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Le virus chinois?

Le président américain parle du virus chinois, ce qui a royalement insulté le gouvernement de Pékin. Comme d’habitude, le locataire de la Maison-Blanche a été brutal et direct, une attitude que réprouvent les Orientaux en général. Habituellement, il faut être très diplomate avec eux, laisser entendre plutôt que d’affirmer, se perdre en circonlocutions. La franchise que les Occidentaux affichent les bouscule.

Les faits sont têtus

Pour une fois, cependant, je dois dire que je suis en partie d’accord avec le président américain. Non, je ne fais pas de fièvre… Je pense que l’heure n’est pas à la broderie diplomatique.

Comme le disait Lénine, les faits sont têtus. Une vidéo absolument dégueulasse circule sur les médias sociaux montant le marché de Wuhan où la pandémie a pris naissance. Je n’ose pas la diffuser; on y voit des serpents, des rats, des chauve-souris et toutes sortes d’autres bêtes étalées en plein air, vivantes ou à moitié mortes. Il n’y a aucune réfrigération, avec des mouches partout, des étals souillés de sang, des chiens qui errent. Une foule compacte achète de la nourriture dans ce dépotoir.

C’est là le foyer de cette pandémie mondiale qui fera des millions des morts. Attendez que le virus se propage en Afrique et dans les pays pauvres… Ce sera l’hécatombe; nous n’avons encore rien vu.

Comme si cela n’était pas assez, cette pandémie chinoise va gripper toute l’économie mondiale au point de provoquer une récession et peut-être même une dépression. Un nombre incalculable de gens vont perdre leur emploi, des millions de petits commerçants vont être ruinés. Votre boulanger du coin risque d’y passer.

Non, ce n’est vraiment pas le temps d’être poli avec la Chine.

Un blanchiment sémantique

Comme si cela n’était pas assez, il fallait que le politiquement correct s’en mêle. Il ne faut pas dire le virus chinois ou encore employer des termes racistes comme le virus de Wuhan, la grippe de Wuhan. Un peu plus et des gens comme l’éclairante Marie-France Bazzo vont nous faire croire que les Chinois représentent une communauté racisée et qu’il faut réagir en censurant le discours. Vous pensez que j’exagère? Attendez voir.

Bien entendu, il serait idiot de s’en prendre aux Chinois qui vivent au Canada et à tous les autres en général. Le vrai responsable de ce désastre est le gouvernement chinois.

Comme la Chine est un pays puissant, les autorités sanitaires mondiales se sont crues obligées de procéder à un blanchiment sémantique et d’inventer un sigle aseptisé, inspiré de l’anglais : COVID-19. Je pose à nouveau la question : si la pandémie avait commencé au Congo pensez-vous vraiment qu’on aurait fait la même chose? Poser la question c’est y répondre.

Le virus chinois

Alors faut-il reprendre l’expression de Trump? À moins d’avoir confiné toute réflexion critique, il faut reconnaitre que le virus a commencé à faire des dégâts en Chine. Il m’apparait plus exact – et plus scientifique – de parler de la grippe de Wuhan tout simplement. Cette appellation n’incrimine pas tout le peuple chinois et se fonde sur la réalité. En tout cas, elle est moins offensante que le virus chinois.

Faut-il écarter COVID-19? Je ne le pense pas, car l’expression se propage dans l’usage et elle n’est pas inexacte en soi. Bien sûr elle a été aseptisée et c’est fâchant. Le terme virus washing reste à inventer.

L’heure n’est pas aux rectifications de vocabulaire mais à la responsabilisation de tout le monde pour éviter à notre tour de propager cette épouvantable importation made in China.

COVID-19 : Réflexions

La pandémie mondiale de coronavirus dont est responsable la Chine s’aggrave de jour en jour, au point de provoquer une viro-anxiété galopante. Le monde est entré en récession économique et une dépression majeure n’est pas à écarter.

Le monde est glauque, mais cette crise comporte quand même des aspects positifs. Alors, pour clôturer la semaine, trêve de vocabulaire!

***

La crise actuelle est une répétition générale en vue d’une éventuelle pandémie mondiale beaucoup plus grave qui pourrait survenir n’importe quand. Heureusement, le monde est mieux préparé à faire face à une réédition de la grippe espagnole. Mieux préparé, mais PAS entièrement préparé.

Ce qui se passe en Chine aussi bien qu’aux États-Unis, en Italie, en Iran illustre tous les obstacles géopolitiques qui se dressent devant nous.

La Chine

L’un de ces obstacles est le déni de la réalité, tel qu’observé par le gouvernement chinois. Les scientifiques qui ont sonné l’alarme ont été menacés de représailles. L’un d’entre eux a succombé à la maladie. Le pays a perdu de précieuses semaines à ne pas réagir, ce qui a permis au dragon de se déployer dans l’Empire du Milieu.

La Chine est une dictature féroce et sans pitié. Son gouvernement veut contrôler tout ce qui se passe, tant il a peur d’une révolte populaire. Le fait que l’opposition soit jugulée et l’absence de contre-pouvoir permet au gouvernement de faire tout ce qu’il veut.

Le confinement de la population du Wuhan a donc été un succès. Il n’est pas certain que des démocraties occidentales pourraient arriver à des résultats semblables aussi facilement. Mais il est clair que la méthode est efficace.

Un autre effet positif en Chine a été la prise de conscience de la grave menace sanitaire que représentent les marchés publics où l’on vend des animaux sauvages destinés à être mangés. Les pratiques sanitaires moyenâgeuses de ce pays ont engendré une pandémie mondiale qui n’a pas encore donné toute sa mesure. D’après le National Geographic, les autorités de Pékin ont ordonné la fin de ces marchés. Souhaitons qu’elles ne les rétabliront pas après la pandémie, comme elles l’ont fait après le SRAS.

Néanmoins, il y a prise de conscience. Si Pékin se traîne les pieds, il est certain que les pays frappés de plein fouet par la grippe de Wuhan se chargeront de leur rappeler leurs responsabilités. Il y a des limites à toujours vouloir sauver la face.

L’incompétence de certains dirigeants

Au Canada, on a beaucoup dénoncé le manque de leadership de Justin Trudeau, un homme qui cherche ses idées autant que ses mots. Comme le faisait observer le journal libéral La Presse, le premier ministre est toujours en retard sur la réalité et manque de conviction.

Pourtant bien des États aimeraient bien avoir M. Trudeau comme dirigeant. Des fanfarons comme le président Bolsonaro au Brésil, Boris Johnson en Grande-Bretagne, Doug Ford en Ontario et bien d’autres encore ont minimisé la gravité de la pandémie. Malheureusement la pensée magique ça ne marche pas.

La crise actuelle est un révélateur de l’incompétence de tous ces clowns. Les populations en tireront-elles des leçons? On peut le souhaiter, mais rien n’est moins sûr.

Trump

L’incompétence est encore plus préoccupante quand elle touche l’homme le plus puissant de la planète. Cet homme souffre d’une maladie mentale, le narcissisme, qui déjà le rend inapte à gouverner. Si ce n’était que cela.

Le personnage ne possède aucune culture générale, est profondément ignorant des réalités géopolitiques mondiales, ne comprend pas la Constitution américaine, est impulsif et n’écoute personne; en fait, il ne comprend rien à rien. Ça tout le monde le savait déjà. Pourtant il voguait vers une réélection tranquille en novembre à cause de l’ignorance et de la bêtise d’une grande partie de la population américaine. Pourtant, ce pays mérite mieux. Il n’y a pas que des abrutis aux États-Unis.

Les États-Unis seront le prochain foyer d’infection. Ils ont réagi trop tard à la pandémie, leur système médical est dysfonctionnel : une trentaine de millions de personnes n’ont pas d’assurance et ne pourront se faire soigner; des dizaines de millions sont des sans-papier et vont continuer à se cacher; bien des Américains n’ont même pas de congé de maladie.

Bref, le pays est un désastre social et politique. Et la crise va frapper très fort au point qu’un scénario à l’italienne est prévisible.

Cette crise sanitaire pourrait déboucher sur une crise politique, car récession il y aura. Si tout va mal, on peut prévoir que le président finira par en payer le coût politique. Ils seront très nombreux à vouloir le ternir responsable du chaos.

Bref, l’immonde président pourrait être battu, non par une prise de conscience, par un débat intelligent entre personnes intelligentes, mais bel et bien par un virus. Ce serait un immense bienfait pour la planète, car le fou furieux de la Maison-Blanche ne sait pas ce qu’il fait. Il est un danger pour l’humanité entière, pandémie ou pas.

Personnes vulnérables

L’éloignement social et le confinement des populations provoquent des réactions inattendues. Tout d’abord ces Italiens qui chantent… Mais aussi des élans de générosité envers les personnes les plus vulnérables. Nous prenons conscience des conditions précaires dans laquelle vivent les personnes âgées, les sans-emploi, les personnes souffrant de problèmes de santé.

Et comment ne pas louer les personnes courageuses qui œuvrent dans les établissements de santé. Elles affrontaient déjà divers dangers, mais le coronavirus est une menace directe à leur santé à elles. Elles méritent toute notre admiration.

Petites entreprises

Les entreprises locales, les marchands de toute sorte, les artisans, les pigistes sont autant de personnes précaires. La mondialisation sauvage célébrée par bien des politiciens et des économistes a été un raz de marée pour bien des entreprises non affiliées à une chaîne. Un grand nombre ont disparu. À terme, nous sommes menacés de voir ces commerces disparaître, écrasés ou avalés par les grandes chaînes.

À cela s’ajoute maintenant la pandémie chinoise. Certains se réorganisent. Des restaurants livrent à domicile, par exemple, d’autres organisent le travail à distance. Il est important d’encourager tous ces commerces qui sont le gagne-pain d’un grand nombre de personnes, qui risquent d’être jetées à la rue par une éventuelle récession.

C’était vrai avant la pandémie, ce l’est encore plus à présent.

Le COVID-19 laissera des traces durables. Souhaitons que ce soit pour le mieux.

L’OTAN

Le 4 avril, l’OTAN a célébré son soixante-dixième anniversaire. Voici quelques réflexions sur le nom de ce pacte militaire et sur son utilité.

La majuscule

On l’appelle au long l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. À remarquer l’utilisation capricieuse des majuscules en français. Le terme générique Organisation en prend une, mais pas le mot suivant traité, qui est pourtant lui aussi le générique de l’expression traité de l’Atlantique nord.

Cette graphie respecte les conventions habituelles de typographie qui prêchent en faveur d’une utilisation parcimonieuse de la majuscule dans notre langue.

L’anglais, lui, n’a pas les mêmes réserves : North Atlantic Treaty Organization. Une majuscule à chaque mot.

La minuscule à traité dérange, d’autant plus qu’on la met parfois à accord, un mot très semblable. Par exemple :  l’Accord de libre-échange nord-américain (RIP), rebaptisé Accord Canada-États-Unis-Mexique.

Mais force est de constater que la minuscule initiale prévaut pour des mots comme traité, convention, pacte et accord.

Cet illogisme relève des règles à mon avis désuètes du français à ce sujet. Voir mes articles à ce sujet.

Appellations officieuses

L’acronyme OTAN est utilisé sur le site de l’Organisation, sise à Bruxelles. Dans la presse européenne on écrit les acronymes – soit les abréviations se prononçant comme un mot – avec la majuscule initiale : Otan. Parmi d’autres appellations connues, mentionnons Unesco, Unicef. Les sigles, par contre, prennent la majuscule à chaque lettre, par exemple l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé. On remarquera la majuscule au deuxième substantif.

L’OTAN est surnommée l’Alliance atlantique. Cette fois-ci, la majuscule orne le générique, contrairement à ce que l’on voit pour le traité de l’Atlantique nord…

Utilité de l’Alliance atlantique

L’OTAN a été fondée à l’aube de la Guerre froide dans le but de protéger l’Europe de l’Ouest contre une invasion de l’Union soviétique. Ce n’était pas une chimère, puisque la puissante Armée rouge s’était avancée jusqu’en Europe centrale à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Par la suite, le pouvoir soviétique n’a pas respecté sa promesse de permettre l’organisation d’élections libres et a implanté des régimes communistes à sa solde.

On peut comprendre que Moscou ait voulu créer un glacis de pays pour prévenir une autre invasion d’une puissance étrangère, l’Allemagne, pour ne pas la nommer. Peu de gens le savent, mais l’invasion nazie a fait quelque 20 millions de morts en URSS. La dévastation du pays, les exécutions massives, sont inimaginables. Nous sommes largement redevables aux Soviétiques d’avoir abattu le nazisme.

L’OTAN reposait sur le principe qu’une attaque dirigée contre l’un des pays membres en constituait une contre tous les pays de l’Alliance. C’est le fameux article 5 de la Charte de l’Atlantique, document fondateur de l’OTAN.

Il est clair que cette disposition a dissuadé l’URSS de tenter de nouvelles annexions en Europe. Si l’Ukraine était aujourd’hui membre de l’OTAN, tous ses alliés atlantiques auraient volé à son secours pour bouter les pseudo-rebelles armés par Moscou hors du territoire ukrainien. En fait, le Kremlin n’aurait jamais osé orchestrer les troubles actuels dans l’est de l’Ukraine.

Contrairement à ce que pense le fou furieux narcissique de la Maison-Blanche, l’Alliance atlantique n’est pas obsolète.

De la désinformation

L’existence même de l’OTAN a toujours irrité les autorités soviétiques et elles ont continuellement essayé de l’affaiblir. Dans les années 1980, des agents soviétiques ont investi le mouvement pacifiste qui s’opposait à l’implantation de missiles de moyenne portée sur le sol de l’Allemagne de l’Ouest.

Les Soviétiques ne disposaient pas des moyens efficaces que sont les médias sociaux – et ils n’avaient pas un président américain à leur solde. Néanmoins, ils essayaient de propager des rumeurs anti-américaines pour déstabiliser l’Allemagne fédérale et semer la confusion. Le mouvement pacifiste et les verts jouaient leur jeu, sans en être conscients.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est donc rien de nouveau. Les autorités du Kremlin ont une longue expérience en matière de désinformation. La pagaille qu’ils ont semée au sujet de Hilary Clinton, aidant l’élection de Trump, est un triomphe pour les Russes, un triomphe qui va probablement au-delà de leurs espérances les plus folles.

Après l’Union soviétique

La chute du régime soviétique en 1990, et son remplacement par la Russie, est venu brouiller les cartes. Américains et Russes ont connu une brève lune de miel sous Boris Ieltsine, mais le choses ont changé avec Vladimir Poutine, un ancien chef de KGB (d’où les activités de désinformation et de déstabilisation).

Une des raisons du ressentiment du Kremlin est le fait que l’Occident n’a pas tenu sa promesse de ne pas accueillir d’anciens pays communistes du pacte de Varsovie au sein de l’OTAN.

Très rapidement après la chute du soviétisme, les anciennes républiques populaires d’Europe de l’Est sont venues frapper à la porte de l’Alliance. La Pologne, les pays Baltes, la Hongrie, la Slovaquie et bien d’autres ne voulaient plus jamais subir une occupation par les Russes. L’Alliance les a accueillis.

L’OTAN s’est cherché une nouvelle vocation pendant le bref rapprochement avec la Russie, participant à des missions qui n’avaient rien à voir avec la protection de ses membres. Certains se sont interrogés sur la pertinence de l’Organisation, pendant un bref moment.

Mais l’évolution de la conjoncture internationale vient en renforcer la légitimité.

Les mots de 2018

Certains nous hantent; ils sont comme la mouche du coche. On a beau les écarter d’un geste impatient de la main, ils reviennent en bourdonnant et semblent ne jamais vouloir partir.

D’autres sont des étoiles filantes dans le firmament du français. On les croit installés pour l’éternité, puis ils s’éclipsent.

Voici une modeste compilation des mots et expressions qui ont retenu mon attention durant l’année qui s’achève.

Le mot qui s’incruste

Une vilaine tache qui ne veut pas partir. On la frotte, on la javellise mais rien n’y fait. Je parle ici de partager. Comme d’habitude, les ouvrages français tardent à accepter le nouveau sens erroné qu’elle a pris sous l’influence de l’anglais. Observateurs prudents qu’ils sont. Peut-être espèrent-ils comme moi que le délire créatif entourant ce verbe s’essoufflera. Pour l’instant aucun espoir à l’horizon.

On partage tout : un gâteau, un appartement, un avis, une photo, des souvenirs, sans tenir compte du sens véritable du mot. On l’oublie, mais on partage une chose quand on la divise en plusieurs parts. Partager un document, des photos devient carrément illogique, sauf si on les découpe en morceaux.

Comme si ce beau gâchis sémantique ne suffisait pas, voilà maintenant qu’on décline allègrement partager en mode réflexif. Réplique affreuse de Louis-José Houde dans De père en flic : « Il me le partage! » au lieu de dire tout simplement « Il me le dit. »

Dans un cours de rédaction donné à l’université, j’ai glissé dans un texte l’expression « Je vous partage un rapport d’audit… » Le texte comportait une vingtaine d’erreurs que mes étudiants en traduction devaient repérer. Seulement deux personnes sur vingt-trois ont encerclé l’erreur. Troublant.

Le mot envahissant

Tout est historique. Écoutez les médias et il ne se passe pas une seule journée pour que tel évènement, si futile soit-il, soit qualifié d’historique. J’en suis au point de vouloir faire une compilation de tout ce qui sera considéré comme historique en 2019 et d’envoyer la liste à nos scribes pour qu’ils constatent les dégâts.

L’expression erronée

Le président des États-Unis est polarisant. Trudeau dirait qu’il est divisif. Qu’importe. Polarisant est ce que l’on pourrait qualifier de calque aveugle, de faux ami. Dans notre langue, polariser signifie concentrer en un seul point et non pas être aux antipodes. Le mot clivant suffit à la tâche.

Fâchant que personne n’ait seulement songé à vérifier au dictionnaire… Mais tout le monde sait que la traduction, c’est facile.

En régression

Les scribes ont une tendance naturelle à l’hyperbole. Parfois, ils cherchent aussi un élément de comparaison pour mieux illustrer leur propos. Dans les dernières années, on disait souvent que telle usine était grande comme cinq terrains de football, ce qui n’était pas une mauvaise idée en soi. Toutefois, la répétition de cet étalon devenait quelque peu lassante, car nos scribes sont souvent comme des moutons de Panurge : ils bêlent en troupeau.

La recrue de l’année

Les jeunes l’emploient beaucoup. Je ne serais pas surpris qu’elle gagne du terrain chez les plus âgés et, éventuellement, dans les médias, ceux-ci ne faisant pas toujours la différence entre les niveaux de langue.

Une situation est malaisante. C’est-à-dire elle est embarrassante, perturbante, dérangeante. Ce barbarisme se répand tranquillement. À suivre.

Chose étonnante, les lecteurs du journal belge Le Soir ont élu malaisant comme mot de l’année 2018.

Le petit dernier

Le fou furieux à la Maison-Blanche veut son mur, bon, parce que sans cela je vais péter une crise. C’est clair? Il provoque donc la fermeture du gouvernement, dans un conflit ouvert avec le Congrès. En anglais on parle de shutdown; la brièveté de l’anglais m’étonnera toujours.

L’anglicisme brillait de mille feux et des scribes d’outre-mer ont sauté sur l’occasion pour ajouter cette irrésistible perle à leur florilège d’anglicismes consacrés.

Si la présidence ne s’entend pas avec le Congrès, les opérations du gouvernement sont suspendues; le gouvernement est fermé; le gouvernement est paralysé. Donc, on peut parler de fermeture, de paralysie.

Nul besoin de shutdown en français.

Le 11 novembre 1918

Le 11 novembre prochain marquera le centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, cette effroyable boucherie dont toute l’horreur a été décrite dans l’extraordinaire série Apocalypse.

À l’aube de ce triste anniversaire, il convient de signaler quelques erreurs linguistiques qui ne manqueront pas de pulluler dans les prochains jours.

Tout d’abord il est déplacé de commémorer l’anniversaire de l’armistice. En français on commémore un évènement, pas une date, pas un anniversaire. En temps normal, on célèbre, on fête un anniversaire; dans ce cas-ci, il est difficile de manifester quelque joie que ce soit, sinon d’observer le silence, de se recueillir. On marquera, soulignera cet anniversaire.

Le 11 novembre de chaque année est appelé le jour du Souvenir. On notera l’économie de majuscule : il s’agit d’un jour dont le nom est Souvenir. La double majuscule serait impensable, selon les grammairiens. Le français continue de s’inscrire en faux contre la logique naturelle qui voudrait qu’une appellation aussi solennelle comporte deux majuscules, et non pas une seule. Les autres langues opèrent différemment.

Le 11 novembre est aussi l’Armistice, que l’on écrit avec la majuscule, en toute logique, puisqu’il s’agit d’un évènement historique. À propos, le mot armistice est de genre masculin : un armistice.

La date en question est le 11 novembre 1918. La forme elliptique s’écrit le 11-Novembre, la majuscule indiquant qu’il ne s’agit pas de n’importe quel 11 novembre, mais bien de ce qui marque la fin des hostilités de la Grande Guerre. Ce genre de raccourci existe pour d’autres dates historiques, comme le 11-Septembre ou le 14-Juillet. On remarquera le trait d’union – qui peut être omis – et surtout la majuscule inhabituelle au nom du mois.

La boucherie effroyable de 14-18 est appelée de différentes façons. À l’époque, on parle de la Grande Guerre, celle qui devait être la « der des ders ». C’était oublier l’incommensurable bêtise humaine, toujours aussi prégnante.

Après l’autre boucherie, celle de 1939-1945, on parla de la Première Guerre mondiale.

La Nuit des longs couteaux

Cette semaine, un article politique sur cet événement qui a mené à un accord constitutionnel duquel le Québec a été exclu.

L’ancien premier ministre Jean Chrétien a profité de son passage à l’émission Tout le monde en parle pour proférer quelques demi-vérités. J’aimerais rectifier deux d’entre elles.

  1. Le Canada anglais a empêché la disparition du français au Canada

Ce n’est pas entièrement faux. M. Chrétien s’appuie sur l’exemple de la Louisiane où notre langue n’est presque plus parlée. Son affirmation se vérifie seulement si les Canadiens, comme on les appelait à l’époque, s’étaient tournés vers les États-Unis pour se libérer de la Couronne britannique. Or là nul doute que nous serions aujourd’hui anglicisés.

L’ennui, c’est que les colons canadiens ont choisi de rester dans l’Empire britannique, précisément parce qu’en vertu de l’Acte de Québec de 1774 et de l’Acte constitutionnel de 1791, il leur était permis de conserver leur langue, leur religion et leur droit civil. Or ce n’est pas par générosité que le conquérant britannique a fait adopter ces deux lois, c’est parce qu’il n’avait pas le choix. Il voulait éviter une rébellion des Canadiens, dont la population était bien plus nombreuse que celle des Britanniques.

Rappelons-nous qu’en 1840 les mêmes Britanniques font adopter l’Acte d’union, dont le but avoué est d’assimiler les colons canadiens pour les faire disparaître en tant que peuple, comme le recommandait lord Durham. Encore là, la démographie jouera en faveurs des Canadiens.

La survie du français au Canada n’a donc rien à voir avec une supposée générosité des Britanniques.

  1. La Nuit des longs couteaux n’a jamais eu lieu

Selon M. Chrétien, les négociations menées dans la nuit du 4 novembre 1981 et qui ont abouti à un compromis constitutionnel ralliant les neuf provinces anglaises se sont déroulées à son insu! Il dormait avec sa femme.

Peu importe où était M. Chrétien cette nuit-là, il était le maître d’œuvre des pourparlers enclenchés à Ottawa entre les provinces et le fédéral. Il serait étonnant qu’il n’ait jamais été informé du compromis intervenu durant la nuit.

Les affirmations de M. Chrétien cachent toutefois un élément clé que personne sur le plateau, pas même Denise Bombardier, n’a relevé. En dernier lieu, c’est le premier ministre Pierre Elliott Trudeau qui avait la responsabilité ultime d’accepter le compromis négocié avec les provinces, compromis qui excluait le Québec.

M. Chrétien escamote la question en soutenant que le ministre péquiste Claude Charron lui avait dit que le gouvernement du Québec ne signerait jamais rien. Il serait intéressant de voir si M. Charron est prêt à corroborer ce qu’avance M. Chrétien. Et si M. Charron a vraiment dit cela, est-ce que cet avis était partagé par le premier ministre Lévesque?

En supposant que le Québec était de mauvaise foi, il n’en demeure pas moins que M. Trudeau avait le devoir d’informer René Lévesque de l’accord intervenu durant la nuit. Il a choisi de ne pas le faire. M. Lévesque a été mis devant le fait accompli le lendemain matin.

Malheureusement, M. Trudeau a décidé de se comporter en politicien revanchard et de river son clou à son adversaire séparatiste. S’il avait choisi de se comporter en homme d’État et de tendre la main à René Lévesque, la suite de l’histoire aurait pu être très différente.

Pierre Elliott Trudeau avait le devoir de chercher un compromis avec le gouvernement du Québec, foyer des francophones du Canada. Il aurait pu choisir de s’élever au-dessus des lignes idéologiques et demander à M. Lévesque d’en faire autant. N’oublions pas que le gouvernement du Parti québécois venait d’essuyer un échec cuisant au référendum de 1980. M. Trudeau aurait pu rappeler à son vis-à-vis qu’il devait respecter la volonté des Québécois de rester dans la fédération canadienne.

On ne saura jamais ce qui ce serait passé si M. Trudeau avait tenté de modifier l’accord pour tenir compte des demandes du Québec. Il est bien possible que René Lévesque l’aurait envoyé paître. Et s’il s’était entendu avec son homologue fédéral, ce sont peut-être les provinces qui n’auraient pas voulu emboiter le pas.

Dans les deux hypothèses, ce serait soit le Québec soit les provinces qui auraient essuyé le blâme. La Nuit des longs couteaux? On n’en parlerait plus.

Malgré toutes ces spéculations un fait demeure : M. Trudeau ne s’est pas conduit comme un homme d’État et le Québec a été humilié.

Dégagisme

La colère. Voilà l’élément central de l’élection du premier octobre au Québec. La colère devant un gouvernement insensible aux peines infligées à la population pour équilibrer son budget. Une insulte à l’État providence auquel tiennent tant les Québécois.

Cette colère profite à un parti de droite dirigé par un ancien comptable et homme d’affaires, François Legault. Elle soulève aussi un parti de gauche qui porte les espoirs de la jeune génération.

Ce mouvement est appelé le dégagisme et il vient de balayer le pays du Québec. Il a commencé en Tunisie pour ensuite s’étendre à d’autre pays du Proche et du Moyen-Orient. Un ressac que l’on a appelé le Printemps arabe. Il s’est poursuivi en France avec l’émergence d’une certaine gauche radicale incarnées par Jean-Luc Mélanchon.

De quoi s’agit-il ? En gros de la perte confiance envers les partis traditionnels, qui ont eu la chance de gouverner et ont déçu. Ces partis ne semblent plus répondre aux aspirations de la population.

Le mouvement frappe fort en Occident. Que l’on songe à l’Italie gouvernée par deux partis marginaux : la Ligue et le Mouvement Cinq-Étoiles. La Ligue est un parti qui prônait jadis la séparation des régions de l’Italie du Nord pour former un nouveau pays, la Padanie. La démocratie chrétienne, les socialistes, qui jadis dominaient la vie politique de la patrie de Dante, ont pour ainsi dire disparu de la carte.

Même chose en Allemagne. Les partis traditionnels que sont les chrétiens-démocrates, les libéraux et les sociaux-démocrates voient émerger l’Alternative pour l’Allemagne, opposé à l’immigration, et Die Linke, la gauche, sorte de réincarnation de l’ancien parti communiste de l’Allemagne de l’Est.

Le dégagisme frappe donc de plein fouet les vieux partis occidentaux. Au Québec, le Parti libéral et le Parti québécois sont sérieusement ébranlés. Le premier séduit un francophone sur six, ce qui marque une rupture inquiétante avec la majorité, qui s’est tournée vers la Coalition avenir Québec.

Quant au Parti québécois il n’apparaît plus comme le véhicule de changement qu’il a été. Il ne séduit plus les jeunes. Son avenir est incertain.

Pour reprendre l’expression de Boucar Diouf, Philippe Couillard et Jean-François Lisée sont les derniers « catapultés du dégagisme »…  Reste à voir si les partis issus du dégagisme sauront vraiment gouverner de façon différente.

Balance du pouvoir


L’élection au Nouveau-Brunswick amène une situation quasi-inédite dans cette province : l’arrivée d’un gouvernement minoritaire. Du jamais vu depuis un siècle.

Peu importe le parti qui formera le gouvernement, il devra partager le pouvoir avec un ou des tiers partis. Ces derniers détiendront ce que l’on appelle couramment la balance du pouvoir.

Cette expression, employée au Parlement du Canada, est pourtant un calque de l’anglais balance of power.

Comme il est signalé dans les Clefs du français pratique :

Un parti influe sur l’équilibre des partis lorsqu’il peut mettre le gouvernement en minorité en votant avec un autre parti.

Un tiers parti devient donc l’arbitre de la situation, mieux, il détient la clef ou les clefs du pouvoir. Il est en quelque sorte le maître du jeu. On pourrait presque se permettre cette métaphore médiévale : il est un faiseur de roi !

L’expression détenir les clefs du pouvoir est nettement plus française et élégante que son équivalente anglaise avoir la balance du pouvoir.

À mettre dans la balance lorsque vous rédigerez.

 

Populisme

Le populisme est un mot… populaire. À cause de l’émergence de partis marginaux, souvent des fruits pourris de la rectitude politique, le terme connaît une croissance qui ferait rêver les boursicoteurs.

Tout le monde est populiste, l’innommable président américain, Poutine en Russie, Erdoğan en Turquie, Viktor Orbán en Hongrie. On penche vers la droite, n’est-ce pas ? Pourtant, ne qualifiait-on pas Hugo Chávez de populiste ?

Les ouvrages de langue l’associent à la démagogie et le Petit Robert signale qu’il est souvent péjoratif.

Discours politique qui s’adresse aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants, des élites. Populisme de droite, de gauche.

Le populisme est souvent teinté d’anti-intellectualisme et d’antiparlementarisme. Le cas du président américain est patent. Il méprise la science parce qu’il est profondément ignorant ; il étrille non seulement les institutions parlementaires de son pays mais aussi les principes fondateurs de la démocratie américaine, à savoir l’équilibre et la séparation des pouvoirs.

Plus près de chez nous, la Ford Nation avec sa haine de la social-démocratie et des élites.

Le politicologue allemand Jan-Werner Müller, auteur de l’opus Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace, nous propose la définition suivante :

Les politiciens populistes sont ceux qui prétendent parler au nom d’une conception idéalisée du peuple (ou de la nation) qui exclut explicitement ou implicitement leurs opposants. Bref, un populiste ne se présente pas seulement comme le porte-parole légitime d’une certaine conception du peuple ou de la nation ; un populiste se présente comme le porte-parole de la seule conception légitime de la nation. Le populisme est donc nécessairement identitaire et exclusif (mais toute politique identitaire n’est pas forcément populiste).

Évidemment, l’analyse de Müller est influencée par ce qu’il voit dans son pays, soit la montée du parti identitaire Alternative pour l’Allemagne.

Cela n’enlève rien à la qualité de son analyse, car il est clair que le mouvement populiste loge davantage à droite qu’à gauche.

 

 

 

Autogolpe

Tentative de coup d’État au Venezuela. C’est du moins ce qu’affirme le président Maduro. L’opposition, elle, accuse en effet le gouvernement d’avoir simulé une tentative d’assassinat sur le président. Elle parle d’un «auto-coup d’État» résultant d’«auto-attentats».

Quoi qu’il en soit la référence est claire pour qui connaît la politique sud-américaine. Il s’agirait d’un autogolpe, défini ainsi par le Oxford Dictionary : In Latin America: a military coup initiated or abetted by a country’s elected leader, especially in order to establish absolute control of the state. 

Le terme espagnol est apparu en français en 1992 lorsque le président péruvien Alberto Fujimori a dissous le Congrès après que celui-ci eut refusé de lui octroyer des pouvoirs supplémentaires pour lancer sa réforme économique et lutter contre la guérilla du Sentier lumineux.

Dans l’article paru dans Le Devoir du 6 août 2018, l’expression a été traduite en français.

 

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