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Partager le délire

Dans ce délire collectif qu’on appelle « usage », le verbe partager a pris son envol dans un tourbillon stratosphérique qui défie tout entendement. La contamination par l’anglais n’est plus un simple symptôme, mais une pandémie.

Dans le Devoir d’aujourd’hui, on rapporte le commentaire de la ministre Julie Boulet à propos de la procureure Sonia Le Bel qui défendra les couleurs de la CAQ aux prochaines élections. La ministre soutient que Mme Le Bel n’a pas l’air sympathique et elle ajoute : « Tout le monde le partage. »

Obnubilée par l’omniprésent partager, la ministre a oublié le verbe penser. « Tout le monde le pense. » Une phrase toute simple, pourtant.

Autre exemple. L’amusant film De père en flic. L’inénarrable Louis-Josée Houde qui s’exclame : « Il me le partage! » après que son père lui eut confié un secret. Les scénaristes ont-il oublié l’existence du verbe dire? « Il me le dit, par dessus le marché! » Une belle phrase, bien appuyée, avec le bon verbe.

Mais c’était peut-être trop recherché, au fond. Le bon public n’y a probablement vu que du feu, abreuvé qu’il est par la prose médiatique dans laquelle ne semble plus exister le moindre filtre. Animateurs et rédacteurs nous bombardent de partager à tous les jours et à toutes les sauces.

On partage des récits, des commentaires, des images, etc. Pire encore, on se les partage.

Car l’usage a fini par adopter la forme réflexive qui, sans doute pour bien des gens, renforce le propos. Elle devient, en quelque sorte, partager sur les stéroïdes.

Entre amis, on partage une bouteille vin; est-ce que se la partager la rendrait plus gouleyante, plus tannique?

Les plus curieux voudront peut-être relire mon article initial sur ce mot, dont le sens véritable en français, on l’oublie de plus en plus, est de diviser en plusieurs parties.

Mais, au fond, ce rappel semble de nos jours complètement dépassé.

Donner sa langue au chat

La révolution informatique qui se déroule sous nos yeux a transformé notre façon de vivre. Je me désole d’accourir à mon téléphone intelligent dès que j’entends l’alerte d’un nouveau courriel, d’un texto ou d’un j’aime sur Facebook (pour le plus grand plaisir de toutes les entreprises qui m’espionnent).

J’ai l’impression d’être un chien qui réagit à l’appel de son maitre. Suis-je devenu un cyberzombie?

Les lecteurs européens s’étonneront, voire s’amuseront, des expressions imprimées en gras. Devant ces termes énigmatiques, ils seront tentés de donner leur langue au chat. Ce sont pourtant les termes que l’on utilise au Québec pour smartphone, email, SMS et like.

Le mot chat lui-même pose maintenant problème. De côté-ci de l’Atlantique, ce mot renvoie à un félin, alors qu’en Europe il désigne une conversation en direct entre internautes. Bref, un envoi rapide de courriels. Ce qu’on appelle au Québec le clavardage.

Clavardage est un ingénieux mot-valise. Il combine clavier et bavarder. Or, quand on chatte, on bavarde justement par claviers interposés. Courriel relève de la même logique : courrier électronique.

Mais voilà, ce ne sont pas des mots anglais et c’est pourquoi ils sont considérés comme des curiosités en Europe. Le Robert leur appose l’étiquette de « régionalismes ».

La traduction en français de néologismes est une spécialité au Canada. La survie du français en Amérique du Nord passe par la traduction systématique des expressions nouvelles issues du monde anglo-saxon. Et, ne soyons pas modestes, nos traductions sont souvent très inspirées.

Je le réitère : la situation est très différente en France, en Belgique et en Suisse; le besoin pressant de traduire y est beaucoup moins présent. En outre, l’anglais américain y brille de mille feux. On enfile les anglicismes dans la conversation comme des perles dans un collier.

Il est quand même triste de voir que nos efforts de traduction et de francisation suscitent aussi peu d’intérêt sur le Vieux Continent.

 

 

 

SMS

Le monde vibre aux textos, ces courts messages envoyés par téléphone portable. Nos appareils en ronronnent de plaisir.

Assez curieusement, les textes européens parlent surtout de SMS, autre anglicisme qui fait vibrer nos cousins d’outre-mer. Et surtout autre sigle dont le français pourrait se passer. Voir mon article sur l’invasion des sigles.

SMS est un sigle anglais signifiant Short Message Service. Ce terme se voit en anglais, certes, mais on parle aussi de text message, qui a donné le verbe to text.

Les entreprises de téléphonie utilisent l’expression messagerie-texte. En outre, on entend couramment dans les conversations texter un ami, j’ai reçu un texto. D’ailleurs, texto est inscrit au dictionnaire; il s’agit d’une marque déposée, lexicalisée, que l’on écrit avec la minuscule initiale. C’est bel et bien un mot français.

En somme, le SMS anglais n’est pratiquement pas utilisé au Québec et au Canada; sa prolifération en Europe étonne. Car il faut préciser que le sigle s’affiche aussi fièrement en allemand, espagnol, italien, turc, suédois…

SMS, heureusement ou malheureusement, ne se décline pas en verbe. Texter un ami devient quelque peu barbare si on recourt au sigle : je SMS(se) un ami. Quant à y être : je essemesse un ami. Je texte un ami devient nettement plus simple, mais il implique de parler de texto.

Une tempête dans un portable? Pas de quoi poster à sa mère? Peut-être. Mais une très bonne chose que SMS reste lettre morte de ce côté-ci de l’Atlantique. On n’en a vraiment pas besoin, point à la ligne.

Pin’s

Le phénomène des anglicismes en Europe francophone ne cesse de prendre de l’ampleur. Les communicateurs s’efforcent sans arrêt de glisser des mots anglais qu’ils arrivent très mal à prononcer, d’ailleurs. Les titres de séries de télévision américaines et anglaises ne sont plus traduits, tandis que des films voient leur titre original retraduit en anglais parisien. Le ridicule ne tue pas. Ce n’est pas un serial killer.

Certains anglicismes prennent leur place dans notre langue parce qu’ils comblent une lacune : raid, snob, leadership, hamburger, timing, camping. Ils se joignent à tout un cortège de mots que le français a empruntés à l’espagnol, l’allemand, l’arabe, le turc, le russe, etc. Ils sont les bienvenus dans notre langue. D’autres anglicismes sont inutiles et déclassent des mots français, comme sniper, listing, planning.

Le mot pin’s est une curiosité. Tout d’abord, il n’est pas indispensable, car on peut dire épinglette, qui est la recommandation officielle et qu’on utilise couramment au Canada. Ensuite, l’apostrophe suivie du s étonne. Étonne beaucoup, même.

En anglais, cette apostrophe indique le possessif. Ce que l’on dit littéralement c’est « de l’épinglette ». Mais quoi au juste? La couleur, la taille?

Pas surprenant que le Robert qualifie pin’s de « faux anglicisme ». En effet, la faute n’échappe pas à toute personne qui parle anglais. Ce qui n’est pas le cas de toutes celles qui arborent fièrement « un pin’s ».

 

Délivrer

Traductrices et traducteurs, soyons délivrés de… délivrer.

Non qu’il s’agisse d’un mal absolu, mais ce dangereux faux ami continue de faire des ravages.

Observons deux anglicismes populaires : délivrer un discours, délivrer un message.

Toute personne maîtrisant un tant soit peu le français a le réflexe de chercher les bonnes cooccurrences. Que fait-on avec un discours? On le prononce, on l’adresse; à tout le moins, on le fait.

Peut-on livrer un discours? Il semble bien que non. Cette expression ne figure pas dans le Dictionnaire des cooccurrences de Beauchemin pas plus d’ailleurs que dans le Trésor de la langue française.

Quant au message, on le communique, on le transmet ou on le lit, etc.

Le sens anglais de deliver offre de belles possibilités de calques, à commencer par une épicerie qui délivre… La ressemblance entre délivrer et livrer nous joue de mauvais tours.

Une brève consultation du Guide anglais français de la traduction, de René Meertens, est éclairante. Le premier sens donné à deliver est libérer, délivrer, ce qui correspond au sens français de tirer de sa captivité. Mais très vite, on s’écarte du français. Pour des marchandises, on dit livrer; le courrier et les journaux sont distribués; un message est acheminé; des services sont offerts, fournis.

L’expression anglaise deliver the goods est un bel appât pour tous les francophones anglicisants. Combien de fois entend-on un peu partout livrer la marchandise? Calque grossier, énorme qui traduit aussi bien un asservissement à l’anglais qu’une certaine ignorance du français.

Certains malicieux objecteront que l’auguste Paul Claudel a bel et bien utilisé l’expression : « Les circonstances m’ayant introduit dans le métier diplomatique, j’ai considéré que l’honnêteté m’obligeait, comme disent les Américains, à « délivrer la marchandise », à donner le principal de mes forces au patron. »

Le futur Immortel a tout simplement commis une bourde de traduction qu’il a eu la sagesse de mettre entre guillemets. D’ailleurs, il se corrige tout de suite, flairant l’anglicisme.

Une personne tiendra ses promesses, respectera sa parole. Bref, comme le signale Luc Labelle dans son merveilleux ouvrage Les mots pour le traduire, elle a été à la hauteur des attentes.

 

 

Silo

Les anglophones sont les peintres de la langue. Ils aiment dépeindre la réalité avec des couleurs réalistes. Leur langue est imagée, là où le français est abstrait. Quand nous disons imperméable, ils répondent raincoat. Une housse est un seat cover.

Lorsqu’ils veulent décrire un phénomène, ils l’illustrent. Ainsi en est-il de l’expression working in silo, rapidement devenue chez nous travailler en silo.

Calquer servilement l’anglais, sans jamais se poser de question, est un fléau chez tous les rédacteurs. Soyons honnêtes : la tentation est forte parce que l’anglais est descriptif, parfois percutant. En français on cherche le même effet.

Ce faisant, on s’écarte de l’esprit de notre langue. Obnubilés que nous sommes par l’image que nous propose l’anglais, nous n’arrivons plus à imaginer d’autre façon de nous exprimer.

Et pourtant, il y en a. Sortons le français du poulailler dans lequel silo nous enferme.

Une personne travaillant en silo travaille en vase clos, en isolement.

Lorsque plusieurs services d’une entreprise fonctionnent en silo, ils sont cloisonnés, isolés. On peut dire que ces services sont compartimentés. Les silos eux-mêmes peuvent être qualifiés de compartiments, à la rigueur des chasses gardées.

Un peu d’imagination ne fait pas de tort. Une traduction glanée sur Tradooit :

But we have to start thinking outside silos : mais nous devons commencer à sortir de notre tour d’ivoire.

Souhaitons qu’elle fasse école. Le français est une terre fertile.

Pathétique

Une personne est pathétique. Qu’est-ce que cela signifie au juste?

Une personne qui a subi un grave accident d’automobile et doit être amputée. Est-elle pathétique? Un président déséquilibré qui se prend pour un génie est-il pathétique?

Vous avez un texte incompréhensible à traduire, êtes-vous pathétique? À moins que ce ne soit le client…

Il est de ces expressions qui survolent notre ciel mais dont on n’arrive pas toujours à bien saisir le sens.

Le Petit Robert vient à notre secours : « Qui émeut vivement, excite une émotion intense, souvent pénible (douleur, pitié, horreur, terreur, tristesse). »

Donc, une personne amputée suscite sans aucun doute une émotion intense; on peut donc affirmer que sa situation est pathétique. Et elle aussi, par conséquent.

Quant à notre président à tous (la géopolitique étant ce qu’elle est…), je vous laisse décider.

Pensons à notre traductrice confrontée à un texte charabiesque, un torchon mal écrit et bourré de sigles. On peut penser qu’elle est pathétique si elle est complètement atterrée devant la tâche à accomplir… Mais que penser du client? Lui aussi, puisqu’il suscite une émotion intense mêlée d’horreur…

L’anglais reprend le sens du français, mais il en élargit le champ sémantique. Le Collins introduit la nuance suivante : « If you describe someone or something as pathetic, you mean that they make you feel impatient or angry, often because they are weak or not very good. »

L’observateur considérera une personne pathétique au sens anglais comme dérisoire, misérable, pitoyable.

You’re pathetic – Tu me fais pitié.

L’anglais est marqué par un jugement, une désapprobation marquée. Des excuses peuvent être pathétiques, des tentatives de s’exprimer en public.

La prudence s’impose lorsqu’on utilise cet adjectif.

Smartphone

Petite visite au royaume de ces naïfs de Québécois (selon bien des gens) qui essaient de tout traduire.

Tout le monde a pris conscience de l’esclavagisme numérique (et non digital, monsieur le Président de la République) qui frappe la Terre entière. Peu à peu, nous devenons des zombies errant dans les villes, le nez collé sur notre téléphone portable.

Ces appareils, appelés smartphones en anglais, ne sont plus vraiment des téléphones. À moins de spéculer à la Bourse, de brasser des affaires à l’échelle internationale, d’être courtier en immeuble, nous utilisons rarement cet appareil maléfique pour passer des appels.

La technologie en a fait un appareil multifonctions. Certains suggèrent d’ailleurs de l’appeler téléphone multifonctions. Grâce à lui, on peut prendre des photos, calculer le pourboire sur la note au restaurant, s’en servir comme lampe de poche, vagabonder sur la Grande Toile, jouer à des jeux en ligne, texter, etc.

Nous avons donc un téléphone qui sert rarement à appeler. Il est même un peu original, pour ne pas dire ringard, de l’utiliser ainsi. Tous les jeunes vous le diront, on ne s’appelle plus, on ne s’envoie même plus de courriels (traduction ingénieuse de l’affreux e-mail). Non, maintenant ce sont des textos. Ces phylactères parfois amusants qui font ronronner notre appareil. En Europe, on préfère le sigle anglais SMS. Ceux qui me lisent régulièrement savent que j’abhorre les sigles, qu’ils soient anglais ou français.

On objectera que texto est une marque. Et alors? Il rejoindra frigidaire, kleenex… et bien d’autres.

Dans les faits, le smartphone est un mini-ordinateur que l’on trimbale partout. En Europe, on a suggéré ordiphone, qui n’a aucune chance de percer.

L’anglicisme smartphone ne fait pas recette au Canada français. Comme il arrive souvent, les Canadiens ont commis l’hérésie de traduire, ce qui a donné téléphone intelligent, pour le meilleur et pour le pire. Bien entendu, il s’agit d’un calque servile de l’anglais.

Le problème tient au fait que cet appareil est officiellement un téléphone… alors qu’il n’en est plus un… du moins pas tout à fait. Mais dès que l’on cherche une appellation plus juste, on dérape. Que diriez-vous de miniterminal ou terminal de poche? Et pourquoi pas ordi de poche, cyberphone? J’aime bien ce dernier, mais soyons réaliste. Beaucoup voudront se faire couper la langue plutôt que de prononcer ce mot…

Dans l’usage québécois, on parle aussi de téléphone portable, étant entendu que ce type d’appareil est presque toujours… un smartphone. Technologie fait loi. Le mot portable s’emploie aussi pour un ordinateur, ce qui peut entraîner une certaine confusion.

 

Entrevue

L’anglicisme interview est utilisé au Québec, comme ailleurs dans la francophonie. Toutefois, le réflexe de survie typique de nos contrées nordiques a imposé une traduction que l’on voit plus souvent qu’interview : entrevue.

Alors si vous lisez dans un de nos journaux que le premier ministre Trudeau a accordé une entrevue au journal La Presse, il ne faudra pas vous en étonner. Il s’agit bel et bien d’une interview.

La traduction de ce terme avait d’ailleurs ravi Bernard Pivot, qui la trouvait rafraîchissante.

Mais, comme on dit, toute médaille a son revers. Si on peut affirmer que La Presse a interviewé Justin Trudeau, il serait cocasse de dire que les journalistes l’ont entrevu. À moins, bien entendu, de l’avoir croisé dans l’ascenseur.

Les efforts héroïques de ce côté-ci de l’Atlantique pour ériger des barrages pour contrer le déferlement de la terminologie anglaise ne sont pas toujours entièrement réussis.

Prochain article : smartphone, quand vous aurez fini de cuver votre vin… Joyeux Noël.

Faux amis

L’un des problèmes récurrents au Canada est l’emploi constant de faux amis. Ces « vrais ennemis » figurent, avec les calques syntaxiques, parmi les pièges les plus insidieux qui menacent le français canadien. On pourrait écrire une infinité d’articles sur le sujet.

Un faux ami est un mot commun à deux langues, mais dont le sens diffère en totalité ou en partie.

Petit tour d’horizon de ceux que l’on voit le plus souvent ici.

Le verbe adresser en est un exemple parfait. En français on adresse une lettre; on s’adresse à quelqu’un. En anglais, le verbe a le sens particulier (et non restrictif) de s’adresser à quelqu’un ou encore de s’attaquer à une question, un problème.

Le faux ami nous mène à des formulations comme adresser une question (pire, une issue). Adresser une audience (deux pour le prix d’un!). Variante aussi inspirée de l’anglais : s’adresser à un problème. Vous parlez à vos problèmes, vous?

J’ai suivi quelques cours de psychologie à l’université et il est courant de parler d’adresser une problématique. À virer fou, comme on dit chez nous.

Continuons notre visite guidée. (Les termes soulignés ont fait l’objet d’un article distinct.)

Chers journalistes, une législation n’est pas une loi. C’est un ensemble de lois. La loi sur les services rendus à visage découvert n’est PAS une législation. C’est une loi, point à la ligne.

Dans le même ordre d’idées, une juridiction est un tribunal, pas un ordre de gouvernement. Le Québec, la Jamaïque, le Népal ne sont pas des juridictions, ce sont des États. La Cour d’appel est une juridiction.

L’Église catholique verse parfois des compensations à des victimes de sévices sexuels. Il serait plus exact de parler d’indemnisations, un mot qui semble oublié par les rédacteurs.

Questionner en est un autre qui a la vie dure. En français, on questionne un témoin, un professeur. Si on n’est pas d’accord avec quelqu’un, on remet en question ce qu’il dit.

Autre couac trop souvent lu ou entendu : supporter une cause. Ce verbe a fait recette et engendré des rejetons. Celui qui encourage une équipe est un supporter, parfois francisé en supporteur.

En anglais, une personne qui ne veut pas se commettre hésite à se prononcer. Mais en français, la même construction a un sens plus péjoratif. Se commettre, c’est tremper dans une affaire louche.

Sur un mode ironique, on pourrait dire qu’un politicien (anglicisme passé dans l’usage) ne veut pas répondre à une question embarrassante, car il s’est déjà commis…

La nomenclature pourrait s’allonger.

Heureusement, on peut parfois constater certaines améliorations. Je pense à déportation, contre lequel je livre un combat sans merci depuis une trentaine d’années. La nuance avec expulsion semble échapper à la plupart des gens.

Toutefois, il semble que les médias aient enfin (parfois en tout cas) compris que l’on expulse des immigrants illégaux. Si on les déportait, il faudrait les envoyer construire des routes au Nunavut… Gardons le mot déportation pour les cas dramatiques, comme celui des Acadiens, des Juifs, etc.

Bien entendu, comme je l’ai souvent expliqué, le Canada est beaucoup plus vulnérable aux faux amis et calques syntaxiques à cause de l’omniprésence de l’anglais. Toutefois, une amie française me signalait la dégradation de la langue en France. Vocabulaire et syntaxes s’atrophient, semble-t-il. Les structures de l’anglais commencent à s’infiltrer.

Vu d’ici, ce n’est pas aussi clair. En tout cas, le phénomène est naissant et n’atteint pas les proportions épidémiques du Canada. Mais j’ai effectivement capté quelques calques ici et là dans la traduction de certains films et téléséries. Par exemple dans The Crown, on parle de l’engagement d’une princesse, au lieu de ses fiançailles.

J’ai aussi trouvé énormément de faux amis et de calques de structure dans un manuel de psychologie traduit en Belgique. Une variété de pour un grand nombre de; des évidences au lieu des preuves; des conditions rencontrées, et non pas atteintes ou respectées.

Ce sont des fautes que l’on voit couramment au Canada, mais jamais en Europe. J’étais très surpris.

Puisque nous sommes dans le monde de l’édition, je suis sûr que bien des lecteurs ont constaté, comme moi, que les maisons d’édition québécoises laissent passer pas mal plus de fautes qu’avant. Je ne parle pas de simples coquilles, mais des fautes de toutes sortes, particulièrement des faux amis et des calques qu’on aurait jamais vu auparavant.

Je me trompe?