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Les Américains et le français

Le nouveau président américain (y en a-t-il eu un après Obama?) vient de faire connaitre quelques-uns des membres de son futur cabinet. Certains journalistes ont mis en évidence le caractère polyglotte de ces nouvelles personnes tellement rafraichissantes.

À commencer par le secrétaire d’État Anthony Blinken, qui a étudié à Paris et parle français couramment. Il est en bonne compagnie avec John Kerry, ancien secrétaire d’État, nommé représentant spécial pour le climat. M. Kerry parle aussi le français. Pour compléter le tableau francophone, soulignons que la vice-présidente Kamala Harris étudié à Montréal lorsqu’elle était plus jeune et qu’elle a une connaissance de notre langue.

Le responsable de la sécurité nationale, Alejandro Mayorkas est hispanophone.

Présidents francophones

Petite colle pour vous tous. Qui est le dernier président américain francophone?

  1. Richard Nixon
  2. Ronald Reagan
  3. Franklin Roosevelt
  4. John Kennedy

RÉPONSE…

Franklin Delano Roosevelt (1933-1945). Ça fait un bail. Le président Roosevelt a d’ailleurs prononcé un discours partiellement en français à Québec en 1936. M. Roosevelt parlait aussi allemand.

Son oncle, Theodore Roosevelt parlait lui aussi le français ainsi que l’allemand. Il lisait aussi l’italien.

On sera surpris d’apprendre que quelques présidents américains d’un passé plus lointain parlaient notre langue : John Adams, Thomas Jefferson, James Monroe et John Quincy Adams.

Pourtant, la langue française a connu quelques déboires aux États-Unis. Rappelons-nous également que lorsque la France a refusé d’entrer en guerre contre l’Iraq, en 2003, le candidat démocrate à la présidentielle de l’année suivante a dû cacher le fait qu’il parlait français. Il s’agissait de… John Kerry.

Oui, parler français peut parfois être mal vu aux États-Unis. Parlez-en à Mitt Romney, candidat républicain en 2012 et francophone. Certains trouvaient remettaient en question son allégeance américaine et trouvaient qu’il était trop français…

Une méfiance envers les langues étrangères

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’apprentissage des langues étrangères suscite peu d’intérêt aux États-Unis. Cela peut être attribuable à une tradition bien implantée d’anti-intellectualisme, mais aussi au caractère dominant de la culture américaine dans le monde. Pourquoi se casser la tête à maitriser l’espagnol, puisque les hispanophones qui s’installent aux États-Unis doivent apprendre l’anglais? Pourquoi se mettre à l’italien et à l’allemand? On parle l’anglais en Italie et en Allemagne. On reconnait cette arrogance des grandes nations qui refusent de s’incliner devant la culture des autres pays.

Pourtant, certains présidents de notre époque ont appris des langues étrangères.

Le président Clinton a appris l’allemand et l’a utilisé lors d’un discours devant la porte de Brandebourg, après la chute du Mur. Un autre démocrate avant lui, Jimmy Carter pouvait s’exprimer en espagnol, tout comme George W. Bush. Détail navrant, certains commentateurs – probablement unilingues – s’étaient amusés des erreurs de Bush dans la langue de Cervantès, au lieu de saluer ses efforts.

On comprend que plus tard Barack Obama a déploré le fait que les Américains n’apprenaient à peu près jamais de langue étrangère. De fait, moins d’un Américain sur cinq parle une langue étrangère, alors que la population états-unienne est très diversifiée.

Un voyage dans l’univers

Je parle à des convertis. Toute personne qui s’investit dans une autre langue fait une incursion – que dis-je, un voyage – dans une autre culture. Lorsque je parle en anglais, en allemand ou en italien, je deviens une autre personne. En allemand, par exemple, je deviens plus affirmatif, je décide de l’ordre d’importance des éléments d’une phrase. En italien, j’ai tendance à être plus emphatique.

On reproche souvent aux Américains d’être insensibles aux réalités étrangères. Nul doute que des études linguistiques plus soutenues seraient porteuses de changements hautement désirables dans leur mentalité.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Derrière les portes closes

L’expression « derrière les portes closes » est abondamment employée un peu partout et personne ne semble y trouver du mal. Les journalistes l’emploient continuellement; un ouvrage de Martine Tremblay porte ce titre; un autre livre, celui- ci de Care Santos, a le même titre, qui est d’ailleurs une traduction.

La popularité de l’expression s’explique en bonne partie par sa limpidité. et par le fait que derrière les portes closes s’inspire de l’anglais behind closed doors. Et comme la frontière entre anglais et français est très ténue au Canada, le calque est rapidement passé dans notre langue, d’autant plus qu’il est clair comme de l’eau de roche.

L’expression française consacrée est à huis clos, parfois écrite à huis-clos. D’ailleurs, les concordanciers bilingues ne s’y trompent pas et proposent cette jolie tournure du français. Le huis, c’est la porte d’une maison, qui a donné naissance à cette locution moderne à huis clos, locution qui a inspiré une pièce de Jean-Paul Sartre. Siéger à huis clos c’est délibérer toutes portes fermées.

On trouvera d’ailleurs la traduction derrière les portes fermées pour behing closed doors. Lorsqu’on tente de cacher quelque chose, on pourra dire qu’on en a discuté en catimini.

Faut-il sortir de ses gonds et claquer la porte au calque derrière les portes closes ? Beaucoup, comme moi, s’en tiendront à huis clos, bel et bien français.

Des périphrases comme « sans en parler à personne », « en toute discrétion », « en cachette », etc. pourront avantageusement remplacer les portes closes devenues autant de portes tournantes vers l’anglais.

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À l’index

Depuis la création de ce blogue, en 2013, j’ai publié quelque 500 articles et beaucoup d’entre eux se sont perdus dans la nuit des temps. Dans la page Index de ce blogue, vous pouvez facilement trouver le sujet qui vous intéresse.

Voici un aperçu des articles qui n’ont pas pris une ride et sont toujours d’actualité.

La liberté académique a fait beaucoup jaser ces derniers temps. Retour sur le mot académique.

Peut-on Accommoder quelqu’un?

Bâdrer vient de l’ancien français. Pas vraiment

L’ineffable Bon matin

Chevals avec un S est maintenant accepté en français… Vrai ou faux?

Collecter est un autre anglicisme. Pas sûr.

L’écriture des dates en anglais est vraiment illogique et peut mener à la confusion.

Le problème avec démotion.

Détroit prend-il l’accent aigu ou pas?

Digital ou numérique?

Et/ou, c’est correct ou pas?

La locution faire en sorte que est parfaitement correcte, sauf qu’elle devient agaçante quand répétée à tout bout de champ. Elle peut même alourdir le style.

Emblématique, ce n’est pas ma tasse de thé… Anglicismes ou pas?

Éventuellement ne veut pas dire ce que vous pensez.

À écouter les médias, tout est historique.

À écouter les médias, il n’y a que des Impacts partout. Désolant tic langagier qui mène à un appauvrissement du vocabulaire. 

Imputabilité. Qu’est-ce que ça mange en hiver?

Une personne saoule est-elle intoxiquée?

La langue japonaise a influencé un tout petit peur le français.

Une loi et une législation sont deux choses différentes. Eh oui…

Ces êtres étranges qui écoutent de la musique étrange et comprennent l’informatique… Les milléniaux.

La nouvelle orthographe est-elle la révolution que l’on imagine?

Opportunité est-il toujours un anglicisme?

Partager, un verbe passe-partout dont le sens s’inspire de l’anglais.

Pays-Bas et Hollande sont deux choses différentes.

Renverser une décision. Un autre anglicisme.

Sur une base régulière, sur une base quotidienne, gros, GROS anglicisme repris en chœur par nos chers médias.

La grande question : Pékin ou Beijing?

N’oubliez pas que vous pouvez utiliser la boite de recherche en tout temps pour repérer un terme qui vous intéresse.

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Développer

Il y a une trentaine d’années, lorsque je commençai à travailler dans le domaine de la traduction, le verbe développer, et son substantif développement, constituaient une nitro et une glycérine susceptibles de nous exploser en pleine figure.

Je m’explique. Le sens classique de développer était de « Faire croître, donner de l’ampleur… » comme l’explique le Petit Robert. Autrement dit, on ne pouvait développer qu’une chose qui existait déjà. Employer développer au sens d’élaborer, de concevoir constituait un anglicisme.

Il est intéressant de constater que le Multidictionnaire de la langue française et le Colpron des anglicismes défendent encore cette position.

Car les grands dictionnaires ont évolué. Les deux ouvrages donnent la définition traditionnelle du verbe, dixit le Petit Larousse :

Augmenter l’ampleur, assurer la croissance, l’extension de quelque chose; agrandir : Chercher à développer son usine.

Mais le même ouvrage donne aussi la définition suivante :

Assurer la production et la commercialisation d’un produit.

Développement

C’est dans ce contexte que le terme développement a vu lui aussi son sens s’infléchir pour rejoindre celui de la conception d’un produit. Par exemple, on peut dire qu’en cette triste époque de pandémie, les grands laboratoires pharmaceutiques ont développé des vaccins pour combattre la covid-19.

On a aussi vu apparaitre ces dernières années la notion de recherche-développement, qui s’inscrit en droite ligne avec cette acception de développer et de développement. La recherche-développement, c’est la conception et la mise au point d’un produit.

À mes débuts en traduction, on se méfiait également du mot développement dans le sens de l’évolution d’une chose. Parler des derniers développements était suspect. Pourtant, ce sens est bel et bien entré dans le Robert, qui donne l’exemple suivant : « Les nouveaux développements d’une affaire. »

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Campagne

La campagne de Donald Le-mot-en-T refuse de concéder la victoire à l’élection présidentielle. Cette phrase parait correcte et pourtant elle ne l’est pas.

Le mot « campagne » possède deux sens précis, le premier étant une région rurale, une vaste étendue de pays plat et vallonné.  On vit à la campagne et non en campagne, puisque dans cette deuxième expression on se réfère à un contexte d’ordre militaire et électoral.

En effet, des soldats sont en campagne lorsqu’ils mènent des actions militaires. Les historiens racontent la campagne d’Égypte de Napoléon Bonaparte.

Au Canada, on pourrait dire : « Du haut de ces bancs de neige quatre cents ans d’anglicismes vous contemplent. »

Car la campagne d’un candidat à une élection est l’ensemble des opérations menées pour se faire élire. Le candidat et son équipe sont alors en campagne électorale. Cependant, le mot « campagne employé seul ne peut désigner tout le personnel qui entoure le candidat. Il faut plutôt parler de l’équipe de campagne.

Imagine-t-on la phrase suivante : « La campagne de Napoléon a décidé de battre en retraite et de quitter la Russie » ?

Dans le cas du président déchu on pourrait donc dire :

L’équipe de campagne de T*** refuse de concéder la victoire; les partisans du président sortant refusent de concéder l’élection, bien que ce terme soit moins précis. Tout dépend de qui on parle.

Chose certaine, il faut éviter cet autre calque grossier de l’anglais. Une campagne ne décide de rien, une campagne n’est pas un ensemble de personnes.

On lira avec intérêt mon article sur le trumpisme.

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Faithless electors

Tout indique que le démocrate Joe Biden sera le prochain président des États-Unis.

Comme je l’ai expliqué dans mon article sur le Collège électoral, ce sont les 538 grands électeurs américains qui élisent officiellement le président des États-Unis. Les personnes dont le nom figure sur les listes présentées par les partis ne sont généralement pas connues du grand public. Ce sont des personnes que les partis cherchent à honorer et à récompenser pour leurs loyaux services au fil des années.

Étant donné les circonstances troubles dans lesquelles s’est tenue l’élection présidentielle de 2020, on peut se demander si les personnes choisies par les partis respecteront leur engagement de voter pour le candidat qu’elles sont censées appuyer. Autrement dit, est-il concevable que des grands électeurs démocrates changent leur fusil d’épaule et votent pour le président sortant, ou encore que des républicains en viennent à soutenir Donald Trump?

Tout dépend des États. Le District de Columbia ainsi que 33 États ont adopté des lois obligeant les grands électeurs à respecter leur parole. Dans certains d’entre eux, le vote dissident d’un grand électeur peut tout simplement être invalidé.

Rappelons que les 538 grands électeurs se réuniront en décembre, dans leur État et non à Washington, pour élire le président. Les votes seront ensuite dépouillés au Sénat et c’est son président, Mike Pence, qui proclamera les résultats…

Traduction

Les grands électeurs qui ne respectent pas leur engagement sont appelés en anglais faithless electors. On appréciera encore une fois la concision de l’anglais. Rendre cette expression d’une manière semblable en français n’est pas de tout repos.

On peut bien entendu recourir à des périphrases : les grands électeurs ayant modifié leur vote, ayant changé d’idée, ayant voté pour un autre candidat, ce qui rend bien le sens de l’anglais.

Ce qu’on appelle en québécois des « vire-capot. »

Certains parleront de grands électeurs renégats, mais cette expression a une connotation très négative, bien qu’elle corresponde à la définition que donne le Larousse du mot renégat : « Personne qui a abandonné, trahi ses opinions, sa religion, son parti. »

Pourrait-on aussi parler de grands électeurs infidèles? De grands électeurs déloyaux? Cette dernière expression me parait intéressante.

Mentionnons, en terminant, que seulement 165 grands électeurs dans toute l’histoire des États-Unis n’ont pas respecté leur engagement. (Aucun d’entre eux n’a été assassiné.)

Le site Slate.fr recense les expressions politiques américaines difficilement traduisibles. Il date de 2012 et est sujet à caution. Par exemple, il soutient que l’expression swing state ne se traduit pas, alors que l’on parle couramment des États clés. Une lecture néanmoins intéressante.

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Concession speech

Le candidat vaincu à un scrutin présidentiel aux États-Unis prononce un concession speech. Celui-ci relève d’une tradition et non pas d’une disposition de la Constitution américaine. Le candidat malheureux reconnait la victoire de son adversaire et le félicite.

Comment traduire cette expression?

De prime abord, on serait tenté par le calque, le grand ami des traducteurs paresseux et de certains logiciels de traduction automatique. Donc, discours de concession. Je ne doute pas que bien des langagiers renâcleront devant ce qui a toutes les apparences d’un calque servile.

Les langagiers favorisant cette traduction pourront faire valoir qu’une concession est, selon Le Petit Robert, « Le fait d’abandonner à son adversaire un point de discussion; ce qui est abandonné. » En quelque sorte une renonciation.  

Toutefois, le fait de perdre une élection présidentielle peut être difficilement ramené à l’abandon d’un point de discussion. Il s’agit d’une concession à la portée beaucoup plus vaste. C’est pourquoi cette traduction me parait quelque peu douteuse.

Les rédacteurs et rédactrices voulant s’éloigner de la formulation à l’anglaise pourront parler d’un discours de renonciation, une renonciation étant « Le fait de renoncer à un droit, à une charge. », nous dit le même ouvrage.

La personne qui perd l’élection subit une défaite; elle prononcera donc un discours de défaite. Certains voudront étoffer en disant un discours admettant la défaite, un discours suivant la défaite. Mais nous voilà au royaume de la périphrase, alors que nous cherchons une formulation brève, comme en anglais.

Mais s’agit-il véritablement d’un discours? Tout dépend de la longueur de celui-ci. Car on pourrait être tenté de glisser le mot allocution dans notre texte, une allocution étant un bref discours…

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Université

L’écriture et la traduction des noms d’universités peut être source d’embêtements multiples pour les langagiers.

Majuscule ou minuscules?

Un problème qui se pose souvent en français. Tout naturellement, nous avons tendance à écrire Université Laval, Université de la Colombie-Britannique avec la majuscule au générique Université, car ce sont là, après tout, des noms d’organisations.

On constate toutefois que dans bien des textes émanant d’Europe ou d’ailleurs le générique ne prend pas toujours la majuscule, surtout dans les appellations étrangères. On verra par exemple :

L’université de Grenade, mais l’Université de Grenoble

La règle sous-jacente serait de garder la majuscule initiale aux noms d’universités françaises, ce qui nous conduit à un manque flagrant d’uniformité. Une université étrangère est autant une organisation qu’une université française, belge ou canadienne.

D’autres feront valoir que l’université de Grenade est un nom traduit, ce qui expliquerait la minuscule initiale. Je pense que cette position est indéfendable, comme je l’expliquerai ci-dessous.

Conclusion : il faut écrire Université avec la majuscule initiale.

Énonciation

Le générique Université est suivi du partitif de lorsqu’il précède un toponyme.

L’Université de Montréal, l’Université d’Oxford, l’Université de Tokyo

Une erreur courante consiste à faire l’apposition du toponyme et du générique, comme dans Université Oxford. C’est UNE FAUTE. Il s’agit d’une énonciation à l’anglaise.

En fait, il y a apposition uniquement lorsque l’élément qui suit le générique n’est pas un toponyme; le partitif de disparait alors.

L’Université McGill, l’Université Simon Fraser, l’Université Humboldt à Berlin

Traduction

La grande question que se pose inévitablement toute personne appelée à rédiger un texte sur les réalités étrangères est la suivante : ai-je le droit de traduire les noms des organisations étrangères, particulièrement ceux des universités?

La réponse est très simple : OUI. Parce que nous traduisons couramment le nom d’organisations politiques étrangères et que personne n’y voit de problème.

Pensons aux organismes politiques. Le Parlement du Japon s’appelle la Diète. Vous viendrait-il à l’idée de l’écrire en japonais? Qui vous comprendrait, sauf les Nippons? Selon la même logique, nous écrivons les Centres de contrôle et de prévention des maladies, le ministère des Affaires étrangères de Pologne, l’Agence suédoise de développement et de coopération internationale.

Nous n’avons guère le choix, autrement il nous faudrait lire dans nos textes les appellations suivantes : Centers for Disease Control and Prevention, Ministerstwo Spraw Zagranicznych,  Styrelsen för Internationellt Utvecklingssamarbete.

Puisque nous traduisons déjà les noms d’autres organisations étrangères, pourquoi faudrait-il s’abstenir pour les noms d’universités étrangères?

Dans un texte, on écrira sans honte l’Université de Helsinki et non l’indéchiffrable Helsingin Yliopisto. Je pense que cet exemple est suffisamment éloquent pour que la question soit tranchée.

Pourtant, j’ai souvent répondu aux questions suivantes lorsque je travaillais au Bureau de la traduction.

  1. Ces traductions ne sont pas officielles en français. C’est vrai; et puis après? Comme je l’ai indiqué, on traduit déjà, et depuis longtemps, les noms officiels d’autres organisations étrangères.
  2. Ne serait-il pas plus prudent de conserver le nom anglais du texte que je traduis?

S’il s’agit d’une université d’un pays non anglophone, le fait de garder le titre anglais revient à traiter le français comme une langue inférieure.

Je m’explique. Prenons l’Université d’Oslo, appelée en norvégien Universitetet i Oslo. Cette appellation a été traduite dans votre texte anglais par University of Oslo. Serait-il vraiment acceptable de garder ce titre en français, alors qu’il s’agit d’une traduction vers l’anglais? Si on traduit vers l’anglais, et que cette traduction n’a rien d’officiel dans cette langue, pour quelle raison au juste faudrait-il être plus prudent en français?

Certains objecteront que, pourtant, on conserve certains titres américains.

Appellations hors norme et des États-Unis

Un premier point à établir : Doit-on traduire tous les noms? NON.

Le nom des institutions américaines n’est pas toujours traduit. Certaines bien connues le sont : le Congrès et ses deux chambres, la Maison-Blanche et Garde nationale, la Réserve fédérale. D’autres, au contraire, voient leur nom décliné en anglais. Pensons au FBI, à la CIA, à la Food and Drug Administration.

Il n’y a ni règle ni logique ici, seulement l’usage, cet ivrogne qui s’accroche aux réverbères quand il titube un peu trop.

Alors, nous verrons l’Université de la Californie à Los Angeles, mais le Massachusetts Institute of Technology, entre autres. Il serait possible de traduire cette dernière appellation par l’Institut de technologie du Massachusetts et ce titre serait parfaitement valable. L’ennui étant que cette traduction est peu courante. Toutefois le langagier qui souhaiterait recourir au français pour être plus clair ne saurait être blâmé, à mon humble avis.

Il en va autrement pour d’autres appellations moins limpides. Par exemple le Boston College. La traduction le Collège de Boston suscite un malaise, parce qu’en français un collège n’est habituellement pas une institution universitaire.

On peut également penser à la London School of Economics, bien connue sous ce nom. Là encore, une traduction vers le français semblerait un peu forcée.

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Blog ou blogue?

Depuis 2013, je tiens un blogue; si j’étais Européen, j’écrirais un blog. Bien sûr, il s’agit d’un anglicisme et il a été importé comme tel en français. Sauf qu’au Canada, la graphie a été francisée.

On observe le même phénomène pour bug, écrit bogue dans notre pays.

Le vocabulaire informatique est largement américanisé en Europe alors que les irréductibles Canadiens s’entêtent à essayer de tout traduire. J’en ai déjà parlé. De prime abord, d’aucuns jugeront ridicule d’écrire blogue et bogue, d’autant plus que les deux versions, anglaise et française, se prononcent de la même manière.

Pour défendre les graphies canadiennes, on pourrait faire un parallèle avec redingote et paquebot, qui sont la transposition française de riding-coat et packet-boat. À ce que je sache, ces deux francisations ne suscitent aucun commentaire désagréable ou condescendant; elles sont passées dans l’usage.

Permettez-moi d’évoquer un troisième cas : ce service dévastateur au tennis auquel l’adversaire n’arrive même pas à toucher. On parle d’un as, graphie francisée de l’anglicisme ace. Dans ce cas-ci, détail intéressant : le Larousse donne une prononciation française (as), tandis que le Robert suggère la prononciation anglaise (ès). Chose certaine, si le mot est prononcé à la française, seule la graphie est différente.

Bien sûr, ces francisations, que certains jugeront forcées, ne sont qu’un épiphénomène d’un mouvement beaucoup plus vaste, celui de l’arrivée massive de mots anglais dans notre langue, depuis le XIXe siècle. J’en ai parlé à plusieurs reprises dans ce blog(ue), les perspectives sont très différentes au Canada et en Europe.

Les graphies francisées peuvent peut-être faire sourire en Europe. Mais les Français qui viennent vivre à Montréal, ou ailleurs au Québec, constatent rapidement que le français est bien moins ancré dans notre métropole qu’à Paris, Bruxelles ou Genève. Ceci expliquant cela.

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Liberté académique

La controverse qui ébranle l’Université d’Ottawa remet en question ce que certains appellent la liberté académique, terme condamné par bien des gens, non pas parce qu’il offense certains étudiants, mais parce qu’il viendrait de l’anglais.

Une rapide consultation du dictionnaire en ligne Usito, du Multidictionnaire de la langue française montre que l’expression est considérée comme un anglicisme. D’ailleurs plusieurs commentateurs lui ont substitué les termes suivants : liberté d’enseignement, liberté universitaire.

Car c’est souvent universitaire qui est présenté comme la traduction plus exacte de l’anglais academic. En effet, ce dernier mot est largement utilisé en anglais et, comme l’indique la Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française, il peut être remplacé par scolaire, collégial ou universitaire.

Que veut dire académique?

Est académique ce qui se rapporte à une académie, souvent l’Académie française. Il peut aussi être question de l’école de Platon, mais l’acceptation classique est, selon le Dictionnaire de l’Académie française :

Relatif à une division territoriale et administrative de l’Université française.

Le doute s’insinue. D’autant plus que le Petit Robert va dans le même sens :

Qui a rapport à l’administration de l’académie (enseignement). Inspection académique, palmes académiques.

Les palmes académiques, définies ainsi par l’Académie française :

Décoration qui récompense les mérites d’une pers. ayant servi l’Université de France dans le cadre d’une de ses Académies

Il semble donc que l’emploi du mot académique dans liberté académique n’est pas aussi condamnable qu’on peut le penser. D’ailleurs, le Robert indique que l’adjectif s’utilise au Canada, en Belgique, au Luxembourg et en Suisse.

Détail intéressant, le dictionnaire cite la locution liberté académique, qui serait un belgicisme (???) et la définit ainsi :

(Liberté) dont jouissent les enseignants universitaires dans leurs activités d’enseignement et de recherche.

Conclusion

Un adjectif qui renvoie à l’université française peut-il être employé au Canada? Est-ce que l’expression anglaise academic freedom ne viendrait pas au fond du français? Ou bien liberté académique serait un des très nombreux calques qui ont cours dans le français d’ici?

Chose certaine, on peut facilement lui substituer liberté universitaire, liberté d’enseignement. En espérant qu’elle survive.

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