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Cabinet fantôme

Le système politique britannique comporte plusieurs caractéristiques intéressantes, l’une d’entre elles étant le shadow cabinet. Le cabinet fantôme en est la traduction française, comme le signale base de données Termium du gouvernement du Canada.

Cette traduction a l’odeur d’un calque, comme on le voit. Le Grand dictionnaire terminologique le mentionne, d’ailleurs. On pourrait penser à cabinet de rechange; cabinet en attente; certains avanceront cabinet alternatif…

Le cabinet fantôme regroupe l’ensemble des porte-parole de l’Opposition officielle pour les divers portefeuilles ministériels. Ainsi, on parlera du porte-parole de l’opposition pour l’environnement, par exemple. Le terme critique de l’opposition est à éviter.

Notons en passant que tous les partis d’opposition peuvent former un cabinet fantôme, mais que c’est celui de l’Opposition officielle qui est le plus en évidence.

Les membres de ce cabinet s’appellent en anglais shadow minister. Termium s’en tient à l’appellation porte-parole de l’opposition, porte-parole de parti, ou porte-parole tout court. Au gouvernement du Canada, on a déjà vu contre-ministre, une idée ingénieuse, certes, mais que j’hésiterais à utiliser. L’usage, toujours l’usage…

Ce serait une grave erreur terminologique de parler de ministre fantôme. Un non-sens au point de vue des institutions. En système britannique, un ministre est un membre du Cabinet et celui-ci dirige le gouvernement. Un député d’opposition ne peut en aucun cas être considéré comme un ministre, sauf s’il siège dans un gouvernement de coalition.

Certains  feront valoir que l’anglais emploie bel et bien le mot minister. C’est exact. Mais faut-il reproduire en français l’erreur terminologique de l’anglais? La réponse ponce me semble évidente. Dans une traduction au Parlement européen, on peut lire ministre fictif… Traducteur fictif, souhaitons-le.

 

La loi 101

L’anglais exerce un attrait irrésistible chez les jeunes francophones. Certains d’entre eux – et beaucoup de leurs aînés – voudraient que l’on élargisse l’accès à l’école anglaise au Québec. Le fait que la moitié des Montréalais n’ont plus le français pour langue maternelle ne semble pas les émouvoir.

Il n’est peut-être pas mauvais de leur rappeler quelle était la situation avant que le valeureux combat de Camille Laurin ne mène à l’adoption de ce que l’on appelle faussement la loi 101.

Faussement, car son vrai nom est la Charte de la langue française.

Montréal ville française?

Tout d’abord un point important : Montréal est la seconde ville française du monde. Mais cet état de fait aurait été imperceptible pour un étranger qui y débarquait. Les murs étaient tapissés de pubs uniquement en anglais. Bon nombre d’entreprises tenues par des francophones s’affichaient uniquement en anglais. Notre visiteur aurait eu l’impression d’être arrivé dans une ville ontarienne ou américaine n’eût été la langue parlée par la majorité de la population.

Mes parents devaient parler anglais

Ma mère est née en 1920. Pendant les années 1940, elle a travaillé comme opératrice à Bell Canada. Même si elle œuvrait dans la seconde ville française du monde, elle devait répondre ainsi aux appels : « Operator. » Bien entendu, lorsque l’interlocuteur était francophone elle passait au français.

Sa superviseure était anglophone, ce qui à l’époque était courant, car ceux qui détenaient les postes d’autorité dans les grandes entreprises parlaient la langue de Shakespeare, uniquement la langue de Shakespeare. Un jour, elle a demandé à ma mère de lui rédiger un rapport sur une situation précise. Ce que ma mère a fait, mais en français.

Troublée, la superviseure lui a demandé pourquoi elle avait rédigé son texte. « Parce c’est ma langue » a rétorqué ma mère. L’autre a viré les talons. Bien entendu, ma mère parlait anglais, mais elle avait aussi sa fierté.

Mon père a un jour sollicité un emploi à la Banque Royale, la Royal Bank of Canada, dont le siège social était à Montréal. On lui a refusé l’emploi parce qu’il ne parlait pas suffisamment pas anglais.

Dans les années 1940, 1950 et même 1960, l’affichage commercial de la métropole était massivement anglais, même si les trois quarts des habitants étaient francophones. Et tout le monde semblait trouver cette situation normale. Des municipalités sises sur l’île de Montréal, comme Westmount, Mont-Royal et plusieurs autres faisaient figure de camps retranchés pour la minorité anglophone. D’ailleurs des anglophones refusaient de vendre leur maison à des francophones pour préserver la pureté du quartier.

Beaucoup de vendeurs dans les magasins à rayons étaient incapables de répondre en français à leurs clients francophones. Ceux-ci devaient s’adresser au vendeur dans sa propre langue, une situation inimaginable ailleurs. Certains commis ne se gênaient d’ailleurs pas pour étaler leur mépris des francophones en intimant au client de parler anglais : Speak white, leur disaient-ils.

L’immense majorité des Anglo-Montréalais étaient incapables de faire une phrase en français. Pire, ils ne voulaient absolument rien savoir de cette langue, qu’ils considéraient comme une sorte de créole inférieur parlé par une majorité qu’ils méprisaient ouvertement. L’Afrique du Sud en Amérique du Nord.

Il était donc parfaitement possible pour une personne née à Montréal d’y passer sa vie entière sans apprendre le français. Malgré toutes les avancées des quarante dernières années, c’est toujours possible, bien que plus difficile.

L’équipe emblématique des Canadiens de Montréal était gérée en anglais. Des joueurs vedettes anglophones y passaient leur carrière sans apprendre un seul mot de la langue des partisans, qui payaient pourtant leur salaire. Certains diront, avec raison, que ça n’a pas du tout changé.

Avant le Parti québécois

L’élection du Parti québécois a résonné comme un coup de tonnerre chez les anglophones montréalais. La colère des bantoustans francophones les a sidérés. Certains se sont soudain aperçus que non seulement Montréal, mais aussi le Québec, était majoritairement francophone. Quel choc!

L’adoption de la Charte de la langue française a profondément bousculé un grand nombre d’anglophones. Les réactions hystériques fusaient. Les droits fondamentaux des anglophones étaient bafoués; le Dr Camille Laurin était comparé au sinistre Dr Joseph Goebbels; le Parti québécois était un parti nazi. Certains francophones m’ont dit que c’était au contraire un parti communiste…

Plus 130 000 anglophones sont allés s’établir à Toronto et ailleurs, incapables d’accepter que la langue principale du Québec puisse être le français, au même titre que l’anglais est la langue de l’Ontario. Le fait que le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal leur offraient tous leurs services en anglais ne pesait pas lourd dans la balance. Cela leur était dû tout simplement.

Ceux qui sont restés ont dû s’adapter. Pas tous ne l’ont fait. En 1976, je travaillais dans une librairie de Laval et les clients anglophones se plaignaient ainsi : « This store is getting more and more french. » Il n’y avait pas un livre de plus en français qu’avant. Il est vrai que certains commis faisaient du zèle et s’adressaient à eux en français… Ils étaient estomaqués. Jamais ils n’avaient vu autant d’audace.

Pire, dans une librairie du centre-ville de la métropole, une dame me demande en 1979 si nous avons des livres en anglais. Je réponds que non (en anglais). Elle tourne la tête et dit à sa compagne : « They don’t read. »

Je ne me suis jamais senti aussi insulté. Je lisais Victor Hugo, Émile Zola, Michel Tournier et bien d’autres, et cette chipie bornée avait l’outrecuidance de me dire à moi que je ne lisais rien!!! Et bien je lisais Dickens, madame. Connaissait-elle seulement Victor Hugo?

Après l’adoption de la Charte de la langue française

Bien entendu, les choses ont changé par la suite. Telle une chrysalide qui se transforme en papillon, ma ville s’est parée de ses plus beaux atours français. Fini les affiches seulement en anglais ou dans les deux langues. Les petits commerces tenus par des immigrés parlaient tout à coup français. Mon restaurant indien favori avait enfin des serveurs capables de répondre dans ma langue.

Pour la première fois de ma vie, j’avais l’impression de vivre dans une ville française. J’en ressentais beaucoup de fierté.

Aujourd’hui

Je vis maintenant à Gatineau et, pour moi, le visage de la métropole est toujours français. Mais, depuis quelques années, je constate une recrudescence dans l’affichage unilingue anglais dans le centre-ville, chaque fois que j’y retourne. On m’accueille parfois en anglais, alors que ce phénomène s’était fait beaucoup plus rare, naguère.

Les dernières enquêtes montrent que les anglophones de Montréal et du Québec connaissent pour la plupart le français. Tout un virage par rapport aux années 1940. Ma mère ne s’y reconnaîtrait plus.

Je suis toutefois inquiet de voir que bien des francophones semblent baisser la garde. Les derniers sondages montrent qu’ils voudraient que l’accès des francophones aux écoles anglaises soit élargi. C’est de l’inconscience pure. La proportion de francophones au Québec glisse lentement; celle des francophones dans la métropole chute de manière très inquiétante.

Il faut rester vigilant. S’ils étaient encore là, mes parents vous le diraient. Ce n’est pas le temps de saper la Charte de la langue française. Il faut la renforcer. Après tout, n’est-elle pas « une grande loi canadienne », comme le disait l’ancien ministre libéral fédéral Stéphane Dion?

Kakistocratie

Un nouveau mot est né : la kakistocratie. En anglais : kakistocracy.

La kakistocratie est un effet collatéral de l’arrivée au pouvoir du nouveau président américain. Il est l’antonyme d’aristocratie.

Comme le signale le site slate.fr, « Après la première vague de nominations de Donald Trump, certains commentateurs proposent de désigner l’ère qui s’ouvre comme une kakistocratie. »

Un exemple parmi d’autres : Trump nomme à la tête de l’Agence de protection de l’environnement un individu qui lui est hostile et l’a poursuivie en justice!

Pour bon nombre d’observateurs, le gouvernement américain a été détourné par un groupe hostile à l’État tout court et qui cherche à le diminuer, voire à le détruire.

Le terme kakistocracy apparaît donc dans certains médias. Il se définit comme « le pire gouvernement… celui des plus mauvais. » dixit slate.fr.

En anglais, le terme a déjà sa page Wikipédia (https://en.wiktionary.org/wiki/kakistocracy). Il figure notamment dans le Webster (https://www.merriam-webster.com/dictionary/kakistocracy) et l’Oxford Dictionary (https://en.oxforddictionaries.com/definition/kakistocracy).

En français, le mot n’est pas encore très implanté. Aucune page Wikipédia, mais le terme est mentionné dans celle qui traite des formes de gouvernements (https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_formes_de_gouvernements).

Ce n’est qu’une question de temps, le gouvernement Trump ayant été élu pour quatre ans…

Je tiens à remercier Stéphanie Saint-Gelais de m’avoir signalé l’avènement de ce nouveau terme.

Le Pen présidente?

Posons la question brutalement : Marine Le Pen peut-elle devenir présidente de la République? À la lumière de sa performance d’hier, au débat avec Emmanuel Macron, on peut en douter.

La candidate du Front national (quoi qu’elle en dise…), qui avait en début de campagne revêtu la cape d’une présidente en devenir, s’est plutôt comportée comme une vulgaire pugiliste.

Les dés sont-ils jetés? Par pour autant.

Bien entendu, Emmanuel Macron domine les sondages avec plus de soixante pour cent d’intentions de vote. Néanmoins, les analystes négligent un facteur important, le même qui a joué lors de l’élection de Donald Trump aux États-Unis : la prime à l’urne. Ceux qui ont l’intention d’appuyer l’extrême droite ne s’en vantent pas toujours et préfèrent taire leurs intentions. Il se pourrait bien que les appuis à Le Pen dépassent la barre des quarante pour cent.

Ce n’est pas suffisant pour remporter la victoire, évidemment, mais la barre est quand même franchie, si cela s’avère, bien entendu. À quarante pour cent, la victoire devient possible.

Comment?

Marine Le Pen est à un ou deux attentats près de la victoire. Comme je le disais hier, il ne faut jamais sous-estimer le potentiel de stupidité des populations. Il ne fait aucun doute que les Français sont beaucoup plus éclairés que les Américains, bornés et ignorants. Mais ils ne sont pas à l’abri des dérives populistes que l’on observe dans divers pays européens, comme la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-Bas.

Marine Le Pen essaie de donner une aura de respectabilité à son mouvement. On la comprend. Son père maintient encore que les chambres à gaz nazies sont un détail de l’histoire. Bien sûr, la présidente du Front national l’a expulsé de son parti. Mais combien de militants frontistes partagent l’antisémitisme du fondateur?

Car l’extrême droite, c’est l’extrême droite. Elle traîne derrière elle tout un cortège de skinheads que l’on cherche à cacher, de catholiques intégristes qui veulent ramener la femme à la maison, de xénophobes qui veulent rétablir la pureté raciale, de partisans d’un régime autoritaire où l’opposition, les journalistes seraient muselés. Ce n’est pas un hasard si madame Le Pen a salué la victoire de Donald Trump et fraternise avec le président Poutine.

Les Français seront-ils assez étourdis pour porter cette mouvance au pouvoir? J’en doute, mais rien n’est gagné d’avance.

Système politique français

Le système politique français peut être assez déroutant pour un observateur du Québec et du Canada français. Un petit tour guidé s’impose.

Le système politique français est à la fois semblable et très différent de celui du Canada. Voici ses principales caractéristiques :

Élection du président au suffrage universel pour un mandat de cinq ans.

Élection de l’Assemblée nationale en même temps que celle du président, également pour cinq ans.

Élections à deux tours. Le président, tout comme les députés, doit recueillir cinquante pour cent des suffrages pour être élu.

Accèdent au deuxième tour les deux candidats de tête, si la majorité absolue n’est pas atteinte. Ainsi, tout président ou député est élu avec plus de la moitié des voix.

Le président est élu directement par la population – contrairement à ce qui se passe aux États-Unis. On peut donc soutenir que la Cinquième République, mise en place par le général de Gaulle en 1958, est un régime présidentiel. C’est du moins ce que soutiennent les politicologues, dont je suis.

Une nuance importante s’impose toutefois. Le gouvernement demeure responsable devant la Chambre, une des caractéristiques d’un régime… parlementaire.

Alors, présidentiel ou parlementaire?

En fait, les deux. La France vit sous un régime semi-présidentiel. Pour comprendre, petit retour en arrière.

La Quatrième République

La France libérée du joug nazi instaure une nouvelle république, qui laissera un souvenir amer aux Français, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’instabilité endémique qui fera chuter les gouvernements les uns après les autres. La France ressemblait un peu à l’Italie d’aujourd’hui.

L’Assemblée nationale, le Parlement, fait la pluie et le beau temps. Les élus se considèrent comme la voix du peuple et en mènent large. Peut-être un peu trop.

Survient la crise algérienne vers la fin des années cinquante. On est en pleine décolonisation. Les colonies françaises et britanniques sont sur le point de s’émanciper. L’Inde et le Pakistan quitteront le giron britannique. L’Algérie voudrait partir aussi, mais une bonne partie de la classe politique française ne peut s’y résoudre; la crise paraît insoluble. On parle même d’un coup d’État militaire pour garder l’Algérie française.

Devant l’impasse, on fait appel au général de Gaulle, en 1958.

Le chef des Forces françaises libres, grand héros de la Libération, honnit les manigances des partis politiques. Il caresse le rêve utopique d’une France unie, affranchie des partis.

Il veut mettre fin à la tyrannie des partis, qui a gangréné la Quatrième République. De Gaulle fait donc adopter une nouvelle Constitution qui renforce les pouvoirs du gouvernement. C’est une rupture spectaculaire avec l’ancien régime.

Auparavant, le président de la République était élu par l’Assemblée nationale et le Sénat. Ses pouvoirs étaient plutôt limités. Et son élection n’allait pas de soi, à cause des divisions entre les partis. Ainsi, le président René Coty est élu en 1954, après treize tours de scrutin!

Une présidence renforcée

De Gaulle veut en finir avec le régime de la Quatrième République. Il organise un référendum en 1962 pour que le président français soit élu au suffrage universel. La population approuve et le premier scrutin du genre a lieu en 1965. Il oppose de Gaulle à François Mitterrand, qui le met en ballotage. N’ayant pas obtenu la majorité absolue des votes, De Gaulle doit se soumettre à un deuxième tour de scrutin, qu’il remportera.

Tout système politique équilibré repose sur le principe de l’équilibre des pouvoirs. L’instauration d’une présidence forte ne doit pas conduire à une forme larvée de dictature. (Par forme larvée de dictature, j’entends des régimes présidentiels « forts » comme la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan.)

Il importe donc de calibrer la répartition des pouvoirs entre l’exécutif (le président et le gouvernement) et le législatif (le Parlement).

Sous la Cinquième République, le président est élu par le peuple, ce qui lui confère d’emblée une légitimité bétonnée. La présidence est la clé de voûte de tout le système gaullien. Le président choisit le premier ministre, qui est chargé de former un cabinet. Le chef du gouvernement est en quelque sorte une émanation du président de la République. Ce dernier peut demander sa démission quand il le souhaite. En outre, le président dirige le Conseil des ministres.

Le président possède un autre pouvoir important : il peut dissoudre l’Assemblée nationale et provoquer des élections anticipées.

L’Assemblée nationale

Voilà un Parlement singulièrement diminué. Il sert pourtant de contrepoids au pouvoir impérial du président. L’Assemblée nationale continue de contrôler l’action du gouvernement; elle peut même le renverser.

Le gouvernement est donc responsable devant le Parlement, comme cela se voit dans toutes les démocraties parlementaires.

Cette constatation amène la question des rapports de l’Assemblée avec la présidence. Contrairement à ce que souhaitait de Gaulle, les partis politiques ne se sont pas évanouis. Ils imprègnent toute la vie politique française. Cela n’a rien d’exceptionnel. Tous les pays démocratiques ont des partis politiques, on n’y échappe pas.

Pour que le régime politique de la Cinquième République fonctionne, il faut que le président et l’Assemblée nationale marchent dans la même direction. Cela ne va pas toujours de soi.

La cohabitation

L’antagonisme gauche-droite que l’on observe un peu partout en Occident était un peu le caillou dans la chaussure du régime gaullien. Tôt ou tard, le président et le Parlement ne seraient pas de même allégeance.

À l’origine, le président était élu pour sept ans, l’Assemblée nationale pour cinq. Les élections législatives n’avaient pas lieu la même année que le scrutin présidentiel. C’est donc avec anxiété que les observateurs attendaient les élections législatives de 1986. Les Français ont élu un Parlement de droite, alors que le président Mitterrand, porté au pouvoir en 1981, était socialiste.

Certains prédisaient la chute de la Cinquième République, un blocage entre la présidence et le Parlement étant prévisible.

Or, le président Mitterrand était un fin politicien. Il a pris acte du choix des Français et a nommé un premier ministre de droite, Jacques Chirac. Celui-ci a formé un cabinet, approuvé par le chef d’État, et le gouvernement a pu fonctionner normalement. Deux ans plus tard, Mitterrand battait le même Chirac au scrutin présidentiel. Immédiatement après, Mitterrand dissout l’Assemblée nationale et les Français, en toute logique, élisent un Parlement de gauche. Fin de la cohabitation.

Pas de crise, pas de changement de régime, pas de coup d’État, pas de guerre civile.

La France a connu deux autres périodes de ce que l’on a appelé la cohabitation, soit en 1993-1995 et en 1997-2002.

Le quinquennat

L’élection du président de la République pour sept ans avait pour but de bien ancrer le pouvoir du chef d’État. De Gaulle voulait le voir au-dessus de la mêlée. À la longue, les pouvoirs importants dont il jouit ont paru suffisants aux Français. Le septennat est donc devenu quinquennat. Depuis 2002, le président gouverne pour cinq ans.

C’est donc dire que les élections législatives ont maintenant lieu quelques semaines après le scrutin présidentiel.

Ce qui amène deux questions : Marine Le Pen peut-elle être élue présidente de la République? Comment Macron pourra-t-il gouverner, puisqu’il n’appartient pas à un des grands partis traditionnels de la France?

Réponses dans le prochain article.

Vimy

Le premier ministre Justin Trudeau avance que le Canada est né à Vimy. Encore une fois. le premier ministre réfléchit comme un anglophone.

Pour le Canada anglais, la bataille de Vimy est un acte de naissance. À cette époque le Canada est un dominion qui n’est pas maître de sa politique étrangère. Lorsque l’Empire britannique entre en guerre contre l’Allemagne, le Canada est en guerre lui aussi, sans qu’on lui demande son avis.

Cette situation aberrante pour un État souverain est incompréhensible aujourd’hui. Il faut comprendre que le Canada anglais est un peuple resté loyal à la Couronne britannique après la Révolution américaine. Les Canadiens anglais se considèrent comme des sujets britanniques; les Canadiens, ce sont les francophones de souche.

Cette allégeance inconditionnelle est quelque peu troublante, dans la mesure où les Canadiens anglais n’habitent plus les îles britanniques depuis 150 ans… Leur nation se confond avec la Grande-Bretagne.

La bataille de Vimy permet aux soldats canadiens-anglais de s’illustrer, de se distinguer du corps expéditionnaire britannique. Enfin! Pourtant, l’importance de cette bataille est largement exagérée… Elle ne permet pas d’atteindre l’objectif initial de percer le front allemand. Les soldats ennemis se replient pour former une nouvelle ligne défensive qui tiendra jusqu’en novembre 1918.

Néanmoins, la pugnacité des troupes canadiennes-anglaises impressionne. Ils gagnent leurs lettres de noblesse, ce qui permet au Canada de signer comme pays autonome le traité de Versailles, en 1919. C’est seulement en 1931, à la signature du Statut de Westminster, que le Canada acquiert sa pleine indépendance.

Mais quel est le sens de la bataille de Vimy? S’agit-il de la naissance du Canada? Pas du tout. Le Canada est né avec les Canadiens-français. Ils ont donné ce nom à la Nouvelle-France, parce qu’ils ne se considéraient plus français. C’est le Canada que les troupes britanniques ont conquis en 1760.

Lorsque M. Trudeau affirme que le Canada est né à Vimy, en 1917, il parle comme un Canadien anglais pour qui tout ce qui existait avant 1760 ne vaut même pas la peine d’être mentionné.

Très décevant de la part de notre premier ministre.

Accommodements raisonnables

L’attitude suffisante du premier ministre québécois Philippe Couillard et son dogmatisme nous plongent encore une fois dans la marmite bouillonnante du débat sur les accommodements raisonnables. Impardonnable, au moment où un consensus se dessinait enfin dans ce dossier.

Cette expression mérite un examen linguistique.

Dans un article précédent, je traitais du verbe accommoder. Il n’a pas le sens anglais de rendre service qu’on lui attribue généralement au Québec. Toute recherche au dictionnaire nous amène à constater que ce mot est surtout utilisé en cuisine…

Alors si on ne peut employer « accommoder » au sens de rendre service, peut-on faire des accommodements? Il semble bien que si, puisqu’un accommodement est un règlement amiable à un différend.

Dans ce contexte, l’expression accommodement raisonnable devient très défendable. On pourrait dire la même chose de sa petite sœur, les accommodements religieux.

Pourtant, le terme accommodement raisonnable est à l’origine un emprunt à l’anglais. C’est en effet dans un jugement de la Cour suprême du Canada en 1985 que la notion de reasonable accomodation apparaît. L’affaire portait sur la discrimination raciale.

Le calque s’est propagé au Québec dans les années 2000. Répandu par les médias, il est maintenant généralisé. À un point tel, que le Petit Robert en fait mention : « … au Canada compromis visant à concilier les droits fondamentaux et les particularités culturelles et religieuses d’un individu, d’une communauté. »

Certains rugiront devant ce nouvel emprunt. Pourtant, il comble un vide et désigne une réalité très précise. Les emprunts ont leur utilité.

 

Fascisme

L’implantation d’un régime autoritaire à la Maison-Blanche sous la houlette d’un président controversé en amène certains à se poser la question suivante : Trump est-il un fasciste?

Le politicologue que je suis aurait tendance à ménager ses propos avant de proférer une telle accusation. En effet, le fascisme renvoie au régime politique mis sur pied par Benito Mussolini. Celui-ci gravitait autour d’un pouvoir autoritaire incarné par un chef, appelé Duce en italien. Le duc.

Bien entendu, l’humanité a connu d’autres dictatures semblables depuis les années 1920 et beaucoup d’entre elles ont été qualifiées de fascistes. À tort.

Le fascisme est basé sur le totalitarisme, certes, soit la domination d’un parti unique. Mais il comprend aussi une organisation particulière de la société fondée sur le corporatisme, soit le regroupement des entreprises dans un régime capitaliste.

Les dictatures de Hitler, Franco, Pinochet et consorts ne comportaient pas cet élément.

On a souvent identifié le nazisme à une forme de fascisme. La ressemblance était frappante, d’autant plus que le Führer avait pris Mussolini comme modèle. C’est pourquoi bon nombre d’auteurs parlent du fascisme hitlérien.

D’autres régimes totalitaires ont aussi été associés au fascisme, de sorte que le sens de ce mot a peu à peu évolué. Sont aujourd’hui considérés comme fascistes les gouvernements nationalistes axés autour d’un seul parti. Bref, Mussolini a fait des émules.

Qualifier Trump de fasciste est donc un peu tiré par les cheveux. On ne peut le considérer comme tel, dans la mesure où le Parti républicain n’est pas devenu un parti unique; les États-Unis ne vivent pas en régime totalitaire.

Par contre, il est clair que l’équipe installée à la Maison-Blanche pratique une forme d’autoritarisme véhément. Intimidation des adversaires et des journalistes, musellement des scientifiques (le Canada connaît), mensonges éhontés, la liste est longue.

Ceux qui tiennent à tout prix à insulter le président américain pourront toujours le traiter de crypto-fasciste, en attendant la suite des choses.

La France en anglais

Le slogan choisi pour les Jeux olympiques de Paris en 2024 s’énonce en anglais : « Made for sharing ». Ce choix a bien entendu suscité l’indignation au Québec mais aussi dans l’Hexagone, sans parler de tout ce qu’on lit dans les médias sociaux.

Le président Hollande l’a dénoncé, de même que Bernard Pivot.

Chaque fois que les Québécois s’élèvent contre une nouvelle intrusion de l’anglais en France, il s’en trouve beaucoup pour railler ces braves coloniaux ringards qui ne comprennent rien à rien.

En toute amitié, j’aimerais donner quelques explications sur les réactions parfois étonnantes des Québécois et leur origine.

Beaucoup de Français ne comprennent pas l’hypersensibilité des Québécois et des autres francophones du Canada lorsqu’il est question d’anglicismes. Dans mon blogue, toute dénonciation de nouveaux emprunts inutiles à l’anglais me vaut quelques réactions en Europe. On tente par tous les moyens de justifier l’anglicisme. Toutes les réponses sont teintées d’un agacement évident de se faire reprendre par un habitant d’une ancienne colonie.

L’ennui, c’est que le français appartient à tous les francophones.

Si pour beaucoup d’Européens la défense de la langue française relève d’un passé révolu, elle constitue une cause vitale pour les francophones d’Amérique.

Le français en Amérique

D’entrée de jeu, je veux signaler que les Québécois font beaucoup plus d’anglicismes que les Européens. C’est un fait : nous sommes mal placés de vous faire la leçon.

Nos anglicismes ne sont pas uniquement des mots anglais plaqués dans un discours français. Les nôtres sont, dans un sens, plus subtils. Ce sont des anglicismes sémantiques (donner un sens anglais à un mot français); lexicaux, morphologiques (addresse au lieu d’adresse), et syntaxiques. Le mal est bien plus virulent et insidieux qu’en Europe.

La démographie est notre pire ennemie.

Le Québec et les Canadiens français des autres provinces comptent pour neuf des trente-cinq millions d’habitants du Canada. Au sud de la frontière, quelque trois cents millions d’anglophones. La force de frappe de l’anglais au Québec est gigantesque et inimaginable en Europe : nous sommes bombardés d’anglais par les médias du Canada et des États-Unis. La culture américaine est omniprésente.

Le contrecoup pour la langue française est considérable. Nous pensons en anglais.

Le vocabulaire, la syntaxe sont dévastés. La réalité est cruelle : un concierge d’hôtel parisien, un chauffeur de bus à Nantes, un cuisinier à Bruxelles s’exprime mieux et avec une plus grande précision qu’un grand nombre de Québécois. Même les élites maltraitent le français au Québec.

Vous croyez vraiment que Sarkozy s’exprime mal? Voyez comment parle le premier ministre canadien, Justin Trudeau.

« Il continue d’esquisser la question de pourquoi le Canada n’est pas en train d’être le pays que les gens à travers le monde ont toujours vu le Canada comme étant. »

Bien entendu, M. Trudeau ne parle pas toujours ainsi. Mais, en général, son français est bancal et hésitant. Le premier ministre a été élevé en anglais et en français.

Beaucoup de francophones du Canada en viennent à confondre le vocabulaire et la syntaxe de l’anglais et du français. Ils ne font plus la différence entre les deux langues. Un exemple :

« Le ministre n’a pas voulu se commettre pour l’instant. Il adressera cette problématique éventuellement. »

Pour comprendre, il faut parler anglais. Traduction : « Le ministre n’a pas voulu s’avancer. Il s’attaquera au problème plus tard. »

Dans la phrase originale, « éventuellement » est pris au sens anglais de « par la suite ».

Cette langue abâtardie et laborieuse est parlée par une grande partie de la population. Ceux qui cherchent à mieux parler sont mal vus et dénigrés. Ce sont des snobs

La peur de disparaître

Les Québécois sont hantés par la peur de disparaître, même si les francophones représentent les quatre cinquièmes de la population. Mais la population de Montréal est seulement à moitié francophone. L’anglais est omniprésent dans la métropole, porté par une minorité anglophone qui se défend bec et ongles.

Les affichages uniquement en anglais font un retour en force. Dans certains magasins, il est difficile, sinon impossible de se faire servir en français. Cela dans la deuxième ville française du monde. Imagine-t-on pareille situation à Paris?

Pour vous, afficher en anglais est un signe de modernité, une fantaisie distrayante. Pas pour les Québécois.

Dans le reste du Canada, la situation est encore plus grave, car les minorités francophones s’effritent au fil des années. L’assimilation fait son œuvre.

Les réactions outrées devant l’anglicisation de la France s’expliquent un peu mieux quand on prend conscience de cette réalité. Pour les francophones du Canada, parler français c’est respirer. L’anglais est certes la langue internationale et nous sommes bien heureux de pouvoir la parler. Mais elle représente aussi une menace.

Les Québécois voyaient la France comme une alliée. Ils découvrent des élites fascinées par l’anglais et surtout par cette Amérique mythique, la république sœur qui brille de tous ses feux. Or cette Amérique mythique elle n’existe que dans votre imagination.

Pour les francophones du Canada, la déception est immense.

Comprendre et traduire les États-Unis

 

Ce blogue existe depuis mars 2013. J’y ai rédigé de nombreux articles sur les réalités américaines, que ce soit le fonctionnement des institutions, la toponymie, la mentalité américaine, etc.

Les articles portent à la fois sur la terminologie et sur la politique. Or les résultats de l’élection présidentielle de 2016 placent maintenant au sommet de l’État un individu hors norme et imprévisible.

Voici les liens vers des articles qui sauront vous éclairer.

 

Pourquoi parle-t-on maintenant des Amériques?

andreracicot.ca/les-ameriques

Pourquoi les Américains mettent-ils le singulier après United States?

andreracicot.ca/etatsunissingulier

 

Les habitants des États-Unis sont appelés Américains. C’est un faux sens passé dans l’usage. Peut-on lui substituer États-Uniens?

andreracicot.ca/etatsunien

 

Comment énoncer le nom des États américains?

andreracicot.ca/les-etats-americains-mode-demploi

 

Comment traduit-on le nom des institutions américaines?

andreracicot.ca/les-institutionsaméricaines

 

L’adjectif US est-il correct en français?

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Écrire correctement le nom de la Maison-Blanche.

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Traduire les toponymes aux États-Unis n’est pas aussi simple qu’on le croit.

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Le phénomène des tueries aux États-Unis est récurrent. Comment expliquer l’inertie du gouvernement et du Congrès?

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Inauguration, l’anglicisme à éviter à tout prix quand on parle de la cérémonie d’assermentation du président américain.

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On croit faire un mauvais rêve, pourtant Trump est bien à la tête de la Maison-Blanche. Pourra-t-il vraiment faire tout ce qu’il veut?

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Dès la première semaine de règne, on accuse déjà Trump de faire du gaslighting. De quoi s’agit-il?

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L’Oxford Dictionary en a fait le mot de l’année 2016. Le nouveau gouvernement américain en est une belle illustration. La post-vérité.

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La Maison-Blanche fait progresser la terminologie… à sa façon. Voici maintenant les faits alternatifs.

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