Hutus et Tutsis

Le drame du Rwanda s’est produit voilà un quart de siècle et il marque encore les esprits. Houtous et Toutsis se sont mutuellement livrés à des massacres. L’objet de ce billet n’est pas de départager les torts, mais plutôt de traiter la question sous l’angle linguistique.

Les lecteurs attentifs auront remarqué les graphies incongrues utilisées dans le premier paragraphe; certains se préparent peut-être déjà à m’écrire pour me signaler les deux coquilles. Pourtant elles n’en sont pas vraiment.

Il s’agit en fait d’orthographes désuètes, abandonnées depuis longtemps par les grands ouvrages et les médias. Bref, ce sont des graphies francisées que l’on utilisait pour désigner les deux ethnies du Rwanda.

En géographie, les graphies anglicisées ne sont pas nouvelles. J’en ai déjà parlé dans des articles sur la défrancisation des noms de ville, notamment. Un cas africain intéressant est celui d’Addis-Abeba, jadis écrit comme suit : Addis-AbÉba, avec l’accent.

Malheureusement, l’anglicisation des toponymes et des ethnonymes a fait beaucoup de ravages en français. La volonté de corriger la situation semble inexistante.

Commençons par le Rwanda lui-même. Son nom était écrit de trois façons dans le Petit Larousse de 1969 : Rouanda, Ruanda et Rwanda. Cette dernière orthographe penche dans le sens de l’anglais et c’est elle, bien sûr, que les francophones ont retenue…

Le pays s’appelait jadis le Ruanda-Urundi.

Il faut dire, d’ailleurs, que les autorités rouandaises ont choisi de donner priorité à l’anglais dans les langues officielles, du pays au détriment du français. Le Rwanda en possède trois, le rwanda, l’anglais et le français.

Les ethnies rwandaises ont également vu leur orthographe être anglicisées. Le Petit Larousse de 1969 parlait déjà de Hutus et de Tutsis. Il y a donc un bon bout de temps que les noms mentionnés au début de ce texte ont été relégués aux oubliettes de l’histoire.

Si les dernières éditions du Larousse ont rectifié certaines graphies anglicisées de noms français aux États-Unis, comme Détroit, Saint-Louis et Bâton-Rouge, il y a loin de la coupe aux lèvres pour d’autres toponymes. Quant aux noms d’ethnies, on peut se demander si des graphies plus françaises seront un jour rétablies. Je me permets d’en douter.

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