Mythes sur l’histoire du Canada (1re partie)

Mon texte précédent sur les mythes de la constitution canadienne ayant suscité beaucoup d’intérêt, je me permets de récidiver. Tout d’abord quelques mythes sur l’histoire du Canada.

Les Britanniques ont décidé de nommer notre pays le Canada.

FAUX. Jacques Cartier a repris cette expression d’un chef iroquois qui désignait ainsi son village. Canada signifie « amas de cabanes ». Par la suite, les colons français en sont venus à se désigner comme des Canadiens, parce qu’ils avaient quitté la France depuis longtemps et ne s’identifiaient plus à elle.

Le terme « Canadien » qualifiait jusqu’au début des années 1960 les Canadiens français, par opposition aux Anglais, les Anglo-Canadiens. Ces derniers en sont finalement venus à se nommer Canadians et lorsque le nationalisme québécois a pris son envol, dans les années 1960, le terme Québécois a remplacé Canadien français.

Les Britanniques ont adopté la feuille d’érable comme symbole national et l’hymne national Ô Canada.

FAUX. La feuille d’érable, tout comme le castor, était un symbole national canadien-français. Les deux ont été repris par les colonisateurs britanniques. Il en va de même pour l’Ô Canada, composé par Basile Routhier et Calixa Lavallée, pour répondre à une demande de la Société Saint-Jean Baptiste. L’Ô Canada n’est rien d’autre qu’un chant patriotique canadien-français. Il est devenu hymne national du Canada en 1980. Auparavant, l’hymne officiel de notre pays était… le God save the Queen, croyez-le ou non.

Le Canada est devenu indépendant en 1867.

FAUX. Le 1er juillet 1867, le Canada continue d’être une colonie britannique, mais il est désormais dirigé par un gouvernement qui doit rendre des comptes au Parlement d’Ottawa. Toutefois, le Canada n’est pas maître de sa politique étrangère, raison pour laquelle son ministère des Affaires étrangères s’appelle ministère des Affaires extérieures. Cette appellation sera enfin changée en 1993.

La politique étrangère canadienne est assujettie à celle de la Grande-Bretagne. Le Canada ne peut signer de traité en son propre nom. Il le fera pour la première fois en 1919 en paraphant le Traité de Versailles. Le gouvernement de Londres l’autorise à agir en État pleinement souverain, pour souligner les exploits de l’armée canadienne sur les champs de bataille européens, lors de la Grande Guerre. D’ailleurs, la bataille de Vimy en 1917 est considérée au Canada anglais comme l’acte de naissance d’une nation anglo-canadienne affranchie de la mère patrie anglaise.

Le Canada est devenu indépendant en 1931, après l’adoption du Statut de Westminster, qui visait aussi l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Le Canada fédéral est une création des provinces.

FAUX. Bien sûr, les premiers ministres canadiens se sont réunis à Charlottetown pour jeter les bases de la soi-disant Confédération, mais ils n’agissaient pas en tant qu’États souverains. Tout ce qu’ils pouvaient décider demeurait assujetti au bon vouloir des autorités britanniques. D’ailleurs, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, qui crée officiellement le nouveau pays, le dote d’un Parlement et répartit les pouvoirs entre le gouvernement central et les provinces, est une loi britannique. Le pivot de la constitution canadienne était à Londres. Les parlementaires britanniques auraient très bien pu choisir d’ignorer les demandes des Canadiens. Donc, le Canada moderne est une création de la Grande-Bretagne.

Les provinces sont un palier de gouvernement, tout comme le fédéral.

DOUTEUX. Ici deux écoles s’affrontent : ceux qui considèrent que les provinces possèdent des pouvoirs exclusifs et souverains; ils parlent d’ordre de gouvernement. Les autres, plus centralisateurs, estiment que les provinces sont des entités subalternes du fédéral; ils parlent alors de palier de gouvernement.

L’expression Dominion of Canada est tirée de la Bible.

VRAI. Elle provient du psaume 72 : He shall have dominion also from sea to sea and from the river unto the ends of the earth.

L’expression Dominion of Canada n’est plus usitée. On l’a rendue par Puissance du Canada. On remarquera l’origine de la devise D’un océan à l’autre, qui vient également de ce psaume.

Pierre Elliott Trudeau a instauré le bilinguisme au Parlement.

FAUX. La Loi constitutionnelle de 1867 instaure le bilinguisme dans les deux chambres. Officiellement, députés et sénateurs avaient le droit de s’exprimer en français, mais bien peu le faisaient, car ils voulaient être compris, disaient-ils…

Le premier ministre Trudeau a fait adopter la loi sur le bilinguisme qui confère au français un statut officiel dans la fonction publique fédérale.

Les députés créditistes sont à l’origine de l’interprétation simultanée au Parlement.

VRAI. Ces députés provenaient des régions rurales du Québec et ils ne parlaient à peu près pas anglais. Leurs interventions suscitaient un certain émoi sur les banquettes…On a alors décidé d’embaucher des interprètes.

Le Canada, à l’instar de la Grande-Bretagne, n’a pas de véritable constitution.

VRAI. Les deux pays se gouvernent en fonction d’une série de lois, de décrets, qui, mis bout à bout, forment le tissu constitutionnel, si je puis dire. Mais il n’y a pas un document comme tel dont on peut dire qu’à lui seul il représente la constitution canadienne.

Le Canada se gouverne en vertu d’une série de lois à portée constitutionnelle et de traditions parlementaires scrupuleusement observées depuis presque 150 ans, et qui continueront de l’être, souhaitons-le.

Cette situation est étonnante, de prime abord. Mais on comprend mieux quand on regarde du côté de la Grande-Bretagne qui se gouverne aussi en suivant une longue série de traditions non écrites. Un peu comme la common law qui, contrairement au droit français, s’appuie davantage sur des coutumes, sur ce qui se fait habituellement, plutôt que sur des textes de loi précis.

Le premier ministre Harper est le chef d’État du Canada.

FAUX. Il est le chef de gouvernement, le premier ministre, point à la ligne. Le chef d’État du Canada est encore et toujours le souverain anglais. Le Canada est une monarchie constitutionnelle et tous les textes de loi doivent être approuvés par la reine Élisabeth II. Comme elle ne peut s’acquitter de cette tâche, puisqu’elle est chef d’État d’un grand nombre de pays, le gouverneur général agit en son nom.

En tant que chef d’État adjoint — on l’appelle vice-roi — il accueille les autres chefs d’État (rois, empereurs, présidents, etc.) et rend officiels les lois, décrets, nominations, etc.

Le premier ministre nomme les ambassadeurs, les ministres, le gouverneur général, les juges à la Cour suprême, les sénateurs et les membres de son gouvernement.

FAUX ET ARCHIFAUX. C’est le gouverneur général qui s’acquitte de cette tâche. Le premier ministre propose les candidats et le vice-roi suit habituellement ses recommandations.

Le gouvernement adopte des lois.

FAUX. Un autre raccourci journalistique. Le Parlement (les Communes et le Sénat) adopte les lois. Le gouvernement les propose aux deux chambres qui les étudie. C’est ainsi que les députés peuvent exercer un certain contrôle sur les décisions de l’exécutif. Si le gouvernement adoptait vraiment les lois, nous serions en pleine dictature.

Vous lirez avec intérêt l’article précédent sur les mythes de la constitution canadienne.

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