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Fausse balle

Dans un texte précédent, j’ai parlé des traductions farfelues faites en Europe au sujet du baseball, sport peu connu sur le Vieux Continent. En lisant un manuel sur la psychopathologie, traduit en Belgique, j’ai trouvé le texte suivant. Les expressions en gras sont de grossières erreurs de traduction.

« Lors de la seconde mi-temps du match de base-ball des « All Stars », le gardien de seconde base de l’équipe des Dodgers de Los Angeles, Steve Sax, rattrapa une balle facile, se redressa pour la lancer au gardien de la première base, Al Oliver, qui se trouvait à moins de 12 mètres de lui. Il lança la balle trop loin et le manqua. Il s’agissait là d’une erreur stupéfiante, même si, lors de rencontres de niveau des « All Stars », les grossières bévues sont courantes. Mais les supporters avertis de base-ball y reconnurent un des mystères de cette saison 1983 : Sax, 23 ans, star nationale de première ligue, semblait incapable d’effectuer des passes simples vers la première base (sur les 27 erreurs commises cette même année, 22 consistaient en cette passe.)

Chuck Knoblauch, le gagnant du trophée du « Gant d’or » de 1997, fut celui qui, lors de la saison 1999, commit le plus d’erreurs (26), dont la plupart étaient des erreurs de passe… Lors de la saison de 2001, il fut déplacé sur l’aile gauche du terrain. »

Ce texte est une atrocité. Les termes clés ne correspondent pas à la terminologie du base-ball, telle que mise au point au Canada français par des personnes qui connaissent ce sport et parfois le pratiquent. Elles sont nettement mieux placées pour définir le vocabulaire que des personnes qui n’ont aucune idée du déroulement d’une partie de baseball.

Pour un Nord-Américain, le texte ci-dessus est presque incompréhensible. Imaginez qu’un Nord-Américain écrive un article sur le football européen en ignorant totalement le vocabulaire établi… Comment réagiriez-vous?

Le traducteur européen a manqué de professionnalisme à plusieurs égards.

Il est évident que ce traducteur :

  • Ne connaît rien au baseball.
  • A traduit les mots clés en y allant un peu au hasard.
  • N’a fait aucun effort pour trouver une source fiable pour la terminologie.

C’est ce dernier point qui est le plus choquant. La totalité du vocabulaire du sport national américain a été traduit en français – oui, je sais, quelle excentricité de traduire des termes anglais ! On voit bien que ça ne se fait plus…

Donc les sources existent, mais les Européens les ignorent superbement.

Pour donner une idée de l’hécatombe, voici les termes exacts qui auraient dû être employés.

La seconde mi-temps : la deuxième partie de la manche (il n’y a pas de mi-temps au baseball)

Les « All Stars » : le match des étoiles

Le gardien de seconde base : le joueur de deuxième but

Le gardien de la première base : le joueur de premier but

Star nationale de première ligue : joueur étoile des ligues majeures

Passes simples : des lancers ou des relais faciles

Des erreurs de passe : des erreurs de lancer, des mauvais lancers

L’aile gauche du terrain : le champ gauche (le terme proposé par le traducteur est sidérant)

Bien entendu, il s’en trouvera pour dire que le traducteur a cherché à adapter le texte pour un public européen. Mais le métier de traducteur ne consiste-t-il pas à employer le vocabulaire établi, dans un domaine? Depuis quand les traducteurs se livrent-ils à des acrobaties terminologiques pour masquer leur ignorance?

Alors qu’aurait dû faire le traducteur? Consulter la base terminologique du gouvernement du Canada, Termium. Le vocabulaire du baseball y est consigné. Il aurait pu également s’adresser à l’ambassade du Canada ou à la Délégation générale du Québec : on aurait trouvé une personne compétente pour répondre à ses questions.

Le Larousse

Ce dictionnaire encyclopédique tente, tant bien que mal, d’expliquer le baseball aux Européens. Je salue ses efforts. Il signale la filiation de ce sport avec le cricket anglais. Le terme base est utilisé pour traduit l’homonyme anglais. Mais le dictionnaire se fourvoie en définissant une base comme un piquet. Il n’y a pas de piquet au baseball…

La base, appelée but en Amérique, est un coussin carré.

Suit un article sur Joe DiMaggio dont voici un extrait :

« En 1941, il a effectuer (sic) 56 parties de suite en frappant au moins un coup sûr… »

Le Larousse vient de frapper une (autre) fausse balle.

Sur une base régulière

La syntaxe anglaise est tellement incrustée dans le français du Canada que cette expression n’étonne plus personne. Parions que la majorité des locuteurs francophones de notre beau pays n’y voient rien de mal.

Elle est omniprésente dans le vocabulaire des sports, mais aussi dans les autres sphères.

L’expression est la calque intégral de l’anglais on a regular basis. Il faut dire que l’emploi abusif du mot régulier est lui aussi très répandu. L’Office québécois de la langue française a publié un article fort intéressant sur ce mot.

On peut facilement remplacer sur une base régulière par régulièrement. Comme l’œuf de Colomb, il fallait y penser. Aussi : de manière régulière, fréquemment, souvent, presque toujours, etc.

La construction avec le mot base vient directement de l’anglais. On peut facilement la contourner, comme je l’ai expliqué dans un autre billet.

Délai de pluie

La météo vient souvent jouer les trouble-fêtes lors du tournoi de Wimbledon. Les commentateurs anglophones parlent alors de rain delay, expression traduite en un tour de smash dans les médias québécois par délai de pluie.

Une traduction absurde qui n’a aucun sens en français. Malheureusement, les journalistes ici ont un mal fou à faire la distinction entre le sens français de laps de temps et celui de l’anglais qui est retard. Comme cela arrive trop souvent, les médias québécois et canadiens font une joyeuse fricassée des acceptions anglaise et française… ce qui donne des horreurs comme délai de pluie.

Comment le dire en français? Tout d’abord en arrêtant de penser en anglais. En s’enlevant de la tête que délai est un retard. Non c’est un anglicisme.

Le match est interrompu ou arrêté à cause de la pluie. Il connaît un retard à cause de la pluie.

Si l’ondée se prolonge, on peut dire que le match est reporté à cause de la pluie. On peut donc parle d’un report pour cause de pluie, d’une interruption à cause du mauvais temps, etc.

En toute simplicité, on peut aussi dire que la pluie a retardé le match. Ainsi, on évite la faute directe.

Articles connexes :

Le tennis en français

Délai

Délais judiciaires

 

Le baseball en français

Troisième d’une série sur le sport en français.

Le baseball est une énigme enveloppée dans un mystère, pour paraphraser Churchill. Ce sport nord-américain est un descendant du cricket, la différence étant que les parties ne durent pas deux jours, mais quelques heures.

Dans les articles précédents, nous avons vu qu’il est possible de traduire le vocabulaire des sports anglo-saxons. Les Québécois l’ont fait avec brio.

Le terrain

Le terrain est défini par deux lignes à quatre-vingt dix degré. Le champ intérieur a la forme d’un losange composé de trois buts appelés bases en anglais. Le frappeur, appelé batteur en Europe, tente de frapper la balle que lui envoie un lanceur. Le frappeur tente d’y parvenir au moyen d’un bâton, appelé batte en Europe. Le lanceur envoie la balle au-dessus d’une plaque, appelée marbre.

Le champ extérieur est patrouillé par trois voltigeurs, traduction habile d’outfielder. Le champ extérieur est délimité par une clôture, voire une barricade, généralement élevée.

Derrière cette clôture se trouve l’enclos de pratique (bullpen) où se trouvent les lanceurs de relève (relief pitchers).

Le jeu

Si le frappeur tente de frapper la balle, mais échoue, il écope d’une prise (strike). Toutefois, un lancer qui est hors cible est une balle. Une balle frappée hors des limites du jeu est une fausse balle (foulball).

Le frappeur qui subit trois prises est retiré. C’est un retrait au bâton (strikeout). Lorsque le lanceur lance quatre balles à l’extérieur de la zone des prises, le frappeur reçoit un but sur balles (base on balls, walk).

L’équipe en défensive envoie neuf joueurs sur le terrain. En plus du lanceur, le receveur, le premier but, le deuxième but et le troisième but tentent de capter toute balle frappée au champ intérieur, que ce soit au sol ou dans les airs. Le joueur d’arrêt-court complète la brigade défensive. Cette appellation est un calque intégral de l’anglais short stop. Il s’agit en fait d’un intercepteur et c’est pourquoi on l’appelle parfois l’inter.

Lorsqu’un frappeur réussit à frapper la balle, il court vers le premier but. Si elle tombe au sol et qu’il atteint le but avant le tir d’un joueur en défensive, il est l’auteur d’un coup sûr (basehit). Si le joueur peut courir jusqu’au deuxième but, c’est un double, et vers le troisième but, c’est un triple. Si la balle sort des limites du terrain, au champ extérieur, c’est un coup de circuit (homerun). Si trois joueurs se trouvaient sur les buts, c’est un grand chelem (grand slam), emprunté au vocabulaire du tennis.

Le joueur qui parvient à toucher le marbre, après avoir franchi les trois buts précédents marque un point.

Tout joueur frappant la balle mais qui n’atteint pas le premier but avant le tir d’un joueur en défensive est retiré (out). Il est également retiré si un joueur en défensive capte une balle frappée avant qu’elle ne touche le sol.

L’équipe à l’attaque va au bâton tant et aussi longtemps que trois de ses joueurs n’ont pas été retirés. Les deux équipes frappent à tour de rôle. Chaque tour de batte (comme on dit en Europe) est appelé manche (inning) en Amérique du Nord. Un match de baseball comporte neuf manches.

Vocabulaire spécialisé

Le baseball est un sport truffé d’américanismes, évidemment. Sans volonté de traduction, il deviendrait un sabir incompréhensible… comme dans les films européens.

Quelques termes méritent qu’on s’y attarde.

Shoe string catch : se dit lorsqu’un joueur en défensive attrape une balle au niveau des lacets de chaussure, d’où l’expression anglaise. En français : vol au sol.

South paw : désigne un lanceur gaucher. Son bras était souvent du côté du soleil dans les anciens stades, d’où le terme énigmatique et pittoresque de « patte au sud » en anglais. Dans notre langue : lanceur gaucher tout simplement.

Fly ball : balle frappée dans les airs. En français : ballon.

Ground ball : balle frappée au sol. En français : roulant.

Pop fly : balle frappée à une faible hauteur. En français : chandelle.

Infield fly : jeu appelé pour empêcher un joueur en défensive d’échapper la balle pour provoquer plusieurs retraits. En français : retrait automatique.

Wild pitch : balle lancée hors cible par le lanceur. En français : mauvais lancer.

Passed ball : balle que laisse passer le receveur et qui roule au fond du terrain. En français : balle passée.

Double play : lorsque deux joueurs sont retirés coup sur coup. En français : double retrait.

Triple play : lorsque trois joueurs sont retirés coup sur coup, mettant fin à la manche. En français : triple jeu.

 

La traduction d’un tel vocabulaire n’allait pas de soi. Des efforts considérables ont été investis pour mettre à profit le génie du français.

À présent, on ne peut qu’espérer que les films et les livres américains traitant du baseball seront enfin traduits correctement en Europe. Que des anglicismes comme strike et home-run disparaîtront enfin des textes. Et souhaitons que les traducteurs qui ne comprennent rien au jeu cesseront d’écrire n’importe quoi en faisant semblant de s’y connaître, à un point tel que le français est un charabia aussi ridicule qu’incompréhensible.

La solution est simple, traducteurs européens, marchez sur votre orgueil et consultez un francophone québécois ou canadien. Humiliant, certes, mais nécessaire.

 

Articles précédents :

Le golf en français

Le tennis en français

Le tennis en français

Deuxième article d’une série sur le sport en français.

We are tennis. Telle est l’inscription inscrite au dos des t-shirts que portaient les chasseurs de balle au tournoi de Roland-Garros. Pourtant, le tennis, ce sont les Français qui en sont les inventeurs… d’une certaine manière.

Beaucoup de gens le savent déjà, le noble sport britannique tire son origine du jeu de paume français. Lorsqu’un joueur servait, il avertissait son adversaire ainsi : « Tenez. ». D’où la déformation anglaise de tennis. Fait amusant, le mot tennis est revenu par le rebond en français pour désigner un type de chaussure de sport…

Nous avons vu que le vocabulaire français du golf est presque entièrement anglicisé – du moins en Europe. Le tennis, qui nous vient pourtant des îles britanniques lui aussi, a moins subi l’influence de l’anglais. Peut-être à cause de ses origines françaises.

Le tennis se joue sur un court, que l’on prononce comme cour, mot français jadis écrit court.

L’un des joueurs envoie la balle à son ou ses adversaires. C’est que l’on appelle le service, qui, s’il tombe dans le carré de réception et n’est pas retourné s’appelle un ace. Le serveur dont le pied ou le corps dépasse la ligne de service commet une faute, que l’arbitre appelle fault. Si le serveur tire la balle dans le filet, on entendra let ou filet.

Si le serveur tire la balle deux fois de suite dans le filet, il perd le point. C’est ce que l’on appelle une double faute.

Le joueur à la réception peut le retourner d’un coup droit ou encore du revers s’il renvoie la balle sur le côté opposé duquel il tient la raquette. Celle-ci vient aussi du jeu de paume; elle date du XVIe siècle.

La façon originale de compter les points viendrait du nombre de pas que devait reculer l’un des joueurs à la réception du service : 15 tout d’abord, ensuite 30 et finalement 40.

D’ailleurs, le pointage 15 à zéro exprimé en anglais s’inspire lui aussi du français : Fifteen-love, le zéro ayant la forme de l’œuf, déformé dans la langue de Shakespeare : love.

En anglais…

Le tennis vit une histoire d’amour avec la langue anglaise. Si une partie du vocabulaire vient d’Angleterre, un faux anglicisme s’est faufilé… Il s’agit de tennisman, terme qui n’existe PAS en anglais. On dit plutôt tennis player. Un homme tennis est un non-sens en anglais.

Un terme qui revient souvent est passing shot, « Balle rapide en diagonale ou près d’un couloir, évitant un joueur placé pour faire une volée. », nous explique le Robert. La banque de terminologie du gouvernement du Canada, Termium, nous propose coup de débordement ou débordement tout court. J’ai déjà lu placement, qui me paraît plus intéressant. Mais passing, en abrégé, est passé dans l’usage.

Autre expression courante : le smash, un coup que l’on voit aussi au volleyball ou au ping-pong. Le joueur qui smashe écrase la balle pour tenter un coup imparable. Tout le contraire d’un amorti.

Un joueur qui envoie la balle en hauteur effectue un lob afin qu’elle passe par-dessus la tête de son adversaire. Si le joueur a lifté la balle, celle-ci rebondira davantage. On peut également slicer une balle, c’est-à-dire la couper, pour lui imprimer une rotation qui la fera courber.

Le pointage

Compter les points au tennis est assez complexe. Pour remporter un jeu, il faut gagner quatre points et en détenir au moins deux d’avance. Le joueur qui remporte six jeux gagne la manche, qu’on appelle aussi le set.

Jadis, les manches pouvaient s’éterniser lorsque aucun des deux joueurs ne parvenait à distancer son adversaire par deux jeux. On dispute alors un jeu décisif, appelé bris d’égalité au Canada. Malheureusement le terme tie-break semble s’être imposé en Europe.

Le compte des points change. Finis les 15, 30 et 40… Le premier joueur à marquer sept points remporte la manche, s’il a deux points d’avance. On peut aussi bien gagner à 7-2, qu’à 11-9 ou bien 15-13… Ce jeu décisif permettra à l’un des deux joueurs de d’emporter la manche avec la marque de sept à six.

Pour gagner une partie, il faut gagner deux manches. Dans les grands tournois, les hommes doivent en remporter trois. Les grands tournois? Ce sont ceux du Grand Chelem : les Internationaux de l’Australie, les Internationaux de France (Roland-Garros), les Internationaux de Wimbledon et les Internationaux des États-Unis.

 

Prochain article : le baseball en français.

Le golf en français

De l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, on semble croire que tout ce qui vient du monde du sport s’exprime d’abord et avant tout en anglais. Ce n’est pas tout à fait exact. On peut traduire, quand on le veut bien. Cet article est le premier d’une série sur le sport en français.

Le golf est une invention écossaise, c’est un fait établi. Quel golfeur n’a jamais rêvé d’aller fouler le terrain mythique de St. Andrew? Ce sport s’est ensuite répandu un peu partout dans le monde.

L’aménagement du terrain de St. Andrews reflète « l’esprit originel » du golf, un véritable parcours du combattant parsemé de fosses de sable, appelées bunkers, et d’autres innommables chausse-trapes.

Une rumeur persistante dit que le mot golf serait un acronyme pour gentlemen only ladies forbidden… À mon sens, elle a probablement pris naissance au dix-neuvième trou devant une chope de bière à la mousse abondante.

Le vocabulaire du golf est probablement le plus anglicisé de tous les sports. Peut-on parler français sur les links ? Bien sûr, en voici la preuve.

Pour jouer au golf, il faut un bâton, appelé club en Europe. Certains crieront à l’impropriété, mais si on se sert d’un bâton pour le ski, pourquoi pas pour le golf? Certains bâtons sont désignés en français : le bois pour les coups en longueur et le fer lorsqu’on se rapproche du vert, pardon, du green.

Le golfeur pose sa balle sur un tee, que certains écrivent té. Assez curieusement, le tee désigne aussi l’aire de départ d’un trou, du moins en Europe. Cette acception est inusitée au Canada. Après s’être réchauffé, le joueur s’élance d’un bel élan (swing); c’est le coup de départ (drive). Au Québec, on appelle souvent driver le bois utilisé à cette occasion.

Le golfeur range ensuite ce bâton dans son sac qu’il tire dans un chariot, à moins d’avoir embauché un caddie, que l’on peut aussi appeler cadet. Évidemment, cela fait moins britannique.

Un bon joueur enverra sa balle au milieu de l’allée (fairway). S’il est plus maladroit, sa balle décrira une courbe vers la droite, qu’on appelle slice. Une courbe vers la gauche est un hook. Ce terme ne figure pas dans le Robert. Les joueurs français tirent donc uniquement vers la droite…

Si votre balle a dévié, elle pourrait aller choir dans un étang ou une trappe de sable, un calque de l’anglais populaire au Québec, car de trappe il n’y a point. Les plus malchanceux iront chercher leur balle dans le l’herbe longue, le rough.

À l’approche du vert, juste traduction du green, le joueur expérimenté approfondira l’utilisation de son arsenal en recourant au wedge, le décocheur, pour son coup d’approche.

Il cherchera à jouer la normale, le par. S’il est talentueux, il jouera un coup en dessous, soit un birdie, parfois traduit par oiselet. S’il est en forme, il pourrait réaliser un aigle, un eagle, voire un albatros. Les joueurs plus médiocres commettront un boggie en jouant un coup sous la normale.

Les professionnels réalisent parfois des prodiges sur le vert avec leurs coups roulés (putts) ultra précis. Putter est tout un art et les coups roulés de plusieurs mètres impressionnent toujours les néophytes.

Au Québec, le vocabulaire du golf est essentiellement français, même si les anglicismes ne sont pas rares, hélas.

Prochain article : le tennis en français.

Tester positif

Auguste Comte serait ravi : le positivisme est à la mode chez les athlètes olympiques. Certains pays en font une affaire d’État et nul doute qu’on en découvrira d’autres, en Orient…

Lorsqu’un athlète obtient un test positif, on dit couramment dans la littérature des sports qu’il a testé positif. D’autres, au contraire, ont été contrôlés négatif.

Bien entendu, ces formulations peuvent hérisser les amants de la langue française. On sent le calque. Peut-il être évité?

L’Office québécois de la langue française nous offre certaines solutions : « Les calques de la syntaxe anglaise peuvent être remplacés par des formulations telles que contrôle de dopage positif, test positif, résultat du test positif ou, en parlant de la personne qui subit le test, obtenir un résultat positif, être déclaré positif, être positif. »

On peut donc arriver à des formulations assez succinctes sans pour autant écorcher la syntaxe française.

Sergueï a eu un contrôle de dopage positif.

Le nageur chinois finira bien par être déclaré positif.

On peut également dire qu’un test ou un contrôle est positif.

Une fois que l’on connaît ces tournures, les expressions anglicisantes comme tester négatif, être contrôlée positive, ont beaucoup moins d’attrait.

Bien entendu, on les lit et on les entend partout. L’économie de mots demeure irrésistible pour bien des francophones, sans oublier qu’une part importante du vocabulaire des sports s’inspire de l’anglais.

Jeux olympiques

Les jeux olympiques ont lieu tous les quatre ans. Il y a des jeux d’hiver et des jeux d’été. Tout cela est clair. Avec la régularité d’un métronome, les compétitions reprennent sans que personne ne se pose de question.

Si les règles françaises sur l’emploi de la majuscule étaient aussi prévisibles… Elles ne le sont justement pas. Sur le plan de la simplicité et de la cohérence, notre langue échoue aux qualifications.

Une appellation aussi simple et connue que « jeux olympiques » devrait faire l’unanimité pour ce qui est de l’emploi de la majuscule.

Pourtant, ce n’est pas le cas.

La Charte olympique proclame : les Jeux Olympiques. Évidemment, cette solution ne respecte pas les règles conventionnelles qui dictent la minuscule à l’adjectif, à moins qu’il ne soit en début d’expression. Les juges ont tranché : disqualifiée!

Le Code typographique du Syndicat national des cadres et maîtrises du livre, de la presse et des industries graphiques propose jeux Olympiques. Le Petit Larousse suit le même tracé. Dans l’usage courant, ces graphies sont très rares. Faux départ!

Si l’on veut rattraper le peloton de la majorité de la presse francophone, on écrira Jeux olympiques. On rejoindra les rangs d’un grand marathonien, Le Petit Robert, et d’un autre coureur de fond, le Grevisse. Médaille d’or!

Reste l’appellation poids plume, jeux olympiques, employée en début de texte. Saut en longueur pour survoler le piège des lettres capitales en français. Il s’agit d’un terme générique contre lequel il est difficile de s’élever.

Toutefois, les Jeux sont une institution en tant que telle; ils ont remporté la palme (olympique) depuis longtemps. C’est un peu les dépouiller de leurs médailles que de les priver de leur majuscule. Les Jeux olympiques ont plus de panache écrits ainsi.

Les rédacteurs ne voulant pas doper leurs textes de sigles inutiles nous éviteront l’irritant JO. Ils parleront des Jeux tout simplement. Quand le contexte est clair, la majuscule elliptique fait son petit tour de piste sous les acclamations du lectorat en délire.

Qu’en est-il d’olympiade? Ce terme qualifie la période de quatre ans entre les Jeux olympiques. Les juges sont unanimes : ce mot s’écrit toujours en minuscule.

 

 

 

Supporter

Trouvez-vous le mot supporter (prononcé supportaire) insupportable?

Eh bien, vous devrez vous habituer, car il est déjà entré dans les mœurs sportives. À moins que vous ne préfériez être un fan, diminutif de fanatique, qui nous vient aussi de l’anglais. Bien entendu, les amateurs falots diront partisans, mais là, vraiment, vous êtes des tièdes.

En français, le verbe supporter a un sens bien délimité : « Soutenir quelque chose, lui servir d’appui, d’assise. » nous indique le Petit Larousse. Il peut aussi avoir le sens de « Subir quelque chose en y résistant, en y faisant face. »

Nulle part ne voit-on ce verbe décliné dans un contexte sportif. J’ai déjà parlé de ce phénomène des mots orphelins : substantif et verbe concomitant n’ont pas exactement le même sens : spécifier, spécifique.

Comme cela est souvent le cas, le support anglais possède un champ sémantique autrement plus vaste que notre timide supporter. Ainsi, les anglophones peuvent supporter une autre personne (l’appuyer); ils peuvent aussi supporter une entreprise, une cause, etc. Il est donc logique pour eux de supporter une équipe de hockey ou de football.

De là vient le substantif supporter, repris en français. Certains l’écrivent supporteur.

Toutefois, le français se permet quelques variations en puisant dans d’autres langues : aficionado, tifosi. Quand le fanatisme devient violent, on parle même de hooligans.

Le premier mot est un legs de l’espagnol; il désigne un amateur de course de taureaux. Mais son emploi est beaucoup plus généralisé dans notre langue. On peut parler des aficionados du cigare, du whisky, par exemple.

Quant à tifusi, il désigne les partisans italiens de football et de cyclisme.

Les hooligans, eux, constituent un public encore plus ciblé. On parle ici de jeunes partisans violents qui se déchaînent lors de manifestations sportives, par des actes de vandalisme. On se souvient des tragiques évènements survenus en Belgique, il y a une trentaine d’années.

Les incidents d’aujourd’hui à Paris, pendant la période sacrée de l’Euro, viennent nous rappeler que ces tristes individus sévissent toujours. Soit dit en passant, hooligan peut aussi s’écrire houligan, mais attention à votre dentition!

Le tandem supporter (verbe) et supporter (substantif), nous rappelle l’influence déterminante, voire envahissante, de l’anglais dans le vocabulaire des sports.

Disposer d’un adversaire

Les Giants disposent des Pirates… Le lanceur Madison Bumgarner (quel nom!) a disposé de dix frappeurs des Pirates… Ce verbe en apparence très correct foisonne dans  les textes du merveilleux monde du sport. Il apparaît sans cesse dans les dépêches traduites de la Presse Canadienne, dans les textes rédigés par des journalistes de La Presse et du Devoir.

Dans un article précédent, j’expliquais que disposer n’a pas du tout le sens de vaincre, défaire, l’emporter sur.

Donc : les Giants battent ou défont les Pirates; les Giants l’emportent sur les Pirates.

De fait, disposer signifie « avoir à sa disposition ». Il n’a nullement le sens de défaire, de se débarrasser de.

Longtemps, il existait au gouvernement fédéral un monstre linguistique appelé Corporation de disposition des biens de la Couronne. Deux anglicismes pour le prix d’un; c’est ce qui arrive quand des fonctionnaires s’imaginent qu’ils n’ont pas besoin de traducteurs professionnels.

Malheureusement, cette erreur est bien implantée au Canada. On peut toujours tenter de la signaler à ceux qui la commettent, mais beaucoup d’entre eux font la sourde oreille.