Les noms des partis

Les partis politiques se donnent généralement des noms simples et évocateurs, loin des discours emberlificotés de leurs dirigeants. En effet, il n’y a rien de mystérieux dans des titres comme le Parti libéral, le Parti conservateur ou le Nouveau Parti démocratique.

La Coalition Avenir Québec fait quelque peu exception, parce que son nom juxtapose trois substantifs. Néanmoins, il n’y a pas d’ambiguïté. Le problème vient toutefois du nom que l’on attribue à ses partisans et députés. C’est là que le bât blesse, comme on dit souvent.

Habituellement, ce nom dérive de l’élément déterminatif de l’appellation; par exemple, un membre du Parti libéral est un libéral. Cet élément déterminatif est le plus souvent une forme adjectivale que l’on transforme en substantif.

Mais, dans le cas de la Coalition (je déteste les sigles), il devient difficile de trouver un nom à partir d’une forme adjectivale inexistante. Le député aveniriste? Non, bien sûr. La solution qui s’impose est coalitioniste. Malheureusement, on a tôt fait dans la presse de se rabattre paresseusement sur l’acronyme CAQ et inventer le disgracieux caquiste, qui a immédiatement suscité l’hilarité. Si M. Legault avait eu un peu plus de leadership linguistique, il aurait pu imposer l’appellation de coalitionniste, à mon avis moins ridicule et très défendable.

Mais la tradition de s’inspirer des sigles est bien implantée, les sigles proliférant dans nos textes comme des nuées de sauterelles. L’ancêtre de la Coalition s’appelait l’Action démocratique du Québec; ses membres, au lieu d’être appelés actionnistes, sont devenus des adéquistes. vous n’aimez pas les actionnistes? Il me semble que c’est moins barbare que  les caquistes.

M. Legault aurait pu s’appuyer sur Québec solidaire, dont les députés sont tout naturellement qualifiés de solidaires, sans que personne n’y trouve à redire. ll faut dire qu’un nom issu du sigle QS (quéciste?) aurait été ridicule. Mais, en politique, le ridicule ne tue pas.

La mère des appellations siglées est péquiste. Mais avait-on le choix? René Lévesque lui-même considérait que Parti québécois était un trop beau nom, un nom lourd à porter. En effet, impossible de parler des députés québécois sans tomber dans la confusion; en outre, qualifier les députés péquistes de québécois était insultant pour les libéraux et autres, comme s’ils étaient des traîtres à la patrie. Il a donc fallu inventer le terme péquiste. 

Allons faire un petit tour du côté des anglophones. Le défunt Equality Party a été traduit par Parti Égalité. Cette traduction est servile, car nous avons deux substantifs juxtaposés, comme cela se fait en anglais. Imagine-t-on le Parti Liberté, le Parti Conservatisme? Une dénomination respectant le génie du français aurait été le Parti égalitaire, ou encore le Parti pour l’égalité.

Le Parti réformiste, toujours bien vivant sous sa cape d’invisibilité conservatrice, était une bonne traduction de Reform Party. Curieusement, certains journalistes francophones s’entêtaient à l’appeler sous son nom anglais. Allez comprendre pourquoi…

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