Les noms de lieu aux États-Unis

Pour les vacances, beaucoup prendront la route de l’Amérique des États-Unis. De la toponymie en Amérique… petit divertissement pour langagiers en goguette.

Lorsque j’ai rédigé un lexique sur les noms géographiques, j’ai vite constaté que la traduction des noms de lieux n’avait rien de logique. Bien entendu, on a traduit en français les toponymes des pays voisins de la France, soit l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique… mais pas l’Angleterre, pour cause de guerre de Cents Ans, probablement. À part Londres et Édimbourg, les grandes villes britanniques restent telles quelles : Manchester, Birmingham, Liverpool, Glasgow… Même les noms de régions font l’objet de bien peu d’attention.

Le même phénomène s’observe aux États-Unis. Petite question : quelles sont les deux seules villes dont le nom est traduit en français?

La réponse ne vient pas spontanément, n’est-ce pas? Philadelphie et La Nouvelle-Orléans.

Deux autres villes possédaient des graphies francisées : New-York et Détroit. La première a perdu son trait d’union, tandis que l’autre a été dépouillée de son accent aigu. Très fâchant, soit dit entre nous, car Détroit porte un nom français, parce que fondée par les Français.

Nos cousins ont exploré une bonne partie du territoire états-unien : personne n’a oublié que la Louisiane a été vendue par Napoléon; le ville de Saint Louis a été baptisée en l’honneur d’un roi de France, même si sa graphie a été anglicisée. D’ailleurs, le pays regorge de toponymes français : Juneau, Pierre, Racine, Providence, Maine, Vermont, etc. Soit dit en passant, certains noms semblent provenir du français, mais il n’en est rien. Ce sont des formes francisées de noms amérindiens; un bel exemple : l’Illinois. Ces mots sont aujourd’hui prononcés à l’anglaise, bien entendu, mais on ne peut les considérer comme des traductions.

Car traductions il y a. Notamment les noms d’États, Californie, Floride, Pennsylvanie, Nouveau-Mexique… Ici apparaît une première incongruité : pourquoi n’a-t-on jamais traduit New Jersey et New Hampshire? Il aurait été tout aussi facile de les transposer en français que pour des noms comme la Caroline du Nord, la Caroline du Sud, la Dakota du Nord, le Dakota du Sud.

Deuxième incongruité, celle-là toute québécoise, la prononciation des nasales inexistantes dans Wisconsin, Michigan, et Boston, que nos cousins européens s’escriment à prononcer à l’anglaise, dans la mesure de leurs moyens… Wisconnesinne, Michiganne et Bostonne… Pourtant, Houston, Oakland ne subissent pas de semblables altérations au Canada; on les prononce à l’anglaise. Pourquoi les trois premiers, mais pas les deux derniers? Mystère. En revanche, les Européens francophones prononceront la nasale dans Clivelande… pour Cleveland, cette fois-ci prononcé correctement par les francophones canadiens.

Morale de cette histoire : ne pas chercher de logique. L’usage est un méandre irrationnel et malheureusement incontrôlable.

Le plus amusant, dans tout cela, c’est qu’un plus grand nombre de toponymes états-uniens ont finalement été traduits en français que de toponymes britanniques. Il faut dire qu’il existe une relation de complicité entre la France et les États-Unis qui peut expliquer ce phénomène.

 

 

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