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Comment venir à bout des sigles?

La prolifération des sigles est une véritable plaie dans les textes anglais et, comble de malheur, le français est en voie d’être contaminé. Malheureusement, la langue administrative en raffole; pensons au domaine de la santé : CSSS, CRSSS, CHSLD; au monde de l’éducation : CSDM, FNCSF, etc.

Les fonctionnaires de l’administration fédérale créent des sigles pour tout et pour rien au point que certains textes deviennent illisibles et comportent même des tables de sigles pour aider le lecteur à s’y retrouver.

La contradiction n’échappera à personne. Au départ, le sigle a pour objet d’éviter la répétition d’une appellation trop longue qui encombre le discours. Il est censé rendre le texte plus fluide et plus lisible, or, c’est exactement le contraire qui se produit.

Les anglophones recourent plus facilement aux sigles que les francophones. Il suffit de lire un journal ou un magazine états-unien pour s’en rendre compte et beaucoup de rédacteurs tiennent pour acquis que les sigles employés seront compris par tout le monde. Pourtant ce n’est pas le cas. L’existence même d’un site comme Acronymfinder.com est éloquente. Passer en revue les listes hallucinantes d’abréviations de toutes sortes nous donne l’impression d’entrer dans un monde ésotérique.

Prenons un cas simple, IMO. Dans les textos et les courriels : In My Opinion. Mais l’acronyme peut aussi vouloir dire In Memory Of, ou encore désigner l’International Maritime Organisation. De fait, Aconymfinder.com recense 145 transcriptions possibles pour IMO…

Heureusement, il est facile d’éliminer les trois quarts des sigles avec un peu de volonté et d’imagination.

Prenons un Centre de santé et de services sociaux. La tentation est forte de répéter ad nauseam CSSS. Mais imaginons que ce sigle cohabite avec plusieurs autres… Le lecteur risque d’y perdre son latin et de ne plus se rappeler au juste à quoi il correspond.

Un premier truc : revenir au mot souche, soit le Centre de santé. À moins qu’il n’y en ait plusieurs dans le texte, le lecteur saura immédiatement de quoi il est question. On fera la même chose avec d’autres termes : l’Organisation, le Comité, la Fédération, etc. De temps à autre, on pourra rappeler au lecteur qu’il s’agit, par exemple, de la Fédération des commissions scolaires du Québec et éviter le mystérieux FCSQ. Cette alternance entre la forme longue et la forme courte peut rendre l’emploi d’un sigle complètement inutile.

Deuxième truc : employer un pronom. Si un terme revient continuellement, on peut le désigner de temps à autre par un pronom, à la condition que le contexte soit clair.

Troisième truc : identifier le coupable! Votre appellation est envahissante? La tentation du sigle vous guette? Alors pourquoi ne pas parler de la direction, des dirigeants? Un exemple : vous parlez du Collège des médecins du Québec, que vous aurez raccourci en Collège tout court. Celui-ci parle au nom des médecins, alors pourquoi ne pas dire que les médecins s’opposent à telle politique du gouvernement? Tout le monde comprendra et ce sera plus clair que de parler du CMQ.

Quatrième truc : utiliser des synonymes. Vous parlez d’un Rapport sur l’avancement du français. Très tentant de le déchiqueter en RAF… Mais beaucoup plus clair de parler du Rapport tout court, d’employer le pronom il pour s’y référer. De plus, il ne faut pas oublier qu’un rapport peut être une étude, un document, etc. Encore une fois, si le contexte est clair, on peut employer ces synonymes. Le résultat en vaut la peine : votre rapport peut être désigné des cinq manières suivantes : le Rapport sur l’avancement du français, le Rapport, il, le document ou l’étude, et, finalement, les auteurs ou les spécialistes ou les linguistes. En fin de compte, nul besoin de sigle.

J’ai longtemps traduit des textes administratifs fédéraux et je m’employais à réduire le plus possible le nombre de sigles. Mes textes en français étaient beaucoup plus lisibles que l’original anglais, toujours encombré de sigles énigmatiques et souvent jamais explicités par-dessus le marché.

Un dernier conseil. Pourquoi attribuer un sigle pour une organisation, un groupe, un document duquel il ne sera plus question par la suite?

Bien entendu, il ne s’agit pas d’éliminer tous les sigles, car ils ont parfois leur utilité, et surtout pas ceux qui font partie de la langue courante, comme la FTQ, la CAQ et autres TVA.

 

 

Problématique

Entendu la semaine dernière de la bouche d’un policier : «Nous devons adresser cette problématique.» S’attaquer à ce problème, peut-être?

L’abus du mot problématique est pour le moins… problématique. De nos jours, les divers intervenants et porte-parole de tout acabit cherchent à raffiner leur discours, mais sans toujours vérifier le sens véritable des mots. On aime parler chic et problématique est devenu un mot qui passe bien, voire qui impressionne.

Qu’en est-il de ce mot? Une problématique est un ensemble de problèmes; il s’agit donc d’une situation complexe. On pourra par exemple parler de la problématique des changements climatiques ou du terrorisme. Pour le reste, il faudra s’en tenir au mot problème, trop simple pour certains, qui préfèrent l’élever en problématique, ou encore le déguiser en parlant de… défi.

Soulignons en terminant que problématique est aussi un adjectif qui peut signifier «qui est douteux» ou encore «qui pose problème».

L’abus du mot problématique est en effet problématique.

S’infliger une blessure et s’objecter

Les verbes pronominaux constituent un des éléments difficiles du français. Leur utilisation devient encore plus problématique… quand il ne s’agit pas vraiment d’un verbe pronominal.

Crosby s’est infligé une blessure en bloquant un lancer. Que signifie en réalité infliger? Ce n’est pas du tout ce que l’on croit : appliquer une peine. Exemple : infliger une sanction. Faire subir quelque chose à quelqu’un : infliger un affront, un supplice.

La forme pronominale existe dans le sens de s’imposer quelque chose, de s’astreindre. Il s’agit donc d’un acte volontaire. Lorsqu’un joueur de hockey se blesse, ce n’est certainement pas un choix délibéré.

S’objecter est une expression courante qui a toutes les allures de l’innocence. Là encore, il faut se méfier : on objecte un argument pour en rejeter un autre. On objecte la fatigue pour ne pas sortir.

La forme pronominale s’objecter est fautive. Il suffit de dire s’opposer.

Communauté : de quoi parle-t-on?

En anglais, tout est devenu est une communauté : un hameau, un village, une ville, un quartier et même une province. Les anglophones emploient ce mot à profusion au point qu’on ne sait pas toujours de quoi il est question. Les anglophones s’expriment parfois avec imprécision, se contentent de généralités et jugent le contexte assez éclairant pour que l’on devine ce qu’ils veulent dire. Malheureusement, le contexte ne suffit pas toujours. Mais, parfois, il est tellement explicite qu’on se demande pourquoi on n’emploie pas le bon mot, au lieu de se cramponner à communauté.

Les incidents survenus récemment à Moncton en sont un bel exemple. Les francophones de l’endroit vivent en milieu anglophone et sont influencés par les tics de langage de l’autre langue officielle. C’est un phénomène normal qui mène à de petits dérapages qui s’insinuent dans notre langue et qu »on ne voit plus. Le même phénomène se produit à Ottawa, autre ville, et non communauté, où les francophones subissent la lourde influence de l’anglais.

Moncton est une VILLE, pas une communauté. Mais les médias sont des propagateurs aussi efficaces que zélés de l’optique anglaise. Preuve, encore une fois, que nous parlons une langue de traduction. Il était écrit dans le ciel que les journalistes de l’endroit parleraient de la communauté secouée par les meurtres de la semaine dernière.

Ce qui est triste, sur le plan linguistique, c’est que les médias francophones, à force de se faire l’écho de l’anglais, voient des communautés partout, au point d’éviter des expressions idiomatiques plus évocatrices en français. Lamentable. Bref, nous sommes piégés, voire hypnotisés par l’anglais, et nous nous cramponnons au mot community que nous tentons de traduire tant bien que mal.

Pour nous libérer de cette chausse-trape, il faut déterminer avec précision de quoi il est question. Si, par exemple, une ville veut offrir de nouveaux services à la communauté, qui en bénéficiera? Les citoyens, la population, tout simplement.

Autre exemple : le gouvernement fédéral veut assurer la sécurité des communautés. Que veut-on dire exactement? La sécurité dans les villes, probablement, ou encore la sécurité des Canadiens en général. Bref, comme dans un roman policier, il faut identifier le coupable!

D’autres calques de l’anglais nous guettent : la communauté des affaires, la communauté artistique, la communauté médicale, la communauté universitaire. Il est pourtant possible d’y échapper : le monde des affaires, les gens d’affaires; le milieu des artistes, le monde des artistes, les artistes tout court; le corps médical; les universitaires.

Comme on le voit, il suffit de réactiver des expressions idiomatiques bien connues pour recommencer à parler français. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Communauté est un mot dont on peut largement se passer en français.

Dans un autre article, vous trouverez des exemples pour remplacer facilement communauté.

Historique

Quand on suit les médias d’information ces temps-ci, on a l’impression que tout est historique. Les indices boursiers atteignent des sommets historiques; le congrès au leadership d’un parti est historique; un tournant devient historique… quand on ne parle pas d’un point tournant, bel anglicisme.

Cette tendance à l’hyperbole s’explique facilement par les exigences du style journalistique : un article ou un commentaire doit être vivant, se comprendre facilement, susciter l’intérêt du lecteur, mais on conviendra qu’il y a quand même certaines limites à respecter, notamment le sens des mots.

Le Larousse définit historique ainsi : « Qui est resté célèbre dans l’histoire ou qui mérite de le rester. » Le mot a donc un sens très fort qui appelle à une certaine retenue. Un évènement peut sembler important au moment où on le vit, mais seule… l’histoire tranchera.

Un exemple : un sommet boursier ne peut être historique, puisque l’on peut penser qu’il sera éclipsé un jour. Qui se souviendra des cours de 2015 dans dix ans? Probablement personne; donc l’emploi du terme historique devient nettement exagéré dans ce contexte.

On observe également une épidémie de superlatifs lorsqu’il est question de record. Voici quelques glanures médiatiques : un record historique, jamais égalé, sans précédent, un record absolu, un nouveau record… Ode au pléonasme.

On imagine mal le regretté Richard Garneau disant : « Usain Bolt vient d’établir un nouveau record  historique… » M. Garneau avait trop le respect de la langue pour s’exprimer ainsi. Avis aux intéressés.

Conclusion : avant de qualifier un évènement d’historique, réfléchissez.

La visite du secrétaire d’État John Kerry à Cuba est un exemple où le terme en question est correctement employé.