Suggérer

« Les entreprises canadiennes manquent de courage, suggère une étude … »

L’utilisation du verbe suggérer dans cette phrase étonne. Le doute nous saisit. On est un peu loin de la suggestion, telle qu’on la conçoit dans notre langue. Comment une étude peut-elle proposer un manque de courage?

Alexis de Tocqueville se disait étonné du français étrange que parlaient les colons canadiens conquis par la Grande-Bretagne. Il n’avait pas tort.

Il est clair que dans la phrase citée le verbe français s’inspire de l’anglais.

Là encore, l’anglais offre un champ sémantique plus diversifié que le français, d’où ce énième faux ami entre les deux langues.

Quand un anglophone suggère quelque chose, il ne vous fait pas toujours une proposition. En fait, il insinue quelque chose.

Are you suggesting that nobody is interested?

Insinuez-vous que personne n’est intéressé? Êtes-vous en train de nous dire que

Dans ce contexte, laisser croire, supposer constituent de belles solutions de rechange.

Comme on le voit, le verbe anglais peut exprimer une affirmation, qu’elle soit fondée ou non. Un exemple du Parlement du Canada :

If a company suggests it will produce 200 jobs…

Si une société prétend créer 200 emplois…

Toujours en anglais, une chose peut en suggérer une autre.

Prudence suggests a retreat.

La prudence conseille la retraite.

Comme on le voit, dès que l’anglais s’écarte des propositions, suggestions, hypothèses, il est préférable, en français, de rompre les amarres et de voguer sur des eaux moins périlleuses que celle des anglicismes.

Loin de moi l’idée de suggérer, pardon de prétendre, qu’il faut toujours se méfier des similitudes entre les deux langues. Mais la vigilance s’impose.

C’est ce que je vous suggère.

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