Nation

S’il est un terme qui peut avoir une incidence décisive sur la politique, c’est bien le concept de nation.

Un exemple éloquent est la reconnaissance de la nation québécoise par le Parlement du Canada, le 28 novembre 2006. Les députés approuvent la motion déposée par le premier ministre Harper qui se lit comme suit : « Que cette Chambre reconnait que les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni. »

Cette déclaration peut être interprétée de plusieurs façons, selon que l’on est anglophone ou francophone.

Le Merriam-Webster définit nation comme une nationality. Il apporte toutefois la nuance suivante : « A politically organized nationality; esp : one having independent existence in a nation state. »

Voilà, le mot est lancé : État-nation. Le Collins précise : « … an individual country considered together with its social and political structure. »

Ce sens de pays est celui que l’on voit le plus souvent en anglais. On peut imaginer que les députés anglophones ont dû se boucher un peu le nez en votant pour cette motion.

Le français peut aussi considérer une nation comme un pays, mais c’est moins clair. Bien sûr, la notion de concert des nations, il y a deux cents ans, a bercé le congrès de Vienne… Et n’oublions pas les Nations unies…

Mais nous entrons ici dans une zone grise de la langue, une zone qui ouvre la voie à diverses interprétations. Bien des auteurs ont tenté de définir la nation en français.

D’ailleurs, cette question a fait l’objet d’une étude dans mon mémoire de maîtrise en science politique. La définition la plus classique est celle d’Ernest Renan. Il parle de « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs » qui se traduit par « le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

Un mot est absent de cette définition : pays. Une nation est-elle nécessairement un pays? Il semble bien que non. Le Robert étale sa définition du terme en quatre volets. La seconde ratisse large : « Groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité (historique, sociale, culturelle) et la volonté de vivre en commun. »

La troisième est plus explicite et rejoint la notion de pays : « Groupe humain constituant une communauté politique établie sur un territoire défini ou un ensemble de territoires définis, et personnifiée par une autorité souveraine. »

Comme on le voit, une nation n’est pas nécessairement un pays. Une communauté politique peut aussi bien être l’Inde, le Danemark ou l’Ouzbékistan. Mais aussi le Kurdistan, l’Écosse ou la Catalogne.

C’est pourquoi on peut considérer que le Québec est une nation, mais une nation faisant partie du Canada.

 

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