches menées et de la synthèse, tout en regrettant de ne pouvoir le publier, car il ne correspondait pas au type d’ouvrage de la maison. Pour une fois, les excuses étaient sincères.

J’ai finalement fait parvenir le manuscrit aux éditions Marcel Broquet, une maison qui publie des ouvrages diversifiés de grande qualité. Le jour même où j’ai envoyé mon texte par courriel (cela se fait maintenant), j’ai reçu un appel de M. Broquet. Mon ouvrage lui paraissait fort intéressant et il allait l’étudier avec soin, me dit-il. J’étais abasourdi. Pour la première fois, un éditeur s’adressait à moi, directement et avec célérité. J’avais sûrement rêvé.

Le lendemain, M. Broquet m’appelle à nouveau pour me demander pourquoi j’ai fait disparaitre les accents circonflexes dans mon texte… J’applique les rectifications de 1990, lui ai-je répondu. Très bien, je poursuis ma lecture, me dit-il. Trois jours plus tard mon livre était accepté.

Édition d’un livre

Le processus de publication d’un livre me réservait quelques autres surprises.  

Un manuscrit, même relu plusieurs fois, n’est jamais parfait. Les langagiers savent que le cerveau se fatigue vite de relire la même chose et qu’à un moment donné, il ne voit plus rien. L’éditeur a lu mon livre, ma femme s’est improvisée correctrice elle aussi, et moi je me suis encore une fois relu. Tout ce travail a permis de repérer un certain nombre de coquilles et des petites incohérences dans le texte.

Et pourtant… Les épreuves envoyées par l’éditeur, la dernière étape avant la publication, me réservaient de nouvelles épreuves, si je puis dire. D’autres coquilles nous avaient échappé, la liste des 36 recommandations en fin de livre comportait une répétition qui avait échappé à tout le monde. Comble de malheur, j’avais omis une recommandation importante. Hélas le moment était mal choisi pour apporter d’autres corrections.

J’allais faire la connaissance d’une autre équipe, celle des graphistes. J’ai vite compris qu’ils sont très réticents à modifier le texte qu’ils ont joliment agrémenté d’encadrés en couleur et d’autres artifices de présentation. Un travail d’orfèvre auquel il est bien imprudent de vouloir toucher. Je les comprends, ils y ont mis tellement d’efforts. Autant demander à Léonard de faire des retouches à la Joconde…

Certaines corrections ont été apportées, mais pas toutes.

Bienvenu dans la réalité, cher auteur.

Publication d’un livre

Le chef-d’œuvre jamais aussi parfait que souhaité sort des presses. Il est magnifique, revêtu de sa sobre couverture verte, rappelant celle du Bescherelle (ce n’est pas un hasard). Élégant comme une Mercédès, il entreprend son voyage dans les librairies.

Je mets un certain temps à le recevoir, car je vis en Outaouais et l’éditeur est à Québec, alors je tâte mon opus chéri pour la première fois dans une librairie de la capitale nationale. Ma femme insiste auprès d’une jeune libraire pour qu’il soit mis en évidence sur une table de nouveautés; la libraire est impressionnée de voir un auteur en chair et en os…

Bien entendu, le sujet du livre ne le rend pas très facile à vendre (aucun danger qu’il fasse concurrence à Marie Laberge ou à Christyne Brouillet). Dans toutes les librairies que je visite, je constate que mon livre se retrouve dans la section des dictionnaires, tout en bas des tablettes. On n’en voit que la tranche, ce qui n’est pas de nature à attirer l’attention… Sauf si un lecteur discret le prend dans ses mains et le plaque par-dessus la couverture du Petit Robert ou du Français au bureau, eux placés en haut et de face…

Le sort réservé au Plaidoyer dans les librairies ne m’étonne pas; celui que lui ont réservé les médias jusqu’à maintenant me déçoit énormément. J’aurais pensé que les médias de l’Outaouais s’y seraient intéressés, car, après tout, ce n’est pas tous les jours qu’un auteur de la région fait paraitre un ouvrage sur une réforme du français, d’autant plus que ledit ouvrage est unique au Québec, sauf erreur. Cela ne semble pas suffire, le journal d’Ottawa Le Droit ne s’est pas montré intéressé, pas plus que la télé locale, dont les chroniqueurs ne se sont pas donné la peine de répondre. Idem pour ceux de La Presse et du Devoir, sans parler de Radio-Canada.

Mon éditeur a aussi fait des démarches, mais rien n’a encore débloqué. Immense déception que tout cela. Et les salons du livres sont frappés par la pandémie…

Mince consolation, les bibliothèques publiques ont acheté le livre; il figurera donc dans leur catalogue et les personnes faisant une recherche sur l’histoire du français, par exemple, pourraient le voir apparaitre dans le sommaire des ouvrages disponibles. Mon plaidoyer va donc s’inscrire dans le continuum du temps, malgré l’affront des médias. Quelqu’un finira bien par me lire, avant ma mort, je l’espère.

Si vous désirez vous procurer mon opus, veuillez cliquer sur les liens suivants :

2 Thoughts on “Publié

  1. Chambaron on 26 avril 2021 at 16:28 said:

    On ne peut que partager votre amertume quand on a soi-même tenté les aventures éditoriales classiques. J’ai sept ouvrages au compteur (littérature dite brève, nouvelles) et j’ai fini par opter pour l’autoédition et la diffusion directe auprès de mes réseaux et par les salons du livre. À défaut d’être rémunératrice, la méthode donne beaucoup de satisfactions dans les échanges, bien plus personnalisés que via un réseau de libraires ou par Internet.
    Au regard de la masse d’ouvrages soumis chaque année, il devient difficile d’espérer une publication à compte d’éditeur, sauf si l’on tombe pile dans l’actualité ou si l’on prépare bien avant un programme de commercialisation affuté, qui peut quand même rater. Il faut étudier ce qui se vend et pourquoi cela se vend.
    Bon courage et un peu de chance pour la suite !

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