Faut-il réformer l’orthographe française?

Vaste sujet pour un court billet et, surtout, sujet controversé. Le français a connu une réforme de son orthographe en 1990 qui a fait couler beaucoup d’encre et, même si environ soixante pour cent des rectifications sont passées dans l’usage, elle demeure encore aujourd’hui fortement contestée.

Pourtant, les méandres de l’orthographe, l’arbitraire de celle-ci, font rager les francophones depuis des siècles; on peut alors s’étonner de l’énorme résistance rencontrée depuis plus de vingt ans à faire accepter des modifications qui avaient pour but de simplifier les règles d’écriture et d’éliminer les nombreuses incohérences de l’orthographe traditionnelle.

Le présentateur de la télé française François de Closets y va d’une déclaration lapidaire : « Les défenseurs du français sont obnubilés par l’orthographe, devenue la ligne de démarcation entre le licite et l’illicite. C’est la seule de nos institutions qui ne soit jamais contestée, jamais ridiculisée. »

Ceux qui s’opposent à une réforme du français ne manquent pas d’arguments :

  • Inaccessibilité de la littérature classique.
  • Dévalorisation de la langue.
  • Oralité de la langue.
  • Générations futures déculturées.
  • Anarchie grammaticale.
  • Appauvrissement culturel.
  • Nivellement par le bas.

Ces arguments font long feu, si l’on regarde du côté des autres langues européennes. À commencer par l’allemand, qui a éliminé son double S, le ß, comme dans Straße (rue). On continue?

Le néerlandais a opéré une réforme orthographique en 1995. Le portugais a supprimé certaines redondances dues à une épellation étymologique; il a aussi réduit le nombre de mots marqués de signes diacritiques et rapproché les orthographes brésilienne et portugaise. Au début du vingtième siècle, les Catalans ont uniformisé leur orthographe. Quant au grec, il a fait le ménage de bon nombre d’archaïsmes. En 1948, les Danois ont décidé de suivre les autres peuples scandinaves et de délaisser la capitalisation des noms communs (qui existe toujours en allemand); ils ont aussi fait du W une lettre à part entière. De son côté, le suédois a changé la terminaison de certains adverbes et adjectifs pour la rendre plus logique. Enfin, quatre lettres devenues inutiles ont été éliminées du russe.

À ce que je sache, toutes ces langues n’en sont pas sorties dévalorisées. Ont-elles sombré dans l’anarchie grammaticale?

On pourrait aussi parler de la réforme lancée aux États-Unis pour rationaliser l’épellation de certains mots en la rendant plus phonétique. Quelques exemples : centre-center; agonise-agonize; draught-draft. Certes, ces graphies n’ont pas cours en Grande-Bretagne, mais elles sont largement diffusées, même au Canada anglais, qui se veut de tradition britannique.

De fait, l’anglais et le français ont en commun une orthographe capricieuse, déroutante pour les étrangers, parce qu’elle se base sur des mots latins et grecs dont l’origine serait trahie si on changeait l’épellation.

Ceci dit, les mots filosofia (italien) et fenómeno (espagnol) viennent du grec, mais n’arborent pas le ph de philosophie et de phénomène, si présent en français.

Malgré ces deux exemples, l’idée d’écrire le français de manière entièrement phonétique est difficilement concevable, car ce seraient non seulement les graphies issues du grec qui se verraient transformées, mais aussi une multitude d’autres. Beaucoup de mots deviendraient absolument méconnaissables.

En français, on peut recenser une quinzaine de façons d’écrire le son O…Imaginons de quoi auraient l’air des mots comme eau, paletot, étau, chaud, trop, etc., si le son O était ramené à une seule voyelle : o, paleto, éto, cho, tro, etc. La suppression de l’accent circonflexe sur le O a déjà suscité un tollé, alors imaginez l’uniformisation des graphies. « O poto! », crierait-on.

La quasi-majorité des francophones s’y opposeraient. D’ailleurs, certains textes farfelus et convaincants circulent sur Internet pour dissuader tous ceux qui pencheraient vers cette solution.

Pourtant, certaines langues s’écrivent presque totalement de manière phonétique; pas besoin de chercher bien loin : l’italien, l’espagnol, le portugais, le finnois et le serbe. Sur le continent asiatique, le coréen possède un alphabet parfaitement phonétique…

Donc, sans chercher nécessairement à raboter notre langue de toutes ses aspérités orthographiques, il convient de poursuivre les efforts de rationalisation entrepris en 1990. Il est clair que le français devra toujours vivre avec certains caprices orthographiques, dont le O est un exemple. Mais on peut certainement envisager une diminution du nombre de doubles consonnes pour simplifier encore davantage notre langue.

PROCHAIN ARTICLE : FAUT-IL RÉFORMER LA GRAMMAIRE FRANÇAISE?

 

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