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Campagne

La campagne de Donald Le-mot-en-T refuse de concéder la victoire à l’élection présidentielle. Cette phrase parait correcte et pourtant elle ne l’est pas.

Le mot « campagne » possède deux sens précis, le premier étant une région rurale, une vaste étendue de pays plat et vallonné.  On vit à la campagne et non en campagne, puisque dans cette deuxième expression on se réfère à un contexte d’ordre militaire et électoral.

En effet, des soldats sont en campagne lorsqu’ils mènent des actions militaires. Les historiens racontent la campagne d’Égypte de Napoléon Bonaparte.

Au Canada, on pourrait dire : « Du haut de ces bancs de neige quatre cents ans d’anglicismes vous contemplent. »

Car la campagne d’un candidat à une élection est l’ensemble des opérations menées pour se faire élire. Le candidat et son équipe sont alors en campagne électorale. Cependant, le mot « campagne employé seul ne peut désigner tout le personnel qui entoure le candidat. Il faut plutôt parler de l’équipe de campagne.

Imagine-t-on la phrase suivante : « La campagne de Napoléon a décidé de battre en retraite et de quitter la Russie » ?

Dans le cas du président déchu on pourrait donc dire :

L’équipe de campagne de T*** refuse de concéder la victoire; les partisans du président sortant refusent de concéder l’élection, bien que ce terme soit moins précis. Tout dépend de qui on parle.

Chose certaine, il faut éviter cet autre calque grossier de l’anglais. Une campagne ne décide de rien, une campagne n’est pas un ensemble de personnes.

On lira avec intérêt mon article sur le trumpisme.

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Les Américains et le socialisme

Introduction

Les États-Unis sont un pays très conservateur, en fait bien plus conservateur que les autres démocraties libérales. Les Américains ont une foi aveugle dans le capitalisme qui permet à chacun de bâtir sa fortune. La méfiance envers l’État y est très répandue. L’autoritarisme dont a fait preuve le roi anglais George III les a traumatisés et la crainte du despotisme est devenue une obsession nationale. Toute la constitution américaine a été savamment tricotée de manière à éviter que le président devienne un dictateur; que le Congrès ne s’impose pas comme véritable dirigeant du pays; les tribunaux étant les garants de cet équilibre délicat.  

La méfiance envers le gouvernement constitue la trame de la courtepointe complexe qu’est le système politique étasunien. L’État n’a pas pour rôle d’assurer l’égalité des chances, mais bien de créer des conditions favorables à l’enrichissement individuel.

L’intervention de l’État dans l’économie et ailleurs suscite toujours de la méfiance. Elle est par définition abusive. Pour beaucoup d’Américains, elle n’est rien d’autre que du socialisme.

Qu’est-ce que le socialisme au juste?

Dans la culture populaire, ce mot est aussi galvaudé que fascisme. Selon la personne à qui vous avez affaire, socialisme prend des sens parfois radicalement différents. En fait, le terme est devenu une sorte de fourre-tout; la confusion est totale.

L’expression a connu son essor au XIXe siècle avec l’apparition de la pensée marxiste. En 1848, Karl Marx et Friedrich Engels faisaient paraitre le Manifeste du parti communiste, ouvrage devenu la bible du mouvement socialiste, ou communiste, si vous préférez. Je vais revenir sur le mot communiste plus loin dans cet article.

La Révolution industrielle a amené un changement radical des sociétés. Les paysans ont commencé à déserter les campagnes pour aller travailler en usine, où ils étaient exploités de manière éhontée par les capitalistes, appelés bourgeois dans le fameux Manifeste. Les ouvriers, appelés prolétariat dans le même ouvrage, vivaient dans des conditions sordides, travaillant 12 heures et plus, six ou sept jours par semaine, sans parvenir à se sortir de la misère. Leur appauvrissement sans fin portait en soi les germes d’une révolution des ouvriers.

Pour les marxistes, cette révolution était inévitable. Tôt ou tard, les ouvriers allaient se révolter et abattre le système capitaliste. Les ouvriers prendraient le pouvoir et établiraient la dictature du prolétariat qui passait par l’élimination physique de la classe bourgeoise.

Cette étape de la révolution s’appelle le socialisme et cette étape n’est que transitoire et conduit à l’avènement d’un nouveau régime politique appelé communisme.

Qu’est-ce que le communisme?

Les ouvriers sont donc au pouvoir et ils dirigent leurs propres usines où il est impensable qu’il y ait exploitation des employés. Les ouvriers ne peuvent s’exploiter eux-mêmes puisque la classe sociale parasitaire de la bourgeoisie (les capitalistes) a été éliminée.

C’est donc la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme, comme on disait à l’époque. Le communisme constitue un paradis des travailleurs. Chacun donne à la communauté ce qu’il peut et prend ce dont il a besoin. Ce paradis génère une telle prospérité que l’État lui-même peut disparaitre, l’État étant, aux vues des marxistes, un appareil de répression de la classe ouvrière mis en place par la bourgeoisie. Or, comme cette dernière a disparu, il n’est plus nécessaire d’avoir un État.

La disparition de l’État marque la fin de la période socialiste et le début de l’ère communiste.

Le socialisme réel

Karl Marx était d’abord et avant un philosophe. Il a tracé les grandes lignes de ce que pourrait être une société communiste. Mais Marx n’a jamais précisé comment fonctionnerait cette société en transition qui appliquerait le socialisme. Quelles seraient ses institutions? Comme s’opérerait la liquidation de la bourgeoisie? Ces considérations sont absentes des écrits de Karl Marx. L’homme se situait d’abord et avant tout sur le plan des idées. Les détails pratiques ne l’intéressaient pas.

N’oublions pas Marx était un humaniste et qu’il n’aurait jamais pu imaginer l’allure que prendraient les régimes socialistes au siècle suivant. Et s’il avait pu le prévoir, il en aurait été horrifié. Pour Marx, une société socialiste était une société libérée, par une dictature répressive.

Le premier pays où s’est produit une révolution socialiste est la Russie tsariste. En fait, il s’agit au départ d’un coup d’État orchestré en 1917 par le Parti bolchévique qui s’est emparé du Palais d’hiver de Saint-Pétersbourg. Le pouvoir tsariste était en pleine déliquescence en raison de la Grande Guerre. Ce coup d’État n’avait à voir le rêve de voir les ouvriers déclencher une révolution prolétarienne à l’échelle du pays.

Mais il y avait indéniablement une grogne populaire qui menaçait de renverser le régime tsariste; un peu partout naissaient des conseils ouvriers appelés soviets. Le régime bolchévique de Lénine en prend bonne note, mais rapidement, le désir de contrôler la révolution en cours, et de la consolider, amène une forte centralisation du pouvoir aux mains du Parti bolchévique. C’est déjà une première rupture avec la pensée de Marx. Le pouvoir n’émane plus des soviets, il émane d’un petit groupe de militants qui contrôle le Parti bolchévique et le nouveau gouvernement russe. Autrement dit, le pouvoir ne vient plus de la base ouvrière, mais d’une élite censée guider le peuple vers le communisme.

D’ailleurs, le premier gouvernement soi-disant ouvrier comptait seulement deux travailleurs sur la vingtaine de ministres. Est-ce surprenant? Non. Les ténors du mouvement communiste, à commencer par Karl Marx lui-même, n’ont jamais travaillé dans une usine, ce ne sont pas des ouvriers mais des intellectuels petits-bourgeois rêvant d’un monde meilleur. Lénine, Trotski, Staline, Kamenev, Zinoviev, etc. n’ont jamais mis les pieds dans une usine. La révolution des travailleurs a été confisquée.

Le socialisme réel est déjà bien loin de ce qu’imaginaient les penseurs marxistes du XIXe siècle. Le pouvoir politique n’est pas entre les mains des ouvriers, mais entre celles du Politburo et du Comité central du Parti communiste. Dans ce contexte, il n’est guère surprenant qu’un individu astucieux comme Joseph Staline ait pu transformer le régime soi-disant soviétique en dictature personnelle.

Les experts estiment que le stalinisme a fait environ 15 millions de morts. Les décisions de Staline sont une tache indélébile sur le mouvement socialiste. Une répression féroce s’est abattue sur la population. Des camps de concentration ouverts dès les tout débuts de la révolution, sont devenus des monstruosités appelées goulags. Le régime a organisé une famine en Ukraine parce que sa population résistait au gouvernement soviétique. Résultat : trois millions de morts. Le dictateur a ensuite signé un pacte avec l’Allemagne hitlérienne qui lui a permis d’envahir et d’annexer les pays baltes, d’attaquer la Pologne conjointement avec les nazis et de la dépecer.

Par la suite, l’Union soviétique a mis sur pied des régimes socialistes en Europe de l’Est, faussement appelés « démocraties populaires »; ces États n’étaient ni des démocraties ni des régimes populaires, comme l’ont démontré les révolutions démocratiques de 1989.

Bien des auteurs socialistes ont avancé l’idée que le stalinisme était un accident de l’histoire. Certains ont vu dans la Chine de Mao la preuve que l’on pouvait empêcher la formation d’une nouvelle classe dominante, comme en URSS. Les diverses erreurs de jugement du Grand Timonier ainsi que la Révolution culturelle lancée en 1966 et qui a conduit au chaos total dans le pays ont fait selon les estimations 65 millions de morts. La mort de Mao en 1976 a été suivi par un changement de cap radical du régime. Ce changement de cap allait préfigurer celui qu’allait opérer l’Union soviétique en 1990 et qui a conduit à la chute du régime socialiste.

Social-démocratie

Tous ces évènements ont conduit à des remises en question un peu partout dans le monde. L’échec flagrant du socialisme marxiste ne pouvait plus être ignoré. De toute évidence, l’avènement d’une société communiste, libre de toute forme d’oppression, était une utopie. Mais cela ne signifiait pas que les causes défendues par les socialistes n’avaient aucun fondement. Les travailleurs continuaient d’être exploités; la paupérisation d’une partie des populations était une réalité; l’exploitation des pays du tiers-monde se poursuivait; l’impérialisme des grandes puissances ne semblait pas avoir de fin.

Néanmoins, le socialisme tel que pratiqué à l’Est était devenu invendable dans des pays prospères comme la France, l’Allemagne et un peu partout dans les démocraties occidentales. Des partis socialistes qui défendaient les thèses marxistes de la dictature du prolétariat et de l’avènement d’une société socialiste d’abord, et communiste ensuite, ont dû réviser leur pensée.

Des formations comme le Parti travailliste de Grande-Bretagne, le Parti socialiste français, le Parti social-démocrate allemand ont tour à tour abandonné l’objectif d’orchestrer une révolution des travailleurs et se sont rangés dans le camp de la démocratie. Pour les marxistes, ces partis sont des traitres qui pactisent avec les capitalistes en essayant d’amoindrir les effets néfastes du libéralisme économique.

Ces partis jadis révolutionnaires sont devenus sociaux-démocrates. Au fil des décennies, ils ont permis aux travailleurs de faire des gains importants : lois limitant les journées de travail à huit heures; lois sur la sécurité du travail; congés payés par l’employeur; assurance maladie, assurance chômage, assurance invalidité, etc.

Mais la confusion entre socialisme et social-démocratie allait se maintenir. On peut dire que, dans l’usage populaire, le mot socialisme a pâli au lavage… Les personnes se disant socialistes ne sont pas toutes en faveur d’une révolution violente. Elles sont plutôt sociales-démocrates. La confusion entre les deux expressions est constante dans l’usage, ce qui explique en bonne partie que bien des Américains sont convaincues que Joe Biden est un socialiste…

En fait, un grand nombre de pays pratiquent la social-démocratie, officiellement ou officieusement. À commencer par les pays scandinaves, mais aussi le Canada, la France, l’Allemagne la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, etc. Souvent, des mesures sociales-démocrates ont été adoptées par des gouvernements centristes, comme ceux formés par le Parti libéral du Canada – le NPD étant le « vrai » parti social-démocrate canadien.

Le mouvement socialiste n’a pas uniquement donné des fruits empoisonnés, il a aussi permis aux travailleurs d’améliorer considérablement leur sort. Ce sont ces avancées que les partis conservateurs un peu partout dans le monde essaient de rogner, en faisant croire qu’elles nuisent à la productivité et aux finances de l’État, alors que des milliards de dollars échappent aux gouvernements pour être déposés dans des paradis fiscaux.

Ce mouvement de révision est appelé néolibéralisme. Il ne s’agit en fait que de libéralisme débridé, qui cherche à s’affranchir de toute contrainte sociale.

Alors, Joe Biden est-il un socialiste?

Au sens strict de la science politique, il est farfelu de qualifier le président élu de socialiste. Biden n’a absolument pas l’intention de préparer la destruction des entreprises capitalistes américaines et de fonder un gouvernement cherchant à implanter le communisme.

Au sens populaire, on pourrait dire que Biden a certains penchants socialisants, mais d’une manière extrêmement limitée. En fait, Biden pourrait siéger comme conservateur au Canada, parce qu’il est en faveur d’un système d’assurance maladie largement privé, avec un tout petit volet socialiste pour les plus démunis. Il défend aussi la fracturation hydraulique.

Le président Biden pourrait aussi défendre les couleurs libérales au Canada, puisqu’il veut mettre en place des mesures relativement ambitieuses pour défendre l’environnement et assurer la transition vers une économie verte. Mais au sein du caucus libéral, il serait quand même considéré comme penchant vers la droite. Chose certaine, il ne serait jamais admis au NPD, tout « socialiste » qu’il soit aux yeux de bien des Américains.

Confusion aux États-Unis

Disons les choses abruptement, les Américains sont d’une ignorance crasse en politique étrangère. Dans son ouvrage Stupides et dangereux, Normand Lester relate ce qui suit :

« Un sondage sur l’éducation civique auprès d’élèves de l’école publique révèle que 77 % d’entre eux ignorent que George Washington a été le premier président des États-Unis. Trente-sept pour cent des Américains ne peuvent trouver leur pays sur un globe terrestre. Ils sont 30 % à ne pouvoir nommer l’océan qui se trouve sur leur côte est. Près de 30 % des Américains sont incapables de trouver l’océan Pacifique sur une carte (…) Quatre-vingts pour cent ne savent pas où se trouve l’Irak sur une carte. » Plus de la moitié pensent que le christianisme est la religion d’État, alors que c’est faux.

Et Lester de poursuivre : « Le quart des Américains ne savent pas que les États-Unis ont conquis leur indépendance de la Grande-Bretagne. Dans un sondage Gallup, des répondants ont indiqué qu’ils avaient obtenu l’indépendance de pays des plus étonnants, de la Chine à la France. »

Cette inculture largement répandue est le résultat d’un système d’éducation déficient, sous-financé. Elle est aussi le fruit d’un certain repli sur soi. Leur statut de grande puissance rend les Américains arrogants : leur culture est la seule intéressante au monde. Ils sont le centre de l’univers.

Alors il n’est guère surprenant que les nuances entre socialisme et social-démocratie leur échappent complètement. Rappelons-le, les États-Unis sont un pays extrêmement conservateur; on se méfie de l’État. Pas surprenant que toute mesure sociale apparaisse comme une menace. L’Obamacare, qui étendait l’assurance maladie à une trentaine de millions d’Américains ne pouvant se procurer une assurance privée a suscité un tollé. Encore du socialisme. Certains en ont fait une question de principe et ont porté la cause devant les tribunaux.

En clair, ce qui va de soi au Canada ou en France, soit une couverture universelle pour les soins de santé, est considéré comme du socialisme chez nos voisins du sud.

C’est là qu’on voit le gouffre idéologique qui existe entre les États-Unis et les autres démocraties occidentales.

Il faut être diablement ignorant pour affirmer que Joe Biden est un socialiste.

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Trumpisme

Trumpisme. Le mot est là pour rester et il rejoindra la liste des substantifs s’inspirant de personnages politiques marquants; que l’on pense au maccartisme ou au franquisme.

Autocratisme et post-vérité

Le trumpisme s’inscrit dans un courant populiste dont le président brésilien Jair Bolsonaro et le premier ministre de Hongrie Viktor Orbán sont de brillants exemples.

Les populistes gouvernent souvent de façon autocratique, dans un simulacre de démocratie, où l’opposition est malmenée, le plus bel exemple demeurant la Russie poutinienne.

Le refus de Donald Trump de reconnaitre sa défaite et le fait qu’il lance des accusations non fondées de truquage électoral ne sont guère surprenants et vont dans le sens de la post-vérité qui carbure aux mensonges éhontés, à la réinterprétation de la réalité et aux théories du complot.

Les médias

Le réseau CNN recense quelque 20 000 mensonges et demi-vérités débités de manière industrielle par le président déchu. Un tel torrent de tromperies (jeu de mots facile…) a émoussé la capacité d’indignation de bien des gens.

On a reproché aux médias de mettre sur le même pied fausses nouvelles et faits réels, ce qui n’a fait qu’alimenter la confusion du public. Les médias ont commencé à rectifier le tir en vérifiant les faits et en rectifiant le tir au besoin.

Ce virage n’a jamais été aussi évident quand les grands médias américains, au lendemain de l’élection, ont interrompu le discours du président sortant et sorti, parce que tout ce qu’il disait était mensonger. Une première. D’ailleurs Twitter avait commencé à censurer Trump pour les mêmes raisons. Il n’échappe à personne que ces médias savourent une douce vengeance contre celui qui n’a cessé de les houspiller en les traitant d’ennemis du peuple.

L’éléphant dans la pièce

Le président Trump souffre de graves problèmes mentaux dont l’ampleur éclate au grand jour. Il est bien entendu délicat d’aborder un tel sujet pour les analystes politiques, mais le problème saute aux yeux. D’ailleurs sa nièce en a parlé ouvertement. Ceux qui l’ont côtoyé ont été frappés par son incapacité à raisonner, à écouter ce qu’on lui dit. Il ramène tout à lui, ne recule jamais, n’admet jamais ses torts.

Donald Trump est un sociopathe narcissique. Les personnes souffrant du trouble de la personnalité narcissique ont le besoin maladif d’attirer l’attention sur elles, elles voient tout uniquement de leur point de vue, sans être capables de démontrer la moindre empathie. La crise du coronavirus a amplement démontré que le président Trump souffre de troubles narcissiques. Ce n’est pas un détail en passant; cette condition médicale explique son comportement désordonné.

Au moment où le président sortant refuse de reconnaître sa défaite, il est peu rassurant de savoir que les personnalités narcissiques peuvent verser dans la paranoïa. N’est-ce pas un peu ce que l’on voit actuellement?

Mais ramener le trumpisme à la seule personnalité du président actuel serait une grave erreur d’appréciation.

Les assises idéologiques du trumpisme

Pour comprendre le trumpisme, il faut être conscient que certaines valeurs fondamentales des Américains sont radicalement différentes de celles défendues au Canada et dans les autres démocraties occidentales.

  1. L’anti-intellectualisme. Les États-Unis sont un pays de bâtisseurs, de gens pragmatiques, habitués à trimer dur pour gagner leur croûte. Les intellectuels, que Nixon appelait les eggheads, y sont mal vus. L’Américain moyen se reconnaît dans ceux qui ont grimpé les échelons sans user leur derrière sur les bancs d’université. D’ailleurs, l’ancien président George Bush fils se disait fier d’avoir été un cancre et d’avoir pu quand même devenir président des États-Unis… Il tenait ses propos devant un parterre de nouveaux diplômés d’une université américaine… Sans blague.
  • La méfiance envers le gouvernement. Les colons américains ont été tellement ulcérés par l’oppression de la mère patrie qu’ils ont fait une révolution. En résute une méfiance envers le pouvoir étatique et tout le système de division des pouvoirs de la Constitution américaine. Le gouvernement dans son ensemble est suspect. Un État qui prend de l’ampleur est une menace pour les libertés individuelles, il faut s’en méfier. D’ailleurs l’ancien président Ronald Reagan disait « Le problème, c’est le gouvernement. » Le vœu de bien des Américains, c’est d’avoir le moins de gouvernement possible, d’où le slogan trumpien « Drain the swamp ».
  • L’individualisme forcené. La foi envers le capitalisme est totale. C’est un système juste qui crée énormément de richesse, et ceux qui travaillent dur voient leur labeur récompensé. Ceux qui n’y arrivent pas sont des losers. L’État n’a pas à les aider.

On comprend mieux la méfiance considérable de bien des Américains envers toute mesure de redistribution de la richesse, perçue comme du « socialisme ». Je reviens sur ce dernier terme dans mon article de demain : Joe Biden est-il un socialiste?

Pourquoi le trumpisme?

Nous avons une population qui se méfie des intellectuels, mais aussi des institutions gouvernementales et de la science. En plus, elle n’est pas toujours bien informée, est centrée sur elle-même et connait très peu les réalités étrangères.

Les courants complotistes trouvent facilement prise chez elle, d’autant plus qu’ils ont trouvé un formidable porte-voix dans les médias sociaux.

Cette population se désole de voir la domination américaine diminuer dans le monde. Les dictatures comme la Russie et la Chine en mènent large. Le terrorisme islamiste semble incontrôlable et la campagne d’Afghanistan ne semble pas avoir donné de résultat, sans parler de la guerre d’Iraq.

À l’interne, la population se diversifie, les hispanophones constituant une minorité de plus en plus importante. Des courants de pensée nouveaux apparaissent ou prennent de l’ampleur : le racialisme incarné par le mouvement Black Lives Matter; le féminisme; les LGBT, les personnes qui changent de sexe; l’informatisation envahissante du monde, etc. C’est beaucoup de bouchées à avaler pour un peuple conservateur. Beaucoup sont tentés de se replier sur des valeurs traditionnelles.

Les trumpistes sont aussi les premières victimes de la mondialisation. Celle-ci comporte certes des bénéfices, mais allez en parler à ces ouvrières qui viennent de perdre leur emploi parce que leur usine de textile a déménagé au Mexique. Ou encore à ce métallurgiste du Michigan dont l’usine a fermé à cause de la concurrence chinoise.

Les trumpistes sont imperméables au discours démocrate des dernières décennies. Pour eux, encenser la mondialisation, les organisations internationales, le multilatéralisme n’a aucun sens. Ils sont bien plus réceptifs à un discours qui parle de redonner sa grandeur à l’Amérique, de retrouver les emplois perdus, de parler à ces alliés qui profitent de nous…

Voilà enfin des choses concrètes, pour changer de ce charabia intellectuel prétentieux. Enfin quelqu’un qui les comprend. Certains le vénèrent comme un dieu.

Ce n’est pas pour rien que près de la moitié des électeurs américains, soit 71 millions de personnes, ont voté pour Donald Trump. Ce n’est pas rien si l’on pense qu’il a obtenu un plus grand pourcentage de votes qu’en 2016.

Trump s’est battu lui-même

On peut raisonnablement penser que si le président sortant avait géré la pandémie avec un minimum d’intelligence, au lieu de la traiter avec désinvolture, il aurait probablement été réélu.

Mais Trump s’est battu lui-même en réagissant de manière désinvolte devant la pandémie naissante. Il n’a jamais exprimé la moindre compassion envers les 200 000 victimes de la covid, ce qui est normal pour une personnalité narcissique.

En outre, il n’a pas respecté ses promesses. Le mur avec le Mexique n’est pas construit; les emplois perdus dans la Rust Belt n’ont pas été récupérés. Sur la scène internationale, il s’est mis à dos ses meilleurs alliés et n’a rien obtenu de dictatures comme la Russie ou la Corée du Nord.

Dans toutes les autres crises, il n’a fait que jeter de l’huile sur le feu, incapable de bâtir des ponts avec ses adversaires, autant de personnes méprisables qu’il ne se gêne pas pour insulter. Le personnage est incapable de rassembler, d’unir.

Un avenir pour le trumpisme?

Le trumpisme a un bel avenir devant lui. Le fait avéré que Trump est un fou furieux n’a pas dissuadé des dizaines de millions de personnes de l’appuyer, en toute connaissance de cause.

Le conservatisme viscéral d’une partie des Américains et les plaies laissées par la mondialisation continueront de faire effet.

Le plus grand danger est non pas que Trump refasse un tour de piste en 2024, mais bien qu’un leader plus intelligent et équilibré reprenne le flambeau. En effet, les républicains ne sont pas tous des abrutis et certains se réjouissent de la défaite de Trump et souhaitent l’écarter.

Il s’agit en fait d’une question existentielle pour les républicains : vont-ils continuer à défendre des politiques radicales, à flirter avec l’extrême droite, les complotistes, les racistes de tout acabit, ou bien vont-ils revenir à des valeurs plus traditionnelles et plus modérées?

Chose certaine, les assises du trumpisme demeurent. Tout dépendra du genre de leadership que choisira le Parti républicain. Mais déjà certains leaders, Mike Pompeo, Marco Rubio, Ted Cruz, semblent vouloir tirer les marrons du feu pour récupérer l’héritage…  À suivre.

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Vous pouvez lire tous les articles que j’ai écrits sur la politique américaine, la traduction des noms de lieux aux États-Unis en consultant le document suivant.  

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Faithless electors

Tout indique que le démocrate Joe Biden sera le prochain président des États-Unis.

Comme je l’ai expliqué dans mon article sur le Collège électoral, ce sont les 538 grands électeurs américains qui élisent officiellement le président des États-Unis. Les personnes dont le nom figure sur les listes présentées par les partis ne sont généralement pas connues du grand public. Ce sont des personnes que les partis cherchent à honorer et à récompenser pour leurs loyaux services au fil des années.

Étant donné les circonstances troubles dans lesquelles s’est tenue l’élection présidentielle de 2020, on peut se demander si les personnes choisies par les partis respecteront leur engagement de voter pour le candidat qu’elles sont censées appuyer. Autrement dit, est-il concevable que des grands électeurs démocrates changent leur fusil d’épaule et votent pour le président sortant, ou encore que des républicains en viennent à soutenir Donald Trump?

Tout dépend des États. Le District de Columbia ainsi que 33 États ont adopté des lois obligeant les grands électeurs à respecter leur parole. Dans certains d’entre eux, le vote dissident d’un grand électeur peut tout simplement être invalidé.

Rappelons que les 538 grands électeurs se réuniront en décembre, dans leur État et non à Washington, pour élire le président. Les votes seront ensuite dépouillés au Sénat et c’est son président, Mike Pence, qui proclamera les résultats…

Traduction

Les grands électeurs qui ne respectent pas leur engagement sont appelés en anglais faithless electors. On appréciera encore une fois la concision de l’anglais. Rendre cette expression d’une manière semblable en français n’est pas de tout repos.

On peut bien entendu recourir à des périphrases : les grands électeurs ayant modifié leur vote, ayant changé d’idée, ayant voté pour un autre candidat, ce qui rend bien le sens de l’anglais.

Ce qu’on appelle en québécois des « vire-capot. »

Certains parleront de grands électeurs renégats, mais cette expression a une connotation très négative, bien qu’elle corresponde à la définition que donne le Larousse du mot renégat : « Personne qui a abandonné, trahi ses opinions, sa religion, son parti. »

Pourrait-on aussi parler de grands électeurs infidèles? De grands électeurs déloyaux? Cette dernière expression me parait intéressante.

Mentionnons, en terminant, que seulement 165 grands électeurs dans toute l’histoire des États-Unis n’ont pas respecté leur engagement. (Aucun d’entre eux n’a été assassiné.)

Le site Slate.fr recense les expressions politiques américaines difficilement traduisibles. Il date de 2012 et est sujet à caution. Par exemple, il soutient que l’expression swing state ne se traduit pas, alors que l’on parle couramment des États clés. Une lecture néanmoins intéressante.

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Concession speech

Le candidat vaincu à un scrutin présidentiel aux États-Unis prononce un concession speech. Celui-ci relève d’une tradition et non pas d’une disposition de la Constitution américaine. Le candidat malheureux reconnait la victoire de son adversaire et le félicite.

Comment traduire cette expression?

De prime abord, on serait tenté par le calque, le grand ami des traducteurs paresseux et de certains logiciels de traduction automatique. Donc, discours de concession. Je ne doute pas que bien des langagiers renâcleront devant ce qui a toutes les apparences d’un calque servile.

Les langagiers favorisant cette traduction pourront faire valoir qu’une concession est, selon Le Petit Robert, « Le fait d’abandonner à son adversaire un point de discussion; ce qui est abandonné. » En quelque sorte une renonciation.  

Toutefois, le fait de perdre une élection présidentielle peut être difficilement ramené à l’abandon d’un point de discussion. Il s’agit d’une concession à la portée beaucoup plus vaste. C’est pourquoi cette traduction me parait quelque peu douteuse.

Les rédacteurs et rédactrices voulant s’éloigner de la formulation à l’anglaise pourront parler d’un discours de renonciation, une renonciation étant « Le fait de renoncer à un droit, à une charge. », nous dit le même ouvrage.

La personne qui perd l’élection subit une défaite; elle prononcera donc un discours de défaite. Certains voudront étoffer en disant un discours admettant la défaite, un discours suivant la défaite. Mais nous voilà au royaume de la périphrase, alors que nous cherchons une formulation brève, comme en anglais.

Mais s’agit-il véritablement d’un discours? Tout dépend de la longueur de celui-ci. Car on pourrait être tenté de glisser le mot allocution dans notre texte, une allocution étant un bref discours…

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Collège électoral

Les États-Unis aiment bien se présenter comme la plus grande démocratie au monde. Il est facile d’invalider ce sophisme, notamment en évoquant les obstacles multiples que les États du Sud élèvent pour empêcher les Noirs de voter; en pensant aussi à des files interminables en Géorgie pour aller voter par anticipation, après DIX HEURES d’attente. Sans oublier le fait que chaque État organise le vote à sa manière, ce qui entraine d’importantes distorsions dans la façon de voter. Et que dire d’un président qui annonce déjà que l’élection sera truquée s’il perd?

Mais le symbole le plus retentissant du caractère antidémocratique du système américain se résume en deux mots : collège électoral.

Sur le plan linguistique

En anglais, on parlait de College of Electors, terme qui a évolué pour devenir Electoral College. En français : collège électoral. Ce dernier réunit 538 personnes, appelées electors en anglais et grands électeurs en français.

Comme on le voit, le français diffère sensiblement de l’expression anglaise, pour qui le mot electors ne peut que qualifier le groupe de personnes élisant le président des États-Unis, et non pas les voters, ceux qui vont aux urnes. Dans notre langue, il serait imprécis de parler des électeurs, à cause du risque de confusion évident entre les deux groupes. Par conséquent, ce sont des grands électeurs qui siègent au Collège électoral.

Origines

Avant les élections accidentelles de Donald Trump en 2016 et de George Bush fils en 2000, peu de gens savaient que le président des États-Unis était élu au suffrage indirect, par un groupe restreint de personnes. Je dis « accidentelle » parce que Bush et Trump représentent les deux cas les plus récents où le candidat choisi par le Collège électoral ne correspond pas à celui qui aurait dû être porté au pouvoir, en tenant compte du suffrage populaire.

En effet, Hilary Clinton a obtenu 2 868 686 votes de plus que son rival; mais elle a perdu le scrutin au Collège électoral ne remportant que 227 votes, contre 304 pour Trump.

Une question nous vient tout de suite à l’esprit : pourquoi ne font-ils pas comme les Français en élisant leur président au suffrage direct? Pourquoi un collège électoral?

Pour y comprendre quelque chose, rappelons que la Révolution américaine était dirigée contre le roi britannique George III, perçu comme un dictateur sourd aux revendications des colons américains. La crainte de porter au pouvoir un dictateur est devenu l’obsession de ceux que l’on appelle les pères de la démocratie américaine.

L’un des penseurs de cette démocratie, Alexander Hamilton, a écrit que le peuple n’avait pas le discernement nécessaire pour éviter de choisir un démagogue susceptible de détourner le système politique à son avantage. Il fallait donc un corps de sages qui élirait à sa place le président des États-Unis. Nos voilà dans la République de Platon.

Aveu d’une candeur consternante. Nous sommes la meilleure démocratie au monde, mais on ne fait pas confiance aux électeurs. Dans n’importe quel autre pays démocratique, on se serait débarrassé depuis longtemps de cette institution viscéralement antidémocratique (Platon n’était pas un partisan de la démocratie; il souhaitait plutôt qu’une élite éclairée dirige la cité).

Mais voilà, les États-Unis ont beau être issus d’une révolution, ils n’en demeurent pas moins un pays extrêmement conservateur, en rupture quasi-totale avec toutes les démocraties occidentales, que ce soit sur le plan social ou politique.

Un collège parfaitement antidémocratique

Le peuple américain ne vote pas pour Biden ou Trump, il vote pour une liste de personnalités démocrates ou républicaines qui elles vont choisir le président des États-Unis. Si vous votez pour Biden, vous choisissez la liste des futurs grands électeurs démocrates de votre État qui voteront pour Biden à votre place…

Il est important de comprendre que les grands électeurs ne sont pas des politiciens professionnels. Ils sont choisis par les partis qui veulent honorer des membres éminents. Ils votent une seule fois, dans leur État et pas à Washington, et ensuite leur rôle prend fin. Ils rentrent chez eux. Croyez-le ou nom, le Collège électoral ne se réunit jamais, puisque les grands électeurs votent dans leur État. Les bulletins sont envoyés à Washington et dépouillés au Sénat, au début de janvier.

Dans chaque État, les 10, 25 ou 38 grands électeurs vont au parti qui aura recueilli le plus de votes, peu importe le pourcentage de vote obtenu. Par exemple, le parti qui remporte le scrutin en Californie rafle tous les 54 grands électeurs de cet État. On comprend maintenant l’importance accordée au vote par État dans un scrutin présidentiel, puisque chacun d’entre eux est un coffre au trésor de voix au Collège électoral.

Le scrutin présidentiel semble se faire à l’échelle du pays, mais ce n’est qu’illusion. C’est le résultat par État qui scelle l’issue du vote. Le pourcentage de votes recueillis à l’échelle nationale n’a aucune importance.

Répartition des grands électeurs

Chacun des États américains reçoit un nombre de grands électeurs équivalant au total de membres du Congrès qu’il élit. Par exemple, le Delaware compte trois grands électeurs, soit le nombre de représentants (1) et le nombre de sénateurs (2), pour un total de 3. Je le répète, ce ne sont pas les sénateurs et les représentants qui votent au Collège électoral, mais bien les personnes dont le nom est inscrit sur la liste de trois personnes qui est soumise par chacun des partis aux électeurs. Vous ne votez pas pour Trump, mais pour la liste républicaine : Johnny B. Goode, Smoky Joe Wood et Peter Gunn.

De prime abord, ce système semble équitable, mais en fait il ne l’est pas réellement. Le Congrès des États-Unis est le fruit d’un compromis : le nombre de députés à la Chambre des représentants est en proportion de la population, tandis que le nombre de sénateurs est fixé à deux pour tous les États, grands ou petits. Ce qui revient à dire que des États ruraux et moins peuplés comme le Wyoming sont légèrement surreprésentés parce qu’ils ont un nombre de sénateurs équivalent à celui de plus grands États, comme New York ou la Californie.

Or, les États ruraux sont à la fois beaucoup nombreux, et plus conservateurs, que les États urbains; par conséquent, ils ont plus tendance à voter pour les républicains. Les politicologues estiment qu’un candidat démocrate a besoin d’une avance d’au moins 3 ou 4 pour 100 au vote populaire pour être sûr de devancer un candidat républicain au Collège électoral. En termes clairs, le vote est pipé d’avance en faveur des républicains. Une démocratie-modèle, vous dites?

Abolir le Collège électoral?

Il n’est pas étonnant que ce système bancal ait été remis en question au fil des décennies. Le président Jimmy Carter a proposé d’abolir le Collège en 1977 et d’élire le président au suffrage universel direct, pour éviter qu’un candidat n’ayant pas remporté la majorité du vote populaire devienne président, comme cela s’était déjà produit trois fois à cette époque.

Les conséquences de cette éventuelle abolition seraient considérables. Les grands centres comme Los Angeles, New York, Chicago gagneraient en influence, tout comme les grands États comme le Texas, la Californie, etc. Qui alors se préoccuperait du vote à Hawaii, en Utah, en Caroline du Sud? Le problème devient hautement politique quand on sait que les grands centres en question votent surtout démocrate…

On voit tout de suite que les plus petits États n’ont pas intérêt à changer le système actuel.

Comme si ce n’était pas assez compliqué, l’abolition du Collège électoral requiert que l’on modifie la Constitution, un processus laborieux.

En gros, un amendement doit être adopté par les deux tiers des chambres du Congrès, ou encore par les trois quarts des législatures des États. Dans le premier cas, il faudrait que les élus manifestent une volonté réelle de réforme, ce qui, dans les circonstances actuelles, est difficilement concevable. Dans le second, il faudrait qu’un grand nombre d’États ruraux acceptent une perte importante de leur influence dans l’élection du président, ce qui tout aussi inconcevable.

Ce n’est donc pas la veille que le Collège électoral sera aboli.

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Les États américains en français

Faut-il franciser la graphie du nom des États américains? C’est une fausse question. En géographie, TOUT peut être francisé, à la condition de le vouloir. Y compris Oregon et Hawaii.D’ailleurs, bon nombre d’États ont vu leur nom francisé : la Californie, la Caroline du Nord, le Nouveau-Mexique, le Dakota du Sud, la Virginie-Occidentale, entre autres. Sans compter la Louisiane, fondée par les Français et dont la capitale, Bâton-Rouge, s’énonce en français, tout comme la ville principale, La Nouvelle-Orléans.

Dans un article précédent, j’ai déjà évoqué les cas de Détroit et Bâton-Rouge, jadis orthographiés à la française, mais écrit depuis quelques décennies à l’anglaise dans les ouvrages français : Detroit, Baton-Rouge. Une honte.

Un lecteur m’interroge à propos de la graphie d’Oregon et Hawaii. Il aurait pu également aborder les termes suivants : Nebraska, Nevada. Pourquoi ne prennent-ils pas l’accent? Après tout, on en met déjà un à Géorgie – si, si, on l’écrit à la française, voir mon article à ce sujet. La traduction des toponymes américains est entachée d’illogismes de toutes sortes. Par exemple, nous avons le Nouveau-Mexique mais le New Hampshire et le New Jersey; on emploie l’article défini pour le Colorado, mais pas pour les États de Washington et New York. Serait-il illogique de dire le New-York et le Washington ?

À propos de la Grosse Pomme, n’oublions pas qu’elle s’appelait jadis la Nouvelle-Amsterdam, parce que fondée par les Néerlandais. La vente du territoire aux colons états-uniens a entraîné un changement de nom : New York, jadis orthographiée avec le trait d’union : New-York.

Ne serait-il pas plus logique de franciser la graphie de tous les toponymes d’États américains? Je pense que oui. Ces graphies seraient-elles inusitées? Sûrement pas. En effet, le Petit Larousse a entrepris il y a quelques années de franciser l’orthographe de certains pays pour la rendre plus conforme à la logique de notre langue. Sont apparus : Nigéria, Libéria, Vénézuéla, Guatémala, qui allaient dans le même sens que Monténégro, francisé depuis belle lurette.

Dans le même esprit, on pourrait écrire Nébraska, Névada, Orégon, Hawaï. (et non Hawaii). Et, quant à y être, le Nouveau-Jersey, le Nouveau-Hampshire.De fait, la plupart des lecteurs n’y verraient que du feu.

Comprendre et traduire les États-Unis

 

Ce blogue existe depuis mars 2013. J’y ai rédigé de nombreux articles sur les réalités américaines, que ce soit le fonctionnement des institutions, la toponymie, la mentalité américaine, la politique de cette superpuissance qui ne finit jamais de nous étonner.

Voici les liens vers tous mes articles portant sur les États-Unis.

Le 20 janvier suivant l’élection présidentielle, le gagnant est assermenté lors d’une cérémonie faussement appelée inauguration.

Le président réside à la Maison-Blanche. Origines du nom et orthographe.

Le candidat défait lors d’une élections présidentielle prononce un concession speech.

Le Collège électoral : origines et fonctionnement.

Les institutions américaines.

Un président ne jouit pas de pouvoirs illimités. Au contraire, il est bien surveillé.

Les habitants des États-Unis sont appelés Américains. C’est un faux sens passé dans l’usage. Peut-on lui substituer États-Uniens  est-il un substitut acceptable pour Américains?

Pourquoi parle-t-on maintenant des Amériques ?

Pourquoi les Américains mettent-ils le singulier après United States?

Les noms des États américains en français

Détroit s’écrit avec un accent aigu, point à la ligne.

Comment énoncer le nom des États américains?

L’adjectif US est-il correct en français? Comme dans le dollar US.

Traduire les toponymes aux États-Unis n’est pas aussi simple qu’on le croit.

Le phénomène des tueries aux États-Unis est récurrent. Comment expliquer l’inertie du gouvernement et du Congrès?

L’ère Trump…

Une période sombre de l’histoire américaine. Une source d’innovation sur le plan du vocabulaire.

 Dès la première semaine de règne, on accusait déjà Trump de faire du gaslighting. De quoi s’agit-il? 

L’administration Trump a menti systématiquement, du début à la fin. C’est alors qu’est apparue la post-vérité. L’Oxford Dictionary en a fait le mot de l’année 2016.

Sans oublier les faits alternatifs

 

Les faits alternatifs

La délirante conseillère du président américain a introduit cette expression drôlatique dans une entrevue avec les médias. Kellyann Conway ne se doutait pas du retentissement qu’aurait son néologisme.

La traduction la plus facile est les faits alternatifs. Quand on traduit, il est toujours tentant de calquer l’anglais pour aller plus vite. Bon nombre de lecteurs ont eu des idées plus créatives : vérité négative, de rechange; envers de la vérité; autre vérité; faits parallèles, etc.

La traduction la plus simple et la plus directe serait tout simplement mensonges.

Je voudrais maintenant me pencher sur le mot alternatif.

Il est encore critiqué par beaucoup, mais force est de reconnaître que son emploi s’est généralisé, dans le sens de solution de rechange.

Comme le précise le Robert :

Qui constitue une solution de remplacement… Qui, par sa pratique, propose d’autres choix que ceux imposés par les société industrielles et technologiques, par la société de consommation.

Le dictionnaire donne comme exemples médecine alternative. En politique on parle des mouvements alternatifs.

Les soi-disant faits alternatifs sont-ils des faits de rechange? Beaucoup tiqueront.

Les rédacteurs de tout acabit hésiteront sans doute à parler de mensonges, malgré leur hostilité évidente envers le nouveau président américain. Ceux qui voudront éviter la tournure douteuse des faits alternatifs pourront toujours puiser dans les possibilités énoncées ci-dessus.

Rappelons-nous que cette novlangue, inspirée d’Orwell, a commencé par le mot de l’année 2016 : post-vérité. Voir mon article à ce sujet.

Cérémonie d’inauguration

Le 20 janvier prochain se déroulera une cérémonie au cours de laquelle le président élu des États-Unis prêtera serment, avant de prendre ses fonctions.

Les journalistes canadiens seront encore une fois tentés de suivre la démarche de l’anglais, sans se poser de question. On risque d’entendre nos médias parler de la cérémonie d’inauguration du nouveau président.

Cette expression ne passe pas en français. Dans notre langue, on inaugure un bâtiment, comme en témoigne Le Petit Larousse :

Cérémonie, acte par lequel on procède officiellement à l’installation, à la mise en service d’un monument, d’un édifice, d’une construction, etc. : Inauguration d’un établissement scolaire.

Comme on le voit, on n’inaugure pas un président.

Jadis, le terme inauguration était utilisé pour des personnes. Mais, nous précise Le Trésor de la langue française, il s’agissait d’une « Cérémonie religieuse qui se pratique au sacre, au couronnement des souverains. L’inauguration d’un empereur. » L’ouvrage souligne que cet emploi est vieilli.

Le nouveau président prêtera serment sur les marches du Capitole. Il s’agit donc d’une cérémonie d’assermentation.

Peut-on dans ce cas précis parler d’investiture? Pas vraiment.

Au sens moderne, une investiture est un acte par lequel un parti politique désigne un candidat à une élection. Par exemple, Mme Clinton a été investie par le Parti démocrate. Une investiture peut aussi être définie par la confiance que vote un Parlement à un gouvernement ou un premier ministre. Ce dernier est investi de la confiance de la Chambre.

Souhaitons que nos scribes nous épargnent leur cérémonie d’inauguration ou cérémonie d’investiture. Je suis d’un optimisme très prudent.

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