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Géorgie ou Georgie?

Comme tout le monde le sait, l’État américain de Georgie s’écrit sans accent, tandis que le pays caucasien Géorgie prend l’accent. C’est d’ailleurs la meilleure façon de les distinguer, sur le plan de la graphie.

Cette distinction fait partie des connaissances générales que l’on glane en lisant à gauche et à droite, ou dont on a entendu parler, quelque part, un jour.

Cette bonne vieille sagesse, qui nous évite de regrettables fautes d’orthographe, ne se vérifie malheureusement pas dans la réalité.

Il y a effectivement deux Géorgie : l’une aux États-Unis et l’autre dans le Caucase. Mais le français n’opère aucune distinction orthographique entre les deux États. Une simple vérification au dictionnaire le confirme.

Bon nombre de pays voient leur nom francisé : Éthiopie, Inde, Mongolie. La Géorgie fait partie d’entre eux. (Son nom en géorgien est Saqartvelo.) D’autres, au contraire, gardent le même nom, comme le Bangladesh.

Un certain nombre d’États américains ont vu leur nom traduit en français : la Californie, le Nouveau-Mexique, la Floride, entre autres. Mais la plupart des noms ne se traduisent pas.

Les cas de polysémie dans les toponymes sont plutôt rares. On peut penser à la Macédoine, région de la Grèce, mais aussi ex-république yougoslave devenue souveraine en 1993.

 

Les pays baltes

En anglais, on les appelle « Baltic States »; en français, on parle plutôt des pays baltes, bien que l’appellation « États baltes » se voie parfois. Elle ne peut être considérée comme une erreur.

On appelle pays baltes la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie. Ces trois pays sont adossés au Bélarus et à la Russie. Ils comportent chacun une importante minorité russe, que Moscou défend avec fermeté.

La graphie Lithuanie est désuète en français, alors que l’anglais a conservé le H : Lithuania. La Lettonie est parfois appelé Latvie, tout comme en anglais : Latvia.

La désignation pays baltes devait s’écrire en minuscules, comme on le fait pour d’autres expressions du genre. Pensons à pays nordiques, pays balkaniques, etc. D’ailleurs les deux grands dictionnaires ne s’entendent pas sur la graphie, le Larousse préférant pays Baltes, tandis que le Robert écrit l’expression en minuscule.

On constatera l’arbitraire de ce genre d’appellation. En effet, les trois pays précités ne sont pas les seuls à posséder un rivage sur la Baltique : c’est aussi le cas de la Pologne et de l’Allemagne.

Ainsi en va-t-il des toponymes. Les référents sont parfois choisis arbitrairement pour des raisons de simplicité.

La Scandinavie

Combien de pays font partie de la Scandinavie? La question est toute simple, la réponse tout autre. Si vous pensez que la réponse est cinq, vous allez voir qu’on peut facilement perdre le nord… en tentant de définir la Scandinavie.

Le Larousse : « Région du nord de l’Europe qui englobe le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande et parfois l’Islande. » Quatre pays et non cinq.

L’Islande ne fait pas partie de la masse continentale européenne, ce qui peut expliquer cette exclusion. Pourtant, le Petit Robert retranche non seulement l’Islande, mais aussi la Finlande. Pourquoi?

La Finlande est d’origine ethnique finno-ougrienne et a des racines communes avec les Hongrois et les Estoniens. Les Finlandais ne parlent pas une langue germanique, contrairement aux Norvégiens, Suédois et Danois.

Nous voilà maintenant avec une Scandinavie singulièrement rétrécie. Trois pays au lieu de cinq. Pourtant, beaucoup de sources ne s’embarrassent pas de toutes ces nuances et incluent les cinq États précités.

On appelle souvent la Scandinavie l’Europe du Nord.

Mais là encore, l’inspecteur Wallander y perdrait son suédois.

La notion d’Europe du Nord n’est pas définie dans nos dictionnaires, comme cela arrive souvent pour les régions géographiques. Mais cette notion désigne souvent la Scandinavie.

Il y a toutefois un danger à employer une expression aussi générique, car, au sens propre, l’Europe du Nord peut englober non seulement la Scandinavie, mais aussi la Grande-Bretagne, les pays baltes et le littoral nord de l’Europe. On voit tout de suite que le sens attribué à ce découpage est arbitraire et dépend des individus.

Harry Hole vient dépanner Wallander, épuisé, et poursuit l’enquête.

Tiens! Pourquoi pas les pays nordiques? Suivons la piste…

Curieusement, cette dénomination semble davantage faire l’unanimité. Le Petit Robert définit nordique ainsi : « Qui est relatif, qui appartient aux pays du nord de l’Europe (spécialement à la Scandinavie) ; qui en est originaire. ».

En outre, l’ouvrage donne la liste des langues nordiques : suédois, danois, norvégien et islandais. Le Larousse va dans le même sens.

Pourtant, le mot nordique semble au départ plus vaste. Mais il a acquis un sens précis en Europe ne correspondant pas à celui retenu ici en Amérique. Il serait absurde pour nous de dire que le Canada n’est pas un pays nordique; même chose pour la Russie.

Il est donc clair que, pour nous, ce mot est relatif aux régions les plus au nord.

Conclusion : la Scandinavie est une intrigue dont il est encore plus difficile de démêler les fils que celle de Millenium. Le commun des mortels a une compréhension plus simple de cette notion que les lexicographes, qui lisent peut-être un peu trop de romans policiers… scandinaves.

Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans Millenium V ?

La Norvège possède deux versions de sa langue nationale. Le saviez-vous?

 

Guatemala City

Cette ville n’existe pas. Elle n’a jamais existé et n’existera jamais. Sauf peut-être dans la tête de rédacteurs francophones anglicisés.

La capitale du Guatémala s’appelle en espagnol Guatemala Ciudad. L’ennui, c’est que le nom se confond avec celui du pays dans la langue de Molière. Nous avons donc deux Guatémala pour le prix d’un, ce qui peut engendrer une certaine confusion dans certains cas. Mais pas toujours.

La principale façon de différencier les deux noms est l’emploi de la préposition. Une personne vient DU Guatémala, elle vit AU Guatémala. Celle qui habite dans la capitale est À Guatémala. Même chose pour LE Panama, dont la capitale… est Panama, et non Panama City.

Le même phénomène touche la capitale du Koweït. Récemment, Radio-Canada nous a ressorti le monstre linguistique de Koweit City, autre nom imaginaire. La capitale de l’émirat n’est pas plus anglophone que celle du Guatémala. Là encore, sous l’influence de l’anglais, on cherche à régler un problème inexistant en français, car, le jeu des prépositions vole de nouveau à notre secours.

Les deux morts-vivants linguistiques ont fait une brève incursion dans le Petit Larousse au cours des années 1990, si je me souviens bien. Il y a belle lurette qu’ils ont été radiés des éditions récentes pour cause d’illogisme et de mode passagère.

Ceux qui tiennent à les utiliser devraient se poser la question suivante : faut-il écrire en français Quebec City pour bien faire la différence avec Québec, nom d’une province canadienne? Si Québec (ville) et Québec (province) se côtoient allègrement dans notre langue, pourquoi faut-il l’encombrer d’horreurs comme Guatemala City et Koweit City?

Et, quant à y être, que diriez-vous de Luxembourg City?

Pays et péninsule

Voilà deux génériques qui peuvent causer du fil à retordre au langagier.

En effet, on ne peut leur appliquer aveuglément les règles sur les majuscules que l’on voit habituellement dans les toponymes. Comme on le sait, le générique s’écrit presque toujours avec la minuscule, tandis que c’est le spécifique qui reçoit la majuscule, qui constitue le début de l’appellation. Et même si l’élément spécifique est un adjectif, il s’écrit quand même avec la majuscule initiale.

Par exemple : rivière des Prairies, océan Arctique, mont Blanc.

Mais cette règle n’est pas suivie dans au moins trois cas : les pays baltes, le Pays basque et le pays de Galles.

Les pays baltes

Les pays baltes, aussi appelés les États baltes, se composent de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. Détail intéressant, le Larousse écrit les pays Baltes, tout comme le dictionnaire Hachette; le Robert, lui, y va d’une graphie tout en minuscule. La presse française a tendance à adopter cette graphie également, bien qu’on y décèle, de temps à autre, des Pays baltes.

Force est de constater que pays Baltes fait figure d’exception. D’autres appellations semblables ne reçoivent pas la majuscule : les pays balkaniques, les pays scandinaves, les pays sud-américains. Alors pourquoi cette exception pour la Baltique?

Le Pays basque

Pour ce qui est de Pays basque, il y a unanimité. La règle de la majuscule au spécifique ne semble plus s’appliquer, peut-être parce que ce nom désigne une région précise? Pourtant, cette même région est divisée entre deux États : la France et l’Espagne. En outre, les pays baltes ne constituent-ils pas une région bien délimitée également? Une autre exception du français?

Le pays de Galles

Ici, il est impensable d’écrire le spécifique en minuscule; nous avons affaire à un nom propre, traduction de l’anglais Wales. Mais doit-on appliquer la règle du générique en minuscule? On peut s’interroger, puisque Pays basque prend la majuscule initiale. Alors pourquoi pas le Pays de Galles également?

Pourtant, le Robert, le Larousse et le dictionnaire Hachette l’écrivent ainsi : pays de Galles. Comprenne qui pourra.

La presse française nous offre tout un buffet. Les journalistes du Monde se contredisent allègrement : pays de Galles y côtoie Pays de Galles. Certains médias nous offrent un étonnant Pays De Galles. Voilà ce qui arrive quand les règles ne sont pas claires.

À mon sens, il y a une certaine logique à écrire Pays de Galles, mais cette graphie ne fait pas l’unanimité.

Péninsule

L’appellation péninsule Ibérique est classique. On la retrouve dans les trois dictionnaires susmentionnés. La péninsule Arabique s’écrit parfois avec la majuscule au spécifique, ce qui relève d’une certaine logique puisque l’on voit aussi le désert Arabique.

Pourtant, d’autres appellations semblables s’écrivent toujours en minuscule : la péninsule coréenne, italienne, armoricaine, etc. La graphie péninsule Ibérique jouit donc d’un statut particulier. Le Petit Robert donne aussi l’exemple suivant : la Péninsule : l’Espagne et le Portugal. Cet exemple me paraît douteux. Je serais curieux de savoir comment nos amis d’outre-Atlantique réagiraient, car, après tout, la Péninsule ça pourrait être aussi l’Italie.

Chose étonnante, les ouvrages de difficultés de la langue aussi bien que le Bon usage de Grevisse ignorent complètement les deux termes péninsule et pays, comme s’ils ne comportaient aucune difficulté.

 

 

La République d’Irlande

La République d’Irlande est le nom officiel de l’Irlande. Vrai ou faux?

Faux.

C’est un mythe qui a la vie dure. Comme on le sait, l’Irlande est divisée en deux : l’Irlande républicaine, dont la capitale est Dublin, et l’Irlande du Nord, rattachée à la Grande-Bretagne.

L’Irlande est un État indépendant depuis 1922. Ce nouveau pays a tout d’abord pris le nom officiel d’État libre d’Irlande (Irish Free State), avant d’adopter le nom gaélique d’Eire. Le surnom français Verte Érin vient de cette appellation. Par la suite, le pays a pris le nom d’Irlande tout court.

C’est justement ce nom qui est source de confusion, car il désigne aussi bien le pays que l’île. Les autorités de Dublin l’ont adopté afin de marquer leur volonté de réunifier l’île. Toutefois, les rédacteurs se sentent quelque peu mal à l’aise d’employer Irlande et recourent plus volontiers à l’expression République d’Irlande.

Dans de nombreux ouvrages, elle est présentée comme le nom officiel de l’Irlande, notamment dans le Petit Robert des noms propres. L’ennui, c’est que cette appellation n’est pas reconnue aux Nations unies. L’utiliser dans un document officiel, comme une correspondance ou un traité, créera un incident diplomatique.

Le problème reste donc entier : comment différencier l’Irlande en tant qu’île ou en tant que pays? À mon sens, le terme Irlande républicaine demeure la meilleure solution, l’Irlande du Nord étant rattachée à la monarchie britannique.

Pour en finir avec l’Ulster

Depuis des lunes, l’Irlande du Nord est faussement appelée Ulster. Or, l’Ulster est une région de l’Irlande et elle s’étend de l’Irlande républicaine à l’Irlande du Nord. Il est donc complètement faux d’attribuer ce nom à l’Irlande du Nord.

Parfois, les erreurs font tache d’huile et il devient très difficile de les éradiquer, surtout quand les rédacteurs refusent de se corriger. L’appellation Ulster s’est même frayé un chemin dans certaines appellations officielles, comme Royal Ulster Constabulary.

Il n’en demeure pas moins qu’une erreur est une erreur.

 

Hollande ou Pays-Bas?

La Hollande est célèbre pour ses moulins à vent, pour employer une image d’Épinal. Elle est surtout un pays dont la majeure partie est située en dessous du niveau de la mer. L’aéroport de sa capitale, Amsterdam, s’appelle Schiphol, ce qui signifie littéralement « trou de bateau ».

Une bonne partie du paragraphe précédent est fausse.

À commencer par cet emploi abusif de Hollande, une région septentrionale des Pays-Bas, dont la capitale est certes Amsterdam, mais aussi La Haye.

Comme on le voit, certains lieux communs demandent vérification.

Tout d’abord le pays s’appelle les Pays-Bas, justement en raison de sa faible altitude. Ses habitants sont des Néerlandais, mot qui s’inspire de Nederland, nom de cet État en néerlandais. En anglais : Netherlands, peuplé de Netherlanders.

Et la capitale? Officiellement, Amsterdam, mais les institutions publiques, dont le Parlement, sont à La Haye.

Qu’en est-il de la Hollande?

C’est la principale région du pays. De fait, les Pays-Bas comportent plusieurs régions, dont la Frise, le Brabant-Septentrional, Utrecht. Appeler le pays complet Hollande revient à dire que l’Ontario représente l’ensemble du Canada… Dans un pays grand comme un mouchoir de poche, les mentalités régionales sont quand même sensibles; il faut donc éviter de qualifier de Hollandais qui ne l’est pas.

L’anglais s’embrouille également quelque peu. Les Néerlandais sont souvent appelés Dutch, une déformation de l’allemand Deutsch… qui signifie Allemand. Le terme exact Netherlanders n’est pas très usité. D’ailleurs, les germanophones de Pennsylvanie sont souvent appelés Dutch.

On évitera aussi de qualifier les Néerlandais de Flamands. Ces derniers habitent la partie néerlandophone de la Belgique. La langue qu’ils parlent est très similaire à celle de leurs voisins néerlandais. Soulignons en terminant que la langue néerlandaise a essaimé en Afrique du Sud, pour devenir l’afrikaans, un idiome sensiblement différent de la langue mère.

 

 

Finnois ou Finlandais?

Lancement d’une nouvelle série sur les mythes en toponymie. Aujourd’hui, la Finlande.

Comment s’appellent les habitants de ce pays nordique? Beaucoup répondront les Finnois, ce qui est en partie vrai. En fait, les habitants de la Finlande sont des Finlandais. Pourquoi?

Les Finnois sont un peuple de souche finno-ougrienne, ce qui signifie qu’ils appartiennent au même groupe ethnique que les Hongrois et les Estoniens. Ces peuples parlent des langues qui ne sont pas rattachées aux langues germaniques ou slaves. Les racines ne sont pas les mêmes.

Les Finnois ne font pas partie de la même famille que les Danois, Norvégiens, Suédois et Islandais, dignes descendants des Vikings.

Ces peuples arrivent assez bien à se comprendre, car leurs langues respectives se ressemblent; ce sont des langues germaniques. Les mots sont souvent semblables. Par exemple, boire se dit drikke en danois et en norvégien, drikka en suédois et drykkur en islandais. En Finlande, on dira plutôt juoma.

Peu de gens le savent, mais la Finlande a une minorité suédoise, dont les racines ethniques sont germaniques, contrairement à la majorité finnoise. Il serait fautif de qualifier de Finnois un Finlandais de souche suédoise. Il possède la nationalité finlandaise, certes, mais il n’est pas de souche finno-ougrienne.

C’est pourquoi les habitants de la Finlande sont des Finlandais, alors que la langue nationale est le finnois.

La Scandinavie, l’Europe du Nord, la même chose? Réponses dans cet article. Aussi : la Norvège et ses deux langues nationales.

Iraq ou Irak?

Lorsque tout le monde dit la même chose sur un sujet, il faut parfois s’interroger. Ce qui est trop évident peut être faux, et ce n’est pas parce la quasi-totalité des rédacteurs préfère une graphie qu’elle est exacte. Pensons à nénufar, conspué par les amants de la langue française. Tout le monde sait qu’on écrit nénuphar, c’est dans tous les dictionnaires, après tout. Eh bien non. Cette graphie avec le ph est une faute de transcription qui s’est incrustée dans l’usage. Habituellement, le ph signale un mot venant du grec; or, nénuphar vient de l’arabe nînufâr…

L’ensemble des médias et dictionnaires écrivent Irak. Donc, c’est une bonne graphie, attestée par Le Petit Robert des noms propres, Le Monde, Le Figaro, L’Express, Le Devoir et La Presse.

Le langagier curieux ne peut manquer d’être décontenancé par celle figurant dans Le Petit Larousse : Iraq, le gentilé étant Iraquien.

S’agit-il d’une fantaisie? Pas du tout. Non, nous avons tout simplement devant nous la vraie graphie de cet État du Proche-Orient.

En arabe, le nom en question se prononce approximativement ainsi : « Éraarr », la lettre q en finale étant un raclement léger dans le haut de la gorge. Comme ce son n’existe pas en français, on le symbolise par la lettre q. D’ailleurs, les anglophones, plus précis, écrivent Iraq.

De plus, bon nombre de graphies de villes et de régions dans les pays arabes sont orthographiées avec la même lettre q, non suivie du u. Que l’on pense à Qatar, Al Qaiyah, Shaqra et bien d’autres. Ces noms sont des transcriptions graphiques en français et en anglais.

Bien entendu, les non-arabophones ne prononceront pas Qatar correctement, pas plus d’ailleurs qu’ils ne prononcent Iraq selon les règles. Toutefois, la translittération des langues non écrites en caractères latins pose de graves problèmes. Les transcriptions dans les langues occidentales sont souvent approximatives. On n’a qu’à penser au russe.

Iraq amène un autre problème, celui du gentilé. Logiquement, on devrait écrire Iraqien, puisqu’il ne s’agit pas d’un qu authentique. Mais cette graphie fait vraiment bande à part. Le Larousse, quant à lui, écrit Iraquien.

La graphie Irak découle d’une normalisation de la prononciation arabe. Comme à peu près personne ne sait comment prononcer le nom correctement, on s’est rabattu sur une prononciation approximative. On peut donc comprendre que la graphie ait suivi.

Donc, difficile de condamner Irak, malgré les erreurs que cette graphie comporte.

 

Sur Paris?

Peut-on revenir sur Paris? Sur Montréal?

Vous avez sûrement entendu ce genre d’expression… sur TV5 ou sur TVA. Le francophone nord-américain sursaute quelque peu, bien que le sur géographique se fraie un chemin dans nos médias.

Faut-il condamner cet usage?

Pas selon les dictionnaires européens. Le Larousse est explicite : le sur indique la localisation, la direction. Revenir sur Paris. D’ailleurs, le Hachette va dans le même sens avec un exemple : Faire cap sur Terre-Neuve.

Le Robert, quant à lui, signale qu’on peut l’utiliser avec un verbe de mouvement. Toutefois, le même ouvrage donne un exemple qui semble déconseiller son emploi : « Elle articule qu’elle ne va pas sur Toulouse, mais à Toulouse, qu’il est regrettable et curieux que l’on confonde ces prépositions de plus en plus souvent. » La citation est de l’écrivain français Jean Échenoz.

Le Robert donne également une définition géographique de la préposition : dans le voisinage immédiat, exemple : Boulogne-sur-Mer. Ici, on pourrait penser à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Odonymes

Les règles régissant les prépositions ne sont jamais logiques, surtout quand on les compare d’une langue à l’autre. En français, on attend quelqu’un; en anglais, on attend pour quelqu’un; en allemand, on attend sur quelqu’un. Cherchez l’erreur.

Le français, jamais à court de complexité, propose diverses prépositions pour les voies de circulation, appelées odonymes en langage savant. Ainsi, on rencontre une personne dans la rue, mais sur un boulevard ou sur une place. Mais on peut la rencontrer aussi bien sur une avenue ou dans une avenue. Et on habite rue Laurier, et non sur la rue Laurier. Comprenne qui pourra.

Anglicismes

La maîtrise des prépositions est l’un des pièges les plus insidieux lorsqu’on apprend une autre langue. On peut dépister un anglophone avec un accent parfait en français à l’usage qu’il fait des prépositions. Par contre, beaucoup de francophones au Canada déclinent régulièrement des prépositions en fonction de la logique de l’anglais, même s’ils ne parlent pas cette langue.

Entendu à la radio ce matin : « Elle n’est pas sur un groupe. » J’espère bien! Elle en fait partie.

Avez-vous grandi sur une ferme? Non, vous avez grandi dans une ferme.

Il travaille à son manuscrit sur semaine. Non, il y travaille en semaine, pendant la semaine.

Vous avez lu une nouvelle sur le journal? Non, dans le journal.

Il travaille sur le train? Non, il travaille dans le train.

Bref, nous n’en avons pas fini avec la préposition sur.