Noir

On appelle souvent l’Afrique le continent noir. Appellation classique que l’on trouve dans les dictionnaires.

L’automne dernier, je donnais un cours de rédaction à l’Université d’Ottawa à des étudiants en traduction. Je parlais des métaphores décrivant certains lieux géographiques.

« Monsieur, ce n’est pas raciste, ça? »

De nos jours, il faut peser chaque mot; le procès d’intention n’est jamais loin. Les maoïstes de la bien-pensance sont très actifs dans les universités et ils finissent par influencer tout le monde. Bien des gens reculent, mais il faut savoir se tenir debout et remettre les pendules à l’heure. C’est ce que j’ai fait.

« Non, ce n’est pas raciste, répondis-je. C’est une façon normale de parler de l’Afrique. Ce qui est raciste, ce sont les termes injurieux pour décrire un peuple. Noir n’est pas une insulte. »

Mon étudiante s’énervait pour rien. L’expression le continent noir figure bel et bien dans le Petit Robert, tout à côté de l’Afrique noire, soit l’Afrique subsaharienne.

D’ailleurs, l’adjectif noir définit un « groupe humain caractérisé par une peau très pigmentée. Race noire, peuples noirs. » Le mot peut également être substantivé. Il s’agit d’un homme ou d’une femme noire, ce que les Européens appellent parfois – avec un ridicule consommé – un black

La formule de rechange, que l’on cherche à imposer à tout le monde, est personnes de couleur. Drôlement imprécis, car elle pourrait englober tant les Indo-Pakistanais que les Maghrébins.

Bien entendu, noir renvoie à la notion de noirceur, un terme négatif. Pensons à quelques expressions comme « Broyer du noir », « Voir tout en noir », « Avoir des pensées noires », « Nourrir de noirs desseins », etc.

Mais ce ne serait pas la première fois qu’un mot aurait deux facettes : l’une positive et l’autre négative. On peut penser à impliquer (dans une affaire louche ou dans le scoutisme?).

Avez-vous des idées noires? C’est peut-être parce que vous lisez trop de romans noirs. Les plus âgés se souviendront de la Série noire, aux éditions Gallimard. Ce que l’on appelle aujourd’hui des polars, des romans policiers.

Le Roman noir connaît de belles heures grâce à l’invasion scandinave, si je puis dire. Une auteure islandaise, Lilja Sigurðardóttir, est l’instigatrice d’un festival du roman policier appelé Iceland Noir. Eh oui, le mot a essaimé en anglais et probablement dans d’autres langues.

Cette auteure a écrit une trilogie, Reykjavik noir, dont les deux premiers tomes sont parus : Piégée et Le filet.

Nègre

Ce mot est bien plus délicat, car il traîne avec lui un lourd passé colonial et esclavagiste. Le Robert fait observer : « Terme raciste sauf s’il est employé par les Noirs eux-mêmes. ». Dans le Larousse, on voit encore des pages sur l’art nègre, mais c’est un peu l’exception qui confirme la règle.

Deux expressions révélatrices ont été formées avec le mot en question : « Travailler comme un nègre » et « Être le nègre de quelqu’un. » Dans les deux cas, il y a un lien avec un dur labeur. Pas très difficile d’imaginer le travail dans les plantations. Dans le second, on parle d’un auteur fantôme, qui écrit à la place d’une autre personne.

Autre relent de colonialisme, le « Parler le petit nègre », soit une langue rudimentaire à la syntaxe approximative.

De nos jours, ce ne sont pas tant les Noirs qui parlent le petit nègre, mais tous ces francophones qui pensent que la syntaxe, le vocabulaire et la grammaire n’ont aucune importance.  

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