Élection

Le Canada va aux urnes lundi prochain. Petit rappel d’anglicismes à éviter et de petites erreurs de fait.  

Le premier ministre sortant n’a pas appelé une élection. Tout d’abord, cette expression est anglicisme (to call an election). Il serait plus exact de dire : « Le premier ministre a déclenché les élections.»

En fait, ce serait encore erroné, puisque le premier ministre ne déclenche rien. Il demande à la gouverneure générale de le faire à sa place. Théoriquement, elle pourrait refuser sa requête et provoquer une crise constitutionnelle.

Certains diront que M. Trudeau va en élection. C’est un autre calque de l’anglais. On pourrait dire que le premier ministre sortant demande le verdict des électeurs, sollicite un nouveau mandat.

Mandat qui pourrait être de courte durée si le gouvernement est minoritaire. La notion de gouvernement minoritaire est typiquement britannique et résulte du système électoral dont nous avons hérité. Un gouvernement minoritaire, c’est-à-dire qui ne dispose pas de la majorité absolue des sièges à la Chambre des communes, est perçu comme une anomalie gênante, un accident de parcours.  

Ailleurs dans le monde, et surtout en Europe, il est normal que le parti au pouvoir doive bâtir une coalition avec d’autres formations pour arriver à gouverner. Par exemple, la chancelière allemande Angela Merkel a toujours exercé le pouvoir avec le soutien d’autres partis.

Les gouvernements de coalition sont tout à fait normaux en Europe, alors que dans le système britannique ils sont perçus comme une aberration. Au Canada il n’y en a eu qu’un seul, à l’époque de la Première Guerre mondiale. Toutefois, plusieurs gouvernements minoritaires ont régné quand le principal parti a conclu une alliance avec un des partis d’opposition. Pensons au premier ministre Paul Martin qui a gouverné de 2004 à 2006 avec le soutien du Nouveau Parti démocratique.

4 Thoughts on “Élection

  1. Monique Perrin d’Arloz on 19 octobre 2019 at 17:02 said:

    Bonjour,

    J’aime bien vos billets et vous en remercie.
    Je pense qu’il est préférable de dire déclencher DES élections lorsqu’il s’agit d’élections générales et non d’une élection partielle.

    Monique Perrin d’Arloz

  2. Serge Allard on 20 octobre 2019 at 21:01 said:

    Comme toujours, j’ai appris des choses intéressantes dans ce billet. Par ailleurs, je voudrais faire deux petites observations sur l’usage des mots. Si je suis grosso modo d’accord sur l’observation que «appeler une élection» nous vient de la traduction maladroite de «to call an election», que faut-il penser de «appeler à une ou des élections» ? Cette dernière forme est très répandue et apparemment tout à fait correcte en français. C’est dire que la préposition «à» fait toute la différence.

    En passant, je signale que «to call an election» a également le sens de donner des pronostics sur les résultats d’une élection. C’est le sens dans la phrase suivante :

    The election is too close to call.

    Quant à l’usage de «déclencher (des élections)», si le premier ministre ne «déclenche» pas les élections, que fait-il ? La gouverneure générale ne déclenche pas les élections sur un coup de tête. Voici ce qu’en dit le site web de la gouverneure générale :

    «Par tradition, le premier ministre se rend à Rideau Hall afin de soumettre au gouverneur général un instrument d’avis recommandant la dissolution (du parlement). … Une fois la dissolution acceptée, les documents sont signés dans l’ordre suivant :

    1. Le premier ministre soumet au gouverneur général un instrument d’avis recommandant la dissolution du Parlement. Le gouverneur général signe l’instrument pour signifier son approbation…»

    On voit bien que c’est le premier ministre qui déclenche ou du moins met en marche le processus qui mènera à une élection générale.

    • Andre Racicot on 21 octobre 2019 at 16:22 said:

      Officiellement, c’est la gouverneure générale qui déclenche les élections, mais en acquiesçant à la requête du premier ministre. Dans les faits, elle est obligée de se rendre à la demande de M. Trudeau. Mais c’est bien elle qui déclenche le scrutin en exerçant son rôle de chef d’État. La dissolution de la Chambre des communes est une prérogative de la vice-reine. Le premier ministre ne peut dissoudre la Chambre. C’est donc officiellement elle qui fait le travail. Dire que M. Trudeau déclenche des élections est vrai… dans la réalité des choses. Mais au point de vue constitutionnel, ce n’est pas lui qui le fait.

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