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Pour en finir avec les doubles consonnes

Réformer le français

Premier d’une série d’articles proposant une réforme modérée de la langue française pour en éliminer les illogismes grammaticaux et orthographiques, sans pour autant la défigurer complètement.

Les doubles consonnes

Le doublement des consones est l’une des pires chausse-trappes de la langue française. Ceux et celles qui ont lu attentivement la phrase initiale de ce paragraphe auront sûrement remarqué que le mot consonne était mal orthographié, tandis que chausse-trape peut aussi s’écrire avec un seul p.

Il est fort possible que vous n’y ayez vu que du feu, non pas à cause d’une ignorance hypothétique de l’orthographe, mais plutôt parce que le cerveau reconnait la forme d’un mot : il ne lit pas lettre par lettre.

Le fait d’avoir écrit consone ne change absolument rien; la compréhension du texte n’est pas altérée. En fait, lexicographes et grammairiens auraient très bien pu adopter la graphie avec un seul n, sans que cela ait de conséquences.

En fin de compte, on peut se demander pourquoi au juste certains mots prennent la double consonne et d’autres pas. La réponse est embarrassante. Bien entendu, on pourra dans bien des cas parler de l’étymologie, mais, le plus souvent, l’orthographe est purement arbitraire.

Amusons-nous un peu…

Dans la liste d’adverbes suivante, déterminez ceux qui prennent le double m…

  • Décidément
  • Tendrement
  • Actuellement
  • Évidement
  • Traditionnellement
  • Follement
  • Étonnament

Je suis sûr que la plupart d’entre vous avez répondu évidemment et étonnamment. Mais, honnêtement (un m), combien ont hésité? Ont été tentés de vérifier au dictionnaire?

En fait, il devient beaucoup plus facile de répondre à ce genre de question quand le em se prononce comme une nasale : emmailloter, emmagasiner, emmitoufler.

Et que dire du double g?

Combien de fois ai-je failli écrire agraver? Cette graphie est pourtant très logique. Pourtant l’orthographe aggraver figure dans les dictionnaires et je l’ai toujours trouvée incongrue. On dirait une erreur, une coquille, une aberration. Agraver ne peut quand même pas s’écrire avec deux g! Non-sens.

Si.

Le verbe délinquant entre dans la même famille qu’agglomérer et agglutiner.

Il me semble pourtant qu’agraver s’entendrait si bien avec agripper et aguerrir. Que diriez-vous d’aglomérer, aglutiner?

Ces deux exemples de doubles consonnes nous conduisent à une constatation évidente : il n’y a aucune logique, aucune règle, aucun patron de conduite qui pourrait nous guider. Bref, nous sommes condamnés au par cœur.

Des familles désunies

L’illogisme qui est en filigrane de l’orthographe française apparait au grand jour lorsqu’on jette un regard sur des mots de même famille qui, logiquement, devraient s’écrire de la même façon.

Quelques cas d’espèce avec la lettre n.

Prenons les cas de professionnel et de rationnel. Leurs dérivés s’écrivent professionnalisme et rationalisme. Le deuxième perd donc son double n. La confusion s’installe vite, d’autant plus que ce genre de question revient sans cesse en français. Quelques exemples :

  • Traditionaliste mais traditionnel
  • Donateur mais donner
  • Résonance, mais résonner
  • Millionième mais millionnaire
  • Patronat mais patronner
  • Consonance mais consonne
  • Honorer, mais honneur
  • Patronat, mais patronner
  • Sonore, mais sonner

À moins d’avoir une mémoire d’éléphant, le francophone doit s’en remettre au dictionnaire.

Dictionnaire et littérature

Ce sont là deux mots fort intéressants. En anglais, dictionnaire s’écrit avec un seul n : dictionary et suit la logique étymologique du latin dictionarium. Qu’arriverait-il si le français s’inspirait du latin dictionarium et écrivait dictionaire? Rien. Absolument rien. On aurait pu enseigner cette graphie simplifiée à tous les francophones et personne n’aurait protesté. C’est la graphie dictionnaire avec double n qui étonnerait.

Un exemple semblable est le mot littérature, literature en anglais. En français on pourrait sans peine retrancher un t et écrire litérature. Personne n’y perdrait son latin, il me semble.

En espagnol…

D’ailleurs, ces deux mots sont ainsi orthographiés en espagnol : diccionario, literatura. Or, la langue de Cervantès a fait un grand ménage dans les doubles consonnes au point que celles-ci sont devenues très rares.

Est-ce que cette simplification signifie que la langue espagnole est devenue un idiome méprisable, simplet? Bien sûr que non.

Conclusion

Cet article ne donne qu’un très bref aperçu du monstrueux cafouillage qu’est le français en ce qui a trait à l’utilisation des simples et des doubles consonnes. Une langue voisine comme l’espagnol en fait l’économie, pourquoi pas le français?

Kiev

Tout le monde connait la capitale de l’Ukraine, Kiev, mais seul un groupe d’initiés sait que la ville s’appelle en réalité Kyïv. Les dictionnaires et encyclopédies françaises[1] nous signalent que Kyïv est le nom en ukrainien.

Les exonymes

Kiev serait donc un exonyme, c’est-à-dire la traduction du nom d’origine vers notre langue. D’ailleurs, les exemples d’exonymes sont nombreux, on n’a qu’à penser aux cas suivants : London-Londres, Sevilla-Séville, Firenze-Florence, Philadelphia-Philadelphie.

Mais le hic, dans le cas qui nous occupe, c’est que Kiev n’est PAS une traduction française, mais bel et bien le nom russe de la capitale ukrainienne. Alors pourquoi ne pas tout simplement adopter Kyïv? En français les choses ne sont hélas pas toujours aussi simples.

Les nouvelles appellations

Le français résiste davantage que l’anglais à l’intégration de nouvelles appellations toponymiques, appellations qui ne sont rien d’autres que le nom véritable d’une entité dans la langue locale. Qu’on en juge :

  • Biélorussie dérive du nom russe de ce pays, qui s’appelle en réalité Belarus. Cette appellation s’implante lentement dans les textes courants, mais dictionnaires et encyclopédies s’en tiennent à Biélorussie.
  • Mumbay est le nom de Bombay. Là encore, le français évolue lentement.
  • Chennai est le nouveau nom de Madras.
  • Kolkatta est le nouveau nom de Calcutta.
  • Beijing et Pékin ont déjà fait l’objet d’un article détaillé dans cette tribune.

L’Ukraine russifiée

L’ukrainien et le russe sont deux langues slaves qui ont beaucoup de similitude. À cela s’ajoute le poids de l’histoire, l’Ukraine ayant été un territoire convoité par les empires russe et autrichien. La débâcle de la Russie pendant la Grande Guerre a conduit à la Révolution bolchévique de 1917. Début 1918, une république soviétique est fondée à Kharkiv tandis qu’un mouvement nationaliste ukrainien fonde une autre république à Kyïv. En 1922, l’Ukraine adhère à l’Union soviétique; elle en fera partie jusqu’en 1991.

L’influence de la Russie pèse donc lourdement sur le destin des Ukrainiens. On le voit encore aujourd’hui avec les actions militaires menées par des soldats russes dans le Donbass ukrainien en vue de le rattacher à la Russie, sans parler de l’annexion pure et simple de la Crimée par la Russie en 2014.

Cette influence russe a laissé bien des traces dans la toponymie ukrainienne. Pendant longtemps, des lieux comme Lviv et Kharkiv, pour ne mentionner que ceux-là, ont porté en français des noms russes : Lvov, Kharkov. Et la capitale Kyïv était désignée sous le nom russe de Kiev.

Il serait grandement temps que les ouvrages français se mettent à l’heure ukrainienne.

Pour en savoir plus…

Un article dans le Financial Times.

Autre article de Radio Free Europe.

Un article plus scientifique de l’Université de la Pennsylvanie.

L’auteur remercie chaleureusement le professeur Tetiana Katchanovska, de l’Université Taras Chevtchenko de Kyïv pour son aide indispensable à la rédaction de cet article.


[1] Accord de proximité, qu’on utilisait couramment en français, naguère.

LGBTQ

Jadis, il y avait les homosexuels. Pour beaucoup, l’expression était en soi péjorative et sa descendance ignominieuse était légion : tapette, fif, pédale, gouine, etc.

Puis il y eut gai et lesbienne; et maintenant le sigle (incomplet) LGBTQ, qui rend compte d’une réalité bien plus complexe qu’on ne l’imaginait dans les années 50 ou 60.

Le mot gay

Les homosexuels masculins s’appellent maintenant les gais ou gays, si vous préférez l’orthographe française… Mais pourquoi a-t-on adopté ce terme qui nous entraîne dans les brumes de la polysémie? Si je dis que Charles est gai, est-ce parce qu’il a gagné à la loterie ou parce qu’il est homosexuel?

À San Francisco, le mot gay était un code pour désigner les homosexuels. Si vous cherchiez un endroit gai, les gens comprenaient que vous désiriez rencontrer des homosexuels, bref des invertis, comme on disait jadis.

Le mot a par la suite été féminisé, bien que l’appellation lesbienne ait gardé la priorité.

Ce qui nous amène vers LGBT.

LGBT

Outre les gais et lesbiennes, il y a aussi ceux qui aiment autant les hommes que les femmes, donc des bisexuels. Les progrès accomplis par la médecine au cours des dernières décennies amènent certaines personnes à changer de sexe. On les appelle les transgenres, d’où le T du sigle LGBT.

Mais ce n’est pas si simple. Transgenre ou transsexuel? Voilà la question, dirait Hamlet, cet éternel indécis. En fait, une personne qui n’est pas à l’aise avec le sexe que la nature lui a attribué est un transgenre. Le dictionnaire Usito est clair à cet effet :

Se dit d’un individu dont l’identité sexuelle ne correspond pas à son sexe biologique.

Tant Usito que les dictionnaires courants donnent transgenre et transsexuel comme synonymes. Dans un autre article, j’ai signalé l’apparition du mot genre dans le vocabulaire courant, mot qui remplace sexe lorsqu’il est question de l’identité sexuelle. En effet, le mot en question pouvait prêter à confusion dans certaines expressions. Il semble que transsexuel est moins utilisé pour des raisons semblables.

Q pour queer

Le sigle LGBT semble déjà dépassé, car il lui manque une lettre. Au départ, le mot queer en anglais désignait une personne ou un phénomène étrange. Une personne queer était hors norme. Ainsi désignait-on souvent les homosexuels et il semble que ces derniers se sont approprié l’expression pour en retrancher le caractère péjoratif. D’ailleurs, le terme a traversé en français et le Petit Robert le définit ainsi :

Personne dont l’orientation ou l’identité ne correspondent pas aux modèles dominants.

En clair, une personne qui n’est pas hétérosexuelle. Soit dit en passant, cisgenre désigne une personne dont le genre ressenti correspond à son sexe biologique,

Certains ajoutent un second Q pour indiquer que la personne est en questionnement sur son orientation sexuelle.

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin?

LGBTQIA, ça vous dit quelque chose? I pour intersexe et A pour asexuel. Les personnes asexuelles n’ont d’attirance sexuelle envers personne, mais elles appuient quand même les luttes menées par les personnes LGBTQ.

S’ajoute à ce cortège le chiffre 2 qui désigne chez les autochtones ceux qui partagent deux genres ou deux identités sexuelles. Le sigle LGBTQ2 s’impose de plus en plus.

Ouf!

Je suis sûr que bien des lecteurs et lectrices ont exhalé un soupir en lisant cette nomenclature. Du strict point de vue langagier, ces sigles sont une horreur. Dans un autre article, je dénonce l’abus des sigles dans le discours moderne et le cas en l’objet en est une preuve éclatante. D’ailleurs, bien des… comment faut-il les appeler… bien des membres de la communauté LGBTQ2 croient que cette appellation est devenue trop longue, à force de vouloir être inclusive.

Bien entendu, il est impossible de revenir en arrière et de ramener l’expression homosexuel pour réunir tous ces gens. Néanmoins, si j’appartenais à cette communauté, je serais mal à l’aise de dire que je suis une personne LGBTQ2. Sans vouloir offenser personne, on dirait une formule de chimie.

Un terme inclusif reste encore à inventer. Un terme arc-en-ciel.

Craquer

« Le vernis est craqué. »  Cette formulation est courante au Canada français et semble parfaitement admissible. Et pourtant…

Le sens exact de craquer est : « Produire un bruit sec. » D’ailleurs, craquer vient de l’onomatopée crac! Le mot allemand krach, pour désigner un effondrement boursier, est inspiré du terme français.

Alors que veut dire craquer? Plusieurs choses, en fait. Céder brusquement, soit à une envie, soit à une défaillance nerveuse.

Elle a craqué pour cet appartement dans le Vieux-Québec.

Il a craqué sous la pression.

Un objet peut craquer sans nécessairement produire un bruit sec.

La valise était pleine à craquer. Le réseau de santé craque de toute part.

Le dernier exemple est tiré de La Presse, en 1990.

Comme on le voit, le sens devient très voisin de se rompre, s’écrouler. Toutefois, craquer n’a pas exactement le même sens que de se fissurer, se fendiller. Le terme exact serait craqueler.

Exemples tirés du Robert.

Le gel a craquelé le sol. Le chemin craquelé par la chaleur.  

Vous aurez peut-être deviné l’influence de l’anglais derrière le verbe craquer, tel qu’il est utilisé au Canada. Influence il y a également dans le mot craque.

Ce joueur de hockey n’arrêtait pas de faire des craques sur les journalistes.

En clair, il envoyait des piques, faisait des railleries.

Dans les vieux pays, une craque est un mensonge; définition inusitée chez nous, il va sans dire.

Désigner des fentes et des crevasses sous le terme de craque est également une faute. Sans oublier l’emploi du même mot, sur un mode vulgaire, pour parler de l’espace entre les seins ou de la vulve. Encore là, ce sont des emplois propres au Canada.

Il est intéressant de mentionner l’apport d’un petit voisin venu de l’anglais : crack.

Passons rapidement sur cette drogue dévastatrice vendue en cristaux. Un crack, c’est souvent une personne possédant un talent remarquable dans un domaine précis.

Stephen Hawkins était un crack en mathématique.

Un incident au Japon

J’ai publié à la fin mai un texte exposant mes impressions d’un voyage au Japon. Cet exercice s’est révélé difficile, car souvenirs et émotions s’entrechoquaient dans ma tête. Tout n’était que chaos, dans une certaine mesure.

Je me permets de relater un incident à mon sens très révélateur de la mentalité nippone. Pour voyager en Orient, il faut être bien au fait de la psychologie et des valeurs des gens que l’on visite. Cette connaissance m’a en fin de compte été très utile.

Le onsen

Je séjourne dans un ryokan, une auberge traditionnelle japonaise. Les chambres sont dépouillées. Il y a une table basse pour prendre le thé, un petit bureau et un futon pour dormir. Le plancher est un tatami et le visiteur doit retirer ses chaussures avant d’entrer. Des pantoufles spéciales sont utilisées pour pénétrer dans la salle de bain. Ces pantoufles ne doivent pas être portées ailleurs dans la chambre. Vous n’y pensez pas?

Un kimono m’attend dans le garde-robe et je l’endosse immédiatement. C’est en quelque sorte l’uniforme que les clients de l’auberge portent un peu partout, que ce soit au restaurant, dans les boutiques ou les couloirs.

Dans un ryokan, on peut généralement prendre les eaux. Le bain thermal est une véritable cérémonie dont chaque étape doit être scrupuleusement respectée. Les Japonais accordent beaucoup d’importance à la propreté.

Avant d’aller au bain, je dépose mes biens précieux comme le passeport et l’appareil photo dans un coffre-fort dans ma chambre. Je me dirige ensuite (en kimono) vers le vestiaire pour me changer. Une vieille dame passe la serpillière un peu partout sans jamais regarder personne… Premier étonnement, car les femmes et les hommes ne prennent jamais les eaux ensemble.

Je range mes vêtements dans un casier et le verrouille avec la clé. Cette dernière s’attache au poignet. Flambant nu, je me dirige vers les bains. Mais avant de mettre les pieds dans l’eau, il faut d’abord se laver rigoureusement. Ici, pas question de prendre une douche rapide, comme en Occident. Non, on s’assoit sur un petit banc de plastique. On s’asperge d’eau chaude, on se récure, on se shampooine, on se rince et on recommence. Aller directement dans la piscine sans se laver serait d’une grossièreté…

Me voilà aseptisé. Je descends les marches avec précaution; l’eau est brûlante. Très brûlante en fait. Pourtant, j’adore la chaleur, mais au bout de dix minutes je me sens en ébullition. Affaibli par le décalage horaire costaud (13 heures) et par des nuits incomplètes, je me sens vulnérable. En face de moi, un Japonais austère regarde les murs, nullement incommodé.

Entretemps, un collègue voyageur se joint à moi. Gêné, il me demande ce qu’il faut faire avant de tremper le gros orteil dans la lave en fusion. Se laver, mon cher, se laver.

Je sors de l’eau faire mes ablutions avant de partir. Un drame se prépare.

L’incident

Je récupère mes affaires dans le casier du vestiaire. La dame âgée poursuit son manège, totalement indifférente au va-et-vient précédant le souper. Je me demande si elle prend un bain en rentrant chez elle.

Retour vers la chambre, toujours en kimono et avec toutes mes affaires. Je flotte dans les corridors; l’appétit creuse; un repas traditionnel japonais nous attend en bas. Avant de descendre, je décide de récupérer mon passeport et mon appareil-photo, rangés dans le coffre-fort de la chambre. Je suis tellement distrait que je crains de les oublier là demain matin, au départ. Autant les reprendre pendant que j’y pense.

Drame. Je n’ai plus la clé. Impossible d’ouvrir le coffre-fort. Je l’ai sûrement oubliée dans le vestiaire du onsen. Angoissé, j’y retourne. Fin brutale de la zénitude. Tétanisé, j’ouvre les portes de tous les casiers près duquel j’ai rangé mes affaires tantôt. Rien. Le vide intersidéral. Je regarde un peu partout autour mais ne trouve rien.

Dans le brouillard de mon esprit et des eaux thermales, je crois me souvenir d’avoir bizarrement rangé la clé quelque part dans la chambre. Décision stupide bien entendu, mais l’épuisement du voyage explique en partie mon étourderie. Le fait que j’égare continuellement mes objets ne vient pas arranger les choses.

Je me livre à une inspection en règle de la chambre qui aurait fait rougir les experts de la police. La clé a filé à la japonaise… Les conjectures se bousculent dans ma tête comme autant de plaques tectoniques… L’aurai-je perdue dans le corridor? À moins que quelqu’un l’ait trouvée dans le vestiaire?

Je me console en pensant que les Japonais sont d’une honnêteté irréprochable. Si quelqu’un a trouvé la clé, il l’a sûrement rapportée à la réception. Il y a de l’espoir.

Disparition mystérieuse

Je descends souper et fais part de l’incident à notre guide japonaise, Masako. Son visage impassible n’arrive pas à dissimuler l’agacement qui la saisit : un grain de sable vient de se glisser dans la mécanique parfaitement huilée du voyage.

Elle m’amène tout de suite au comptoir de réception où je comprends très vite par ses commentaires mesurés et une certaine raideur encore plus raide que d’habitude que nous sommes au bord de l’incident diplomatique.

Quand on fréquente un hôtel au Japon, on ne perd pas ses clés. Ça ne se fait pas. Je viens de mettre tout le monde dans l’embarras. Nous frisons l’incident diplomatique.

Le dialogue nippon avec le gentilhomme malgré tout souriant de la réception est assez bref. Masako se tourne vers moi et me dit que l’on va surveiller la situation et que si quelqu’un trouve la clé, il va sans doute possible la rapporter. Je suis bien sûr qu’elle n’est pas dans la chambre, n’est-ce pas?

L’homme de la réception sourit et me salue. Le feu de son sourire est glacé : je l’ai mis dans l’embarras. Je retourne manger mes sushis. En rentrant à la chambre je procède à une nouvelle fouille en règle et profère quelques jurons en japonais.

Humiliation

Le lendemain matin, force est de constater que la clé n’a pas été rapportée. Je suis honteux, penaud, piteux. Si j’avais un sabre à portée de la main je me ferais seppuku. Masako parlemente de nouveau avec une réceptionniste qui me jette un bref regard. Ecce homo, pense-t-elle sûrement. Moi je songe à Louis XVI : « Sire, ils ont voté la mort. » La guide m’annonce que je devrai rembourser le prix de la clé, soit la coquette somme de 5000 yens, soit 65 dollars canadiens.

Je sens que tout le monde à l’hôtel est à la fois contrarié et surpris par cet incident. Bien sûr, ils sont tout sourire, s’inclinent devant moi, comme toujours. Je leur rends la pareille, mais le vernis de cette politesse impeccable est maintenant craquelé. Bon débarras que je suis, pensent-ils sûrement.

Non je n’ai pas pris de bain matinal, réponds-je à un collègue au déjeuner. J’avais trop peur de m’oublier dans l’eau.

Nous quittons le ryokan pour une autre destination dans les Alpes japonaises. Nous séjournons dans un hôtel traditionnel, cette fois,-ci et je déballe mes affaires. Encore une fois, je fourrage dans le sac à dos que l’organisateur du voyage nous a remis à Dorval. On n’en finit jamais de classer nos affaires lorsqu’on se déplace. J’ouvre toutes les pochettes et en découvre une que je n’avais pas remarquée.

La clé fugitive me salue gaiement : konichiwa. Elle est là la délinquante. Fidèle, elle m’a suivi à l’autre destination. « Non, je ne te laisse pas tomber, moi. »

Je me questionne sur ma santé mentale. Cacher une clé de coffre-fort dans un sac qui reste dans la chambre. Pas tout à fait l’idée du siècle. J’ai sans doute craint de la perdre au vestiaire, alors pourquoi ne pas la dissimuler dans mes bagages? C’est le krach boursier de mon quotient intellectuel.

Apparemment, mon problème est résolu. Mais je me vois mal expliquer la situation à Masako… Je songe à rapporter la clé au Canada et à la renvoyer par la poste avec une lettre d’excuse. Tiens, tant qu’à y être, pourquoi ne pas la garder en souvenir? La faire monter sur un présentoir par un joaillier?

Je ne me sens pas le courage de passer aux aveux, du moins pas tout de suite. La plaie est trop vive. Le soir venu, j’en discute avec ma conjointe par Messenger et elle me dit que je ne peux quand même pas garder cette clé. Elle a raison.

J’aurai besoin d’une autre journée avant de trouver un moyen de dénouer cette impasse et de sauver la face.

Sauver la face

Parce que c’est de cela qu’il s’agit, aussi bien de mon côté que de celui de la guide.

Je l’ai bien observée. Elle me plait beaucoup. L’horaire des journées est réglé comme du papier à musique. Si l’autocar repart à 11 heures, il repart à 11 heures, comme les trains rapides japonais. Les passagers ont une minute pour descendre car il ne saurait être question que le train soit en retard à Osaka. Inimaginable.

Cette organisation à la germanique (j’ai vécu en Allemagne) me ravit. Notre petit groupe se pointe comme un bataillon à l’heure dite et l’horaire ne souffre d’aucun retard. J’aime les gens organisés.

L’humour japonais est assez différent du nôtre. Souvent, Masako prenait les choses au premier degré, notamment quand je lui ai demandé si à Kyoto elle se vêtirait en geisha. Réponse : « Non, ce ne serait pas authentique. » Pourtant, elle entendait à rire, bien que ce ne fût pas son trait le plus dominant. La fin du voyage allait révéler une femme plus chaleureuse et généreuse qu’il n’apparaissait au premier abord.

Les Japonais, comme les autres Orientaux, sont très orgueilleux. Il ne faut jamais chercher à humilier une autre personne. C’est très mal vu. Le discours est très respectueux et les Japonais utilisent toutes sortes de circonlocutions pour s’exprimer. Par exemple, on ne dira jamais à un ami qu’il sera impossible d’assister à la soirée qu’il organise. « C’est malheureusement impossible, j’ai un autre engagement. » est beaucoup trop brutal. On répondra : « Ce sera difficile. » ou quelque chose du genre.

Ce trait de caractère s’avérera finalement très utile pour moi.

J’avais résolu d’informer Masako de mon étourderie, quitte à passer pour une variété de passereau. Le surlendemain de l’incident, je me décide donc à lui parler. Lorsque je lui montre ma clé, son visage s’éclaire insensiblement. Elle a l’air de dire « Tiens, nous y voilà. » Elle n’est pas consciente du trouble qu’elle provoque chez moi.

Pour me sortir d’impasse, j’utilise ma connaissance sommaire de la mentalité japonaise et, en quelque sorte, la manipule.

« Vous savez, Masako, dans cette affaire je suis très humilié. Je n’ai pas l’air très intelligent… » Suivent la fatigue, les nuits incomplètes…

J’ai fait mouche, elle comprend. Surtout ne pas humilier le voyageur repentant que je suis. Elle doit réparer la situation. Et elle s’y met. Les choses s’organisent vite dans sa tête.

Tout d’abord prévenir le ryokan que la clé a été retrouvée. Ensuite venir avec moi ce soir au bureau de poste. Nous allons poster la clé et l’hôtel remboursera les 5000 yens. L’efficacité nipponne, jawohl.

Au bureau de poste, le préposé dit à Masako que les frais de port s’élèvent à 500 yens. On lui donne une enveloppe matelassée qui servira de catafalque à cette clé si précieuse. Masako me demande avec délicatesse si elle doit écrire l’adresse du ryokan sur l’enveloppe. Je lui réponds que son japonais est meilleur que le mien… Elle sourit et me dis que je peux m’en aller, elle se charge du reste.

L’incident est clos.

Écrire un blogue

Il y a plus de six ans, je me lançais dans la grande aventure d’écrire un blogue. Comme j’enseignais la traduction et que je lisais romans, journaux et magazines, il m’était facile de trouver du grain à moudre. Au début, du moins.

Les fautes courantes lues et entendues un peu partout se bousculaient au portillon et j’avais l’impression que le sujet était inépuisable. Les anglicismes qui pullulent au Canada, à l’instar des moustiques l’été et des tempêtes de neige l’hiver, ont meublé beaucoup de chroniques. Les conversations saisies dans la rue, au restaurant étaient également des sources précieuses de solécismes et d’impropriétés. L’éternité ne me suffirait pas pour épuiser le sujet.

Plus de quatre cents articles plus tard, la tâche est plus ardue. Malheureusement, les médias me sont encore très utiles; ils continuent de propager les fautes et se corrigent rarement. Et quand ils le font, les voici repartis pour une nouvelle tocade linguistique… faire en sorte que… problématique… historique…

Écrire un article en double, pour découvrir que son aîné dormait quelque part dans mon blogue est toujours aussi agaçant. Le mettre au goût du jour n’est pas une mauvaise idée et la version rafraîchie est souvent aussi lue que l’original. Il faut dire que mon lectorat augmente lentement au fil des adhésions à mon fil Twitter.

La relative popularité de mes écrits engendre cependant une certaine pression, celle de produire. De gratter un peu partout pour déceler des sujets intéressants. Pour la première fois de ma vie, la peur de la feuille blanche me saisit.

Ma j’arrive toujours à trouver quelque chose.

Tout auteur qui saisit la plume avec un peu trop de zèle s’expose à voir ladite plume faire des pâtés… Le littoral de ce blogue est parsemé de coquilles que ses fidèles lecteurs ramassent patiemment. Toute personne qui écrit sait qu’après la troisième lecture on ne voit plus rien. Même un éléphant assis sur la table du salon peut passer inaperçu. Alors, les petites fautes d’accord, les homonymes confondus… vous n’y pensez pas?

Plus agaçantes sont les inexactitudes qui ne manquent pas de se pointer le nez, parce que oui, le blogueur ne sait pas tout. Parfois il aire, erre, pardon. Heureusement, il y a toujours quelques bons Samaritains qui se dévouent. Certains se dévouent plus que d’autres.

Car le rapport avec les lecteurs a son importance. Sinon à quoi bon écrire un blogue? L’auteur a l’impression d’expédier un texte dans l’espace pour le voir disparaître au-delà de notre galaxie.

L’une de mes belles surprises a été de découvrir un public aussi passionné de français que je le suis. Un public souvent érudit qui m’a appris un tas de choses. Bien sûr, il y a eu quelques accrochages, généralement avec des Français qui ne tolèrent absolument pas que l’on ose critiquer les anglicismes qu’ils enfilent comme des perles. Leur morgue et leur suffisance sont insupportables. J’ai souvent tenté d’expliquer la sensibilité des Canadiens envers les anglicismes, mais ils ne semblent pas comprendre du tout.

J’ai souvent été rassuré de lire le point de vue aussi éclairant qu’équilibré de Français établis ici. Ils comprennent mieux nos appréhensions et savent doser leurs interventions. En les lisant, on constate que notre insécurité culturelle déforme quelque peu notre jugement en ce qui a trait aux anglicismes, même si certaines de nos inquiétudes sont parfaitement fondées.

En tout cas, l’aventure se poursuit.

Best-seller

Le froid qui s’abat sur nos chaumières nous pousse dans les retranchements de la littérature lorsque nous rentrons pour nous réchauffer. Quoi de plus douillet que de se blottir dans les pages d’un excellent roman ?

Certains préfèrent de la littérature plus songée tandis que d’autres se tournent vers un best-seller. Ce terme anglais a fait recette. Il désigne un livre qui a obtenu un grand succès de librairie. On pourrait donc parler d’un succès de librairie, d’un grand ou d’un meilleur vendeur, sans utiliser l’anglicisme.

Pourtant, best-seller s’est bien incrusté dans l’usage, il figure dans les dictionnaires et fait donc partie des emprunts à l’anglais qui ne font plus sourciller. Dommage ? Peut-être.

Vous êtes rivés à votre fauteuil ? Vos paupières s’affaissent, il est temps d’aller au lit. Néanmoins, vous continuez de tourner les pages sans pouvoir vous arrêter. En anglais on parle d’un page-turner, terme qui ne s’est pas encore imposé sous nos latitudes, mais qui sait ? Le français, dans ce cas-ci, est moins expressif que l’anglais : un livre captivant, passionnant, qui se lit d’une traite. Bref, l’emprunt est ici inutile.

Nous nous souvenons tous de la silhouette ventripotente d’Alfred Hitchcock, le maître du suspense, disait-on. Certains auteurs populaires ont repris ses recettes, créant un genre en soi, le suspense.

Ce mot rime avec angoisse. Les romans policiers nous réservent des moments qui font naître un sentiment d’attente angoissée. C’est le suspense. Ce terme existe depuis un bon bout de temps dans notre langue et, comme on s’en doute, il vient du français suspens. Un autre anglicisme qui n’est en fait qu’un gallicisme en anglais. Les exemples sont innombrables.

Le suspense a maintenant un petit cousin, le thriller, une œuvre qui procure des sensations fortes. La parenté avec suspense me paraît évidente. Toujours est-il que cet anglicisme a été accueilli à bras ouverts outre-Atlantique, avec à la clé, comme toujours, une prononciation fantaisiste : srileur, nous dit le Robert. Rien de très captivant, hélas.

Pallier à

« Les prépositions sont les mines antipersonnel des langues », écrivais-je en février 2016. C’est toujours vrai.

À un point tel que l’une d’entre elles parvient, avec temps et obstination, à tracer son sillon dans la pierre de l’usage. Ainsi en est-il de pallier à. André Gide a commis cette erreur dans un de ses livres, en 1911. Est-ce suffisant pour l’adouber? Pas vraiment.

Maurice Rouleau, dont on ne saurait contester l’autorité en matière de prépositions, dénonçait cette erreur cent ans plus tard, en 2010.

Pallier est un verbe transitif direct : on pallie quelque chose et non à quelque chose. C’est du moins ce que tous les ouvrages disent. On explique cette construction par son étymologie. Pallier vient du latin pallium (= manteau), et quand on jette un manteau sur quelque chose, on cache, on dissimule ce quelque chose.

En bas latin, palliare voulait dire « proprement recouvrir d’un manteau », nous informe Le Figaro.

Pourtant, la construction pallier à fait recette. Un peu partout, on pallie à des problèmes, à des inconvénients… Pourquoi?

La confusion semble venir du petit cousin remédier à. On remédie à un problème, par exemple.

L’ensemble des sources contemporaines condamnent pallier à, d’autant plus que les dictionnaires ne répertorient pas l’expression, y compris le Trésor de la langue française.

L’accumulation des erreurs finira-t-elle par inscrire l’expression dans l’usage? L’avenir le dira, mais pour l’instant mieux vaut s’abstenir.

Glossaire désabusé de l’informatique

La révolution informatique nous transforme en souris blanches forcées de cheminer dans un labyrinthe. Un parcours darwinien qui force l’utilisateur à s’adapter sans cesse s’il veut survivre. On appelle ça le progrès. Aucun moyen d’y résister. Si, à bien y penser. Par l’humour. Voici donc un glossaire désabusé du monde informatique.

Informatique

Pseudoscience dont le but est de faire croire à un humain normal qu’il est aussi dépassé qu’une disquette souple de cinq pouces et quart.

Informaticien

Variété d’extra-terrestre analphabète incapable de s’exprimer autrement que par des sigles incompréhensibles, des raccourcis sibyllins ou des impropriétés. Malheureusement, il travaille avec les ordinateurs et s’attend à ce que tout le monde décrypte son charabia.

Ordinateur

Engin merveilleux permettant d’effectuer simultanément une multitude de tâches complexes. Une machine de bonne volonté qui tente de composer avec les failles des logiciels qu’on lui demande de faire fonctionner. Renâcle à la tâche.

Conçu pour faciliter la vie des humains, il peut aussi devenir leur pire ennemi.

Un ordinateur de qualité pourrait durer une dizaine d’années, mais l’évolution de la technologie le rend rapidement obsolète. Les nouveaux logiciels sont autant de vers solitaires qui grugent sa mémoire et absorbent la puissance du processeur.

Un ordinateur neuf est une Ferrari condamnée à devenir en quelques années une Ford modèle T.

Clef USB

Petit appareil pouvant contenir toute la science du XVe siècle et donc une grande quantité de fichiers textes et graphiques. Impossible à utiliser sur les nouveaux Mac à moins d’avoir un adaptateur broche à foin. Sur les ordinateurs conventionnels, la clef USB requiert de la patience pour l’insérer correctement. On y parvient après trois essais. Ensuite, il faut gosser à la fois sur la clef et l’ordinateur pour que les deux entrent en contact.

Mise à jour

Remplacement d’un système d’exploitation par un autre supposément meilleur. S’ensuit inévitablement un ralentissement de l’ordinateur afin d’amener l’utilisateur à s’en procurer un nouveau.

Les mises à jour peuvent aussi nuire au fonctionnement jadis sans problème de certaines applications dont il faudra racheter une version plus récente.

Nouvelle version

Remaniement majeur d’un logiciel que vous étiez finalement parvenu à maitriser.

La principale conséquence est que les fonctionnalités simples se complexifient et que celles qui étaient déjà compliquées le sont encore plus. En plus, elles ont été redistribuées sous de nouveaux menus aux titres incompréhensibles.

Les bogues de l’ancienne version ont enfin été corrigés tandis que des nouveaux, flambants neufs, sont apparus.

Bogue

Défaut de conception d’un logiciel dont l’origine est souvent nébuleuse. Elle le restera.

Redémarrage

La baguette magique du technicien en informatique lorsqu’il est dépassé par un problème.

Réinstallation

La bombe atomique du technicien quand rien va plus. Un geste de désespoir quand le gossage habituel de chercher ici et là ne donne aucun résultat. Il réinstalle le logiciel en vous disant que l’informatique, c’est comme ça.

Plus radical que le redémarrage, qui équivaut à réparer un tuyau qui fuit. La réinstallation d’un logiciel revient à dynamiter la maison et à tout reconstruire.

Menu d’aide

Le menu d’aide est un exercice mental fastidieux consistant à formuler sa question en langage normal et à se faire répondre que le terme n’existe pas. Les variantes non plus d’ailleurs.

Les plus déterminés pourront toujours se transformer en Indiana Jones et chercher l’arche perdue dans les rubriques du menu d’aide pour tenter de trouver solution à leur problème. Cela fonctionne parfois. Le logiciel vous demande ensuite sans rire si vous avez trouvé la réponse à votre question.

Interconnectivité

Capacité de brancher plusieurs appareils ensemble pour engendrer des dysfonctionnements inédits, relevant davantage de la maladie mentale que de l’informatique. Par exemple demander à une imprimante autiste de s’entendre avec un ordinateur schizophrène.

Plantage

Mode de fonctionnement alternatif de l’ordinateur. L’équivalent du coma chez l’humain.

Dinosaure

L’auteur de ce texte. Lunatique naïf qui s’imagine que l’informatique est au service de l’humain – et non le contraire. Espèce en voie de disparition. Suscite généralement l’hilarité des milléniaux qui ne comprennent pas sa frustration.

Copie

Le journal le plus vendu au monde est le Yomiuri Shimbun de Tokyo, dont le tirage atteint les dix millions d’exemplaires. Ou peut-être eût-il fallu dire copies?

On entend souvent ce mot, pour parler du nombre d’exemplaires auquel un roman a été imprimé. Par exemple, le premier roman de la journaliste Rima Elkouri a été imprimé à 5000 exemplaires.

Pour un magazine, on parlera d’un numéro vendu dans les kiosques. S’il est vendu, on dira qu’il n’en reste plus d’exemplaire et non de copie.

La confusion entre exemplaire et copie s’explique facilement, la copie étant la reproduction d’une œuvre ou d’un écrit.

Copie de la lettre a été envoyée au siège social.

La copie du film est maintenant aux Archives nationales.

La copie de ce Van Gogh a été vendue la semaine dernière.

Dans le cas des tableaux, une copie est un faux dans la mesure où l’on essaie de la faire passer pour l’original. Bien des amateurs d’art achètent des copies des grandes œuvres, n’ayant pas les moyens d’acquérir les originaux.

Pourtant, on parle bel et bien d’exemplaires lorsqu’il est question d’un journal, d’un magazine ou d’un livre. Le Petit Robert est formel à ce sujet. Un exemplaire est un objet reproduit en série, précise la Banque de dépannage linguistique.

Exemplaire d’un journal, d’une revue. Achetez deux exemplaires de ce numéro. Exemplaire unique. Exemplaire numéroté.

Au Canada, les sources s’entendent pour dénoncer copie. Le Multidictionnaire, Le dictionnaire des anglicismes aussi bien que la Banque de dépannage linguistique le condamnent pour un journal ou un magazine.

Il est clair que pris dans le sens d’exemplaire, copie est un anglicisme.