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Distanciation sociale 2

Plusieurs lecteurs et lectrices m’ont interpelé au sujet de l’expression distanciation sociale. Toutes ces personnes me trouvaient trop laxiste et s’étonnaient que je n’aie pas condamné le terme en question. Un nouveau tour de piste s’imposait.

D’entrée de jeu, disons-le clairement, distanciation sociale s’est imposée un peu partout, tant au Canada qu’en Europe. Encore une fois, l’usage – cet abruti, trop souvent, – impose sa loi.

L’expression figure même dans le Grand Dictionnaire terminologique du Québec, qui donne comme synonyme distanciation physique. Définition :

Ensemble des mesures de santé publique mises en œuvre par la population pour réduire au minimum les contacts physiques directs et indirects entre individus et ainsi enrayer la propagation d’une maladie contagieuse.  

Observation intéressante dans le Dictionnaire de l’Académie française :

Le mot ne semble pas encore entré dans la lang. cour., les auteurs le mettant presque toujours entre guillemets. 2. On rencontre dans la docum. le verbe trans. distancier. Mettre à distance, prendre du recul (vis-à-vis de quelque chose). 

Il est clair que distanciation a connu une évolution, puisque ce mot était surtout utilisé dans le monde du théâtre, quand l’acteur prend ses distances avec son personnage. Dans d’autres contextes on se distanciait d’une chose, et non d’un individu.

Il serait donc plus approprié de parler de distance sanitaire. Cette expression est très claire et décrit très bien la situation actuelle. On pourrait également évoquer l’éloignement physique que tout individu sain d’esprit devrait observer dans les lieux publics.

***

Je viens de publier un ouvrage sur l’avenir du français : Plaidoyer pour une réforme du français, aux éditions Crescendo. Un portrait de l’état de notre langue, de son histoire, et des façons très simples de la simplifier un peu tout en respectant son esprit.

On peut se le procurer dans certaines libraires ou encore le commander sur le site LesLibraires.ca.

Plaidoyer pour une réforme du français

Les projets de réforme du français ne sont pas nouveaux. Au fur et à mesure que les décennies s’égrenaient, auteurs, grammairiens ou simples observateurs ont proposé des réformes plus ou moins ambitieuses en vue de simplifier de notre belle langue. Et pour cause.

Le français possède une des grammaires les plus déroutantes et capricieuses qui soit. Son orthographe est arbitraire, tantôt basée sur l’étymologie, tantôt sur des traditions dépassées quand ce n’est pas sur des fautes de transcription…

On croirait volontiers qu’une puissance occulte s’est ingéniée à tout compliquer ce qui aurait pu être simple. Comble de malheur, la maîtrise de cette complexité est devenue, en France et ailleurs, un signe d’érudition et d’avancement social. Grammaire et orthographe sont en quelque sorte le trésor d’une secte d’initiés qui ont démontré leur supériorité. D’où cette résistance farouche à enclencher une révision du français, si prudente soit-elle.

Ce conservatisme est malheureusement bien implanté. En France, la simple idée de moderniser notre langue hérisse à peu près tout le monde à un point tel qu’en discuter est vu comme une hérésie par beaucoup de gens. C’est pourquoi les timides rectifications de 1990, qui ne changent à peu près rien, ont suscité un tollé.

Les maisons d’édition, les grands journaux, les écrivains de renom ignorent complètement ces rectifications.

Résultat : les francophones perdent un temps fou à mémoriser des orthographes illogiques, à apprendre des règles de grammaire déroutantes et toutes les exceptions qu’elles comportent.

C’est pourquoi j’ai écrit Plaidoyer pour une réforme du français, livre dans lequel j’ai cherché un point d’équilibre entre une modernisation de l’orthographe sans pour autant écrire au son; une simplification de la grammaire tout en gardant les accords de verbe qui se feraient d’une manière différente. Bref réformer avec prudence, sans tout saccager, toute réforme radicale étant vouée à l’échec.

Cet ouvrage, écrit dans un style vivant, est à la portée de tous. Il traite de l’histoire du français, des tentatives de réforme avortées et propose une trentaine de changements d’envergure qui pourraient servir de base à une réforme plus ambitieuse de notre langue.

Plaidoyer pour une réforme du français est en vente dans les librairies. Vous pouvez aussi le commander directement aux éditions Marcel Broquet.

Répétitions

La langue française n’est guère friande de répétitions, qui sont considérées depuis le XVIIe siècle comme des fautes de style. Toute personne qui traduit de l’anglais au français a déjà constaté que les anglophones ne s’embarrassent pas de cette considération stylistique. Ils répètent à qui mieux mieux et ça ne leur fait pas un pli.

Les deux langues ont des optiques narratives bien différentes. L’anglais décrit tout ce qu’il voit de sorte que le texte peut être comparé à un film dans lequel on vous raconte tout du début à la fin. S’ensuivent bien sûr bon nombre de répétitions. Des syntagmes entiers sont repris sans jamais être abrégés, le recours aux pronoms étant rare. Mais pour un anglophone, son texte est ultra précis. Le fait que certains éléments contextuels sont rappelés sans cesse ne l’embarrasse pas du tout.

Cette liberté (qui fait sans doute rêver bien des francophones) a au moins une conséquence : la multiplication des évidences.

Évidences

La phrase qui suit paraît bien naturelle.

Le ministre a demandé et obtenu l’ouverture d’une enquête.

Un bel exemple de cette cinématographie dont je parlais plus tôt; on voit l’action se dérouler devant nous. Un peu de popcorn? Cette phrase contient pourtant une évidence : si une enquête a été ouverte, c’est que le ministre l’a demandé. Un autre exemple encore plus éloquent :

Le rapport a été reçu, lu, analysé et commenté.

Il y a ici une espèce de crescendo créant un bel effet, comme dans un opéra de Puccini. Magnifique. Mais, quand on y pense, si le rapport a été commenté, c’est sûrement qu’il a été reçu, que des experts l’ont lu, qu’ils en ont fait l’analyse et ont ensuite formulé leurs commentaires. Ne serait-il pas plus simple de dire :

Le rapport a été commenté par les experts.

Évidemment, c’est sec, mais la phrase est raccourcie sans perte de sens.

L’anglais n’étant pas corseté par les exigences stylistiques du français, il peut s’en donner à cœur joie en reprenant continuellement les mêmes termes.

Par exemple, un texte portant sur l’immigration parlera ad nauseam des immigration officers. En français, on aura tendance à parler des agents, tout court. C’est ce qu’on appelle l’économie par évidence. Dans le même contexte, il sera question d’un immigration report, terme qui pourrait revenir des dizaines de fois dans le texte. Le traducteur consciencieux cherchera des formules rechange, tout d’abord en abrégeant avec le mot rapport. Il emploiera aussi des synonymes comme étude, document, etc. Enfin, il pourra recourir au pronom il.  

Parfois, le traducteur fera tout simplement sauter un élément qui va de soi.

Voici un exemple authentique tiré d’un texte du gouvernement fédéral.

Budget 2010 commits the government to engage with public sector bargaining agents on bargaining issues.

Rendu par : … Le budget de 2010 engage le gouvernement à traiter avec les agents négociateurs du secteur public.

Il est évident que les questions traitées avec des agents négociateurs porteront sur les négociations et pas sur autre chose.

En fait, le traducteur dispose de plusieurs moyens pour éviter les répétitions :

  • Un synonyme.
  • Un pronom personnel.
  • Un pronom démonstratif (celui-ci, ce dernier).
  • Un pronom relatif.
  • Les pronoms adverbiaux y et en.

Il peut aussi restructurer la phrase, comme dans le précédent exemple.

La prolifération

Éliminer répétitions et évidences peut contribuer à raccourcir le texte.

Ce qui veut dire que notre langue peut parfois être plus concise que celle de Shakespeare. Si, si, vous avez bien lu.

Dans le monde de la traduction, il est souvent question d’un taux de prolifération de 15 pour 100 et même plus lorsqu’un texte est traduit de l’anglais au français. Ce que bien peu de gens savent, c’est qu’un texte faisant le chemin inverse va lui aussi enfler et sera parfois plus long en anglais!

Conclusion

Vinay et Dalbernet résument bien la question.

Prise séparément, la phrase française en dit moins long que la phrase anglaise sur la situation dont elles ont à rendre compte. Mais il serait contraire au génie de la langue française d’entrer dans ce genre de détail, puisqu’elle se situe sur le plan de l’entendement.

Évidemment, loin de moi l’idée de prétendre que l’anglais est toujours redondant, tandis que le français serait un modèle de concision. L’anglais possède l’arme redoutable des phrasal verbs, qui, parfois, ne peuvent être traduits que par une périphrase dans la langue de Molière. En général, l’anglais prend moins de mots que le français pour s’exprimer. Mais le traducteur doit toujours être à l’affut des petites redondances ici et là.

Huile

Le mot huile semble bien innocent comme cela, mais il peut nous mener sur des chemins de traverse parfois surprenants.

On le sait, une huile est une substance grasse, onctueuse et liquide, parfois inflammable.

Le mot a toutefois une connotation un peu différente au Québec, sous l’influence de l’anglais, comme cela arrive souvent.

Chez nous, on parle d’huile à chauffage et non de mazout. L’huile à chauffage est brulée dans un appareil à combustion appelé … fournaise.

La terminologie internationale nous donnerait une chaudière au mazout. Cette expression serait incompréhensible au Canada français, une chaudière étant un seau d’eau.

Le monde de l’automobile

Les expressions liées au monde de l’automobile sont lourdement influencées par l’anglais au Québec. Lorsqu’on confie sa voiture à un garagiste, il est normal de lui demander un changement d’huile. Imaginez la tête d’un garagiste européen ou africain…

En fait, il est question d’une vidange d’huile. Dans ce cas précis, le client ne parle pas de mazout, mais bel et bien d’huile à moteur.

En français classique, on remarque plusieurs expressions intéressantes avec le mot en l’objet.

  • Baigner dans l’huile : quand tout va bien.
  • Faire tache d’huile : se répandre.
  • Jeter de l’huile sur le feu : empirer les choses.
  • Les huiles : les personnages importants.

Cette dernière expression ne manque pas d’intérêt. Les huiles, c’est le gratin, ce qui remonte à la surface.

De l’huile au mazout…

Le lien entre le mot huile en français et le oil anglais saute aux yeux. C’est dans le domaine des hydrocarbures que les pistes s’enfoncent dans les sables bitumineux de la sémantique.

Oil peut désigner de l’huile à chauffage, appelé mazout, comme nous l’avons vu. Le mazout – un mot russe – peut aussi être appelé fioul, un terme inusité au Québec, une corruption de l’anglais fuel.

Mais oil est aussi un terme générique pour parler du pétrole en général. Sauf que nos amis britanniques parlent de petrol lorsqu’ils font le plein; en français, essence. Mais petrol se dit gas en anglais américain, bien qu’il ne s’agisse pas d’un gaz.

D’où l’expression québécoise Mettre du gaz dans son char. Une belle pièce de dialecte qui pousserait le pompiste de Tournai à aller écluser une gueuze pour essayer d’y comprendre quelque chose…

Non, les Québécois ne conduisent pas des panzer… Le mot char vient de l’anglais car.

(Soit dit en passant, les VUS délirants qui encombrent les routes nord-américaines méritent bien d’être appelés des chars, au sens traditionnel du terme.)

De l’huile à la bière…

Le mot huile a des petits cousins inattendus dans les langues germaniques. En allemand, on dit Öl, en suédois ojla, en norvégien ojle. Mais il est étonnant de constater que tant en suédois qu’en norvégien, les mots öl et øl renvoient non pas à l’huile mais à la bière!

L’anglais n’a pas uniquement subi l’influence du français, il est aussi une langue germanique. S’il peut paraitre curieux de boire de l’öl dans les langues scandinaves, n’oublions pas que Britanniques et Canadiens ne dédaignent pas une pinte de bonne ale par temps chaud.

Fin de cette chronique néo-dadaïste rédigée sous la canicule. Devinez ce que je vais faire à présent…

Bâdrer

«Bâdre-moi pas avec ça!» C’est ce que mon père disait lorsqu’on l’importunait. Il ne fallait pas l’achaler avec telle ou telle chose.

Nos amis européens reconnaissent peut-être achaler, un canadianisme qui viendrait de l’ouest de la France. Mais bâdrer? Sûrement pas. De fait, l’expression vient de l’anglais bother, déranger. J’étais naguère convaincu qu’il s’agissait du français de nos ancêtres. Not at all.

Les Canadiens ont énormément emprunté à l’anglais à cause de la proximité du monde anglo-saxon. Très souvent, il s’agit d’emprunts lexicaux. Le monde automobile en regorgeait : tire, flat, windshield, bumper, etc. Des efforts considérables ont été investis dans la francisation et ces termes sont moins fréquents qu’avant.

Curieusement, certains anglicismes ont revêtu des habits français pour mieux se fondre dans la langue. C’est le cas de bâdrer. On peut aussi penser à ce charmant bécosse, francisation de back house, ce cabanon où les colons allaient faire leurs besoins.

Donc si vous venez au Canada, n’hésitez pas à demander où sont les bécosses, personne ne va se bâdrer pour cela.

Juif

L’acteur William Shatner, qui incarnait le capitaine Kirk dans la série Patrouille du Cosmos, est juif. À moins qu’il ne soit Juif, avec la majuscule?

L’emploi de la majuscule en français est problématique, on le sait. Mais souvent cette lettre capitale peut signaler une nuance importante.

Les gens pratiquant la religion juive sont des juifs, avec minuscule initiale. Dans ce cas, on suit la même règle que pour d’autres religions :

Jean Sébastien Bach était protestant.

L’acteur Richard Gere est bouddhiste.

Yuko est shintoïste.

D’ailleurs, le nom des religions se décline avec la minuscule. Le judaïsme, l’islam, le christianisme sont les trois religions monothéistes.

Alors pourquoi voit-on parfois le mot Juif écrit avec la majuscule initiale? Quand ce mot désigne un peuple.

On appelle Juif tout descendant du peuple sémitique qui vivait en Palestine durant l’Antiquité et qui portait le nom d’Hébreu. On écrit alors Juif avec la majuscule initiale.

Donc tout dépend de l’angle sous lequel on aborde la question. Si on veut mettre en évidence l’appartenance au peuple juif, comme s’il était question d’une nationalité davantage qu’une orientation religieuse, alors il faut parler d’un Juif ou d’une Juive.

C’est pourquoi on parle de la déportation des Juifs par l’Allemagne nazie. Le gouvernement allemand voyait en eux une « race » maudite devant être exterminée, et non pas les tenants d’une religion diabolique.

On peut donc affirmer que William Shatner est juif en raison de sa religion, tout comme on dirait qu’un autre William, appelé Bill Clinton, est méthodiste.

La plupart du temps, lorsqu’on mentionne qu’une personne est juive, c’est davantage de sa religion dont il est question. Car William Shatner est canadien, le capitaine Dreyfuss était français et Albert Einstein était allemand, avant de devenir américain.

Autre article : antisémitisme.

Exonymes

Le Petit Larousse définit un exonyme comme suit :

Nom étranger d’un toponyme. (Exemple : Parigi est l’exonyme italien de Paris.)

Des exonymes sont adoptés dans toutes les langues pour ne pas utiliser des noms étrangers qui peuvent être imprononçables ou trop difficiles à écrire. Parfois, on adopte tout simplement l’endonyme, mais uniquement s’il n’est pas trop compliqué. Un bel exemple est Beijing, utilisé en anglais; cet endonyme remplace Peking, que l’on utilisait jadis.

Le français a adopté quantité d’exonymes, surtout pour les pays voisins avec qui il a eu des relations suivies, que ce soit sur le plan culturel, politique ou… militaire.

L’Italie vient en tête de liste, en raison de son importance historique et culturelle. Les exonymes les plus connus sont Rome, Florence, Milan, Naples, Pérouse, Venise. L’Espagne suit de près avec Barcelone, Séville, Grenade et bien d’autres. La Belgique aussi, où les noms flamands sont traduits : Gand, Anvers, Mons et… Bruxelles, ancienne ville flamande dont le nom original est Brussel, qui se dit d’ailleurs Brüssel en allemand.

Parlons-en de l’Allemagne. Cologne, Hambourg, Munich, Francfort, tous des exonymes pour Köln, Hamburg, München, Frankfurt. Il va sans dire que ces noms sont déclinés de manière différente dans d’autres langues. Par exemple, München se dit Monaco en italien, ce qui pourrait irriter nos amis français, car, pour eux, Monaco… eh bien c’est Monaco, voilà.

Les exonymes sont donc des adaptations. On cherche parfois à imiter la prononciation originale, sans pour autant y parvenir. Certains voudraient les abolir complètement pour que l’on emploie les noms originaux, les endonymes. Ce n’est pas demain la veille, comme on dit souvent.

Les exonymes existent parce qu’ils sont utiles. À moins de se résoudre un jour à remplacer Le Caire par al-qāhira.

Pékin

La question s’est posée lors des Jeux olympiques de 2008 : fallait-il dire Pékin ou Beijing? Cette question en amène une autre : pourquoi deux graphies pour une seule ville? Il y a pourtant belle lurette que nous disons Londres au lieu de London, Barcelone au lieu de Barcelona ou Moscou au lieu de Moskva.

La France utilise toujours un système de romanisation du chinois mis au point au XVIIe siècle par des jésuites. C’est ce système qui nous a donné Pékin, Nankin et Canton. À la fin des années 1950, le président Mao a demandé que l’Occident utilise le système pinyin. Celui-ci a entraîné une mutation spectaculaire de certains noms, dont celui du Grand Timonier, devenu Mao Zedong.

Des villes comme Pékin, Nankin et Canton ont brusquement changé de nom pour devenir Beijing, Nanjing et Guangzhou. Une mère ne reconnaitrait plus son enfant. Les anglophones ont adopté ces nouvelles appellations, tandis que les francophones, plus conservateurs, s’en tiennent aux graphies plus traditionnelles. Il semble que les anglophones acceptent plus facilement les endonymes, ces noms de lieu qui correspondent à ce que l’on dit dans la langue d’origine.

Tant les journaux que les dictionnaires de la francophonie continuent de parler de Pékin et non de Beijing. Ce dernier nom est parfois mentionné dans les ouvrages de référence, mais l’entrée principale est toujours à Pékin.

Il est donc très clair qu’en français on dit Pékin. Le nom de la capitale chinoise peut être vu de deux manières : une transcription maladroite du chinois ou encore une traduction. Par exemple, Florence est une traduction de l’italien Firenze. Dans les deux cas, il s’agit d’exonymes.

Quoi qu’il en soit, force est de constater qu’en français on dit Pékin dans l’immense majorité des cas. Certains font valoir que le nom officiel est bel et bien Beijing. Il est vrai, par exemple, que Bombay est maintenant appelée Mumbai et que ce nom est souvent repris en français. Mais n’oublions pas que bien d’autres noms officiels continuent d’être traduits en français : Belarus qui demeure Biélorussie, New Mexico qui demeure Nouveau-Mexique; Lisboa qui demeure Lisbonne.

On peut en discuter longtemps, mais le français, à tort ou à raison, n’adopte pas systématiquement toutes les nouvelles appellations officielles. Comme c’est souvent le cas, il n’y pas de logique précise dans ce qui est adopté et ce qui ne l’est pas. Par exemple, le Zaïre est devenu la République démocratique du Congo, tandis que la Biélorussie continue de désigner cet État appelé Belarus aux Nations unies.

Par conséquent, il me parait souhaitable et logique que nous continuions d’appeler la capitale chinoise Pékin.

Arguer

Le verbe arguer fait partie de cette cohorte hélas trop nombreuse de mots français dont l’orthographe est trompeuse. Même les plus érudits se font prendre en le prononçant ar-<G dur>-é, c’est-à-dire exactement comme il s’écrit. Bref, guer comme dans guérisseur.

Piège. Arguer est prononcé de la même manière que bilinguisme, en ce sens que le GU est diphtongué. Normalement, on devrait écrire argüer et c’est d’ailleurs ce que proposaient les rectifications orthographiques de 1990. Ces rectifications, curieusement, ne prévoyaient pas de tréma pour bilinguisme, probablement parce que c’est un mot courant que tout le monde sait comment prononcer. À mon sens, ce raisonnement ne se justifie pas.

On le sait, les timides rectifications de 1990 sont en grande partie restées lettre morte. Pure hérésie pour bien des Européens que cette idée de rendre le français un tout petit peu plus logique. Pour d’autres, comme moi, les rectifications sont à l’enseigne de la pusillanimité, comme un train qui s’arrête en plein champ.

Au Québec comme en France, les grands écrivains, journaux, périodiques et éditeurs n’en tiennent pas compte, de sorte qu’elles sont largement ignorées. Ce qui explique que des graphies absurdes comme arguer et bilinguisme persistent.

Le subjonctif italien

L’apprentissage du subjonctif français est sûrement l’une des tâches les plus redoutables pour tous ceux qui apprennent notre langue. Je remarque que les anglophones essaient d’éviter son emploi en tournant la phrase autrement… En effet, le subjonctif ne pardonne pas : « Je veux que tu sais que je suis avec toi. » dirait notre collègue anglophone, avant de s’exprimer autrement.

Le subjonctif français comporte deux lames sur lesquels tous ceux qui apprennent notre langue peuvent s’embrocher :

  1. Décider s’il faut employer le subjonctif.
  2. Connaitre la bonne conjugaison.

Le cas de l’italien

Apprendre la langue de Dante est relativement facile pour un francophone. Bien des mots sont transparents et on peut intuitivement deviner comment on dit une chose dans beaucoup de cas. Bien sûr, ça ne fonctionne pas à tous les coups et, comme avec l’anglais, il y a des faux amis. Salire pour monter; fermare pour arrêter.

Les francophones qui s’attaquent au subjonctif italien comprennent très vite ce que peuvent éprouver anglophones ou germanophones qui apprennent le français. Il n’y a pas d’équivalence systématique entre le français et l’italien, bien que dans la plupart des cas la convergence soit au rendez-vous.

Des locutions comme benche, senza che, affinche, perche, prima che commandent le subjonctif comme leurs équivalents français bien que, sans que, afin que, pour que, avant que.

Des phrases exprimant le doute, le regret, la volonté ou la crainte exigent aussi le subjonctif dans les deux langues.

Je veux que tu viennes / voglio che tu venga (au lieu de vieni à l’indicatif).

Jusqu’ici, pas de problème.

Mais dans d’autres cas, le français semble baisser la garde et ne respecte plus la logique initiale du subjonctif. Considérons les cas suivants :

J’espère que tout va bien. -> Sprero che tutto vada bene.

Je crois qu’elle est malade. -> Penso che sia malata.

J’imagine qu’il a eu une panne. -> Immagino che abbia avuto un guasto.

Il me semble que ce n’est pas la bonne réponse. -> Mi sembre che non sia la risposta giusta.

Il me dit qu’il est amoureux. Mi dice che sia amoroso.

La dernière phrase a été captée par hasard dans les rues de Rome. La jeune femme qui parlait à une amie exprimait un doute sur les intentions réelles de son copain. Logiquement, elle recourt au subjonctif, alors qu’une Française se sert de l’indicatif.

Comme on le voit, l’italien est à la fois plus logique et plus systématique dans l’emploi du subjonctif. Le francophone qui apprend l’italien a donc une toute petite idée des affres que subissent les anglophones qui décident d’apprendre la langue de Molière. Employer le subjonctif ou ne pas l’employer, voilà la question.

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