Standard

Standard est un faux anglicisme. Bien sûr, ce mot nous est arrivé par l’anglais, mais, à vue de nez, au moins la moitié du vocabulaire de cette langue vient du français. Standard n’est rien d’autre que la réincarnation de l’ancien français estandard qui nous a donné plus tard étendard.

Un étendard? Un drapeau qu’arboraient autrefois les troupes à cheval.

Le Larousse définit standard de la manière suivante : « Règle fixe à l’intérieur d’une entreprise pour caractériser un produit, une méthode de travail, une quantité à produire, le montant d’un budget. » Ceux qui ne jurent que par le Robert seront déçus par sa définition un peu trop succincte : « Conforme à un type ou à une norme de fabrication en série. »

Comme c’est souvent le cas, cet emprunt utile à l’anglais amène un sens nouveau.

Il est intéressant de constater que le mot se décline aussi sous forme d’adjectif. Et là commencent les ennuis. Les sources ne s’entendent pas sur son invariabilité. Ainsi, on verra :

Des formats standard.

Des formats standards.

Cette frilosité s’explique mal et l’origine anglaise du terme – en partie, du moins – n’est pas une excuse. On relève la même hésitation pour record, employé sous forme adjectivale.

Les mots d’origine étrangère lexicalisés en français prennent la marque du pluriel. Pourquoi faire une exception pour standard?

Si l’accord est acceptable au pluriel, il demeure inusité au féminin. Pourtant, ne serait-il pas logique d’écrire :

Des politiques d’embauche standardes.

Pour l’instant, il faudra se contenter du pluriel.

Des politiques d’embauche standards.

Mais le français est une langue qui évolue. Patience.

2 Thoughts on “Standard

  1. Loin de vouloir contester votre avis, je vois personnellement les choses différemment.
    La différence d’usage entre standard et record vient peut-être du fait que standard est d’abord un adjectif, alors que record est un nom, parfois utilisé en apposition, et non un adjectif. À l’inverse, l’emploi de standard comme substantif, sauf dans certains domaines techniques comme la télévision, est critiqué en français.
    Par ailleurs, un argument à l’appui de l’invariabilité de standard est que si cet adjectif s’accordait en nombre, il devrait logiquement le faire aussi en genre. Dirait-on alors une forme standarde? Rien que l’écrire m’écorche l’oreille! Par souci de cohérence, il me semble préférable de conserver le caractère invariable de standard.
    Mais ce n’est que mon avis personnel. 🙂

  2. Après relecture attentive des articles du TLFi – et quelques recherches dans des textes anciens – on s’aperçoit que le nom « standard » a précédé d’au moins deux siècles son utilisation comme adjectif (fin du XIXe siècle).
    Il ne fait pas de doute pour moi que ce qui est considéré de nos jours comme adjectif est en fait un nom en apposition qui a connu un succès si large qu’il en a été « adjectivé ». Il n’en garde pas moins les caractéristiques habituelles d’un nom apposé : pas d’accord en genre (évidemment !) et accord en nombre selon le sens (aucune invariabilité donc). Selon cette approche, ce sera ici souvent le singulier car on lit « conforme à UN standard ».
    Pour avoir plusieurs fois traité des difficultés liées à cette fonction d’apposition, je peux dire que ni l’Académie, ni les grammairiens, ni les dictionnaires ne sont au clair pour bien la définir et la codifier de manière harmonisée.
    Il en va bien sûr de même avec « record ».

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