Category Archives: Traduction

New York

Traduire ou ne pas traduire? Tel est le dilemme qui attend le langagier qui débarque en Nouvelle-Amsterdam, le nom originel de New York. En consultant aussi bien la littérature touristique que les ouvrages généraux consacrés à la métropole américaine, force est de constater que l’anglais prédomine. Mais le français s’est quand même taillé une petite place.

Géographie de la ville

Le nom hollandais de Nieuw Amsterdam a été traduit par Nouvelle-Amsterdam. Par la suite, le territoire a été cédé à la Grande-Bretagne et a pris le nom de New York, rendu en français avec un trait d’union : New-York. Celui-ci a disparu au fil des décennies, malheureusement. Voir mon article sur la défrancisation des noms de villes.

La Grosse Pomme, comme on la surnomme souvent, est divisée en cinq boroughs, que l’on appelle districts dans notre langue : Manhattan, Staten Island, Queens, Bronx et Brooklyn. La grande question que l’on se pose, en français, est la manière de les énoncer : avec ou sans article? L’usage penche pour l’article dans les cas suivants : le Bronx et le Queens. Pourquoi? La réponse s’est perdue dans l’East River… ou peut-être dans la Seine.

Il est facile de se déplacer dans la ville puisqu’elle découpée en damier. Les Avenues vont de de nord en sud tandis que les Streets sont tracées dans le sens de la largeur. Ces termes sont traduits en français.

La Cinquième Avenue est de loin la plus prestigieuse et elle s’étire le long de Central Park (non traduit). La Sixième Avenue est surnommée l’avenue des Amériques. Les Streets deviennent des rues en français. La Quarante-deuxième Rue est reconnue pour ses bijouteries.

Mais pas de traduction pour Park Avenue. Si vous déambulez sur l’avenue du Parc, vous êtes à Montréal.

Certains lieux géographiques mythiques s’énoncent en anglais, même si une traduction française serait concevable : Central Park; Time Square; Chinatown; Greenwich Village; Midtown; Upper Westside; Lower Eastside.

Certains quartiers sont identifiés par des acronymes, généralement un signe de leur embourgeoisement. Le dernier en date est DUMBO : Down Under Manhattan Bridge Overpass. Lui emboitent le pas : SOHO (South of Houston Street); TriBeCa (Triangle Below Canal Street). Ouf!

Les édifices

New York est hérissée d’édifices vertigineux. Un véritable porc-épic urbain. Leur nom n’est jamais traduit. Que l’on pense au One World Trade Center, à l’Empire State Building ou au Chrysler Building. Idem pour le Rockefeller Center. Soit dit en passant, le nom Rockefeller viendrait du français Roquefeuille.

La statue de la Liberté me semble être la seule exception.

La gare centrale, la majestueuse Grand Central Terminal roule en anglais aussi. Seuls les aéroports peuvent arborer un générique français : l’aéroport La Guardia, John Kennedy ou de Newark.

Le plus souvent, on omet le générique, tant en anglais qu’en français. Si vous atterrissez à La Guardia tout le monde comprend.

Les musées

Durant mon séjour, j’étais fort amusé de voir mon téléphone intelligent me traduire certains noms figurant sur une carte, dont le Musée métropolitain des arts… Pourtant, cette appellation aurait très bien pu exister. Elle serait parfaitement logique. Pourtant…

Que diriez-vous du Musée des arts de Brooklyn, du Musée juif ou encore du Musée d’histoire naturelle ? C’est pourtant ainsi que nous l’appelions entre nous. Mais les guides en français énoncent les titres en anglais.

Petite exception toutefois pour la collection Frick.

On pourrait penser à d’autres institutions qui ne sont pas des musées à proprement parler. Notamment le Jardin botanique de Brooklyn et le zoo du Bronx.

New York en français ?  

Très peu. Sauf peut-être cette Montréalaise exilée que nous avons rencontrée au Metropolitan Museum. Ou encore cette hôtesse dans un restaurant, qui avait séjourné au Sénégal. Mais pour ce qui est de la nomenclature, s’en tenir à l’anglais, le plus souvent.

Le dysfonctionnement du système politique américain

La présidence clownesque du locataire de la Maison-Blanche met en relief le côté dysfonctionnel de certaines des institutions américaines.

Les États-Unis sont fiers de leur Constitution. Et ils ont raison. Tout au long de mes études de science politique, je n’ai pas lu de document plus brillant que la Constitution des États-Unis.

Peu de gens le savent, mais elle s’inspire des réflexions de Jean-Jacques Rousseau, pour le contrat social, et de Montesquieu, pour la séparation des pouvoirs.

Obsédés par la peur d’élire un despote, les Jefferson, Franklin et Washington se sont employés à imaginer un pouvoir politique fractionné et équilibré. Le président serait détenteur du pouvoir exécutif, mais ses actions seraient contrôlées par le Congrès. Ce dernier adopterait des lois, mais le président pourrait y opposer son véto s’il les juge abusives. Enfin, les tribunaux empêcheraient les deux premiers de commettre des abus envers le peuple américain, notamment de se liguer pour imposer une dictature.

Le Collège électoral

Le Collège est censé être un corps de sages chargés de choisir le président des États-Unis. Son existence constitue une entorse importante à la souveraineté du peuple. En effet, les constituants de 1776 ne jugeaient pas les Américains assez éclairés pour éviter l’élection d’un démagogue. Par conséquent ils ont décidé que la population n’élirait pas le président des États-Unis ; elle voterait pour une liste de candidats qui, au nom de leur État, choisiraient le président. C’est donc dire que le président des États-Unis est indirectement élu par le peuple américain.

Les grands électeurs pourraient, du moins en théorie, barrer la route à un éventuel démagogue aux ambitions douteuses.

Tout cela est bien beau sur papier, mais la réalité des choses est très différente. En fait, ce sont les partis qui proposent une liste de candidats au Collège électoral. Cette liste est composée de membres émérites du parti, de sympathisants reconnus que l’on veut honorer. C’est donc dire qu’il est extrêmement improbable que ces personnes s’opposent à la candidature de celui que leur propre parti a choisi.

Les grands électeurs républicains ont raté une excellente chance en 2016 de donner tout son sens au Collège électoral en choisissant d’appuyer Donald Trump. Ce personnage sulfureux correspondait incontestablement au type de personne que les constituants de 1776 voulaient écarter de la présidence.

Pourquoi ? Parce que cet homme ne respecte ni l’esprit ni la lettre de la Constitution des États-Unis.

La procédure de destitution

Que Trump ne comprenne pas les éléments fondamentaux de la Constitution américaine est déjà inquiétant. Un président qui bafoue aussi allègrement la séparation et l’équilibre des pouvoirs est tout à fait inédit.

Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est que nous avons un président qui a clairement pactisé avec une puissance étrangère pour se faire élire. N’a-t-il pas, entre autres, lancé un appel public à la Russie pour qu’elle divulgue d’autres courriels pouvant compromettre l’élection de Hilary Clinton ? De plus, il apparait de plus en plus clair que son entourage a eu des liens étroits avec les Russes pendant la campagne électorale. Par-dessus le marché, les services secrets américains ont révélé que la Russie a inondé Facebook de faux comptes répandant des faussetés sur la candidate démocrate, notamment qu’elle était gravement malade et ne serait pas capable de gouverner.

Soit dit en passant, ce réflexe de répandre de fausses informations en Occident n’est pas nouveau : l’Union soviétique le faisait régulièrement, bien avant l’avènement des médias sociaux.

Cette complicité évidente avec la Russie est un motif suffisant de destitution. En effet, la Constitution américaine prévoit la destitution du président, du vice-président, d’un ministre si cette personne commet un crime très grave (high crime) ou encore un délit (misdemeanor). Pas besoin d’être un grand juriste pour comprendre que le président actuel pourrait être destitué.

Alors pourquoi ne l’est-il pas ?

Parce que la destitution est un processus politique.

Le président doit tout d’abord être formellement mis en accusation par la Chambre des représentants. Ses membres adoptent à la majorité simple un bill of impeachment qui accuse le président de telle et telle chose. Mais ce sont des politiciens qui enclenchent ce processus, pas des observateurs indépendants. Les Washington et cie ont peut-être cru que les élus sauraient mettre de côté leurs intérêts partisans, mais ils se sont trompés.

Une fois adopté, le projet de loi visant la destitution est transmis à d’autres politiciens, les sénateurs. Ces derniers se transforment en juristes et instruisent le procès du président. Les mêmes réflexes partisans risquent de jouer.

La majorité des deux tiers est requise pour l’un ou l’autre des chefs d’accusation pour que le président soit destitué.

Autrement dit, il faudrait que des sénateurs républicains se rallient aux démocrates pour qu’un bill of impeachement aboutisse à la destitution. Là encore, il y a loin de la coupe aux lèvres pour qu’un tel revirement survienne, à moins de s’imaginer que les politiciens actuels, à couteaux tirés, s’émancipent soudain de toute considération partisane et ne voient que l’intérêt supérieur de la République. On peut rêver.

D’ailleurs, les trois cas de mise en accusation d’un président démontrent amplement que la procédure de destitution est avant tout politique.

1. Après la Guerre de Sécession, le président Andrew Johnson s’oppose entre autres à la reconnaissance des Afro-Américains comme citoyens des États-Unis. Il fait obstacle à la réconciliation entre le Nord et le Sud. Il est visé par une mesure de destitution qui échoue par un vote.

2. Le président Clinton est accusé par les représentants d’avoir menti et entravé la justice dans une affaire de mœurs. Le fait d’avoir succombé aux avances de Monica Lewinsky est-il un motif sérieux de destitution ? Ou bien est-ce la haine féroce que les conservateurs américains vouent à Clinton, un libéral et un libertin?

3. Le président Nixon est embourbé dans l’affaire du Watergate. Il est clair que la Maison-Blanche était à l’origine du cambriolage commis dans le célèbre immeuble. Bref, Nixon n’avait aucune chance et il allait vers la destitution. Quand il a vu que la Chambre des représentants allait le mettre en accusation, il a préféré démissionner. Surtout qu’il ne pouvait plus rien attendre de ses alliés politiques.

Tout cela pour dire que la procédure de destitution a toujours été une arme politique et non pas une manière objective de déterminer si un président doit continuer de gouverner.

Le 25e amendement

Un autre moyen d’écarter le président actuellement en poste serait d’invoquer le vingt-cinquième amendement de la Constitution.

Celui-prévoit que le vice-président ainsi qu’une majorité des ministres peut aviser les deux chambres du Congrès que le président ne peut exercer ses fonctions. Les deux chambres devront voter à la majorité des deux tiers pour la destitution du président, sans quoi il reste en poste.

Il ne fait aucun doute que Trump est inapte à exercer ses fonctions. De nombreux témoignages montrent sans l’ombre d’un doute qu’il souffre de troubles caractériels qui le rendent même dangereux pour la sécurité du pays, notamment parce qu’il ne comprend pas les rouages élémentaires de l’économie, des relations internationales, de la sécurité collective de l’Occident, sans parler du fonctionnement du système politique américain.

Il y a donc déjà matière abondante pour le destituer.

Mais le recours au vingt-cinquième amendement est encore plus périlleux que la procédure de destitution elle-même, car elle implique que les alliés immédiats du président, soit le cabinet qu’il a choisi, décident qu’il ne peut plus exercer ses fonctions.

Ce scénario apparait extrêmement improbable, surtout à cause de la forte personnalité du vice-président Pence…

Conclusion

Le dysfonctionnement des trois éléments mentionnés représente une entrave considérable au fonctionnement harmonieux de la démocratie états-unienne. Il est clair que les institutions en question ne jouent pas le rôle prévu par les pères de la démocratie américaine.

Le Collège électoral ne bloque rien. De plus, son existence constitue un déni de démocratie.

La procédure de destitution n’a rien d’un processus objectif destiné à sanctionner les coquins, comme on disait jadis. L’enclencher est très difficile. Dans deux cas sur trois elle n’a pas abouti à la destitution. Nixon aurait pu être le seul président de l’histoire à être destitué, parce que sa culpabilité ne faisait plus aucun doute.

Le vingt-cinquième amendement est également à peu près impossible à appliquer, même s’il est évident que le président américain n’a ni les compétences ni l’équilibre nécessaires pour exercer ses fonctions.

Un sérieux examen de conscience s’impose aux États-Unis.

L’Académie et la féminisation

L’Académie française vient d’arriver en ville, comme on dit au Québec. Après des siècles de résistance, elle fait une entrée fracassante dans le XXIe siècle en acceptant le principe de la féminisation des titres.

Non sans avoir résisté.

Une résistance farouche

Un article paru dans l’hebdomadaire L’Express claironne la bonne nouvelle. Il signale l’avant-gardisme du Québec en la matière et la résistance forcenée, épidermique de l’Académie devant la féminisation.

Dorénavant, une ambassadrice sera une femme dirigeant une ambassade, et non plus l’épouse de l’ambassadeur.

À mon avis, deux facteurs expliquent ce recul historique (oui, pour une fois, le mot est justifié). Premièrement la vigueur qu’a pris ces dernières années le courant féministe et la recherche de l’égalité pour les femmes ; deuxièmement, l’usage, tout simplement. Si le Québec a ouvert le chemin, suivi assez rapidement par la Belgique et la Suisse, la France, par contre, s’est insurgée contre la féminisation des titres de profession. Avec la même hargne aveugle, irrationnelle et délirante dont elle a fait preuve envers la très timide réforme de l’orthographe de 1990.

On pourrait ajouter un troisième facteur : l’absurdité de la position de l’Académie a fait le reste.

Madame le ministre

L’hostilité des Immortels envers les femmes a été bien documentée. Il a fallu attendre 400 ans avant qu’une femme, Marguerite Yourcenar, fasse son entrée au Quai Conti. Comme le signale l’article précité, l’historien Pierre Gaxotte s’opposait à l’élection d’une femme, parce qu’elle conduirait éventuellement à celle d’un nègre (sic)…

Encore aujourd’hui, la secrétaire perpétuelle de l’Académie, Hélène Carrère d’Encausse, insiste pour se faire appeler Madame LE secrétaire perpétuel. Parce que oui, certaines femmes s’élèvent contre la féminisation, reprenant les arguments des grammairiens réactionnaires et misogynes du XVIIe siècle.

On a observé la même résistance envers l’appellation Madame LA ministre.

En 1997, le premier ministre Alain Juppé nomme une douzaine de femmes ministres; elles insistent toutes pour être appelées « Madame la ministre », ce qui entraîna immédiatement une polémique. C’est le scandale des Jupettes…

Nadeau et Barlow, dans leur livre Le français, quelle histoire !, rapportent l’anecdote suivante :

À cette époque, le journaliste Jean-François Lisée interviewa le secrétaire perpétuel de l’Académie, Maurice Druon, et lui posa une colle : “Doit-on dire “Madame la ministre est bien bon“ ou “Madame la ministre est bien bonne“? Coincé, Druon s’en tira par une pirouette en répondant “Bonne à quoi[

Atterrant.

Éradication des titres féminins

L’Académie française revient de loin. Elle a jadis éradiqué des titres féminins, comme médecine, autrice, inventrices ou philosophesse…

Pratiquant le sophisme, elle a fait valoir que le masculin était le genre générique en français. Donc pas besoin de médecine, puisque médecin englobait les deux genres.

Pendant des siècles, on a invoqué ce prétexte pour s’opposer à toute féminisation.

Cette règle grammaticale n’était nullement sexiste : elle relevait du génie de notre langue.  

L’ennui, c’est que le genre générique s’appelait… le masculin. L’argument aurait été plus convainquant si on avait parlé du genre A et du genre B. Appeler les deux genres féminin et masculin n’est-il pas porteur de sens ?

En outre, le fait d’énoncer au masculin les titres touchant des professions nobles comme la médecine, l’écriture, la philosophie était révélateur. Comme le fait observer Éliane Viennot, autrice de Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin : « Ils ne se sont pas attaqués aux basses fonctions ou aux fonctions traditionnellement féminines. » Autrement dit, on n’a pas éliminé la blanchisseuse, par exemple.

Pour tout résumer, le recul de l’Académie est une grande victoire pour les femmes et la logique élémentaire, quoi qu’en pensent certains.

On lira avec intérêt mon article sur l’écriture inclusive.


[1] Nadeau et Barlow, op. cit., p. 486.

Hijab ou hidjab?

Le voile islamique déchire les opinions tant au Québec que partout en Occident. Tenons-nous loin de la polémique sur l’acceptabilité des signes religieux en milieu de travail, mais penchons-nous plutôt sur la graphie de ce terme.

On voit très souvent hijab. En fait le plus souvent, nous révèle une recherche sommaire sur la Grande Toile, celle qui nous espionne. Tant La Presse, Le Devoir au Québec, que Le Figaro, L’Express, Le Monde, etc., semblent favoriser la graphie hijab.

Tout le contraire des deux grands dictionnaires, Larousse et Robert favorisant la graphiehidjab, avec le d. La prononciation suggérée est hid-jab, bref comme cela s’écrit.

Ailleurs sur le Web

La graphie hijab semble aussi s’être imposée en italien et en espagnol. Des journaux comme La Republicca, La Stampa, en italien, El Pais, El Mundo, en espagnol, écrivent hijab.

Du côté germanique, on observe la même graphie dans les publications allemandes Die Welt et Der Spiegel.

Une mauvaise translittération

Mais d’où vient donc hijab?

Il s’agit d’une translittération vers l’anglais. Tout comme le russe et un grand nombre de langues, l’arabe ne s’écrit pas en caractères romains, ce qui signifie qu’il faut transcrire les sons originaux en respectant les graphies françaises. Ce qui se prononce hid-jab en arabe doit être écrit de manière à ce qu’un francophone le prononce de la même manière.

En anglais, le son dj s’écrit tout simplement avec le j. Donc hijab.

Or, les noms arabes doivent être translittérés à la française et non à l’anglaise.

Les noms arabes en français

Personne ne songerait à écrire Putin, Shostakovich ou Pushkin en français, car ce sont des graphies anglaises. Voir mon article à ce sujet.

Ainsi en est-il des noms arabes. Par exemple, Djedda s’écrit en anglais Jeddah. Les noms arabes les plus importants ont été traduits en français. Pensons à Le Caire, La Mecque, Jordanie, Égypte, etc. Les lieux moins importants voient leur nom translittéré en français. Les anglophones font exactement la même chose vers l’anglais.

Alors pourquoi hijab?

On pourrait bien sûr évoquer le rouleau compresseur de l’anglais, perçu comme un symbole de modernité, et ce pas uniquement par les Français mais par énormément de gens partout dans le monde.

L’autre facette du problème, c’est que la translittération n’est pas une science exacte. Les noms venant du russe, de l’ukrainien, du biélorusse, de l’arménien, du géorgien, etc. sont habituellement transcrits selon une graphie française.

Mais ce principe n’est pas appliqué pour les noms japonais ou chinois, par exemple. En fait, la plupart des noms asiatiques sont plutôt écrits à l’anglaise.

Commentaires des lecteurs

Les commentaires reçus après la publication de cet article sont éclairants. Je vous invite à les lire. La prononciation de l’arabe n’est pas uniforme et cela expliquerait en partie les différentes graphies.

Confronter

Peut-on être confronté à des difficultés? Peut-on confronter un problème?

Certaines formulations avec le verbe confronter sont frappées d’interdit pour cause d’anglicisme. Les zones de convergence et les zones de divergence entre l’anglais et le français sont autant de sables mouvants dans lesquels les langagiers peuvent facilement s’enliser.

Dans son sens original, confronter signifie comparer deux documents, deux témoignages, de mettre en présence deux personnes.

Confronter un document avec l’original.

Confronter un témoin à l’accusé.

On remarquera l’emploi possible de deux prépositions qui, d’ailleurs, sont la plupart du temps interchangeables.

Être confronté à une difficulté

Pour bien des langagiers, cette tournure est douteuse. À défaut d’avoir le temps de faire toutes les vérifications souhaitables, ils préfèrent contourner le problème et reformuler.

Et pourtant, pourtant, je n’aime que toi, chantait le grand Aznavour.

Pourtant, cette expression ne rompt pas véritablement avec la définition du verbe en question. Quand on est confronté à une difficulté, à un problème, on est en sa présence, non? Le sens n’est pas corrompu.

On pourrait dire aussi qu’on est aux prises avec un problème, qu’on fait face à une difficulté.

Comme le signalent les Clefs du français pratique :

Certains voient dans être confronté à une tournure lourde, familière ou un emploi critiqué inspiré de l’anglais. Le tour être confronté est pourtant correct.

Confronter une personne

Il faut toutefois se tenir loin de la construction confronter + complément direct.

L’avocat de la Couronne a décidé de confronter le témoin.

Dans cette phrase, on relève le sens anglais de s’en prendre à l’autre personne, de l’affronter. Ce sens est anglais.

Acculée, Nicole a confronté la situation et a pris les mesures nécessaires.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que Nicole était confrontée à une situation difficile et qu’elle a décidé de prendre le taureau par les cornes.

C’est historique!

Les médias continuent d’utiliser le mot historique à toutes les sauces et leur manie confine au délire total. Bel exemple d’un mot vidé de son sens initial.

Je m’étais promis de constituer un florilège des pires cas, quelque part en 2019. Force est de constater que l’inventivité des journalistes est loin de se tarir.

Voici donc un modeste bilan pour le début de cette année, étant entendu que les cas sont beaucoup plus nombreux que ceux que j’ai recensés.,

Les élections en République démocratique du Congo

Le nouveau gouvernement de ce pays

Nancy Pelosi, élue présidente de la Chambre des représentants

Le changement de nom de la Macédoine, qui devient la Macédoine du Nord

Le déménagement de la Chambre des communes

La visite du pape aux Émirats arabes unis

La victoire des Patriots de la Nouvelle-Angleterre au Super Bowl.

Il va sans dire que ce nouvel opus grognon de votre humble serviteur est lui aussi historique.

Noir

On appelle souvent l’Afrique le continent noir. Appellation classique que l’on trouve dans les dictionnaires.

L’automne dernier, je donnais un cours de rédaction à l’Université d’Ottawa à des étudiants en traduction. Je parlais des métaphores décrivant certains lieux géographiques.

« Monsieur, ce n’est pas raciste, ça? »

De nos jours, il faut peser chaque mot; le procès d’intention n’est jamais loin. Les maoïstes de la bien-pensance sont très actifs dans les universités et ils finissent par influencer tout le monde. Bien des gens reculent, mais il faut savoir se tenir debout et remettre les pendules à l’heure. C’est ce que j’ai fait.

« Non, ce n’est pas raciste, répondis-je. C’est une façon normale de parler de l’Afrique. Ce qui est raciste, ce sont les termes injurieux pour décrire un peuple. Noir n’est pas une insulte. »

Mon étudiante s’énervait pour rien. L’expression le continent noir figure bel et bien dans le Petit Robert, tout à côté de l’Afrique noire, soit l’Afrique subsaharienne.

D’ailleurs, l’adjectif noir définit un « groupe humain caractérisé par une peau très pigmentée. Race noire, peuples noirs. » Le mot peut également être substantivé. Il s’agit d’un homme ou d’une femme noire, ce que les Européens appellent parfois – avec un ridicule consommé – un black

La formule de rechange, que l’on cherche à imposer à tout le monde, est personnes de couleur. Drôlement imprécis, car elle pourrait englober tant les Indo-Pakistanais que les Maghrébins.

Bien entendu, noir renvoie à la notion de noirceur, un terme négatif. Pensons à quelques expressions comme « Broyer du noir », « Voir tout en noir », « Avoir des pensées noires », « Nourrir de noirs desseins », etc.

Mais ce ne serait pas la première fois qu’un mot aurait deux facettes : l’une positive et l’autre négative. On peut penser à impliquer (dans une affaire louche ou dans le scoutisme?).

Avez-vous des idées noires? C’est peut-être parce que vous lisez trop de romans noirs. Les plus âgés se souviendront de la Série noire, aux éditions Gallimard. Ce que l’on appelle aujourd’hui des polars, des romans policiers.

Le Roman noir connaît de belles heures grâce à l’invasion scandinave, si je puis dire. Une auteure islandaise, Lilja Sigurðardóttir, est l’instigatrice d’un festival du roman policier appelé Iceland Noir. Eh oui, le mot a essaimé en anglais et probablement dans d’autres langues.

Cette auteure a écrit une trilogie, Reykjavik noir, dont les deux premiers tomes sont parus : Piégée et Le filet.

Nègre

Ce mot est bien plus délicat, car il traîne avec lui un lourd passé colonial et esclavagiste. Le Robert fait observer : « Terme raciste sauf s’il est employé par les Noirs eux-mêmes. ». Dans le Larousse, on voit encore des pages sur l’art nègre, mais c’est un peu l’exception qui confirme la règle.

Deux expressions révélatrices ont été formées avec le mot en question : « Travailler comme un nègre » et « Être le nègre de quelqu’un. » Dans les deux cas, il y a un lien avec un dur labeur. Pas très difficile d’imaginer le travail dans les plantations. Dans le second, on parle d’un auteur fantôme, qui écrit à la place d’une autre personne.

Autre relent de colonialisme, le « Parler le petit nègre », soit une langue rudimentaire à la syntaxe approximative.

De nos jours, ce ne sont pas tant les Noirs qui parlent le petit nègre, mais tous ces francophones qui pensent que la syntaxe, le vocabulaire et la grammaire n’ont aucune importance.  

Doublets

Le doublet peut être vu comme un procédé stylistique qui amplifie le discours. L’anglais et le français en partagent d’ailleurs un certain nombre :

  • First and foremost : D’abord et avant tout.
  • Cut and dried : clair et net.
  • Heart and soul : corps et âme.
  • Pains and aches : les douleurs et les maux.
  • Every nook and cranny : coins et recoins.
  • Safe and sound : sain et sauf.

On voit ici un effet d’insistance, puisque certains mots sont redondants. La redondance vient épauler le discours anglais ou français pour insister sur une notion, la mettre en vedette. Dans bien des cas, le français ne suit plus la parade et résume l’idée avec un seul mot.

Ainsi, Safety and security se rend généralement par sécurité, bien que dans certains contextes on fasse la nuance entre les deux termes. Mais le doublet sûreté et sécurité se voit rarement.

En français, la notion d’efficacité suffit le plus souvent. L’expression « efficace et efficient » s’inspire de l’anglais. Soit dit en passant, les deux mots ne sont pas de parfaits synonymes, car l’efficience est liée à l’économie de moyens.

Dans des textes économiques ou juridiques, la notion d’efficience peut être nécessaire.

Parlant de textes juridiques, l’expression Terms and conditions est un grand classique. Mais en français, on se contente des conditions ou des modalités

Certains doublets anglais témoignent du génie de la langue de Shakespeare; il est difficile d’être aussi concis dans notre langue et nous dépassons les deux mots. Parfois, il faut recourir à une périphrase. Quelques exemples :

  • Short and sweet : être bref; ne pas y aller par quatre chemins.
  • Day and age : de nos jours; à notre époque; par les temps qui courent.
  • Head and shoulders : dépasser d’une tête; dépasser de loin; être de loin supérieur; être à des années-lumière de…; laisser tout le monde derrière; aucun ne lui arrive à la cheville; avoir une bonne longueur d’avance.
  • Alive and well : être bien vivant; se porter très bien.
  • Neat and tidy : être bien rangé; être réglé comme du papier à musique.

Chute et fin de cet article.

Télémarketing : défendez-vous!

Il faut poursuivre le combat

Le problème lancinant du télémarketing sauvage a enfin percé la carapace des médias. Il y a quelques mois, j’ai fait publier une lettre dans les journaux sur le sujet et l’émission La Facture de Radio-Canada a présenté un dossier très étoffé qui met en lumière l’inertie et l’indifférence du gouvernement. Un gouvernement qui considère que le télémarketing est une industrie légitime, alors qu’il s’agit d’un fléau qui devrait être interdit.

La journaliste Esther Normand m’a dit que La Facture recevait beaucoup de plaintes des citoyens qui sont excédés de se faire déranger par des vendeurs de thermopompes et des astrologues. En fait, tout le monde a sa petite histoire à raconter.

La farce a assez duré et les citoyens doivent se faire entendre. Comment ?

Tout d’abord en écrivant aux politiciens qui, après tout, doivent compter sur la population pour se faire élire. Or, des élections fédérales auront lieu en octobre. Belle occasion à ne pas rater.

Ensuite, ne pas hésiter à écrire aux médias. Ces derniers sont très sensibles aux sujets chauds et le dossier du télémarketing pourrait en devenir un. Les journalistes se plaisent à creuser des dossiers, surtout quand ils peuvent dénoncer l’incurie gouvernementale. Et très souvent, les choses débloquent après un reportage.

Celui de La Facture m’a valu un appel du NPD…

Il faut donc faire de la jungle du télémarketing un sujet chaud pour que le gouvernement cesse d’abdiquer de son obligation de défendre la population, au lieu de laisser le champ libre aux flibustiers du télémarketing.

Par où commencer ?

La loi instituant la Liste nationale des numéros de télécommunication exclus est outrageusement bafouée par les télévendeurs. L’émission La Facture l’a clairement démontré. La loi n’est tout simplement pas appliquée et un seul télévendeur sur 10 000 est frappé d’une amende. Cette situation est scandaleuse.

Il faut interpeler les politiciens au pouvoir.

Pourquoi ne pas commencer par le ministre de la Justice, David Lametti ?  David.Lametti@parl.gc.ca

Certains voudront écrire au premier ministre lui-même, Justin Trudeau : justin.trudeau@parl.gc.ca

Le chef de l’opposition officielle, Andrew Scheer est le premier ministre en devenir. Ce n’est pas une mauvaise idée de le sensibiliser au problème, même si c’est le gouvernement Harper qui a fait adopter la loi actuelle, pleine de trous : andrew.scheer@parl.gc.ca

Écrire aux députés

On peut aussi écrire à nos députés par courriel. L’adresse de tous les membres de la Chambre des communes se trouve ici : https://www.noscommunes.ca/Parliamentarians/fr/constituencies

Généralement, il est plus efficace d’écrire par courriel. Les lettres papier que j’ai envoyées au bureau des Communes de deux députés sont restées sans réponse. On m’a dit ne jamais les avoir reçues…

Si, malgré tout, vous désirez envoyer une lettre en bonne et due forme, vous trouverez l’adresse du bureau de chacun d’entre eux sur la même page. Si vous manquez d’inspiration, je peux vous fournir des modèles pour chaque variété de député…

Comment leur écrire ?

Composer un message type, pas trop long et précis, exprimant votre exaspération devant l’inertie des autorités.

L’envoyer à votre député.

En faire une copie que vous pouvez ensuite transmettre à tous les autres députés que vous souhaitez sensibiliser au problème.

Par courriel, il est très facile d’écrire des messages en série, en recopiant le message initial. L’idée est d’inonder nos élus de lettres de protestation contre le télémarketing. Bien sûr, ils reçoivent beaucoup de correspondance, mais un grand nombre de courriels sur la jungle du télémarketing finira par attirer leur attention.

Utiliser les médias sociaux à bon escient

Les élus veulent être à la fine pointe de la technologie et bon nombre d’entre eux ont un compte Twitter. Interpeler un député sur Twitter, c’est lui infliger un électrochoc en public. Cela a généralement a un effet bœuf. Je parle par expérience. Il ne répond à vos courriels ou vous envoie des réponses lénifiantes, confrontez-le sur Twitter.

Des messages laissés sur une page Facebook peut également être du plus grand effet.

Voici maintenant une liste des principaux députés québécois de chacune et des formations politiques, liste qui comprend aussi certaines têtes d’affiche de chacun des partis.

Pourquoi écrire à un député libéral ?

La question se pose en effet étant donné que le gouvernement libéral est responsable du gâchis actuel. Contrairement à ce que l’on pense, les députés ministériels ont une certaine influence ; ils rapportent les humeurs de la population au gouvernement. Si les députés libéraux sont inondés de messages de protestation à propos du télémarketing, ils pourraient exercer des pressions sur le gouvernement.

Députés libéraux à harceler :

Serge Cormier : Serge.Cormier@parl.gc.ca

Mélanie Joly : Melanie.Joly@parl.gc.ca

Stéphane Lauzon : Stephane.Lauzon@parl.gc.ca

Rémi Massé : Remi.Masse@parl.gc.ca

Dominic LeBlanc : dominic.leblanc@parl.gc.ca

Emmanuel Dubourg : Emmanuel.Dubourg@parl.gc.ca

Denis Paradis : Denis.Paradis@parl.gc.ca

Brenda Shanahan : Brenda.Shanahan@parl.gc.ca

Marie-Claude Bibeau : Marie-Claude.Bibeau@parl.gc.ca

Diane Le Bouthillier : Diane.Lebouthillier@parl.gc.ca

Steven Mackinnon : Steven.MacKinnon@parl.gc.ca

Marjolaine Boutin-Sweet : Marjolaine.Boutin-Sweet@parl.gc.ca

Pablo Rodriguez : Pablo.Rodriguez@parl.gc.ca

Greg Fergus : gregfergusparl.ca

Richard Hébert : Richard.Hebert@parl.gc.ca

Francis Scarpalegga : francis.scarpaleggia@parl.gc.ca

David Lametti : David.Lametti@parl.gc.ca

David Graham : David.Graham@parl.gc.ca

Fayçal El-Khoury : Faycal.El-Khoury@parl.gc.ca

Joël Lightbound : Joel.Lightbound@parl.gc.ca

Yves Robillard : Yves.Robillard@parl.gc.ca

Michel Picard : Michel.Picard@parl.gc.ca

Antoine Housefather : Anthony.Housefather@parl.gc.ca

Marc Garneau : marc.garneau@parl.gc.ca

Frank Baylis : Frank.Baylis@parl.gc.ca

William Amos : wamos.liberal.ca

Jean-Yves Duclos : Jean-Yves.Duclos@parl.gc.ca

Jean Rioux : Jean.Rioux@parl.gc.ca

Emmanuella Lambropoulos : Emmanuella.Lambropoulos@parl.gc.ca

Nicola Di Iorio : Nicola.Diiorio@parl.gc.ca

François-Philippe Champagne : Francois-Philippe.Champagne@parl.gc.ca

Pierre Breton Pierre.Breton@parl.gc.ca

Ramez Ayoub : Ramez.Ayoub@parl.gc.ca

Peter Schiefke Peter.Schiefke@parl.gc.ca

Marc Miller : Marc.Miller@parl.gc.ca

Eva Nassif : Eva.Nassif@parl.gc.ca

Pourquoi écrire à un député conservateur ?

Le gouvernement Harper a fait adopter en 2008 la loi établissant la Liste nationale des numéros de télécommunication exclus. Par la suite, il s’est arrangé pour que cette loi soit inapplicable en ne dotant pas le CRTC du personnel suffisant. Néanmoins, les élections approchent et le Parti conservateur pourrait être tenté d’utiliser ce dossier pour marquer des points contre le gouvernement libéral.

Députés conservateurs dont il faut secouer les puces :

Sylvie Boucher : Sylvie.Boucher@parl.gc.ca

Alupa Clark : Alupa.Clarke@parl.gc.ca

Steven Blainey : steven.blaney@parl.gc.ca

Pierre Paul-Hus : Pierre.Paul-Hus@parl.gc.ca

Richard Martel : Richard.Martel@parl.gc.ca

Jacques Gourde : jacques.gourde@parl.gc.ca

Gérard Deltell : Gerard.Deltell@parl.gc.ca

Luc Berthold : Luc.Berthold@parl.gc.ca

Alain Rayes : Alain.Rayes@parl.gc.ca

Pourquoi écrire aux deputés néo-démocrates?

Le NPD est moins enclin à défendre les entreprises de télémarketing, contrairement aux libéraux et aux conservateurs. Il est le plus susceptible de s’emparer du dossier en question pour dénoncer l’inertie du gouvernement libéral.

Députés du NPD à activer :

Faut-il écrire aux députés bloquistes ?

Le Bloc québécois a maintenant peu d’influence aux Communes. Nous sommes loin de l’époque de Gilles Duceppe. À mon sens, pas très utile de leur écrire pour l’instant.

Envoyer des lettres aux journaux

Envoyer une lettre aux journaux est un coup de dés. Ils donnent priorité à des missives faisant suite à des articles qu’ils ont publiés. Cependant, lorsqu’un sujet devient brûlant, ils sont davantage enclins à lui accorder de l’attention. Il ne faut pas se laisser décourager si une lettre n’est pas publiée.

La règle d’or est la concision : les journalistes n’aiment pas les textes interminables et répétitifs. Bien cerner son propos ; faire des phrases courtes et claires. Adopter un style incisif peut être un atout.

En outre, plus les médias recevront de lettres sur le télémarketing, plus le sujet les intéressera. Avec un peu de chance d’autres médias que Radio-Canada décideront de mener leur propre enquête.

Voici les adresses à qui on peut écrire :

La Presse : debats@lapresse.ca

Le Devoir : lettres@ledevoir.com

Le Droit : editorial@ledroit.com

Écrire à La Facture

514 790-2636 ou le 1 800 790-2636.

Écrire à l’émission JE à TVA : marie-christine.bergeron@tva.ca

En terminant

Si, comme un peu tout le monde, vous en avez vraiment assez de vous faire harceler par des télévendeurs insistants, je vous suggère de faire lire ce texte à vos amis et de les inciter à prendre la plume pour faire connaître leur opinion.

Les députés et les gouvernements vont agir seulement s’ils sentent que le problème devient un enjeu important de société.

Prendre la parole, interpeler les politiciens est la seule arme qui reste aux citoyens.

Combattre le télémarketing

Cette semaine, nous sortons un petit peu du domaine linguistique.

Le télémarketing a toujours été un fléau, mais il devient de plus en plus insupportable. Les Canadiens sont inondés d’appels importuns, dont environ 40 pour 100 sont frauduleux. Même problème aux États-Unis. Récemment, la revue britannique The Economist indiquait que les Américains sont excédés par les appels des télévendeurs. En outre, les efforts déployés par les autorités fédérales ne donnent pas toujours les résultats souhaités.

Au moins, Washington se préoccupe de la question, contrairement au gouvernement canadien qui a complètement laissé tomber la population.

La Liste nationale des numéros de téléphone exclus

Cette liste est en vigueur depuis dix ans. Grâce à elle, vous pouvez vous soustraire aux appels des télévendeurs… du moins en théorie.

C’est du moins ce qu’essaie de vous faire croire le CRTC. Dans un véritable document de propagande https://crtc.gc.ca/fra/dncl/10ann.htm, l’organisme fédéral présente la Liste comme un grand succès. On bombarde le public de chiffres bruts qui ne veulent rien dire. Le CRTC se vante des 13 millions de numéros inscrits sur la Liste, ainsi que des 18 603 télévendeurs inscrits eux aussi. Mais encore? Le gouvernement protège vraiment le public?

La vérité est tout autre. Des statistiques recueillies par l’émission La Facture à Radio-Canada https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1147504/echec-appels-indesirables-crtc-liste-numeros-exclus-telecommunications montrent sans doute possible que la loi de 2008, déjà pleine de trous, est inopérante.

Sur les 1,3 million de plaintes reçues, seulement… 167 ont conduit à des amendes. Oui vous avez bien lu. Autrement dit, une plainte sur 10 000 donne des résultats. Autant s’acheter un billet de loterie. C’est clair, dénoncer des numéros au CRTC est une pure perte de temps. D’autant plus qu’aucun suivi n’est exercé auprès du consommateur. Pas étonnant que les télévendeurs s’en donnent à cœur joie.

Dans une entrevue à La Facture, le directeur de l’application de la loi du CRTC, Alain Garneau, révèle que seulement 15 agents sont affectés au traitement des plaintes. Une poignée de fonctionnaires contre une horde de télévendeurs dotés de robots, d’équipement électronique et de téléphonistes formés pour vous embobiner.

Or l’émission La Facture nous apprend aussi que 40 pour 100 des appels de télémarketing ne sont rien d’autre que de la fraude.

L’inertie du gouvernement fédéral

Le gouvernement a le culot d’essayer de nous faire croire qu’il défend les consommateurs. Dans son document de propagande, le CRTC annonce fièrement qu’il accroît la coopération avec dix organismes d’application de la loi du monde entier. Pendant ce temps, le nombre d’appels importuns continue de grimper.

En 2016-2017, toujours selon le même document, Ottawa annonce son intention de forcer les compagnies de téléphonie à bloquer certains numéros importuns. Près de dix ans après l’avènement de la Liste, on commence à envisager de prendre des moyens plus musclés pour défendre le public. Bravo !

Bis : Pendant ce temps, le nombre d’appels importuns continue de grimper.

Parlons-en des compagnies de téléphonie. Bell, Rogers et Vidéotron ne lèveront pas le petit doigt pour vous défendre. Elles n’ont aucun intérêt à vous aider. Ces géants bloqueront des numéros quand le gouvernement fédéral sortira de sa torpeur et leur ordonnera de le faire. Pas avant.

Mais comment expliquer l’inertie du fédéral ?

Parce qu’Ottawa considère le télémarketing comme une industrie légitime. Dixit le CRTC :

Le CRTC continuera de s’adapter à un environnement numérique en constante évolution et d’appuyer les pratiques légitimes en matière de télémarketing.

Il serait intéressant de demander aux Canadiens si une industrie qui les dérange à toute heure du jour pour leur vendre des produits dont ils n’ont pas besoin, faire pression sur eux, quand il ne s’agit pas de les induire en erreur, est une entreprise légitime.

Le télémarketing est un fléau qui ne devrait tout simplement pas exister.

Que faire ?

La pire erreur pour les consommateurs est de baisser les bras. Oui, on peut se défendre contre le télémarketing.

1. La défense passive

La première chose est de se doter d’un afficheur. C’est la première ligne de défense qui nous permet de filtrer les appels.

Mais le talon d’Achille des consommateurs est la crainte de manquer un appel important. Cette crainte injustifiée nous amène à répondre à tous les appels, ce qui est une grave erreur dont profitent les flibustiers du télémarketing.

Pensez-y bien : vos amis et votre parenté ont-ils des numéros masqués ? Est-ce que leur numéro commence par 1-888, 1-877, 1-800 ? Possèdent-ils un numéro ésotérique comme 1381395069375 ? Sûrement pas. Alors pourquoi répondre à de tels numéros ?

Et même si le nom de vos amis et parents ou leur numéro n’apparaît pas sur l’afficheur, ils vont vous laisser un message, ce que les télévendeurs ne font à peu près jamais.

Votre médecin, votre banque cachent leur numéro ? Eux aussi vont laisser un message. Votre dentiste ne vous appellera pas cinq fois pour vous fixer un rendez-vous : il n’a pas de temps à perdre.

Conclusion : ignorer systématiquement les appels d’origine inconnue est une stratégie gagnante.

Répondre aux télévendeurs revient à les encourager à appeler, même si vous refusez leurs services. En plus, ces gens vous dérangent et vous font perdre votre temps.

Un autre moyen de défense passive consiste à faire débrancher votre ligne terrestre. Les appels se font moins nombreux sur les téléphones cellulaires… pour l’instant. Mais des listes de numéros d’abonnés de Rogers et autres se vendent régulièrement sur le Web. Ce n’est qu’une question de temps avant que nos appareils personnels soient pris d’assaut. Mais au moins, il est possible de bloquer les numéros, ce qui est déjà ça de pris.

2. Faire pression sur les politiciens

La loi instituant la Liste nationale des numéros de téléphone exclus a été adoptée sous les conservateurs. Le parti de Stephen Harper avait un préjugé favorable envers l’entreprise privé et s’il a fait adopter la loi en question, c’est à la suite des pressions des consommateurs auprès de leur député.

On ne sera pas surpris que la loi comporte toute une série d’échappatoires pour permettre à des partis politiques, entreprises avec qui vous faites affaire, organismes de charité, journaux, maisons de sondage, etc. de vous appeler, même si votre nom est sur la liste d’exclusion.

Ce que peu de gens savent, c’est que vous pouvez demander à votre concessionnaire automobile, à une organisation qui vous appelle de cesser de le faire. D’après la loi elle est tenue de le faire.

J’ai personnellement écrit à mon député fédéral Steven McKinnon ainsi qu’au porte-parole néo-démocrate en matière de consommation Pierre Nantel pour dénoncer le laisser-aller dans le domaine du télémarketing. Ils ne m’ont jamais répondu.

Mais il ne faut pas baisser les bras. Maintenant imaginons ce qui arriverait si tous les députés fédéraux recevaient tous les mois des dizaines de lettres de protestation. Si les électeurs demandaient à les rencontrer à ce sujet. Si des pétitions étaient déposées à leurs portes…

Vous pouvez aussi tenter d’écrire au ministre responsable, même si j’ai des réserves à ce sujet… Mon expérience est la suivante :

1. Le ministre met un temps fou à vous répondre (7 mois pour la ministre Joly, dans un autre dossier). 2. La lettre reçue est en langue de bois. On comprend vos préoccupations, mais il y a ceci et cela… Le gouvernement a à cœur les intérêts des Canadiens, etc. Il ne faut pas se laisser décourager. Les élections fédérales auront lieu cet automne et des candidats viendront frapper à votre porte. Belle occasion pour dénoncer cette coquille vide qu’est la liste des numéros exclus et de demander des engagements clairs au sujet du télémarketing.

3. Utiliser les médias

Il n’est pas facile d’avoir l’attention des médias, car tout le monde les sollicite. Cependant, les journalistes réagissent lorsqu’un sujet devient chaud. À nous d’alimenter le brasier en écrivant des lettres aux journaux, en racontant notre frustration à TVA, au Journal de Montréal, à Radio-Canada, La Presse, Le Devoir, etc.

Personnellement, j’ai fait paraître des lettres dans les journaux pour dénoncer la jungle du télémarketing ; j’ai présenté un dossier de toutes mes démarches à l’émission Enquête et c’est finalement La Facture qui a décidé de traiter la question.

Les journalistes de La Facture exercent un suivi de la question, alors n’hésitez pas à leur communiquer des informations qui enrichiront le dossier. Ils sont aux aguets.

Le télémarketing abusif fait l’objet de l’émission de La Facture du mardi 22 janvier, à 19 h 30. J’y relate mes démêlés avec les télévendeurs, les compagnies de téléphonie qui se foutent de nous, etc. Également à l’émission une dame tout aussi excédée que moi qui piège les télévendeurs.

À ne pas manquer.