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Les Américains et le socialisme

Introduction

Les États-Unis sont un pays très conservateur, en fait bien plus conservateur que les autres démocraties libérales. Les Américains ont une foi aveugle dans le capitalisme qui permet à chacun de bâtir sa fortune. La méfiance envers l’État y est très répandue. L’autoritarisme dont a fait preuve le roi anglais George III les a traumatisés et la crainte du despotisme est devenue une obsession nationale. Toute la constitution américaine a été savamment tricotée de manière à éviter que le président devienne un dictateur; que le Congrès ne s’impose pas comme véritable dirigeant du pays; les tribunaux étant les garants de cet équilibre délicat.  

La méfiance envers le gouvernement constitue la trame de la courtepointe complexe qu’est le système politique étasunien. L’État n’a pas pour rôle d’assurer l’égalité des chances, mais bien de créer des conditions favorables à l’enrichissement individuel.

L’intervention de l’État dans l’économie et ailleurs suscite toujours de la méfiance. Elle est par définition abusive. Pour beaucoup d’Américains, elle n’est rien d’autre que du socialisme.

Qu’est-ce que le socialisme au juste?

Dans la culture populaire, ce mot est aussi galvaudé que fascisme. Selon la personne à qui vous avez affaire, socialisme prend des sens parfois radicalement différents. En fait, le terme est devenu une sorte de fourre-tout; la confusion est totale.

L’expression a connu son essor au XIXe siècle avec l’apparition de la pensée marxiste. En 1848, Karl Marx et Friedrich Engels faisaient paraitre le Manifeste du parti communiste, ouvrage devenu la bible du mouvement socialiste, ou communiste, si vous préférez. Je vais revenir sur le mot communiste plus loin dans cet article.

La Révolution industrielle a amené un changement radical des sociétés. Les paysans ont commencé à déserter les campagnes pour aller travailler en usine, où ils étaient exploités de manière éhontée par les capitalistes, appelés bourgeois dans le fameux Manifeste. Les ouvriers, appelés prolétariat dans le même ouvrage, vivaient dans des conditions sordides, travaillant 12 heures et plus, six ou sept jours par semaine, sans parvenir à se sortir de la misère. Leur appauvrissement sans fin portait en soi les germes d’une révolution des ouvriers.

Pour les marxistes, cette révolution était inévitable. Tôt ou tard, les ouvriers allaient se révolter et abattre le système capitaliste. Les ouvriers prendraient le pouvoir et établiraient la dictature du prolétariat qui passait par l’élimination physique de la classe bourgeoise.

Cette étape de la révolution s’appelle le socialisme et cette étape n’est que transitoire et conduit à l’avènement d’un nouveau régime politique appelé communisme.

Qu’est-ce que le communisme?

Les ouvriers sont donc au pouvoir et ils dirigent leurs propres usines où il est impensable qu’il y ait exploitation des employés. Les ouvriers ne peuvent s’exploiter eux-mêmes puisque la classe sociale parasitaire de la bourgeoisie (les capitalistes) a été éliminée.

C’est donc la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme, comme on disait à l’époque. Le communisme constitue un paradis des travailleurs. Chacun donne à la communauté ce qu’il peut et prend ce dont il a besoin. Ce paradis génère une telle prospérité que l’État lui-même peut disparaitre, l’État étant, aux vues des marxistes, un appareil de répression de la classe ouvrière mis en place par la bourgeoisie. Or, comme cette dernière a disparu, il n’est plus nécessaire d’avoir un État.

La disparition de l’État marque la fin de la période socialiste et le début de l’ère communiste.

Le socialisme réel

Karl Marx était d’abord et avant un philosophe. Il a tracé les grandes lignes de ce que pourrait être une société communiste. Mais Marx n’a jamais précisé comment fonctionnerait cette société en transition qui appliquerait le socialisme. Quelles seraient ses institutions? Comme s’opérerait la liquidation de la bourgeoisie? Ces considérations sont absentes des écrits de Karl Marx. L’homme se situait d’abord et avant tout sur le plan des idées. Les détails pratiques ne l’intéressaient pas.

N’oublions pas Marx était un humaniste et qu’il n’aurait jamais pu imaginer l’allure que prendraient les régimes socialistes au siècle suivant. Et s’il avait pu le prévoir, il en aurait été horrifié. Pour Marx, une société socialiste était une société libérée, par une dictature répressive.

Le premier pays où s’est produit une révolution socialiste est la Russie tsariste. En fait, il s’agit au départ d’un coup d’État orchestré en 1917 par le Parti bolchévique qui s’est emparé du Palais d’hiver de Saint-Pétersbourg. Le pouvoir tsariste était en pleine déliquescence en raison de la Grande Guerre. Ce coup d’État n’avait à voir le rêve de voir les ouvriers déclencher une révolution prolétarienne à l’échelle du pays.

Mais il y avait indéniablement une grogne populaire qui menaçait de renverser le régime tsariste; un peu partout naissaient des conseils ouvriers appelés soviets. Le régime bolchévique de Lénine en prend bonne note, mais rapidement, le désir de contrôler la révolution en cours, et de la consolider, amène une forte centralisation du pouvoir aux mains du Parti bolchévique. C’est déjà une première rupture avec la pensée de Marx. Le pouvoir n’émane plus des soviets, il émane d’un petit groupe de militants qui contrôle le Parti bolchévique et le nouveau gouvernement russe. Autrement dit, le pouvoir ne vient plus de la base ouvrière, mais d’une élite censée guider le peuple vers le communisme.

D’ailleurs, le premier gouvernement soi-disant ouvrier comptait seulement deux travailleurs sur la vingtaine de ministres. Est-ce surprenant? Non. Les ténors du mouvement communiste, à commencer par Karl Marx lui-même, n’ont jamais travaillé dans une usine, ce ne sont pas des ouvriers mais des intellectuels petits-bourgeois rêvant d’un monde meilleur. Lénine, Trotski, Staline, Kamenev, Zinoviev, etc. n’ont jamais mis les pieds dans une usine. La révolution des travailleurs a été confisquée.

Le socialisme réel est déjà bien loin de ce qu’imaginaient les penseurs marxistes du XIXe siècle. Le pouvoir politique n’est pas entre les mains des ouvriers, mais entre celles du Politburo et du Comité central du Parti communiste. Dans ce contexte, il n’est guère surprenant qu’un individu astucieux comme Joseph Staline ait pu transformer le régime soi-disant soviétique en dictature personnelle.

Les experts estiment que le stalinisme a fait environ 15 millions de morts. Les décisions de Staline sont une tache indélébile sur le mouvement socialiste. Une répression féroce s’est abattue sur la population. Des camps de concentration ouverts dès les tout débuts de la révolution, sont devenus des monstruosités appelées goulags. Le régime a organisé une famine en Ukraine parce que sa population résistait au gouvernement soviétique. Résultat : trois millions de morts. Le dictateur a ensuite signé un pacte avec l’Allemagne hitlérienne qui lui a permis d’envahir et d’annexer les pays baltes, d’attaquer la Pologne conjointement avec les nazis et de la dépecer.

Par la suite, l’Union soviétique a mis sur pied des régimes socialistes en Europe de l’Est, faussement appelés « démocraties populaires »; ces États n’étaient ni des démocraties ni des régimes populaires, comme l’ont démontré les révolutions démocratiques de 1989.

Bien des auteurs socialistes ont avancé l’idée que le stalinisme était un accident de l’histoire. Certains ont vu dans la Chine de Mao la preuve que l’on pouvait empêcher la formation d’une nouvelle classe dominante, comme en URSS. Les diverses erreurs de jugement du Grand Timonier ainsi que la Révolution culturelle lancée en 1966 et qui a conduit au chaos total dans le pays ont fait selon les estimations 65 millions de morts. La mort de Mao en 1976 a été suivi par un changement de cap radical du régime. Ce changement de cap allait préfigurer celui qu’allait opérer l’Union soviétique en 1990 et qui a conduit à la chute du régime socialiste.

Social-démocratie

Tous ces évènements ont conduit à des remises en question un peu partout dans le monde. L’échec flagrant du socialisme marxiste ne pouvait plus être ignoré. De toute évidence, l’avènement d’une société communiste, libre de toute forme d’oppression, était une utopie. Mais cela ne signifiait pas que les causes défendues par les socialistes n’avaient aucun fondement. Les travailleurs continuaient d’être exploités; la paupérisation d’une partie des populations était une réalité; l’exploitation des pays du tiers-monde se poursuivait; l’impérialisme des grandes puissances ne semblait pas avoir de fin.

Néanmoins, le socialisme tel que pratiqué à l’Est était devenu invendable dans des pays prospères comme la France, l’Allemagne et un peu partout dans les démocraties occidentales. Des partis socialistes qui défendaient les thèses marxistes de la dictature du prolétariat et de l’avènement d’une société socialiste d’abord, et communiste ensuite, ont dû réviser leur pensée.

Des formations comme le Parti travailliste de Grande-Bretagne, le Parti socialiste français, le Parti social-démocrate allemand ont tour à tour abandonné l’objectif d’orchestrer une révolution des travailleurs et se sont rangés dans le camp de la démocratie. Pour les marxistes, ces partis sont des traitres qui pactisent avec les capitalistes en essayant d’amoindrir les effets néfastes du libéralisme économique.

Ces partis jadis révolutionnaires sont devenus sociaux-démocrates. Au fil des décennies, ils ont permis aux travailleurs de faire des gains importants : lois limitant les journées de travail à huit heures; lois sur la sécurité du travail; congés payés par l’employeur; assurance maladie, assurance chômage, assurance invalidité, etc.

Mais la confusion entre socialisme et social-démocratie allait se maintenir. On peut dire que, dans l’usage populaire, le mot socialisme a pâli au lavage… Les personnes se disant socialistes ne sont pas toutes en faveur d’une révolution violente. Elles sont plutôt sociales-démocrates. La confusion entre les deux expressions est constante dans l’usage, ce qui explique en bonne partie que bien des Américains sont convaincues que Joe Biden est un socialiste…

En fait, un grand nombre de pays pratiquent la social-démocratie, officiellement ou officieusement. À commencer par les pays scandinaves, mais aussi le Canada, la France, l’Allemagne la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, etc. Souvent, des mesures sociales-démocrates ont été adoptées par des gouvernements centristes, comme ceux formés par le Parti libéral du Canada – le NPD étant le « vrai » parti social-démocrate canadien.

Le mouvement socialiste n’a pas uniquement donné des fruits empoisonnés, il a aussi permis aux travailleurs d’améliorer considérablement leur sort. Ce sont ces avancées que les partis conservateurs un peu partout dans le monde essaient de rogner, en faisant croire qu’elles nuisent à la productivité et aux finances de l’État, alors que des milliards de dollars échappent aux gouvernements pour être déposés dans des paradis fiscaux.

Ce mouvement de révision est appelé néolibéralisme. Il ne s’agit en fait que de libéralisme débridé, qui cherche à s’affranchir de toute contrainte sociale.

Alors, Joe Biden est-il un socialiste?

Au sens strict de la science politique, il est farfelu de qualifier le président élu de socialiste. Biden n’a absolument pas l’intention de préparer la destruction des entreprises capitalistes américaines et de fonder un gouvernement cherchant à implanter le communisme.

Au sens populaire, on pourrait dire que Biden a certains penchants socialisants, mais d’une manière extrêmement limitée. En fait, Biden pourrait siéger comme conservateur au Canada, parce qu’il est en faveur d’un système d’assurance maladie largement privé, avec un tout petit volet socialiste pour les plus démunis. Il défend aussi la fracturation hydraulique.

Le président Biden pourrait aussi défendre les couleurs libérales au Canada, puisqu’il veut mettre en place des mesures relativement ambitieuses pour défendre l’environnement et assurer la transition vers une économie verte. Mais au sein du caucus libéral, il serait quand même considéré comme penchant vers la droite. Chose certaine, il ne serait jamais admis au NPD, tout « socialiste » qu’il soit aux yeux de bien des Américains.

Confusion aux États-Unis

Disons les choses abruptement, les Américains sont d’une ignorance crasse en politique étrangère. Dans son ouvrage Stupides et dangereux, Normand Lester relate ce qui suit :

« Un sondage sur l’éducation civique auprès d’élèves de l’école publique révèle que 77 % d’entre eux ignorent que George Washington a été le premier président des États-Unis. Trente-sept pour cent des Américains ne peuvent trouver leur pays sur un globe terrestre. Ils sont 30 % à ne pouvoir nommer l’océan qui se trouve sur leur côte est. Près de 30 % des Américains sont incapables de trouver l’océan Pacifique sur une carte (…) Quatre-vingts pour cent ne savent pas où se trouve l’Irak sur une carte. » Plus de la moitié pensent que le christianisme est la religion d’État, alors que c’est faux.

Et Lester de poursuivre : « Le quart des Américains ne savent pas que les États-Unis ont conquis leur indépendance de la Grande-Bretagne. Dans un sondage Gallup, des répondants ont indiqué qu’ils avaient obtenu l’indépendance de pays des plus étonnants, de la Chine à la France. »

Cette inculture largement répandue est le résultat d’un système d’éducation déficient, sous-financé. Elle est aussi le fruit d’un certain repli sur soi. Leur statut de grande puissance rend les Américains arrogants : leur culture est la seule intéressante au monde. Ils sont le centre de l’univers.

Alors il n’est guère surprenant que les nuances entre socialisme et social-démocratie leur échappent complètement. Rappelons-le, les États-Unis sont un pays extrêmement conservateur; on se méfie de l’État. Pas surprenant que toute mesure sociale apparaisse comme une menace. L’Obamacare, qui étendait l’assurance maladie à une trentaine de millions d’Américains ne pouvant se procurer une assurance privée a suscité un tollé. Encore du socialisme. Certains en ont fait une question de principe et ont porté la cause devant les tribunaux.

En clair, ce qui va de soi au Canada ou en France, soit une couverture universelle pour les soins de santé, est considéré comme du socialisme chez nos voisins du sud.

C’est là qu’on voit le gouffre idéologique qui existe entre les États-Unis et les autres démocraties occidentales.

Il faut être diablement ignorant pour affirmer que Joe Biden est un socialiste.

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Trumpisme

Trumpisme. Le mot est là pour rester et il rejoindra la liste des substantifs s’inspirant de personnages politiques marquants; que l’on pense au maccartisme ou au franquisme.

Autocratisme et post-vérité

Le trumpisme s’inscrit dans un courant populiste dont le président brésilien Jair Bolsonaro et le premier ministre de Hongrie Viktor Orbán sont de brillants exemples.

Les populistes gouvernent souvent de façon autocratique, dans un simulacre de démocratie, où l’opposition est malmenée, le plus bel exemple demeurant la Russie poutinienne.

Le refus de Donald Trump de reconnaitre sa défaite et le fait qu’il lance des accusations non fondées de truquage électoral ne sont guère surprenants et vont dans le sens de la post-vérité qui carbure aux mensonges éhontés, à la réinterprétation de la réalité et aux théories du complot.

Les médias

Le réseau CNN recense quelque 20 000 mensonges et demi-vérités débités de manière industrielle par le président déchu. Un tel torrent de tromperies (jeu de mots facile…) a émoussé la capacité d’indignation de bien des gens.

On a reproché aux médias de mettre sur le même pied fausses nouvelles et faits réels, ce qui n’a fait qu’alimenter la confusion du public. Les médias ont commencé à rectifier le tir en vérifiant les faits et en rectifiant le tir au besoin.

Ce virage n’a jamais été aussi évident quand les grands médias américains, au lendemain de l’élection, ont interrompu le discours du président sortant et sorti, parce que tout ce qu’il disait était mensonger. Une première. D’ailleurs Twitter avait commencé à censurer Trump pour les mêmes raisons. Il n’échappe à personne que ces médias savourent une douce vengeance contre celui qui n’a cessé de les houspiller en les traitant d’ennemis du peuple.

L’éléphant dans la pièce

Le président Trump souffre de graves problèmes mentaux dont l’ampleur éclate au grand jour. Il est bien entendu délicat d’aborder un tel sujet pour les analystes politiques, mais le problème saute aux yeux. D’ailleurs sa nièce en a parlé ouvertement. Ceux qui l’ont côtoyé ont été frappés par son incapacité à raisonner, à écouter ce qu’on lui dit. Il ramène tout à lui, ne recule jamais, n’admet jamais ses torts.

Donald Trump est un sociopathe narcissique. Les personnes souffrant du trouble de la personnalité narcissique ont le besoin maladif d’attirer l’attention sur elles, elles voient tout uniquement de leur point de vue, sans être capables de démontrer la moindre empathie. La crise du coronavirus a amplement démontré que le président Trump souffre de troubles narcissiques. Ce n’est pas un détail en passant; cette condition médicale explique son comportement désordonné.

Au moment où le président sortant refuse de reconnaître sa défaite, il est peu rassurant de savoir que les personnalités narcissiques peuvent verser dans la paranoïa. N’est-ce pas un peu ce que l’on voit actuellement?

Mais ramener le trumpisme à la seule personnalité du président actuel serait une grave erreur d’appréciation.

Les assises idéologiques du trumpisme

Pour comprendre le trumpisme, il faut être conscient que certaines valeurs fondamentales des Américains sont radicalement différentes de celles défendues au Canada et dans les autres démocraties occidentales.

  1. L’anti-intellectualisme. Les États-Unis sont un pays de bâtisseurs, de gens pragmatiques, habitués à trimer dur pour gagner leur croûte. Les intellectuels, que Nixon appelait les eggheads, y sont mal vus. L’Américain moyen se reconnaît dans ceux qui ont grimpé les échelons sans user leur derrière sur les bancs d’université. D’ailleurs, l’ancien président George Bush fils se disait fier d’avoir été un cancre et d’avoir pu quand même devenir président des États-Unis… Il tenait ses propos devant un parterre de nouveaux diplômés d’une université américaine… Sans blague.
  • La méfiance envers le gouvernement. Les colons américains ont été tellement ulcérés par l’oppression de la mère patrie qu’ils ont fait une révolution. En résute une méfiance envers le pouvoir étatique et tout le système de division des pouvoirs de la Constitution américaine. Le gouvernement dans son ensemble est suspect. Un État qui prend de l’ampleur est une menace pour les libertés individuelles, il faut s’en méfier. D’ailleurs l’ancien président Ronald Reagan disait « Le problème, c’est le gouvernement. » Le vœu de bien des Américains, c’est d’avoir le moins de gouvernement possible, d’où le slogan trumpien « Drain the swamp ».
  • L’individualisme forcené. La foi envers le capitalisme est totale. C’est un système juste qui crée énormément de richesse, et ceux qui travaillent dur voient leur labeur récompensé. Ceux qui n’y arrivent pas sont des losers. L’État n’a pas à les aider.

On comprend mieux la méfiance considérable de bien des Américains envers toute mesure de redistribution de la richesse, perçue comme du « socialisme ». Je reviens sur ce dernier terme dans mon article de demain : Joe Biden est-il un socialiste?

Pourquoi le trumpisme?

Nous avons une population qui se méfie des intellectuels, mais aussi des institutions gouvernementales et de la science. En plus, elle n’est pas toujours bien informée, est centrée sur elle-même et connait très peu les réalités étrangères.

Les courants complotistes trouvent facilement prise chez elle, d’autant plus qu’ils ont trouvé un formidable porte-voix dans les médias sociaux.

Cette population se désole de voir la domination américaine diminuer dans le monde. Les dictatures comme la Russie et la Chine en mènent large. Le terrorisme islamiste semble incontrôlable et la campagne d’Afghanistan ne semble pas avoir donné de résultat, sans parler de la guerre d’Iraq.

À l’interne, la population se diversifie, les hispanophones constituant une minorité de plus en plus importante. Des courants de pensée nouveaux apparaissent ou prennent de l’ampleur : le racialisme incarné par le mouvement Black Lives Matter; le féminisme; les LGBT, les personnes qui changent de sexe; l’informatisation envahissante du monde, etc. C’est beaucoup de bouchées à avaler pour un peuple conservateur. Beaucoup sont tentés de se replier sur des valeurs traditionnelles.

Les trumpistes sont aussi les premières victimes de la mondialisation. Celle-ci comporte certes des bénéfices, mais allez en parler à ces ouvrières qui viennent de perdre leur emploi parce que leur usine de textile a déménagé au Mexique. Ou encore à ce métallurgiste du Michigan dont l’usine a fermé à cause de la concurrence chinoise.

Les trumpistes sont imperméables au discours démocrate des dernières décennies. Pour eux, encenser la mondialisation, les organisations internationales, le multilatéralisme n’a aucun sens. Ils sont bien plus réceptifs à un discours qui parle de redonner sa grandeur à l’Amérique, de retrouver les emplois perdus, de parler à ces alliés qui profitent de nous…

Voilà enfin des choses concrètes, pour changer de ce charabia intellectuel prétentieux. Enfin quelqu’un qui les comprend. Certains le vénèrent comme un dieu.

Ce n’est pas pour rien que près de la moitié des électeurs américains, soit 71 millions de personnes, ont voté pour Donald Trump. Ce n’est pas rien si l’on pense qu’il a obtenu un plus grand pourcentage de votes qu’en 2016.

Trump s’est battu lui-même

On peut raisonnablement penser que si le président sortant avait géré la pandémie avec un minimum d’intelligence, au lieu de la traiter avec désinvolture, il aurait probablement été réélu.

Mais Trump s’est battu lui-même en réagissant de manière désinvolte devant la pandémie naissante. Il n’a jamais exprimé la moindre compassion envers les 200 000 victimes de la covid, ce qui est normal pour une personnalité narcissique.

En outre, il n’a pas respecté ses promesses. Le mur avec le Mexique n’est pas construit; les emplois perdus dans la Rust Belt n’ont pas été récupérés. Sur la scène internationale, il s’est mis à dos ses meilleurs alliés et n’a rien obtenu de dictatures comme la Russie ou la Corée du Nord.

Dans toutes les autres crises, il n’a fait que jeter de l’huile sur le feu, incapable de bâtir des ponts avec ses adversaires, autant de personnes méprisables qu’il ne se gêne pas pour insulter. Le personnage est incapable de rassembler, d’unir.

Un avenir pour le trumpisme?

Le trumpisme a un bel avenir devant lui. Le fait avéré que Trump est un fou furieux n’a pas dissuadé des dizaines de millions de personnes de l’appuyer, en toute connaissance de cause.

Le conservatisme viscéral d’une partie des Américains et les plaies laissées par la mondialisation continueront de faire effet.

Le plus grand danger est non pas que Trump refasse un tour de piste en 2024, mais bien qu’un leader plus intelligent et équilibré reprenne le flambeau. En effet, les républicains ne sont pas tous des abrutis et certains se réjouissent de la défaite de Trump et souhaitent l’écarter.

Il s’agit en fait d’une question existentielle pour les républicains : vont-ils continuer à défendre des politiques radicales, à flirter avec l’extrême droite, les complotistes, les racistes de tout acabit, ou bien vont-ils revenir à des valeurs plus traditionnelles et plus modérées?

Chose certaine, les assises du trumpisme demeurent. Tout dépendra du genre de leadership que choisira le Parti républicain. Mais déjà certains leaders, Mike Pompeo, Marco Rubio, Ted Cruz, semblent vouloir tirer les marrons du feu pour récupérer l’héritage…  À suivre.

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Vous pouvez lire tous les articles que j’ai écrits sur la politique américaine, la traduction des noms de lieux aux États-Unis en consultant le document suivant.  

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Concession speech

Le candidat vaincu à un scrutin présidentiel aux États-Unis prononce un concession speech. Celui-ci relève d’une tradition et non pas d’une disposition de la Constitution américaine. Le candidat malheureux reconnait la victoire de son adversaire et le félicite.

Comment traduire cette expression?

De prime abord, on serait tenté par le calque, le grand ami des traducteurs paresseux et de certains logiciels de traduction automatique. Donc, discours de concession. Je ne doute pas que bien des langagiers renâcleront devant ce qui a toutes les apparences d’un calque servile.

Les langagiers favorisant cette traduction pourront faire valoir qu’une concession est, selon Le Petit Robert, « Le fait d’abandonner à son adversaire un point de discussion; ce qui est abandonné. » En quelque sorte une renonciation.  

Toutefois, le fait de perdre une élection présidentielle peut être difficilement ramené à l’abandon d’un point de discussion. Il s’agit d’une concession à la portée beaucoup plus vaste. C’est pourquoi cette traduction me parait quelque peu douteuse.

Les rédacteurs et rédactrices voulant s’éloigner de la formulation à l’anglaise pourront parler d’un discours de renonciation, une renonciation étant « Le fait de renoncer à un droit, à une charge. », nous dit le même ouvrage.

La personne qui perd l’élection subit une défaite; elle prononcera donc un discours de défaite. Certains voudront étoffer en disant un discours admettant la défaite, un discours suivant la défaite. Mais nous voilà au royaume de la périphrase, alors que nous cherchons une formulation brève, comme en anglais.

Mais s’agit-il véritablement d’un discours? Tout dépend de la longueur de celui-ci. Car on pourrait être tenté de glisser le mot allocution dans notre texte, une allocution étant un bref discours…

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Collège électoral

Les États-Unis aiment bien se présenter comme la plus grande démocratie au monde. Il est facile d’invalider ce sophisme, notamment en évoquant les obstacles multiples que les États du Sud élèvent pour empêcher les Noirs de voter; en pensant aussi à des files interminables en Géorgie pour aller voter par anticipation, après DIX HEURES d’attente. Sans oublier le fait que chaque État organise le vote à sa manière, ce qui entraine d’importantes distorsions dans la façon de voter. Et que dire d’un président qui annonce déjà que l’élection sera truquée s’il perd?

Mais le symbole le plus retentissant du caractère antidémocratique du système américain se résume en deux mots : collège électoral.

Sur le plan linguistique

En anglais, on parlait de College of Electors, terme qui a évolué pour devenir Electoral College. En français : collège électoral. Ce dernier réunit 538 personnes, appelées electors en anglais et grands électeurs en français.

Comme on le voit, le français diffère sensiblement de l’expression anglaise, pour qui le mot electors ne peut que qualifier le groupe de personnes élisant le président des États-Unis, et non pas les voters, ceux qui vont aux urnes. Dans notre langue, il serait imprécis de parler des électeurs, à cause du risque de confusion évident entre les deux groupes. Par conséquent, ce sont des grands électeurs qui siègent au Collège électoral.

Origines

Avant les élections accidentelles de Donald Trump en 2016 et de George Bush fils en 2000, peu de gens savaient que le président des États-Unis était élu au suffrage indirect, par un groupe restreint de personnes. Je dis « accidentelle » parce que Bush et Trump représentent les deux cas les plus récents où le candidat choisi par le Collège électoral ne correspond pas à celui qui aurait dû être porté au pouvoir, en tenant compte du suffrage populaire.

En effet, Hilary Clinton a obtenu 2 868 686 votes de plus que son rival; mais elle a perdu le scrutin au Collège électoral ne remportant que 227 votes, contre 304 pour Trump.

Une question nous vient tout de suite à l’esprit : pourquoi ne font-ils pas comme les Français en élisant leur président au suffrage direct? Pourquoi un collège électoral?

Pour y comprendre quelque chose, rappelons que la Révolution américaine était dirigée contre le roi britannique George III, perçu comme un dictateur sourd aux revendications des colons américains. La crainte de porter au pouvoir un dictateur est devenu l’obsession de ceux que l’on appelle les pères de la démocratie américaine.

L’un des penseurs de cette démocratie, Alexander Hamilton, a écrit que le peuple n’avait pas le discernement nécessaire pour éviter de choisir un démagogue susceptible de détourner le système politique à son avantage. Il fallait donc un corps de sages qui élirait à sa place le président des États-Unis. Nos voilà dans la République de Platon.

Aveu d’une candeur consternante. Nous sommes la meilleure démocratie au monde, mais on ne fait pas confiance aux électeurs. Dans n’importe quel autre pays démocratique, on se serait débarrassé depuis longtemps de cette institution viscéralement antidémocratique (Platon n’était pas un partisan de la démocratie; il souhaitait plutôt qu’une élite éclairée dirige la cité).

Mais voilà, les États-Unis ont beau être issus d’une révolution, ils n’en demeurent pas moins un pays extrêmement conservateur, en rupture quasi-totale avec toutes les démocraties occidentales, que ce soit sur le plan social ou politique.

Un collège parfaitement antidémocratique

Le peuple américain ne vote pas pour Biden ou Trump, il vote pour une liste de personnalités démocrates ou républicaines qui elles vont choisir le président des États-Unis. Si vous votez pour Biden, vous choisissez la liste des futurs grands électeurs démocrates de votre État qui voteront pour Biden à votre place…

Il est important de comprendre que les grands électeurs ne sont pas des politiciens professionnels. Ils sont choisis par les partis qui veulent honorer des membres éminents. Ils votent une seule fois, dans leur État et pas à Washington, et ensuite leur rôle prend fin. Ils rentrent chez eux. Croyez-le ou nom, le Collège électoral ne se réunit jamais, puisque les grands électeurs votent dans leur État. Les bulletins sont envoyés à Washington et dépouillés au Sénat, au début de janvier.

Dans chaque État, les 10, 25 ou 38 grands électeurs vont au parti qui aura recueilli le plus de votes, peu importe le pourcentage de vote obtenu. Par exemple, le parti qui remporte le scrutin en Californie rafle tous les 54 grands électeurs de cet État. On comprend maintenant l’importance accordée au vote par État dans un scrutin présidentiel, puisque chacun d’entre eux est un coffre au trésor de voix au Collège électoral.

Le scrutin présidentiel semble se faire à l’échelle du pays, mais ce n’est qu’illusion. C’est le résultat par État qui scelle l’issue du vote. Le pourcentage de votes recueillis à l’échelle nationale n’a aucune importance.

Répartition des grands électeurs

Chacun des États américains reçoit un nombre de grands électeurs équivalant au total de membres du Congrès qu’il élit. Par exemple, le Delaware compte trois grands électeurs, soit le nombre de représentants (1) et le nombre de sénateurs (2), pour un total de 3. Je le répète, ce ne sont pas les sénateurs et les représentants qui votent au Collège électoral, mais bien les personnes dont le nom est inscrit sur la liste de trois personnes qui est soumise par chacun des partis aux électeurs. Vous ne votez pas pour Trump, mais pour la liste républicaine : Johnny B. Goode, Smoky Joe Wood et Peter Gunn.

De prime abord, ce système semble équitable, mais en fait il ne l’est pas réellement. Le Congrès des États-Unis est le fruit d’un compromis : le nombre de députés à la Chambre des représentants est en proportion de la population, tandis que le nombre de sénateurs est fixé à deux pour tous les États, grands ou petits. Ce qui revient à dire que des États ruraux et moins peuplés comme le Wyoming sont légèrement surreprésentés parce qu’ils ont un nombre de sénateurs équivalent à celui de plus grands États, comme New York ou la Californie.

Or, les États ruraux sont à la fois beaucoup nombreux, et plus conservateurs, que les États urbains; par conséquent, ils ont plus tendance à voter pour les républicains. Les politicologues estiment qu’un candidat démocrate a besoin d’une avance d’au moins 3 ou 4 pour 100 au vote populaire pour être sûr de devancer un candidat républicain au Collège électoral. En termes clairs, le vote est pipé d’avance en faveur des républicains. Une démocratie-modèle, vous dites?

Abolir le Collège électoral?

Il n’est pas étonnant que ce système bancal ait été remis en question au fil des décennies. Le président Jimmy Carter a proposé d’abolir le Collège en 1977 et d’élire le président au suffrage universel direct, pour éviter qu’un candidat n’ayant pas remporté la majorité du vote populaire devienne président, comme cela s’était déjà produit trois fois à cette époque.

Les conséquences de cette éventuelle abolition seraient considérables. Les grands centres comme Los Angeles, New York, Chicago gagneraient en influence, tout comme les grands États comme le Texas, la Californie, etc. Qui alors se préoccuperait du vote à Hawaii, en Utah, en Caroline du Sud? Le problème devient hautement politique quand on sait que les grands centres en question votent surtout démocrate…

On voit tout de suite que les plus petits États n’ont pas intérêt à changer le système actuel.

Comme si ce n’était pas assez compliqué, l’abolition du Collège électoral requiert que l’on modifie la Constitution, un processus laborieux.

En gros, un amendement doit être adopté par les deux tiers des chambres du Congrès, ou encore par les trois quarts des législatures des États. Dans le premier cas, il faudrait que les élus manifestent une volonté réelle de réforme, ce qui, dans les circonstances actuelles, est difficilement concevable. Dans le second, il faudrait qu’un grand nombre d’États ruraux acceptent une perte importante de leur influence dans l’élection du président, ce qui tout aussi inconcevable.

Ce n’est donc pas la veille que le Collège électoral sera aboli.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

De Gaulle et le Québec

De Gaulle

Le général de Gaulle n’est pas perçu de la même façon au Québec et en France. Pour les Français, il est le père de la Cinquième République, celui qui a réformé le système politique de l’Hexagone, pour le rendre viable. Mais beaucoup le considèrent comme une figure politique du passé. Pour les Québécois, il est celui qui a osé mettre le Québec sur l’échiquier politique international.

Découvrir un peuple

Dans les manuels d’histoire en France, la colonisation du Canada était une toute petite parenthèse. Une amie Parisienne m’a confié qu’on en parlait pendant à peu près deux minutes au lycée…

Le Canada moderne, c’était cette étrange nation britannique sise au nord d’une contrée fabuleuse, les États-Unis d’Amérique. L’histoire de cette nation courageuse, colonisée par les Britanniques leur échappait. Ils ignoraient le long combat des Canadiens pour survivre et ne pas être assimilés comme le furent plus tard les Louisianais.

Un esprit libéral, lord Durham, considérait que ce serait rendre un service aux Canadiens de les faire disparaître une fois pour toutes…

Ce sont ces Canadiens (par opposition aux Anglais) que le général de Gaulle a découvert avec surprise lorsque les Alliés sont venus libérer la France du joug nazi. Or le Général avait le sens de l’histoire. Il a reconnu dans ces « Français du Canada », comme il le disait, de dignes descendants des Français.

D’autres l’avaient vu avant lui, mais ces éclairs de lucidité se sont vite éteints. Peu de gens le savent, mais le premier ministre Honoré Mercier a été reçu avec les grands honneurs à Paris, en 1888, où on lui a décerné la Légion d’honneur.

Presque cent ans plus tard, en 1960, le président de la République Charles de Gaulle recevait le premier ministre Jean Lesage avec le même faste que s’il était un chef d’État.

Cette fois-ci était la bonne. Les relations entre la France et le Québec prirent leur envol.

Dans ses Mémoires, de Gaulle avait déjà pris conscience des « réalités profondes qui font de la Fédération canadienne un État perpétuellement mal à l’aise, ambigu et artificiel. » Il exprima à Jean Lesage sa conviction profonde que le Québec était appelé à devenir un État souverain. [1]

Vive le Québec libre

Contrairement à ce que beaucoup ont laissé croire, le fameux cri du général de Gaulle n’était pas entièrement spontané. Il était résolu à corriger ce qu’il appelait la lâcheté de la France.

Lâcheté, vous dites? La France n’avait pas engagé assez de troupes pour défendre le Canada et semblait peu intéressée par le sort de sa colonie, ces fameux « arpents de neige », selon Voltaire. Après la défaite de 1760, elle avait abandonné ses colons canadiens aux Britanniques par le traité de Paris en 1763. Par la suite, la France avait fourni un appui militaire aux rebelles américains qui ont arraché leur indépendance en 1776. Les Canadiens de l’époque en voulaient beaucoup à la mère patrie. Pis encore la France a par la suite oublié l’existence même de ces Canadiens, devenus par la suite des Québécois, pour une bonne partie d’entre eux.

« Ils vont m’entendre. », clamait le Général avant d’entamer sa visite au Canada, à l’occasion du centenaire de la fédération canadienne. De Gaule aurait même exercé des pressions sur le premier ministre Johnson pour l’inciter à réaliser l’indépendance du Québec[2]. Johnson ne se sentait nullement prêt à aller dans cette direction.

Le Général a été accueilli dans ce qu’il a lui-même appelé « une atmosphère de Libération ». C’étaient des mots puissants venant du chef de la Résistance française.

Tout au long de son parcours, sur le chemin du Roy, s’étalaient des bannières « France libre Québec libre ». Nul doute qu’elles ont stimulé les ardeurs du Général. À l’hôtel de ville de Montréal, un micro fut mystérieusement placé sur le balcon, alors qu’il n’était pas prévu que l’auguste visiteur prendrait la parole. Entraîné par la foule majoritairement indépendantiste, le Général lança le fameux « Vive le Québec libre! » Catastrophé, le premier ministre Johnson lui reprocha d’avoir repris le slogan de ses adversaires du RIN. De Gaulle n’en fit pas grand cas.

Cette déclaration lapidaire a provoqué un incident diplomatique avec le Canada et le Général plia bagage avec sans doute le sentiment du devoir accompli.

Un chemin différent

On connaît la suite. Les Québécois ont refusé par deux fois d’emprunter le chemin de l’indépendance. Ils préfèrent demeurer un État fédératif dans le grand ensemble canadien, quitte à se faire conspuer abondamment par ce peuple canadien-anglais convaincu, lui, de ne pas être raciste du tout. My foot.

Je n’ose pas imaginer ce que le Général penserait de cette situation.


[1]  « Il y a 50 ans, le Québec à Paris -2 – Un grand élan diplomatique, Le Devoir, le 11 octobre 2011.

[2]  Voir Pierre Godin, Daniel Johnson, Montréal, éditions de l’Homme, 1980.

Violence américaine

En observant – médusés – le drame qui se déroule aux États-Unis, on ne peut qu’être frappé par la violence coutumière qui embrase ce pays.

J’ai toujours aimé les États-Unis et les Américains. Je garde de beaux souvenirs de mes vacances d’adolescent à la plage d’Atlantic City, avant l’arrivée des casinos. Le Boardwalk enchanteur qui longeait l’océan, les bâtiments désuets qui s’alignaient le long de ces avenues dont le nom avait inspiré les créateurs du jeu de Monopoly.

Ce pays ressemblait tellement au Canada. Jeune ado, j’avais remarqué la présence de Noirs dans les rues, ce qu’on ne voyait à peu près pas chez nous. J’avais voulu aller voir des Noirs qui habitaient en face de notre motel, mais ma mère m’en avait dissuadé, car c’était dangereux. Ah bon.

Plus tard, j’ai commencé à m’intéresser à l’actualité et fait des études de science politique à l’université. Mon opinion à propos des Américains a commencé à s’infléchir.

Un grand peuple

Au départ, j’éprouvais beaucoup de sympathie envers les Américains – et c’est toujours le cas aujourd’hui, malgré tout. Ces fiers soldats venus mourir sur les plages françaises pour libérer l’Europe du joug nazi. Ces touristes débonnaires qui débarquaient à Montréal, charmés par la magie du français, tout autour d’eux. D’ailleurs, je n’éprouvais pas de malaise à pratiquer mon anglais maladroit avec eux, car je savais qu’ils n’avaient pas d’aversion envers les francophones, contrairement à ce qui se produisait dans mon propre pays.

Politologue en herbe, j’ai étudié avec ravissement la Constitution américaine, texte génial inspiré des philosophes français. Il était fascinant de lire cette loi fondamentale ainsi que toutes ces réflexions profondes sur l’édification d’un système politique équilibré mettant la population à l’abri d’une dictature.

Et comment ne pas être ébahi devant l’ascension fulgurante de cette nation devenue à l’aube du XXe siècle un géant économique, avant de devenir un colosse politique?

La violence dès le berceau

La violence a imprimé un sceau indélébile sur la mentalité américaine. Les États-Unis sont nés dans la violence. La Révolution américaine est une révolte contre le pouvoir jugé despotique du roi anglais George III. Cette révolution est primordiale pour comprendre la mentalité du peuple américain. Elle a ancré l’idée que la violence peut être un moyen légitime de régler un problème.

Et la violence allait imprégner la société américaine de multiples manières. C’est peut-être dans le système économique qu’elle est la plus perceptible. Les Américains ont une foi absolue dans l’économie libérale; celle-ci départage les gagnants, ceux qui travaillent dur, des perdants, des fainéants, des maladroits, brutalement écartés de la richesse collective. Dans cette foire d’empoigne qu’est l’économie libérale, chacun a exactement ce qu’il mérite et l’État n’a pas à s’en mêler. En fait, le gouvernement c’est le problème, pour paraphraser Ronald Reagan. Certains extrémistes en viennent à voir dans l’État un ennemi potentiel des libertés individuelles – présentées comme sacrées et protégées par le Bill of RIghts – d’où ces théories délirantes du deep state qui cherche par tous les moyens à surveiller les individus.

Cette foi totale dans l’économie de marché remonte au XIXe siècle. Depuis lors, les pays occidentaux se sont ravisés après avoir constaté les inégalités criantes qu’elle amène. Lisez Dickens. Tant au Canada qu’en Allemagne ou au Danemark, il va de soi que tous les citoyens doivent bénéficier d’un régime public d’assurance-maladie. Aux États-Unis, c’est une hérésie pour une couche importante de la population. Le fameux Obamacare, qui étendait la protection médicale aux couches plus démunies de la population, a suscité une immense controverse chez nos voisins du sud. Beaucoup en faisaient une question de principe : l’État n’a pas à offrir une protection à des losers qui ne travaillent pas assez fort pour s’enrichir. Pourquoi moi je paierais pour eux? C’est leur problème.

Exclure brutalement les pauvres des soins de santé est une forme de violence.

Les Noirs

Dans la Constitution de 1787, on parlait de ces « autres personnes » pour désigner les esclaves. Des présidents comme Washington et Jefferson possédaient des esclaves.

L’esclavagisme était une plaie pour la jeune nation américaine et il allait conduire le pays à une guerre civile particulièrement dévastatrice. Cent ans après, il ne s’en était toujours pas remis et le pasteur Martin Luther King clamait devant la foule qu’il avait un rêve, celui de l’égalité raciale.

À cette époque, les Noirs n’étaient pas admis dans bien des hôtels et des restaurants. Il y avait des toilettes séparées pour les Blancs et les Noirs. Comme en Afrique du Sud, un État qui, lui, s’affichait ouvertement raciste.

Le racisme systématique et systémique est un acte violent. Il touche aussi les Autochtones, que l’on a exterminés à coups de fusil avant de les entasser dans des réserves. Heureusement, il n’y pas eu de solution finale pour les Noirs, mais les extrémistes blancs en rêvent sûrement. Certains brûlent des croix et glorifient Hitler.

Le Deuxième Amendement

Et il y a les armes à feu. Il peut être amusant de regarder à la télé les grands classiques du western, avec tous ces gens qui s’entretuent à qui mieux mieux. Les Amérindiens sont toujours les méchants, on voit très peu de Noirs sauf dans le rôle de palefreniers ou de serviteurs. Mais, surtout, le fait de tuer une autre personne à coup de pistolet est tout ce qu’il y a de plus banal. Là encore, l’utilisation d’une arme à feu, soit pour se défendre soit pour faire justice, est parfaitement légitime. On en revient à la Révolution américaine. On tire d’abord, on s’explique ensuite.

La sacralisation des armes à feu est imprégnée dans la culture américaine, au point qu’elle a été consacrée dans le Deuxième Amendement de la Constitution américaine. Un phénomène unique dans les pays occidentaux. En fait, les Américains sont très étonnés de savoir qu’au Canada ou en France, personne ne ressent le besoin de posséder un pistolet. « Comment faites-vous pour vous défendre? », demandent-ils, intrigués.

Le lien entre les centaines de tueries qui surviennent chaque année aux États-Unis et la libre possession d’armes à feu n’échappe pas à un enfant de cinq ans. Pourtant, on entend régulièrement des sophismes de tout genre pour défendre la libre circulation des armes. Comme : « Ce ne sont pas les armes qui tuent, mais les gens. » C’est en partie vrai. Les États-Unis sont malheureusement une société violente à divers degrés, comme j’essaie de le démontrer. Ce sont en effet les gens qui tuent, qui décident d’ouvrir le feu lors d’une altercation avec un voisin, quand quelqu’un les dépasse sur l’autoroute, quand ils entendent un bruit suspect dans la maison et descendent leur propre enfant qui rentrait un peu tard. Ce sont aussi des gens qui décident de massacrer leurs collègues au bureau, leurs collègues à l’école secondaire. Le lien entre cette violence outrancière et la disponibilité des armes à feu est évident.

Sans parler de ces bons parents qui amènent leur enfant de dix ans à une foire d’armes à feu. La vénération des fusils et des armes d’assaut commence jeune.

Parlons-en des enfants. Même le massacre de 20 enfants à l’école primaire de Sandy Hook, en 2012, n’a pas convaincu les parlementaires de modifier les lois. Le Deuxième Amendement l’emporte sur toute autre considération.

Un pays irréformable?

Dans un autre texte, je faisais état du dysfonctionnement de certaines institutions américaines. La Constitution géniale de 1787 se dégonfle au fur et à mesure que les États-Unis s’enfoncent dans une décadence de plus en plus évidente. L’élection comme président d’un homme malade et inapte, un boutefeu irresponsable, vient accélérer la tendance.

Mais nos voisins du sud n’ont pas toujours été dirigés par des abrutis. Obama était un président inspirant, l’un des plus intelligents jamais vus. Pensons aussi à l’autre Roosevelt, Theodore, qui a créé les grands parcs nationaux.

La politologue et chroniqueure Josée Legault parlait d’un pays individualiste, obsédé par l’argent et irréformable. L’avenir dira si elle a raison.

Mais l’avenir des nations tient souvent aux leaders qu’elles choisissent. En 1932, les Américains ont élu Franklin Delano Roosevelt qui allait lancer le New Deal, un programme de dépenses publiques dont l’objectif était de donner du travail aux masses de chômeurs jetés dans la rue par le krach boursier. Roosevelt allait à l’encontre de la philosophie individualiste qui imprégnait la société américaine.

À mon sens, l’espoir réside dans la jeunesse. C’est peut-être elle qui lancera les réformes nécessaires pour mettre les États-Unis au diapason des autres pays occidentaux. Joe Biden serait bien avisé de choisir une colistière noire et jeune comme Kemala Harris.

Mais le chantier est vaste et les forces réactionnaires particulièrement virulentes et bien armées. Surtout que certaines réformes impliquent un changement radical de la mentalité américaine. La fracture de la société américaine n’est pas que raciale : elle divise les Américains en deux camps : les progressistes qui s’alignent sur les autres pays occidentaux et les conservateurs opposés à toute forme de changement. La bataille s’annonce rude et violente.

Le virus chinois?

Le président américain parle du virus chinois, ce qui a royalement insulté le gouvernement de Pékin. Comme d’habitude, le locataire de la Maison-Blanche a été brutal et direct, une attitude que réprouvent les Orientaux en général. Habituellement, il faut être très diplomate avec eux, laisser entendre plutôt que d’affirmer, se perdre en circonlocutions. La franchise que les Occidentaux affichent les bouscule.

Les faits sont têtus

Pour une fois, cependant, je dois dire que je suis en partie d’accord avec le président américain. Non, je ne fais pas de fièvre… Je pense que l’heure n’est pas à la broderie diplomatique.

Comme le disait Lénine, les faits sont têtus. Une vidéo absolument dégueulasse circule sur les médias sociaux montant le marché de Wuhan où la pandémie a pris naissance. Je n’ose pas la diffuser; on y voit des serpents, des rats, des chauve-souris et toutes sortes d’autres bêtes étalées en plein air, vivantes ou à moitié mortes. Il n’y a aucune réfrigération, avec des mouches partout, des étals souillés de sang, des chiens qui errent. Une foule compacte achète de la nourriture dans ce dépotoir.

C’est là le foyer de cette pandémie mondiale qui fera des millions des morts. Attendez que le virus se propage en Afrique et dans les pays pauvres… Ce sera l’hécatombe; nous n’avons encore rien vu.

Comme si cela n’était pas assez, cette pandémie chinoise va gripper toute l’économie mondiale au point de provoquer une récession et peut-être même une dépression. Un nombre incalculable de gens vont perdre leur emploi, des millions de petits commerçants vont être ruinés. Votre boulanger du coin risque d’y passer.

Non, ce n’est vraiment pas le temps d’être poli avec la Chine.

Un blanchiment sémantique

Comme si cela n’était pas assez, il fallait que le politiquement correct s’en mêle. Il ne faut pas dire le virus chinois ou encore employer des termes racistes comme le virus de Wuhan, la grippe de Wuhan. Un peu plus et des gens comme l’éclairante Marie-France Bazzo vont nous faire croire que les Chinois représentent une communauté racisée et qu’il faut réagir en censurant le discours. Vous pensez que j’exagère? Attendez voir.

Bien entendu, il serait idiot de s’en prendre aux Chinois qui vivent au Canada et à tous les autres en général. Le vrai responsable de ce désastre est le gouvernement chinois.

Comme la Chine est un pays puissant, les autorités sanitaires mondiales se sont crues obligées de procéder à un blanchiment sémantique et d’inventer un sigle aseptisé, inspiré de l’anglais : COVID-19. Je pose à nouveau la question : si la pandémie avait commencé au Congo pensez-vous vraiment qu’on aurait fait la même chose? Poser la question c’est y répondre.

Le virus chinois

Alors faut-il reprendre l’expression de Trump? À moins d’avoir confiné toute réflexion critique, il faut reconnaitre que le virus a commencé à faire des dégâts en Chine. Il m’apparait plus exact – et plus scientifique – de parler de la grippe de Wuhan tout simplement. Cette appellation n’incrimine pas tout le peuple chinois et se fonde sur la réalité. En tout cas, elle est moins offensante que le virus chinois.

Faut-il écarter COVID-19? Je ne le pense pas, car l’expression se propage dans l’usage et elle n’est pas inexacte en soi. Bien sûr elle a été aseptisée et c’est fâchant. Le terme virus washing reste à inventer.

L’heure n’est pas aux rectifications de vocabulaire mais à la responsabilisation de tout le monde pour éviter à notre tour de propager cette épouvantable importation made in China.

COVID-19 : Réflexions

La pandémie mondiale de coronavirus dont est responsable la Chine s’aggrave de jour en jour, au point de provoquer une viro-anxiété galopante. Le monde est entré en récession économique et une dépression majeure n’est pas à écarter.

Le monde est glauque, mais cette crise comporte quand même des aspects positifs. Alors, pour clôturer la semaine, trêve de vocabulaire!

***

La crise actuelle est une répétition générale en vue d’une éventuelle pandémie mondiale beaucoup plus grave qui pourrait survenir n’importe quand. Heureusement, le monde est mieux préparé à faire face à une réédition de la grippe espagnole. Mieux préparé, mais PAS entièrement préparé.

Ce qui se passe en Chine aussi bien qu’aux États-Unis, en Italie, en Iran illustre tous les obstacles géopolitiques qui se dressent devant nous.

La Chine

L’un de ces obstacles est le déni de la réalité, tel qu’observé par le gouvernement chinois. Les scientifiques qui ont sonné l’alarme ont été menacés de représailles. L’un d’entre eux a succombé à la maladie. Le pays a perdu de précieuses semaines à ne pas réagir, ce qui a permis au dragon de se déployer dans l’Empire du Milieu.

La Chine est une dictature féroce et sans pitié. Son gouvernement veut contrôler tout ce qui se passe, tant il a peur d’une révolte populaire. Le fait que l’opposition soit jugulée et l’absence de contre-pouvoir permet au gouvernement de faire tout ce qu’il veut.

Le confinement de la population du Wuhan a donc été un succès. Il n’est pas certain que des démocraties occidentales pourraient arriver à des résultats semblables aussi facilement. Mais il est clair que la méthode est efficace.

Un autre effet positif en Chine a été la prise de conscience de la grave menace sanitaire que représentent les marchés publics où l’on vend des animaux sauvages destinés à être mangés. Les pratiques sanitaires moyenâgeuses de ce pays ont engendré une pandémie mondiale qui n’a pas encore donné toute sa mesure. D’après le National Geographic, les autorités de Pékin ont ordonné la fin de ces marchés. Souhaitons qu’elles ne les rétabliront pas après la pandémie, comme elles l’ont fait après le SRAS.

Néanmoins, il y a prise de conscience. Si Pékin se traîne les pieds, il est certain que les pays frappés de plein fouet par la grippe de Wuhan se chargeront de leur rappeler leurs responsabilités. Il y a des limites à toujours vouloir sauver la face.

L’incompétence de certains dirigeants

Au Canada, on a beaucoup dénoncé le manque de leadership de Justin Trudeau, un homme qui cherche ses idées autant que ses mots. Comme le faisait observer le journal libéral La Presse, le premier ministre est toujours en retard sur la réalité et manque de conviction.

Pourtant bien des États aimeraient bien avoir M. Trudeau comme dirigeant. Des fanfarons comme le président Bolsonaro au Brésil, Boris Johnson en Grande-Bretagne, Doug Ford en Ontario et bien d’autres encore ont minimisé la gravité de la pandémie. Malheureusement la pensée magique ça ne marche pas.

La crise actuelle est un révélateur de l’incompétence de tous ces clowns. Les populations en tireront-elles des leçons? On peut le souhaiter, mais rien n’est moins sûr.

Trump

L’incompétence est encore plus préoccupante quand elle touche l’homme le plus puissant de la planète. Cet homme souffre d’une maladie mentale, le narcissisme, qui déjà le rend inapte à gouverner. Si ce n’était que cela.

Le personnage ne possède aucune culture générale, est profondément ignorant des réalités géopolitiques mondiales, ne comprend pas la Constitution américaine, est impulsif et n’écoute personne; en fait, il ne comprend rien à rien. Ça tout le monde le savait déjà. Pourtant il voguait vers une réélection tranquille en novembre à cause de l’ignorance et de la bêtise d’une grande partie de la population américaine. Pourtant, ce pays mérite mieux. Il n’y a pas que des abrutis aux États-Unis.

Les États-Unis seront le prochain foyer d’infection. Ils ont réagi trop tard à la pandémie, leur système médical est dysfonctionnel : une trentaine de millions de personnes n’ont pas d’assurance et ne pourront se faire soigner; des dizaines de millions sont des sans-papier et vont continuer à se cacher; bien des Américains n’ont même pas de congé de maladie.

Bref, le pays est un désastre social et politique. Et la crise va frapper très fort au point qu’un scénario à l’italienne est prévisible.

Cette crise sanitaire pourrait déboucher sur une crise politique, car récession il y aura. Si tout va mal, on peut prévoir que le président finira par en payer le coût politique. Ils seront très nombreux à vouloir le ternir responsable du chaos.

Bref, l’immonde président pourrait être battu, non par une prise de conscience, par un débat intelligent entre personnes intelligentes, mais bel et bien par un virus. Ce serait un immense bienfait pour la planète, car le fou furieux de la Maison-Blanche ne sait pas ce qu’il fait. Il est un danger pour l’humanité entière, pandémie ou pas.

Personnes vulnérables

L’éloignement social et le confinement des populations provoquent des réactions inattendues. Tout d’abord ces Italiens qui chantent… Mais aussi des élans de générosité envers les personnes les plus vulnérables. Nous prenons conscience des conditions précaires dans laquelle vivent les personnes âgées, les sans-emploi, les personnes souffrant de problèmes de santé.

Et comment ne pas louer les personnes courageuses qui œuvrent dans les établissements de santé. Elles affrontaient déjà divers dangers, mais le coronavirus est une menace directe à leur santé à elles. Elles méritent toute notre admiration.

Petites entreprises

Les entreprises locales, les marchands de toute sorte, les artisans, les pigistes sont autant de personnes précaires. La mondialisation sauvage célébrée par bien des politiciens et des économistes a été un raz de marée pour bien des entreprises non affiliées à une chaîne. Un grand nombre ont disparu. À terme, nous sommes menacés de voir ces commerces disparaître, écrasés ou avalés par les grandes chaînes.

À cela s’ajoute maintenant la pandémie chinoise. Certains se réorganisent. Des restaurants livrent à domicile, par exemple, d’autres organisent le travail à distance. Il est important d’encourager tous ces commerces qui sont le gagne-pain d’un grand nombre de personnes, qui risquent d’être jetées à la rue par une éventuelle récession.

C’était vrai avant la pandémie, ce l’est encore plus à présent.

Le COVID-19 laissera des traces durables. Souhaitons que ce soit pour le mieux.

L’OTAN

Le 4 avril, l’OTAN a célébré son soixante-dixième anniversaire. Voici quelques réflexions sur le nom de ce pacte militaire et sur son utilité.

La majuscule

On l’appelle au long l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. À remarquer l’utilisation capricieuse des majuscules en français. Le terme générique Organisation en prend une, mais pas le mot suivant traité, qui est pourtant lui aussi le générique de l’expression traité de l’Atlantique nord.

Cette graphie respecte les conventions habituelles de typographie qui prêchent en faveur d’une utilisation parcimonieuse de la majuscule dans notre langue.

L’anglais, lui, n’a pas les mêmes réserves : North Atlantic Treaty Organization. Une majuscule à chaque mot.

La minuscule à traité dérange, d’autant plus qu’on la met parfois à accord, un mot très semblable. Par exemple :  l’Accord de libre-échange nord-américain (RIP), rebaptisé Accord Canada-États-Unis-Mexique.

Mais force est de constater que la minuscule initiale prévaut pour des mots comme traité, convention, pacte et accord.

Cet illogisme relève des règles à mon avis désuètes du français à ce sujet. Voir mes articles à ce sujet.

Appellations officieuses

L’acronyme OTAN est utilisé sur le site de l’Organisation, sise à Bruxelles. Dans la presse européenne on écrit les acronymes – soit les abréviations se prononçant comme un mot – avec la majuscule initiale : Otan. Parmi d’autres appellations connues, mentionnons Unesco, Unicef. Les sigles, par contre, prennent la majuscule à chaque lettre, par exemple l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé. On remarquera la majuscule au deuxième substantif.

L’OTAN est surnommée l’Alliance atlantique. Cette fois-ci, la majuscule orne le générique, contrairement à ce que l’on voit pour le traité de l’Atlantique nord…

Utilité de l’Alliance atlantique

L’OTAN a été fondée à l’aube de la Guerre froide dans le but de protéger l’Europe de l’Ouest contre une invasion de l’Union soviétique. Ce n’était pas une chimère, puisque la puissante Armée rouge s’était avancée jusqu’en Europe centrale à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Par la suite, le pouvoir soviétique n’a pas respecté sa promesse de permettre l’organisation d’élections libres et a implanté des régimes communistes à sa solde.

On peut comprendre que Moscou ait voulu créer un glacis de pays pour prévenir une autre invasion d’une puissance étrangère, l’Allemagne, pour ne pas la nommer. Peu de gens le savent, mais l’invasion nazie a fait quelque 20 millions de morts en URSS. La dévastation du pays, les exécutions massives, sont inimaginables. Nous sommes largement redevables aux Soviétiques d’avoir abattu le nazisme.

L’OTAN reposait sur le principe qu’une attaque dirigée contre l’un des pays membres en constituait une contre tous les pays de l’Alliance. C’est le fameux article 5 de la Charte de l’Atlantique, document fondateur de l’OTAN.

Il est clair que cette disposition a dissuadé l’URSS de tenter de nouvelles annexions en Europe. Si l’Ukraine était aujourd’hui membre de l’OTAN, tous ses alliés atlantiques auraient volé à son secours pour bouter les pseudo-rebelles armés par Moscou hors du territoire ukrainien. En fait, le Kremlin n’aurait jamais osé orchestrer les troubles actuels dans l’est de l’Ukraine.

Contrairement à ce que pense le fou furieux narcissique de la Maison-Blanche, l’Alliance atlantique n’est pas obsolète.

De la désinformation

L’existence même de l’OTAN a toujours irrité les autorités soviétiques et elles ont continuellement essayé de l’affaiblir. Dans les années 1980, des agents soviétiques ont investi le mouvement pacifiste qui s’opposait à l’implantation de missiles de moyenne portée sur le sol de l’Allemagne de l’Ouest.

Les Soviétiques ne disposaient pas des moyens efficaces que sont les médias sociaux – et ils n’avaient pas un président américain à leur solde. Néanmoins, ils essayaient de propager des rumeurs anti-américaines pour déstabiliser l’Allemagne fédérale et semer la confusion. Le mouvement pacifiste et les verts jouaient leur jeu, sans en être conscients.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est donc rien de nouveau. Les autorités du Kremlin ont une longue expérience en matière de désinformation. La pagaille qu’ils ont semée au sujet de Hilary Clinton, aidant l’élection de Trump, est un triomphe pour les Russes, un triomphe qui va probablement au-delà de leurs espérances les plus folles.

Après l’Union soviétique

La chute du régime soviétique en 1990, et son remplacement par la Russie, est venu brouiller les cartes. Américains et Russes ont connu une brève lune de miel sous Boris Ieltsine, mais le choses ont changé avec Vladimir Poutine, un ancien chef de KGB (d’où les activités de désinformation et de déstabilisation).

Une des raisons du ressentiment du Kremlin est le fait que l’Occident n’a pas tenu sa promesse de ne pas accueillir d’anciens pays communistes du pacte de Varsovie au sein de l’OTAN.

Très rapidement après la chute du soviétisme, les anciennes républiques populaires d’Europe de l’Est sont venues frapper à la porte de l’Alliance. La Pologne, les pays Baltes, la Hongrie, la Slovaquie et bien d’autres ne voulaient plus jamais subir une occupation par les Russes. L’Alliance les a accueillis.

L’OTAN s’est cherché une nouvelle vocation pendant le bref rapprochement avec la Russie, participant à des missions qui n’avaient rien à voir avec la protection de ses membres. Certains se sont interrogés sur la pertinence de l’Organisation, pendant un bref moment.

Mais l’évolution de la conjoncture internationale vient en renforcer la légitimité.

Les mots de 2018

Certains nous hantent; ils sont comme la mouche du coche. On a beau les écarter d’un geste impatient de la main, ils reviennent en bourdonnant et semblent ne jamais vouloir partir.

D’autres sont des étoiles filantes dans le firmament du français. On les croit installés pour l’éternité, puis ils s’éclipsent.

Voici une modeste compilation des mots et expressions qui ont retenu mon attention durant l’année qui s’achève.

Le mot qui s’incruste

Une vilaine tache qui ne veut pas partir. On la frotte, on la javellise mais rien n’y fait. Je parle ici de partager. Comme d’habitude, les ouvrages français tardent à accepter le nouveau sens erroné qu’elle a pris sous l’influence de l’anglais. Observateurs prudents qu’ils sont. Peut-être espèrent-ils comme moi que le délire créatif entourant ce verbe s’essoufflera. Pour l’instant aucun espoir à l’horizon.

On partage tout : un gâteau, un appartement, un avis, une photo, des souvenirs, sans tenir compte du sens véritable du mot. On l’oublie, mais on partage une chose quand on la divise en plusieurs parts. Partager un document, des photos devient carrément illogique, sauf si on les découpe en morceaux.

Comme si ce beau gâchis sémantique ne suffisait pas, voilà maintenant qu’on décline allègrement partager en mode réflexif. Réplique affreuse de Louis-José Houde dans De père en flic : « Il me le partage! » au lieu de dire tout simplement « Il me le dit. »

Dans un cours de rédaction donné à l’université, j’ai glissé dans un texte l’expression « Je vous partage un rapport d’audit… » Le texte comportait une vingtaine d’erreurs que mes étudiants en traduction devaient repérer. Seulement deux personnes sur vingt-trois ont encerclé l’erreur. Troublant.

Le mot envahissant

Tout est historique. Écoutez les médias et il ne se passe pas une seule journée pour que tel évènement, si futile soit-il, soit qualifié d’historique. J’en suis au point de vouloir faire une compilation de tout ce qui sera considéré comme historique en 2019 et d’envoyer la liste à nos scribes pour qu’ils constatent les dégâts.

L’expression erronée

Le président des États-Unis est polarisant. Trudeau dirait qu’il est divisif. Qu’importe. Polarisant est ce que l’on pourrait qualifier de calque aveugle, de faux ami. Dans notre langue, polariser signifie concentrer en un seul point et non pas être aux antipodes. Le mot clivant suffit à la tâche.

Fâchant que personne n’ait seulement songé à vérifier au dictionnaire… Mais tout le monde sait que la traduction, c’est facile.

En régression

Les scribes ont une tendance naturelle à l’hyperbole. Parfois, ils cherchent aussi un élément de comparaison pour mieux illustrer leur propos. Dans les dernières années, on disait souvent que telle usine était grande comme cinq terrains de football, ce qui n’était pas une mauvaise idée en soi. Toutefois, la répétition de cet étalon devenait quelque peu lassante, car nos scribes sont souvent comme des moutons de Panurge : ils bêlent en troupeau.

La recrue de l’année

Les jeunes l’emploient beaucoup. Je ne serais pas surpris qu’elle gagne du terrain chez les plus âgés et, éventuellement, dans les médias, ceux-ci ne faisant pas toujours la différence entre les niveaux de langue.

Une situation est malaisante. C’est-à-dire elle est embarrassante, perturbante, dérangeante. Ce barbarisme se répand tranquillement. À suivre.

Chose étonnante, les lecteurs du journal belge Le Soir ont élu malaisant comme mot de l’année 2018.

Le petit dernier

Le fou furieux à la Maison-Blanche veut son mur, bon, parce que sans cela je vais péter une crise. C’est clair? Il provoque donc la fermeture du gouvernement, dans un conflit ouvert avec le Congrès. En anglais on parle de shutdown; la brièveté de l’anglais m’étonnera toujours.

L’anglicisme brillait de mille feux et des scribes d’outre-mer ont sauté sur l’occasion pour ajouter cette irrésistible perle à leur florilège d’anglicismes consacrés.

Si la présidence ne s’entend pas avec le Congrès, les opérations du gouvernement sont suspendues; le gouvernement est fermé; le gouvernement est paralysé. Donc, on peut parler de fermeture, de paralysie.

Nul besoin de shutdown en français.

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