Historique

Lorsque j’ai écrit la première mouture de cet article, je ne croyais pas que j’allais le remanier cinq ans plus tard. Force est de constater que, encore et toujours, tout est historique. Tout.

Il fait chaud : nous avons une canicule historique; une rencontre entre deux leaders devient vite historique; un sommet entre deux pays aussi; la saison misérable des Canadiens est historique et sans doute que la Coupe du monde de football en Russie sera également historique.

Les marottes des médias prennent l’allure d’une épidémie dont le ridicule semble leur échapper. À un point tel que certains mots en deviennent galvaudés au point de perdre toute leur force expressive.

Cette tendance à l’hyperbole s’explique facilement par les exigences du style journalistique : un article ou un commentaire doit être vivant, se comprendre facilement, susciter l’intérêt du lecteur, mais on conviendra qu’il y a quand même certaines limites à respecter, notamment le sens des mots.

Le Larousse définit historique ainsi : « Qui est resté célèbre dans l’histoire ou qui mérite de le rester. » Le mot a donc un sens très fort qui appelle à une certaine retenue. Un évènement peut sembler important au moment où on le vit, mais seule… l’histoire tranchera.

Alors qu’est-ce qui est historique? Une évènement d’ENVERGURE, chers journalistes.

  • Le krach boursier de 1929 avec les conséquences énormes qu’il a eu. La ruine des petits épargnants, un chômage massif et la prise du pouvoir par les fascistes en Allemagne et ce qui s’ensuit. Voilà qui est historique.
  • La création du Marché commun européen est 1957 est historique.
  • Le rapatriement de la Constitution au Canada en 1982 est historique.
  • L’élection de Barack Obama aux États-Unis en 2008 est historique.

Avant de qualifier un évènement d’historique, nos scribes auraient intérêt à se demander si on en parlera encore dans 50 ans. Par exemple, un simple repli boursier, si marqué soit-il, ne peut être historique, si la Bourse remonte le mois suivant.

Et non, la triste saison des Canadiens de Montréal n’est PAS HISTORIQUE.

 

 

 

 

One Thought on “Historique

  1. Belle dénonciation de cette enflure (hyperbole en langue de la rue) journalistique et que le monde du sport en particulier a bien… dopée !
    À ranger dans la même catégorie, l’inénarrable « symbolique » qui se promène de plus sans vergogne entre deux extrêmes sémantiques : le dérisoire et l’admirable (tiens, ça c’est un cas d’énantiosémie).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation