Élections et anglicismes

Le Canada ira aux urnes le 19 octobre, mais il n’ira pas en élection, un calque de l’anglais. Dans le merveilleux monde de la politique, et des élections, les anglicismes pullulent, comme partout ailleurs.

Le prochain gouvernement aura un mandat de quatre ans. Il serait erroné d’écrire « la prochaine administration aura un terme de quatre ans. »

Le gouvernement sortant n’a pas dissous le Parlement, pas plus que le premier ministre, d’ailleurs. Cette prérogative revient au gouverneur général, qui représente la reine dans notre pays. Seule le gouverneur général a le pouvoir de déclencher un scrutin et, par la suite, de désigner le premier ministre.

Toutefois, le gouvernement aurait pu être renversé au Parlement par un vote de censure, de défiance ou de blâme. L’expression vote de non-confiance est un autre calque de l’anglais.

Le Parlement examine les projets de loi. Ils peuvent faire l’objet d’amendements, avant d’être adoptés. En français, on amende un projet de loi mais on modifie une loi. Amender une loi est un autre anglicisme.

Au Parlement, il y a deux catégories de députés : ceux d’arrière-ban (et non d’arrière-banc), communément appelés backbenchers. Ceux qui siègent dans les premières rangées s’appellent des députés de premier rang, désignés en anglais sous le nom de frontbenchers.

On compte aussi deux catégories de ministres : les ministres influents ou de premier plan, souvent appelés ministres séniors par ceux qui ont perdu leur français; les ministres moins importants, ceux de second plan, de second rang, sont affublés du titre un peu dérisoire de ministres juniors. Portent-ils la culotte courte?

Le caucus des députés de chaque parti se réunit à huis clos, belle expression française déclassée par l’affreux derrière les portes closes.

Les députés ne passent pas les lois, mais les adoptent. Avis (encore une fois) aux journalistes : une loi n’est PAS une législation. Un ensemble de lois est une législation dans un domaine précis.

Enfin, les députés commettent un anglicisme quand ils répètent « Ce gouvernement… ». Un autre calque de l’anglais. En français, on dénonce LE gouvernement.

6 Thoughts on “Élections et anglicismes

  1. En ce qui concerne le dernier point (« Ce gouvernement »), la tournure fait aussi quelques apparitions en français de France, et c’est bien un anglicisme – malvenu surtout parce que « ce » employé dans l’absolu est ambigu (il peut signifier « celui-ci » ou « celui-là »), contrairement à « this ».

    Les anglophones disent aussi couramment « this country », au point que des humoristes ont proposé de rebaptiser ainsi le Royaume-Uni (« This country »), mais il faut reconnaître que dans le contexte britannique cette expression est pratique vu la nature, comment dire ? diversement composite du pays. JR

  2. Pingback: Ukraine, Language, Elections, and False Friends—Oh My! | DWAIN RICHARDSON

  3. Rolando Gomes on 8 mars 2014 at 09:16 said:

    Sans oublier le classique « comté »!

  4. William Wanowan on 9 mars 2014 at 02:24 said:

    Est-ce qu’un projet de loi pourrait «passer le test du vote en chambre» ou quelque chose du genre?

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