Hijab ou hidjab?

Le voile islamique déchire les opinions tant au Québec que partout en Occident. Tenons-nous loin de la polémique sur l’acceptabilité des signes religieux en milieu de travail, mais penchons-nous plutôt sur la graphie de ce terme.

On voit très souvent hijab. En fait le plus souvent, nous révèle une recherche sommaire sur la Grande Toile, celle qui nous espionne. Tant La Presse, Le Devoir au Québec, que Le Figaro, L’Express, Le Monde, etc., semblent favoriser la graphie hijab.

Tout le contraire des deux grands dictionnaires, Larousse et Robert favorisant la graphiehidjab, avec le d. La prononciation suggérée est hid-jab, bref comme cela s’écrit.

Ailleurs sur le Web

La graphie hijab semble aussi s’être imposée en italien et en espagnol. Des journaux comme La Republicca, La Stampa, en italien, El Pais, El Mundo, en espagnol, écrivent hijab.

Du côté germanique, on observe la même graphie dans les publications allemandes Die Welt et Der Spiegel.

Une mauvaise translittération

Mais d’où vient donc hijab?

Il s’agit d’une translittération vers l’anglais. Tout comme le russe et un grand nombre de langues, l’arabe ne s’écrit pas en caractères romains, ce qui signifie qu’il faut transcrire les sons originaux en respectant les graphies françaises. Ce qui se prononce hid-jab en arabe doit être écrit de manière à ce qu’un francophone le prononce de la même manière.

En anglais, le son dj s’écrit tout simplement avec le j. Donc hijab.

Or, les noms arabes doivent être translittérés à la française et non à l’anglaise.

Les noms arabes en français

Personne ne songerait à écrire Putin, Shostakovich ou Pushkin en français, car ce sont des graphies anglaises. Voir mon article à ce sujet.

Ainsi en est-il des noms arabes. Par exemple, Djedda s’écrit en anglais Jeddah. Les noms arabes les plus importants ont été traduits en français. Pensons à Le Caire, La Mecque, Jordanie, Égypte, etc. Les lieux moins importants voient leur nom translittéré en français. Les anglophones font exactement la même chose vers l’anglais.

Alors pourquoi hijab?

On pourrait bien sûr évoquer le rouleau compresseur de l’anglais, perçu comme un symbole de modernité, et ce pas uniquement par les Français mais par énormément de gens partout dans le monde.

L’autre facette du problème, c’est que la translittération n’est pas une science exacte. Les noms venant du russe, de l’ukrainien, du biélorusse, de l’arménien, du géorgien, etc. sont habituellement transcrits selon une graphie française.

Mais ce principe n’est pas appliqué pour les noms japonais ou chinois, par exemple. En fait, la plupart des noms asiatiques sont plutôt écrits à l’anglaise.

Commentaires des lecteurs

Les commentaires reçus après la publication de cet article sont éclairants. Je vous invite à les lire. La prononciation de l’arabe n’est pas uniforme et cela expliquerait en partie les différentes graphies.

4 Thoughts on “Hijab ou hidjab?

  1. Philippe Riondel on 12 février 2019 at 10:15 said:

    Le problème est d’ailleurs le même avec djihad (la graphie que j’emploie) et jihad. 🙂

  2. Benoît Evans, trad. a. on 13 février 2019 at 12:29 said:

    Le édition courante du Grand Robert électronique donne les deux graphies mais dans son seul exemple de contexte donne j et non dj.

    Dans les divers dialectes arabes, la lettre jim (ج) a plusieurs prononciations. La convention d’écrire dj vient des linguistes d’antan, qui voulaient différencier la lettre (et son) arabe de la lettre j dans certaines langues où elle se prononce comme i.

    Mais en français, la prononciation du j comme Jacques est très proche du jim arabe et devrait prévaloir.

    On devrait mettre de côté dj et écrire tout simplement j. Les meilleurs manuels d’arabe langue seconde pour les francophones donne j comme Jasmine.

    En fait, il a plusieurs mots empruntés qui doivent être rectifiés en français. Par exemple, le nom du prophète. Mahomet est un emprunt du turc. On doit écrire Mohamed ou Muhammad. Le livre saint devrait s’écrie Qor’an et non Coran afin d’indiquer le coup de glotte en arabe. La grand pèlerinage devrait s’écrire hajj et non hadj.

    Quand on fait bien la translittération, on s’efforce à choisir les lettres dans la langue cible qui indiquent le mieux possible la prononciation dans la langue d’origine. Malheureusement, il y beaucoup d’exceptions dans la domaine de la translittération, surtout pour les noms géographiques. Cependant nous devrions éviter les erreurs dans les noms propres et les emprunts à caractère culturel.

    • Chambaron on 13 février 2019 at 16:43 said:

      Bien qu’à l’encontre des autres propositions, votre analyse est intéressante. Mais pour la plupart des mots concernés (voir le lien Ngram) on prononce déjà « dj », en tout cas en France métropolitaine. Peut-être est-ce à tort, mais il en va de même pour toutes les langues étrangères acclimatées à notre lexique.
      Sans doute un linguiste serait-il utile pour évaluer les prononciations dominantes (voir les travaux de chercheurs comme Mathieu Avanzi), mais nous sommes tous d’accord pour ne conserver in fine qu’une seule graphie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation