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Pékin ou Beijing?

La question m’est souvent posée : lequel des deux termes faut-il préférer? La réponse n’est pas simple.

En fait, se pose ici la question de la traduction ou non d’un toponyme étranger. Le français a traduit environ 7000 noms de lieux étrangers, particulièrement ceux de pays latins, comme l’Italie et l’Espagne, de pays voisins de la France, comme la Belgique flamande, les Pays-Bas et l’Allemagne. Les noms de villes et de régions connues dans le monde ont souvent été traduits, mais pas toujours. À ce chapitre, ni constance ni cohérence.

La civilisation chinoise revêt une grande importance dans l’histoire de l’humanité et c’est pourquoi bon nombre de toponymes chinois ont été traduits en français, dont Pékin.

Le chinois est l’une des six langues officielles de l’ONU et, en 1979, le système de transcription Wade-Giles a été abandonné au profit du pinyin. Auparavant, la façon de transcrire les noms chinois, originalement écrits en idéogrammes, variait selon le système phonétique de la langue d’arrivée. Par exemple, Pékin s’écrivait Peking en anglais, tandis que Nankin devenait Nanking dans la langue de Shakespeare.

L’avènement du pinyin a changé la donne. À présent, Pékin s’écrit Beijing dans toutes les langues occidentales utilisant l’alphabet romain. La graphie des noms de lieux et des noms de personnes, y compris les personnages historiques, a été normalisée, ce qui a donné lieu à des transformations parfois spectaculaires. Quelques exemples : Teng Hsiao-Ping qui devient Deng Xiaoping; Lao Tseu qui devient Laozi et, bien sûr, le Grand Timonier Mao Tsé-toung qui se réincarne en Mao Zedong.

Cela signifie-t-il que le français est tenu d’adopter ces nouvelles graphies? Pas nécessairement. Les ouvrages de langue et les publications en ligne ont généralement fait la conversion vers le pinyin, mais il reste des îlots de résistance : Pékin, Canton et Nankin. Les nouvelles graphies sont les suivantes : Beijing, Guangzhou et Nanjing.

L’anglais intègre généralement les néologismes plus vite que le français, de sorte que les nouvelles graphies des trois villes précitées figurent dans les dictionnaires anglais et sont employées dans les médias. Du côté francophone,  on s’en tient encore aux trois transcriptions originales. Ce conservatisme très présent chez les francophones européens s’observe également pour la Biélorussie, devenue le Bélarus en 1991, mais toujours appelée Biélorussie dans les dictionnaires récents.

Bien entendu, on peut le déplorer, certains estimant que Beijing, Guangzhou et Nanjing sont les noms officiels de ces villes chinoises; d’autres soutiennent au contraire que ce ne sont pas aux Chinois à décider de la façon de s’exprimer en français. Le débat est ouvert…

États-Uniens ou Américains?

Tout le monde s’entend pour dire que le terme Américains, pour désigner les habitants des États-Unis, est une impropriété, dans la mesure où son sens véritable qualifie les habitants de l’Amérique, vue en tant que continent et non de pays.

L’usage en a cependant décidé autrement. Dès la naissance des États-Unis, la question du nom des habitants s’est posée avec acuité, car, quand on y songe bien, il est difficile de construire un nom d’habitants avec un terme qui décrit le régime politique d’un pays. Habituellement, un pays possède un nom propre. Les colons se sont donc rabattus sur le nom du continent, pour le meilleur et surtout le pire….

À défaut de mieux, Americans s’est donc implanté, tout comme le mot America qui en est venu à désigner le pays, au lieu du continent. De fait, nos voisins du Sud utilisent America au sens de continent uniquement quand ils parlent de la « découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb; autrement, America est le nom de leur pays, point à la ligne et coup de pistolet au plafond.

L’erreur a fini par déborder sur d’autres langues, dont le français. Et certains ont également fini par se révolter, à bon droit.

L’expression États-Uniens, ou Étasuniens ou Étazuniens, est apparue en français en 1955, si l’on se fie au Petit Robert. Contrairement à ce que l’on peut croire, états-unien employé comme gentilé ou comme adjectif n’a rien de saugrenu ou de péjoratif, bien au contraire. On peut le voir régulièrement dans certains médias, dont Le Devoir, dans lequel il remplace avantageusement américain.

Il ne faut donc pas hésiter à l’employer.