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Élection

Le Canada va aux urnes lundi prochain. Petit rappel d’anglicismes à éviter et de petites erreurs de fait.  

Le premier ministre sortant n’a pas appelé une élection. Tout d’abord, cette expression est anglicisme (to call an election). Il serait plus exact de dire : « Le premier ministre a déclenché les élections.»

En fait, ce serait encore erroné, puisque le premier ministre ne déclenche rien. Il demande à la gouverneure générale de le faire à sa place. Théoriquement, elle pourrait refuser sa requête et provoquer une crise constitutionnelle.

Certains diront que M. Trudeau va en élection. C’est un autre calque de l’anglais. On pourrait dire que le premier ministre sortant demande le verdict des électeurs, sollicite un nouveau mandat.

Mandat qui pourrait être de courte durée si le gouvernement est minoritaire. La notion de gouvernement minoritaire est typiquement britannique et résulte du système électoral dont nous avons hérité. Un gouvernement minoritaire, c’est-à-dire qui ne dispose pas de la majorité absolue des sièges à la Chambre des communes, est perçu comme une anomalie gênante, un accident de parcours.  

Ailleurs dans le monde, et surtout en Europe, il est normal que le parti au pouvoir doive bâtir une coalition avec d’autres formations pour arriver à gouverner. Par exemple, la chancelière allemande Angela Merkel a toujours exercé le pouvoir avec le soutien d’autres partis.

Les gouvernements de coalition sont tout à fait normaux en Europe, alors que dans le système britannique ils sont perçus comme une aberration. Au Canada il n’y en a eu qu’un seul, à l’époque de la Première Guerre mondiale. Toutefois, plusieurs gouvernements minoritaires ont régné quand le principal parti a conclu une alliance avec un des partis d’opposition. Pensons au premier ministre Paul Martin qui a gouverné de 2004 à 2006 avec le soutien du Nouveau Parti démocratique.

Conseil privé

On entend souvent parler du Conseil privé (Privy Council), mais pas de la bonne manière. Le plus souvent, c’est du Bureau du Conseil privé (Privy Council Office) dont il est question, en fait, du ministère du premier ministre.

Certains lecteurs s’étonneront que le chef du gouvernement dispose d’un ministère pour le servir. Pourtant, chaque ministre dispose d’une équipe de fonctionnaires qui le guident dans la gestion des affaires courantes et dans l’élaboration des politiques. Il ne faut pas confondre ces fonctionnaires avec les conseillers politiques, qui eux ne relèvent pas de la fonction publique. Ces conseillers ne veillent pas au bien-être des Canadiens, mais orientent le ministre afin que le parti au pouvoir soit réélu. Ils suivent généralement le ministre lorsqu’il change de portefeuille ou qu’il est battu à une élection.

Le premier ministre a lui aussi besoin d’une équipe chevronnée de professionnels qui restent en place lorsque le gouvernement change. Ils assurent la continuité. Le Bureau du Conseil privé donne des conseils au premier ministre lorsqu’il vient d’accéder au pouvoir et doit procéder à nominations importantes; il l’aide également dans la gestion des affaires de l’État.

Le chef du Bureau du Conseil privé est le greffier du Conseil privé (Clerk of the Privy Council). Il est en quelque sorte le sous-ministre du premier ministre. Il est le fonctionnaire le plus important de l’État. Un greffier du Conseil privé peut servir sous plusieurs premiers ministres, qu’ils soient libéraux ou conservateurs.

Alors, qu’est-ce que le Conseil privé? Son nom complet est Conseil privé de la Reine pour le Canada. Il se compose des ministres présents et passés, du juge en chef de la Cour suprême, des premiers ministres provinciaux ainsi que du président de la Chambre des communes et de celui du Sénat.

Le Conseil privé est un organisme essentiellement symbolique. En théorie, il peut conseiller la Couronne sur la gouverne de l’État. En pratique il ne fait rien. Peut-on imaginer d’anciens ministres libéraux et conservateurs donner des conseils à la reine ou au gouverneur général qui, de toute façon disposent de pouvoirs extrêmement limités, voire inexistants?

Inutile de préciser que le Conseil privé ne se réunit pour ainsi dire jamais. La dernière rencontre remonte à 1959…

Comme on le voit, on ne peut considérer l’appellation Conseil privé comme un diminutif de Bureau du Conseil privé, à cause des risques de confusion que ce raccourci pourrait entrainer.

Impeachment

  1. Aspect linguistique

Pour la quatrième fois de leur histoire, les États-Unis viennent d’enclencher la procédure de destitution contre un de leurs présidents, couramment appelée impeachment. On voit tout de suite que le mot dérive du français empêchement.

L’impeachment fait partie du vocabulaire consacré aux États-Unis, mais le terme vient de la Grande-Bretagne. Il désignait la procédure par laquelle la Chambre des communes pouvait assigner un ministre à un procès. Cette procédure n’a pas été utilisée depuis 1805.

Au sud du Canada, l’impeachment désigne la procédure de mise en accusation du président, du vice-président ou d’un haut-fonctionnaire, et rien d’autre. Elle a été utilisée treize fois depuis 1787.

L’ennui, c’est que le terme est malmené dans l’usage populaire, tant en anglais qu’en français. Cette procédure peut déboucher sur la destitution de l’accusé, mais cela n’est pas garanti.

D’ailleurs, aucun président n’a été destitué, mais les présidents Andrew Johnson, Richard Nixon, Bill Clinton et maintenant Donald Trump ont fait l’objet d’un impeachment. En anglais, il est donc exact de dire, par exemple : «Bill Clinton was impeached, but not removed from office.»

En français, on dirait «Bill Clinton a été visé par une procédure de mise en accusation, mais n’a pas été destitué.»

En clair, l’impeachment n’est PAS la destitution : c’est un processus qui peut y conduire. Comment? Si la Chambre des représentants vote un bill of impeachment, soit un projet de loi visant la destitution. Ledit projet comporte des chefs d’accusation précis que le Sénat sera appelé à juger, comme le ferait un tribunal.

Le mot impeachment est-il essentiel en français? Certains diront oui, car il désigne une réalité typiquement américaine; d’autres plaideront en faveur de l’expression procédure de mise en accusation, certes plus longue, mais néanmoins très claire.

  • 2. Aspect politique

Tout le processus de l’impeachment est d’abord et avant tout politique.

N’oublions pas que ce sont les membres de la Chambre des représentants qui ont la capacité de mettre en accusation le président. Toutefois, les représentants sont des politiciens et non des observateurs indépendants et impartiaux.

Les constituants américains, qui ont révisé la Constitution, en 1787, ont cru que les élus sauraient mettre de côté leurs intérêts partisans, mais ils se sont trompés. Il faut dire qu’à l’époque les partis politiques, tels qu’on les connait aujourd’hui n’existaient pas. Le contexte était très différent.

Une fois adopté, le projet de loi visant la destitution est transmis à d’autres politiciens, les sénateurs. Ces derniers se transforment en juristes et instruisent le procès du président. Les mêmes réflexes partisans risquent de jouer.

La majorité des deux tiers est requise pour l’un ou l’autre des chefs d’accusation pour que le président soit destitué.

Autrement dit, il faudrait que des sénateurs républicains se rallient aux démocrates pour qu’un bill of impeachement aboutisse à la destitution. Là encore, il y a loin de la coupe aux lèvres pour qu’un tel revirement survienne, à moins de s’imaginer que les politiciens actuels, à couteaux tirés, s’émancipent soudain de toute considération partisane et ne voient que l’intérêt supérieur de la République. On peut rêver.

D’ailleurs, les trois cas précédents de mise en accusation d’un président démontrent amplement que la procédure de destitution est avant tout politique.

1. Après la Guerre de Sécession, le président Andrew Johnson s’oppose entre autres à la reconnaissance des Afro-Américains comme citoyens des États-Unis. Il fait obstacle à la réconciliation entre le Nord et le Sud. Il est visé par une mesure de destitution qui échoue par un vote.

2. Le président Clinton est accusé par les représentants d’avoir menti et entravé la justice dans une affaire de mœurs. Le fait d’avoir succombé aux avances de Monica Lewinsky est-il un motif sérieux de destitution ? Ou bien est-ce la haine féroce que les conservateurs américains vouent à Clinton, un libéral et un libertin?

3. Le président Nixon est embourbé dans l’affaire du Watergate. Il est clair que la Maison-Blanche était à l’origine du cambriolage commis dans le célèbre immeuble. Bref, Nixon n’avait aucune chance et il allait vers la destitution. Quand il a vu que la Chambre des représentants allait le mettre en accusation, il a préféré démissionner. Surtout qu’il ne pouvait plus rien attendre de ses alliés politiques.

Tout cela pour dire que la procédure de destitution a toujours été une arme politique et non pas une manière objective de déterminer si un président doit continuer de gouverner.

Il ne fait aucun doute que l’impeachment de Donald Trump se fera à l’aune des intérêts partisans, et non du respect de l’esprit et de la lettre de la Constitution.

Lecture suggérée : le dysfonctionnement des institutions américaines

Chaudière

Il pleuvait à seaux ce matin dans ma région, alors pourquoi ne pas parler de chaudière ?

Les Européens qui débarquent au Québec s’étonneront d’entendre dire que leur voisin a arrosé un début d’incendie dans son garage avec une chaudière pleine d’eau. Car, pour les Européens, une chaudière n’est rien d’autre qu’un appareil de chauffage. Un récipient où l’on transforme de l’eau en vapeur afin de fournir de l’énergie.

Donc rien à voir avec un seau d’eau. Enfin presque. Le sens initial de l’expression, nous apprend Le Robert, est : « Récipient métallique où l’on fait chauffer, bouillir ou cuire. » Évidemment, on ne se sert pas d’un seau pour faire chauffer des aliments, mais peut-être que la notion de récipient est le lien ténu qui unit le seau et l’impropriété canadienne de chaudière.

Dans nos contrées, l’appareil de chauffage en question est appelé fournaise. Il s’agit d’une deuxième impropriété. Le Robert la signale : « Chaudière de chauffage central. »

À l’origine, une fournaise était un grand four où brûlait un feu ardent. Probablement qu’on s’en servait aussi pour chauffer les chaumières, ce qui expliquerait que les Anglais aient adopté le mot furnace, venant du français, pour désigner un appareil de chauffage. Force est de constater que lesdits appareils ont bien évolué depuis lors.

Les Canadiens chauffent donc leur maison avec des fournaises au gaz ou… à l’huile ! Autre énigme pour les Européens. Eux mettent du mazout dans leurs chaudières… Utiliser cette terminologie avec un représentant d’Esso, par exemple, risque de déboucher sur un dialogue ésotérique…

L’huile, parlons-en.

Les Américains utilisent le terme générique oil pour désigner ce que les Britanniques appellent petroleum. Le Britannique qui fait le plein va à une petrol station, tandis que l’Américain ira à une gas station.

La chaudière est pleine, arrêtons cette chronique ébouriffée du lundi matin.  

Le traduit

La chanson thème du Parti libéral du Canada était une véritable insulte à tous les francophones du pays. Ce couac exaspérant est symbolique à plusieurs égards, mais il est surtout révélateur des périls qui attendent toutes les personnes qui cherchent à s’improviser traducteur.

Il faut reconnaître l’ouverture du groupe The Strumbellas qui a cherché à produire une version française de l’hymne trudeauesque. Le groupe a voulu faire de la traduction, probablement en faisant quelques recherches dans Google Traduction. Le résultat est un monstrueux charabia.

Passons sur la désinvolture sidérante des libéraux qui voulaient conserver ce chant du sink. L’absence de sensibilité de cette formation vis-à-vis de notre langue est renversante, quand on pense que c’est le parti de Trudeau père  – j’insiste, Trudeau père – qui a fait adopter la loi sur les langues officielles. Des loustics avancent que c’est Justin lui-même qui a fait la traduction… Ce ne serait pas étonnant, quand on l’écoute parler.

Cet incident met en évidence le statut précaire de la traduction au Canada. Il constitue une démonstration éclatante du danger à s’en remettre à des amateurs qui s’improvisent traducteurs.

Il nous rappelle aussi que des outils de traduction puisés un peu partout peuvent souvent produire une régurgitation putride qu’on pourrait appeler du traduit. Leur faire une confiance aveugle est périlleux. Certains outils donnent de meilleurs résultats que d’autres, certes, mais c’est quand même du traduit. Or, la seule façon de traiter du traduit, c’est de faire appel à des professionnels de la traduction, les seules personnes aptes à décider si ce qui vient de la machine – ou d’amateurs – est acceptable ou pas.

 Souhaitons que la chanson charabiesque des libéraux marque les esprits.

Frivole

La frivolité n’a jamais eu bonne presse. Lorsqu’il est question d’une personne frivole, on peut penser à Don Juan, à certaines vedettes du cinéma qui aiment batifoler ou encore au sinistre moine Raspoutine, dont l’appétit sexuel était paraît-il dévorant.

La frivolité, c’est le fait d’adopter un ton léger, qui manque de sérieux. Une personne frivole manque de constance. Le Larousse nous donne quelques synonymes : superficiel, insignifiant, puéril. Une personne qui a un goût pour les choses vaines et futiles pourrait être qualifiée de volage ou d’inconstante.

Un terme aussi éthéré s’emploie mal lorsqu’il qualifie une poursuite judiciaire dont l’objet n’est pas sérieux ou pire, mal intentionné.

L’expression anglaise frivolous claim est parfois rendue par demande frivole. Cette traduction me paraît douteuse, si l’on se reporte à la définition de frivole en français. Toutefois, cette condamnation mérite d’être nuancée, car le Trésor de la langue française précise : « Qui ne repose sur rien de solide ni de sérieux. », mais pour qualifier une idée, un prétexte, une raison.

Cependant, il convient de se montrer plus prudent lorsque nous entrons dans le domaine juridique. Une frivolous action serait une poursuite intentée sans fondement. Elle est mal fondée. Lorsqu’il y a intention de nuisance, on pourrait la qualifier d’abusive, voire de vexatoire. Mais certains juristes contestent cette traduction, qui, selon eux, ratisse plus large que le sens habituellement attribué au frivolous anglais.

La notion de frivolité est surtout employée dans le domaine de la procédure. Elle figure dans les Règles des Cours fédérales et dans le Code de procédure civile du Québec.

Une demande frivole serait dénuée de bien-fondé. Quant à futile, il serait mieux employé s’il s’agit d’un argument, par exemple s’il n’a pas d’importance par rapport au sujet.

À noter que le Centre de traduction et de terminologie juridique de Moncton atteste l’emploi de frivole dans son dictionnaire Juriterm. Comme le signale Geneviève Chênevert, jurilinguiste à la Chambre des communes du Parlement du Canada :

Ainsi, la notion de « frivolous » renvoie à quelque chose qui manque de fondement, mais aussi de sérieux. Il s’agit en quelque sorte d’un mélange de mauvaise foi et d’absence de fondement.

Dans le Dictionnaire de droit canadien, on donne la même définition pour frivole et futile. Voici comment l’ouvrage définit frivole :

Se dit d’une action ou d’une procédure qui n’est pas sérieuse, qui ne repose sur aucun fondement juridique. »

Tout cela pour dire que frivole s’est immiscé un peu partout dans le vocabulaire juridique, et ce même à la Cour suprême.

L’expression semble donc incrustée dans l’usage. Toutefois, une citation du Parlement du Canada indique que l’on peut traduire autrement :

Le tribunal, qui a été créé pour examiner ces questions, peut refuser d’étudier toute demande qu’il estime futile ou vexatoire (frivolous or vexatious).

Voyons voir comment le Dictionnaire de droit québécois et canadien d’Hubert Reid définit le terme en l’objet : « Se dit d’une action ou d’une procédure qui n’est pas sérieuse, qui ne repose sur aucun fondement juridique ».

Au fond, ne serait-il pas plus simple de dire qu’une demande manque de sérieux quand elle est manifestement non fondée ? L’emploi de frivole semble relever davantage d’un asservissement à l’anglais que de l’utilisation d’un terme pertinent.

L’auteur tient à remercier Geneviève Chênevert ainsi que Sara Tasset pour leur apport précieux à la rédaction de cet article.

Agressif

Lorsque vous achetez une nouvelle voiture, rien de plus agaçant que d’avoir affaire à un vendeur agressif. Non, le vendeur n’est pas en train de vous enguirlander, ni de vous insulter. Il se fait tout simplement insistant en essayant de vous manipuler par divers moyens : votre bolide coûtera plus cher l’an prochain ; il vous va comme un gant ; il va durer longtemps ; c’est le meilleur en ville, etc.

Bien sûr, ce genre d’attitude n’est pas de l’agressivité à proprement parler. Mais c’est souvent le client qui le devient à force de subir les pressions d’un représentant qui a des objectifs mensuels de vente à atteindre.

On a tout de suite compris que le terme agressif vient de l’anglais. Dans notre langue, on dira persuasif, dynamique, énergique, convaincu, etc.

Il y a longtemps, l’un des représentants de cette espèce m’a dit, après la négociation, qu’il allait en référer à son directeur (il ne s’est pas exprimé de cette manière…) pour voir s’il allait être agressif. Dans ce cas, il fallait comprendre compétitif. Bref allait-il m’offrir le prix que j’avais négocié ? Donc, serait-il audacieux, ouvert à une entente ?

En français, est agressive une personne qui se veut menaçante, une personne qui fait peur. En aucun cas n’est-il possible d’atténuer le sens de ce mot, comme on le fait en anglais, pour en faire une qualité.

L’achat de ma dernière voiture m’a permis de constater que l’approche d’une jeune vendeuse était bien plus agréable. Elle était dynamique et persuasive à sa façon. « Ce n’est pas à moi de vous dire d’acheter la voiture. Vous êtes assez grand pour savoir si elle vous convient ou non. Moi j’essaie de vous montrer toutes les qualités de l’auto. »

Le but demeure de vendre la voiture, mais on peut être convaincant sans être insistant. Souhaitons que cette jeune dame soit contagieuse.

Vocal

Les Franco-Ontariens devraient être plus « vocaux » pour défendre leurs intérêts. Commentaire entendu à la suite de l’annonce des difficultés financières auxquelles est confronté le groupe de presse propriétaire du journal LeDroit d’Ottawa.

Pas besoin d’être un ténor de la langue pour reconnaitre le vocal anglais dont le sens précis est de se faire entendre.

De nos jours, les groupes « vocaux » se multiplient dans tout le spectre des idées politiques. Les débats respectueux se raréfient comme l’air au sommet de l’Everest. L’hebdomadaire britannique The Economist rapportait que sur les campus américains 61 pour 100 des étudiants et étudiantes disaient que le climat universitaire empêchait la libre-expression des opinions. Plus d’un tiers des universitaires trouvaient d’ailleurs légitime qu’on fasse taire certaines personnes dont les vues sont considérées racistes, homophobes, etc. Et dix pour cent estimaient que le recours à la violence pour les faire taire était justifié…

Les radicaux ne logent pas uniquement à l’enseigne d’une certaine gauche bien-pensante. Les populistes de droite sont tout aussi « vocaux » quand ils parlent de l’immigration, de l’éducation sexuelle …

Comme on le voit, le vocal anglais est bien pratique… Comment qualifier tous ces groupes qui mènent grand train? Bien sûr, ils sont remuants, virulents, agressifs, etc.

On peut recourir à une périphrase pouvant être modulée selon le contexte :

Ces groupes s’agitent beaucoup. Ils font beaucoup de bruit. Ils se font entendre sans cesse. Ils protestent avec insistance.

Dans un registre plus marqué :

Ils sont agressifs, vociférants, intimidants, véhéments.

Mais le terme à l’étude n’a pas nécessairement cette coloration entachée d’agressivité. En témoigne cet exemple puisé au Parlement du Canada.

Sadly, I know the government is very vocal about what is has done for seniors…

Malheureusement, je sais que le gouvernement n’arrête pas de se vanter de ce qu’il a fait pour nos aînés…

Au Parlement européen, une opposition « vocale » est une opposition qui agit avec vivacité.

Comme on le voit, le vocal anglais ratisse tous les registres, passant du soprano au baryton. Le français, lui, est moins imagé et recourt à des termes moins musicaux, poussant la note jusqu’à interpréter la périphrase.

Une petite musique de nuit, quoi.

Stop

Traduire pour survivre, voilà notre devise officieuse au Canada. Ce réflexe de tout dire en français peut provoquer des situations incompréhensibles pour un étranger, des situations inconcevables en Europe ou en Afrique par exemple.

Voilà déjà quelques décennies, le Québec a été le théâtre d’une controverse pour le moins surprenante. Dans la foulée de l’adoption d’une loi fondamentale, la Charte de la langue française, en 1977, les Québécois en sont venus à se questionner sur la pertinence du mot stop.

Bien entendu, cet emprunt à l’anglais est intégré depuis belle lurette (1792) au corpus français et peu de gens songeraient à le remettre en question. Maupassant l’utilisait, tout comme Jules Romains. Il a généré le verbe stopper et le substantif autostop.

Au Québec, c’est le panneau d’arrêt qui était au cœur du litige. Le mot stop a été traduit par arrêt, ce qui est correct sur le plan sémantique. Une voiture qui stoppe à une intersection fait bel et bien un arrêt. Baptiser le panneau en question arrêt pouvait très bien se défendre.

L’ennui dans tout cela était que le panneau d’arrêt s’appelait stop non seulement dans le monde anglo-saxon, mais aussi en France et dans bien d’autres pays dans le monde, dont l’anglais n’était pas la langue officielle. Autrement dit, le stop avait acquis un caractère universel qui aurait justifié l’appellation anglaise même au Québec. D’ailleurs le mot en question figure dans le Trésor de la langue française : « Panneau de signalisation imposant un arrêt obligatoire au véhicule. »

Nul doute que les panneaux affichant le mot arrêt, et dans certains cas la double appellation arrêt/stop, ne manquaient pas d’étonner bien des visiteurs. Ces panneaux étaient officiellement bilingues français/anglais. Depuis l’adoption de la Charte de la langue française, les panneaux affichent uniquement le mot arrêt.

Certains soutiennent qu’il s’agit d’un purisme excessif, puisque stop est très répandu. Toutefois, il convient d’observer que des pays hispanophones utilisent l’appellation alto sur les mêmes panneaux.

Je me souviens avoir rencontré un Allemand en Europe qui m’avait interpellé à ce sujet. Il trouvait franchement ridicule d’afficher arrêt quand tout le monde disait stop. Ce brave homme n’avait aucune idée de ce que c’est de vivre en milieu massivement anglophone et d’essayer de surnager pour ne pas se faire assimiler.

Car voilà le nœud du problème. La situation précaire du français en Amérique peut provoquer des craintes excessives. Facile d’en rire de l’extérieur.

L’informatique en anglais

L’informatique est un domaine de pointe et, en tant que tel, il est envahi par les anglicismes. Ce qui dans une certaine mesure est compréhensible, mais pas nécessairement acceptable.

Fascinés par l’anglais, nos amis européens ne cherchent plus à traduire, comme je l’ai souvent dénoncé dans mes billets. On peut certes rappeler que le français s’est jadis nourri de centaines de mots italiens, allemands ou néerlandais et qu’il n’en est pas mort. Toutefois, il est troublant de constater que l’immense majorité des termes utilisés en informatique sont anglais. Les efforts de traduction semblent vains et dérisoires.

De nos jours, des mots comme logiciel, ordinateur ne seraient plus créés. On se gargariserait de software et de computer. Logiciel et ordinateur seraient considérés comme des inventions farfelues du Québec, cette contrée bizarre qui s’acharne à tout traduire.

Soyons honnête, cependant, il est peu probable que computer se serait installé dans la langue française… Est-ce qu’une pute compute ou pas ? Grande question.

À présent, petit tour d’horizon.

Anglicismes ayant droit de cité au Québec et au Canada français

Vous diffusez un document électronique sur le Web (anglicisme) ? On parlera plus souvent d’un podcast que d’une baladodiffusion. Cette traduction est pourtant expressive.

Vous postez un tweet et voulez qu’il soit lu ? Bonne idée alors de lui attribuer un hashtag, c’est-à-dire un mot-clé. Vous avez donc affiché un post, vous avez posté quelque chose. Le micro-billet était un tweet, anglicisme impossible à rattraper parce que très spécifique. Il a engendré le verbe tweeter et le très joli twittosphère.

Quand vous naviguez dans Internet, vous accéder à des sites qui plantent des cookies comme des choux. Ces choux aigre doux sont en fait de mouchards. Mais qui utilise ce mot ? Et ces mouchards peuvent se muer en spyware, c’est-à-dire des espiogiciels, des logiciels espions.

Les formulaires en ligne sont une source inépuisable de frustration. Un champ non rempli, une date indiquée de la mauvaise façon et tout est bloqué. On vous demande de créer un mot de passe sans vous donner les paramètres. Autre échec. On vous oblige ensuite à cliquer sur des images contenant des feux de circulation pour prouver que vous n’êtes pas un robot. Certes vous n’en êtes pas un et vous obéissez, mais le système refuse vos réponses exactes… Ce genre de mésaventure n’est pas rare.

Il y a un bogue dans le formulaire. Ce mot est orthographié bug en Europe.

En fin de compte, vous téléchargez (et non downloadez) le formulaire pour le scanner. On pourrait dire numériser et cette traduction se voit parfois, mais force est de constater que scanner a la cote.

Anglicismes traduits au Québec et au Canada français

Si vous créez un site Web, vous en êtes le webmestre, et non le webmaster. Vous pourriez indiquer votre adresse courriel, mot-valise pour courrier électronique. Il est malheureux de voir les Européens s’entêter à parler d’e-mail ; encore plus triste de voir le désolant mailer. Courriel est un si joli mot, mais il a un défaut : il ne sonne pas anglais.

Certains lecteurs hésiteront à donner leur adresse courriel, car ils pourraient ensuite être inondés de spam, un bel américanisme qui rappelle cette pâte de viande qu’on étendait généreusement sur du pain. Ce qu’on appelle au Québec du pourriel.

Le suffixe ciel se voit dans quelques traductions : freewaregratuiciel, sharewarepartagiciel.

Dans votre site web, vous pourrez demander à vos lecteurs de s’abonner à votre bulletin électronique, une newsletter en Europe. Voilà un bel exemple d’anglicisme tout à fait inutile.

Et il y a le clavardage, autre belle création pour rendre l’ineffable chat. L’apparition de cet anglicisme m’agace toujours parce qu’il est inusité ici. J’ai toujours l’impression qu’on parle de l’animal et dois marquer une pause… pour retomber sur mes pattes de francophone acharné.

Smartphone

Un dernier anglicisme que l’on voit rarement chez nous est smartphone. Nous avons la traduction bancale téléphone intelligent qui est en quelque sorte un calque de l’anglais. On parle aussi de téléphone cellulaire. En abrégé : cellulaire, ou encore cell

En France, on a suggéré ordiphone, qui rend très bien le sens. Ce que nous appelons encore un téléphone n’en est plus vraiment un. À moins de pratiquer certains métiers dans lesquels les coups de fil sont fréquents, force est de reconnaître que le smartphone est d’abord et avant tout un ordinateur de poche. Une sorte de couteau suisse qui nous permet de filmer, photographier, surfer sur le Net, faire des calculs, nous éclairer, etc.

Mais il est évident qu’ordiphone ne passera jamais… Même au Québec on ne l’utilise pas. Pas plus que smartphone d’ailleurs.

On a proposé en Europe terminal mobile, mobile multifonction. Pas très accrocheur. On comprend que les Européens ont raccroché et ne veulent plus décrocher de leur smartphone.