Courrier

Publier un blogue comporte ses petites joies, la principale étant le contact avec les lecteurs et lectrices. Le courrier est malheureusement aussi une certaine source de désagrément.

Askimet

Le blogueur qui acquiert une certaine notoriété est vite submergé par des trombes de pourriels, couramment appelés spams. Au début, il n’y en a que quelques-uns, mais ils se multiplient comme des virus. Bientôt c’est une centaine par jour qu’il faut effacer….

Principalement de la pornographie; mais aussi des médicaments à acheter en ligne, souvent le Viagra (un édulcorant pour le café…). Des textes incohérents aussi, sans compter les messages en russe ou en chinois… Tout récemment, une Québécoise m’écrit un texte délirant à la gloire de Trump, bourré de fautes de grammaire, comme c’est courant dans les médias sociaux.

Mais ce qui revient sans cesse, ce sont des textes en anglais saluant l’excellence de mon blogue en termes génériques, ce qui démontre que les auteurs ne l’ont pas lu. Ils proposent des méthodes (payantes) pour augmenter de façon exponentielle mon lectorat.

Devant pareille déferlante, le blogueur n’a d’autre choix que de s’abonner à une application qui ratisse cet égout et en élimine le contenu. Depuis mars 2013, Askimet a éliminé des milliers de pourriels de mon blogue. Des milliers.

Messages encourageants

De temps à autre, je reçois de gentils messages qui m’encouragent à continuer. Exemple : « Je vous lis avec intérêt depuis plusieurs années déjà et je connais votre désir d’être publié. J’ai bien hâte de lire votre livre. » D’autres personnes disent consulter mon blogue régulièrement. Des étudiantes à l’Université d’Ottawa, ainsi que d’anciens collègues, font des recherches dans mes écrits pour éclaircir certains points.

Ces réactions me font chaud au cœur, car écrire un blogue est un exercice solitaire. J’ai parfois l’impression de diffuser mes opinions dans l’espace intersidéral. Toutefois, le compteur de WordPress vient me rassurer quand je vois le nombre de personnes qui lisent mes articles.

Les articles populaires

Évidemment, tous les articles ne reçoivent pas le même accueil. Je suis parfois surpris de voir certains sujets caracoler en tête du palmarès tandis que d’autres ne sont presque pas lus. Par exemple, ma série d’articles sur la réforme du français a suscité peu d’écho.

La crise sanitaire actuelle, quant à elle, a suscité un vaste intérêt sur le vocabulaire de la COVID-19. L’article sur la distanciation sociale est encore lu parce que cette expression est controversée. Les échanges entre lecteurs se poursuivent dans la page des commentaires. Beaucoup pensent que je me suis planté. Aucun problème avec cela, il n’y a pas de démocratie sans discussion.

Les articles Iraq ou Irak? Finnois ou Finlandais? États-Unis : pluriel ou singulier? Seconde ou Deuxième Guerre mondiale? reviennent continuellement au tableau des plus lus.

La Catalogne

L’article qui a suscité le plus de réactions est celui sur la Catalogne, écrit à l’époque du référendum sur la souveraineté de cette région espagnole. Dans mon texte, je ne prenais pas position sur cette question délicate. Je soulignais seulement qu’en vertu de la Charte des Nations unies, la Catalogne avait le droit de se prononcer sur son avenir politique, comme l’ont fait le Québec et l’Écosse.

J’ai toujours recouru aux médias sociaux que sont Facebook et Twitter pour faire connaitre mes articles. L’utilisation judicieuse des mots-clics permet d’atteindre le public cible. J’ai donc fait connaitre mon article en insérant des hashtags comme #catalogne, #catalunya, etc.

J’ai reçu des dizaines de courriels en espagnol, en catalan, mais aussi beaucoup en français, écrits par des Catalans et des Espagnols. Cette déferlante m’a complètement pris par surprise. Émouvant de voir des Catalans me remercier chaleureusement pour mon article… Surprenant de lire des Espagnols outrés par mes propos. Cette raideur castillane m’a surpris. Une correspondante espagnole m’a écrit ce message lapidaire : « Taisez-vous. »

Des réactions positives et d’autres négatives

Écrire sur la langue attire forcément toutes sortes de commentaires. Difficile de ne pas écharper la mère patrie pour son insouciance vis-à-vis des anglicismes, ce qui m’a valu, bien sûr, quelques réactions outrées. Il a fallu que j’écrive un texte pour expliquer la situation particulière du français au Canada. Néanmoins, j’ai reçu la semaine dernière une lettre d’une Française agacée par le fait que je décrivais l’expression distanciation sociale comme un calque de l’anglais, ce qui est la réalité. D’après elle, l’anglais et le français sont des langues sœurs et devraient converger pour ne plus former qu’une seule langue…

Les réactions les plus intéressantes viennent de Français établis au Canada. Ils sont les mieux placés pour faire la part des choses. D’une part, ils voient bien la position précaire de notre langue en terre d’Amérique; d’autre part, ils peuvent tempérer notre exaspération de voir l’invasion des termes anglais en français.

Écrivez-moi!

Comme vous le voyez, je suis toujours intéressé par vos courriels et vos commentaires dans mon blogue. Ils alimentent mes réflexions.

Au plaisir de vous lire.

5 Thoughts on “Courrier

  1. Betty Larose on 22 avril 2020 at 11:17 said:

    Je suis une fidèle abonnée à votre blogue et j’apprécie au plus haut point les précisions sur l’utilisation de notre belle langue. Je me fais un devoir de suivre vos directives et essaie de les appliquer au quotidien et dans mes activités d’écriture.

    Parlant de Twitter, un mot dont on fait usage et qui me fait grincer des dents est le mot « sponsorisé ». Ne pourrait-on pas utiliser un autre terme, bien français, pour décrire cet état de fait ? Commandité ? Commercialisé ? Je cherche et ne trouve pas le terme à utiliser. Vous avez une idée ? Merci pour tout !

    • Andre Racicot on 22 avril 2020 at 12:36 said:

      On dit souvent «parrainé» ou «commandité». Sponsoriser est un autre exemple d’emprunt inutile. Merci de vos commentaires.

  2. Chambaron on 22 avril 2020 at 11:51 said:

    Je lis et apprécie vos articles depuis longtemps. En fait, comme correcteur (réviseur) établi en France, c’est mon principal point d’information sur le français au Québec, avec ses combats spécifiques et ses coups de fraicheur pour notre pays très sclérosé en matière de langue. Les Suisses se battent contre la puissance des Suisses allemands, les Wallons contre l’envahissant flamand et les Africains doivent assumer leur lexique surprenant et leurs visions originale de pays jeunes. Alors, continuez de ferrailler pour la clarté, la simplicité, les nuances que permettent la langue de Rabelais (cela fait des années que je plaide pour une requalification : Molière n’est pas novateur linguistiquement et Rabelais est le plus grand contributeur en mots et expressions que notre langue ait connu…).

    • Andre Racicot on 22 avril 2020 at 12:39 said:

      Je vous remercie de vos gentils commentaires. Je pense que les Européens ont pas mal de petites et de grandes choses à apprendre de notre combat pour survivre. Mais j’aimerais que les Québécois et les Canadiens manifestent cette aisance fluide des Français et des autres Européens à s’exprimer avec nuance. Le vocabulaire, chez nous, est malheureusement bien étriqué.

  3. Je lis vos carnets avec intérêt et plaisir. Merci de partager vos avis sur les sujets chauds du jour.

    Vous avez peut-être constaté que je rédige peu de commentaires après les publications. Étant anglophone (mais francophile), faut se rendre à l’évidence : je connais beaucoup moins les spécificités de la langue française. Cependant, j’apprends beaucoup sur les nuances et subtilités de la langue de Molière.

    Je vais dire une chose : le carnet au sujet des trillions m’a beaucoup plu. Comme je travaille avec l’espagnol, et grâce à un abonné Twitter qui travaille avec la langue de Cervantès, j’ai vu comment l’espagnol, le français et l’anglais traitent les chiffres au-delà des millions.

    Alors voilà. Continuez le bon travail!

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