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Noms de pays francisés

La plupart des noms de pays viennent de langues étrangères et conservent leur graphie originale.

Quelques-uns sont des traductions : Autriche (Österreich), République dominicaine (República Dominicana), Japon (日本).

Habituellement, les noms sont translittérés d’une manière assez fidèle dans les langues occidentales, pour que la graphie reflète la prononciation originale du toponyme.

Les noms de pays comportant un E prononcé comme un É peuvent représenter une difficulté. Le Monténégro, nom issu de l’italien, prend deux accents et fait figure d’exception. Le nom des autres pays concernés s’écrit sans accent : Belarus, Guatemala, Liberia, Nigeria, Venezuela.

On remarquera que le nom de leurs habitants comporte un É. Bélarussien, Guatémaltèque, Libérien, Nigérian, Vénézuélien. Pourquoi? Parce qu’il s’agit de noms français et que, par conséquent, ils prennent les caractéristiques orthographiques de notre langue.

Depuis l’an dernier, le dictionnaire Larousse semble avoir décidé de franciser certaines graphies, comme Détroit et Saint-Louis, auparavant écrites à l’anglaise. Rappelons que ces deux villes ont été fondées par les Français. Le même ouvrage donne maintenant deux graphies pour les pays précités, une avec accent aigu et une autre sans accent, celle qu’on voyait dans les éditions précédentes.

Les États dont la graphie a été francisée voient leur nom écrit ainsi : Bélarus (entrée principale à Biélorussie), Guatémala, Libéria, Nigéria, Vénézuéla. Notons que ces graphies sont données comme deuxième choix, mais elles n’en acquièrent pas moins une certaine crédibilité en étant publiées dans le Larousse.

L’avenir dira si cet ouvrage sera un précurseur.

Place

La Place Bell sera bientôt construite à Laval. Ce complexe abritera une patinoire transformable en salle de spectacle. Pourtant, la Place Bell n’est pas une place.

En géographie urbaine, une place est un vaste espace découvert où convergent plusieurs voies de circulation. Pensons à la place de la Concorde à Paris, à la place d’Armes à Montréal ou à la place d’Youville à Québec. Donc rien à voir avec un immeuble public.

Certains feront valoir que des immeubles montréalais portent déjà ce nom : la Place Ville-Marie, la Place Bonaventure. L’ennui, c’est que le mot place est un calque de l’anglais. D’ailleurs, le Canadian Oxford parle de particular building, un sens inconnu en françaisPeu de gens le savent, mais le Complexe Desjardins devait s’appeler Place Desjardins, à l’origine. On a rectifié le tir. Par ignorance ou par manque de volonté, on réédite une vieille erreur avec la Place Bell. On devrait sonner les cloches de la Cité de la culture et du sport de Laval et de la Société québécoise des infrastructures, responsables du projet.

Comme on le voit, d’autres génériques que place sont possibles. Pensons à tour, immeuble, édifice, galerie.

Bien entendu, il est maintenant impensable de débaptiser la Place Ville-Marie, la Place-des-Arts. Ces noms sont gravés dans le paysage urbain; ils sont traités comme des éléments spécifiques et prennent la majuscule et le trait d’union. C’est un peu comme si on disait l’immeuble Place-Ville-Marie, mais en faisant une ellipse. Néanmoins, l’anglicisme est toujours là.

Trop tard pour la grande tour cruciforme, mais il est encore temps de trouver un autre nom pour la soi-disant Place Bell.

États-Unien

Le mot fait peur, il suscite parfois un brin d’ironie, on l’emploie en croyant badiner, alors qu’il est tout ce qu’il y a de plus acceptable. Car, oui, États-Unien est bel et bien français et figure dans les dictionnaires depuis belle lurette. Le Petit Robert le date de 1955. Il n’y a aucune nuance péjorative.

Voilà le mot rêvé pour remplacer Américain, cette impropriété passée dans l’usage. Évidemment, il serait ridicule d’imaginer qu’un jour Américain sera évincé par États-Unien. Néanmoins, voilà une façon plus logique de désigner nos voisins du Sud.

Le terme Américain va de paire avec Amérique, qui tantôt désigne un continent, tantôt un pays. Cette confusion existe surtout en français, car nos voisins ne se cassent plus la tête avec America, qui, dans leur esprit, est un diminutif de United States of America. Quant au continent, lui, ils l’appellent the Americas.

Cette phraséologie a déteint sur notre langue. Bon nombre de journalistes des deux côtés de l’Atlantique appellent les États-Unis Amérique. L’un des premiers auteurs à le faire fut Alexis de Tocqueville, avec son livre De la démocratie en Amérique. Toutefois, ce toponyme a aussi conservé le sens de continent américain… D’où l’ambiguïté dans notre langue.

Certaines locutions passées dans l’usage se construisent avec Amérique, par exemple l’Amérique profonde. On imagine mal les États-Unis profonds.

Pour compliquer les choses, des graphies parallèles sont apparues : Étasunien et Étazunien. Celles-là risquent de susciter l’hilarité.

Bien entendu, il ne saurait être question de chercher à bannir Américain, trop bien implanté depuis deux siècles. Voyons États-Unien comme une solution de rechange pouvant parfois être utile.

La République d’Irlande

On voit cette appellation partout : dans les journaux, les dictionnaires; les politiciens l’utilisent parfois. Pourtant, elle n’existe pas officiellement. Bienvenue en République d’Irlande.

C’est ainsi que l’on appelle couramment cet État né en 1922, après la sécession avec le Royaume-Uni. Après des centaines d’années d’occupation par les Britanniques, les Irlandais obtiennent enfin leur pays, mais non sans un compromis déchirant : une partie du pays leur échappe toujours.

L’Irlande du Nord (faussement appelée Ulster, une région qui ne couvre pas toute l’Irlande du Nord) est peuplée en majorité par des protestants qui ne veulent en aucun cas être rattachés à la nouvelle république de Dublin.

Cette république, elle ne veut surtout pas être appelée Irlande du Sud; non, elle représente tous les Irlandais, même ceux du Nord. Pour bien marquer son indépendance, elle prend le nom officiel d’Irish Free State, l’État libre d’Irlande. C’est cette appellation qui est utilisée dans les traités et la correspondance diplomatique.

Par la suite, le régime de Dublin a tenté de restaurer le gaélique, sans grand succès d’ailleurs. Le pays a pris le nom d’Eire de 1937 à 1949. D’où le surnom de verte Érin, en français.

De nos jours, l’Irlande républicaine s’appelle l’Irlande tout court, encore une fois dans les traités et la correspondance diplomatique. Cette appellation crée une certaine ambigüité, car elle peut aussi bien désigner l’île au complet que le gouvernement de Dublin. De plus, elle met de côté l’Irlande du Nord.

On comprend pourquoi les rédacteurs se réfèrent constamment à la République d’Irlande. Il serait bien commode que Dublin adopte ce nom comme appellation officielle, mais ce n’est pas le cas. Bien entendu, on peut l’utiliser dans les textes courants pour éviter la confusion. Toutefois, son emploi dans un traité le rendra invalide en droit international parce qu’aucun État n’est inscrit sous ce nom aux Nations Unies.

Par exemple, si le Canada envoyait une lettre officielle à l’ambassadeur de la République d’Irlande, il créerait un petit incident diplomatique. L’Irlande pourrait envoyer une note de protestation au Dominion du Canada…

Bref, la République d’Irlande est pour l’instant un petit troll dans le vocabulaire diplomatique.

Des Russes ethniques?

Le conflit en Ukraine met en lumière l’existence de minorités russes en Ukraine. Elles sont regroupées en Crimée, que vient d’envahir la Russie, et dans la partie orientale du pays, où sont situées des villes comme Kharkiv et Donetsk. Les Pays baltes comptent aussi des minorités russes.

En anglais, on parle d’ethnic Russians, que l’on ne doit absolument pas traduire par Russes ethniques. 

Car, à son compte-là, les Ukrainiens sont aussi ethniques. Je m’explique.

En français, est ethnique ce qui est relatif à une ethnie. En anglais, le mot a pris un sens très différent et désigne les personnes appartenant à une minorité ethnique. Donc, les ethnic Russians sont les Russes de souche vivant en Ukraine.

Sinophones et magyarophones

Le nom des locuteurs d’une langue dérive généralement du nom de cette langue. Ainsi, les francophones parlent le français, les anglophones l’anglais, les russophones, le russe, les arabophones, l’arabe.

Mais ce n’est pas toujours aussi simple. Par exemple, il n’y a pas d’alémanophones, même si on dit la Suisse alémanique; on parle plutôt de germanophones, ce qui est quand même logique; pensons aux peuples germaniques. On sait tous que le nom anglais de l’Allemagne est Germany.

Le cas de l’Espagne est intéressant. Les locuteurs de l’espagnol ne sont pas des espagnophones ni des ibérophones (pensons à la péninsule Ibérique). Non, on parle plutôt d’hispanophones, du latin Hispanicus.

Les personnes parlant le portugais subissent un peu le même sort, puisqu’elles sont désignées sous le nom de lusophones. Cette fois-ci le lien vient de Lusitanie, nom du Portugal à l’époque romaine.

Les Grecs se faisaient jadis appeler Hellênos. Le nom officiel de la Grèce est la République hellénique, et les personnes parlant le grec s’appellent des hellénophones. Non, les grécophones n’existent pas.

Pas plus que les hongarophones, d’ailleurs. Les Hongrois se désignent eux-mêmes comme Magyars, donc les locuteurs du hongrois s’appellent magyarophones.

Un spécialiste de la Chine est appelé sinologue. L’adjectif composé sino se voit dans plusieurs expressions, comme les relations sino-américaines, le conflit sino-soviétique. D’où vient cette racine? Voici ce qu’en dit le Petit Robert : Élément du latin médiéval Sinae (nom grec d’une ville d’Extrême-Orient) signifiant « de la Chine ». On ne sera donc pas étonné d’apprendre que les locuteurs du chinois sont des sinophones.

Un dernier cas intéressant, celui du Japon, qui nous a donné l’adjectif nippon. On parle encore de l’empire nippon, de l’économie nipponne, mais jamais des nippophones, ce qui serait pourtant très logique. Le terme japanophone est également inusité. Les méandres de l’usage, encore une fois.

 

Les noms ukrainiens

L’ukrainien, tout comme le russe, s’écrit en caractères cyrilliques. Cela signifie que les noms ukrainiens doivent être translittérés dans les langues écrites en caractères latins, comme l’anglais et le français. La graphie de ces noms variera par conséquent dans les deux langues officielles du Canada.

Ainsi le président déchu, Viktor Ianoukovitch voit son nom transcrit en anglais de la manière suivante : Viktor Yanukovich. C’est évidemment une graphie qu’il faut éviter en français.

Le président intérimaire de l’Ukraine se nomme Olexandre Tourtchinov (et non Olexander Turchinov, comme on l’a vu dans certains médias francophones). Le nouveau premier ministre est Arseni Iatseniouk. Son ministre des Finances s’appelle Iouri Kolobov. Iouri sans Y initial, comme vous le voyez.

Le premier ministre de la Crimée se nomme Serguiï Axionov.

Le renversement du président par le Parlement ukrainien, appelé la Rada, a amené la libération de l’égérie de la Révolution orange de 2004, Ioulia Timochenko.

Une autre figure dominante de l’opposition est l’ancien boxeur Vitali Klitschko.

En ukrainien le mot майдан (Maïdan) signifie carré ou place. Il est par conséquent redondant de parler de la place Maïdan. Le vrai nom de ce théâtre de la contestation populaire est place de l’Indépendance.

L’Ukraine russifiée

La chute du président Ianoukovitch ainsi que les protestations que suscite sa destitution dans l’est de l’Ukraine mettent en lumière la dualité de ce pays. Bien que les Ukrainiens d’origine russe ne représentent que dix-sept pour cent de la population, la partie orientale du pays est fortement russifiée. De fait, la langue russe en mène large en Ukraine.

Son influence se fait sentir dans la toponymie même du pays. Certains noms de lieux importants sont connus sous leur appellation russe, à commencer par la capitale Kiev, dont le nom véritable est en ukrainien Kyïv. Le Y et le I tréma reproduisent dans notre alphabet un I très allongé. La prononciation véritable est donc Kiiiv.

Même phénomène pour la ville de Kharkov, dont le vrai nom est Kharkiv.

La ville de Lvov est un cas intéressant. Les bouleversements historiques l’ont fait passer de la Pologne (Lwów), à l’Empire d’Autriche (Lemberg), à la Russie (Lvov), avant d’être attribuée à l’Ukraine après la Seconde Guerre mondiale. En ukrainien, elle s’appelle Lviv, pourtant, on continue de l’orthographier à la russe, Lvov.

Le saviez-vous, mais l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl est survenu en Ukraine, et non en Russie? Pourtant, encore une fois, c’est le nom russe qui a droit de cité. Étrange, non? La ville abandonnée s’appelle Tchornobyl en ukrainien.

Est-elle un symbole à elle seule de la russification des Ukrainiens? Je vous laisse en juger.

 

Bourdes linguistiques à Sotchi

À Sotchi, il n’y a pas que les patineurs de vitesse canadiens qui prennent le décor : les commentateurs ne donnent pas leur place.

Lu dans un texte de RDS : « l’éventuelle médaillée ». Éventuel et éventuellement sont des anglicismes insidieux qui signifient « peut-être », mais surtout pas « futur », comme c’est le cas en anglais. Ce que RDS écrit, c’est que l’athlète en question a possiblement remporté la médaille, alors qu’elle l’a gagnée. Donc, « la future médaillée ».

À la télé, on entend souvent que tel athlète « a bien fait, a mieux fait ». Là encore, on suit les structures de l’anglais. On pourrait dire par exemple que Marianne Saint-Gelais a mieux patiné dans la compétition par équipe, que Marie-Michèle Gagnon s’est bien débrouillée, qu’elle a bien skié malgré les circonstances difficiles.

À ce sujet, les conditions bizarres des pistes n’ont pas aidé les athlètes, et elles ont occasionné de nombreux… délais. C’est du moins ce que l’on entend, mais il s’agit bel et bien de retards. Un délai n’est rien d’autre qu’une échéance, en français.

Certains commentateurs ont des problèmes de fartage linguistique : ils emploient de la cire anglaise pour parler! Pour accompagner la pluie/neige/gadoue de Sotchi, ils nous réservent une pluie de « définitivement », alors qu’ils voudraient dire assurément, certainement.

Petite joie pour les amateurs de hockey, la Finlande a disposé de la Russie. Au sens propre, elle avait l’équipe russe à sa disposition… En fait, elle a vaincu les Russes.

Le Canada remporte beaucoup de succès au curling, mais quelques équipes ont chauffé les oreilles — et les pierres — des Canadiens. Chez les hommes, Chinois et Canadiens étaient nez à nez, c’est-à-dire coude à coude en bon français. Être nez à nez avec quelqu’un signifie le rencontrer à l’improviste, alors que coude à coude a le sens d’être très proche de quelqu’un.

Et je vous fais grâce de tous ces noms russes translittérés à l’anglaise sur nos écrans. Le combat semble perdu d’avance.

Je profite de ce billet pour signaler le travail exemplaire de René Pothier, qui commente à Radio-Canada le patinage artistique. Ses efforts pour prononcer correctement les noms russes, kazakhs, etc., méritent d’être soulignés. Quel beau contraste avec le rouleau compresseur des commentateurs anglophones.

Bien écrire les noms russes en français

Les jeux olympiques de Sotchi commencent bientôt. À cette occasion, voici un petit guide sur l’orthographe à respecter dans l’écriture des noms russes en français.

Translittération et traduction

La transposition en français ou en anglais de la prononciation d’un nom russe s’appelle la translittération. C’est ce qui explique que la graphie d’un nom russe en français peut différer de sa graphie en anglais. Le plus bel exemple est Sotchi, qui s’écrit Sochi en anglais.

Par ailleurs, certains toponymes sont traduits d’une manière différente. Leur orthographe n’est donc pas une transposition des sons du nom en russe, mais une sorte d’adaptation. Par exemple, Moscou se dit Moskva en russe. Les graphies Moscou et Moscow sont des traductions. Un autre cas bien connu est le tandem Saint-Pétersbourg/Saint Petersburg.

Toutefois, la plupart des noms de lieux et de personnes de la langue russe se translittèrent, de sorte que les variations orthographiques sont parfois assez spectaculaires.

Voici une liste des noms les plus fréquents dont la graphie diffère en anglais et en français. .

Noms de lieux

Moscow                                            Moscou

Saint Petersburg                             Saint-Pétersbourg

Sochi                                                Sotchi

Yakutsk                                            Iakoutsk

Chechnya                                        Tchétchénie

Daghestan                                       Daguestan

Ingushetya                                       Ingouchie

Chernobyl                                        Tchernobyl

Kursk                                                Koursk

Yalta                                                  Ialta

Nizhni Novgorod                            Nijni Novgorod

Yeketerinburg                                 Iekaterinbourg

Orenburg                                          Orenbourg

Chelyabinsk                                    Tcheliabinsk

 

Noms de personnes

Putin                                                 Poutine

Yeltsin                                              Ieltsine

Yuri                                                   Youri

Zhukov                                             Joukov

Sergei                                               Sergueï

Georgi                                               Gueorgui

Pushkin                                            Pouchkine

Lenin                                                Lénine

Stalin                                                Staline

Tolstoy                                              Tolstoï

Evgeni                                                Evgueni

Shostakovich                                  Chostakovitch

Dostoyevsky                                    Dostoïevski

Zhivago                                            Jivago