Category Archives: Anglicismes

Plan de contingence

La crise actuelle de COVID-19 met en évidence le manque de prévoyance des gouvernements face à une nouvelle pandémie. On a sabré dans les services de prévention des maladies parce que la recherche n’a pas d’effets spectaculaires qui peuvent ensuite servir d’argument en campagne électorale.

La cigale ayant chanté tout l’été, la voici maintenant confinée. Entretemps, les autorités publiques sont prises au dépourvu et élaborent des plans de contingence.

C’est bien mal connaitre le sens du mot contingence, qui est le « caractère de ce qui est contingent; éventualité que quelque chose arrive ou non », nous dit le Larousse.

On est donc loin du mot urgence. Force est de reconnaitre que nous avons affaire ici à un autre faux ami. Un plan de contingence n’est rien d’autre qu’un plan d’urgence. On pourrait aussi parler de plan d’intervention, de plan de secours.

Emphase

Tout le monde connait la tirade de Cyrano de Bergerac dans laquelle il décrit son nez comme un roc, un pic, un cap! Tous les acteurs ayant déclamé cette célèbre réplique parlaient avec emphase.

L’emphase, c’est une exagération pompeuse. Certains députés prononcent des discours avec emphase dans ce théâtre qu’est le Parlement. Derrière leurs paroles se cache une insistance, voire une exagération.

L’expression mettre l’emphase sur apparait donc tout à fait légitime. Pourtant, elle ne l’est pas. Mettre l’emphase sur quelque chose équivaut à faire une promenade dans Hyde Park… C’est une expression qui vient tout droit de l’anglais.

Heureusement, il est facile de l’éviter : insister sur, mettre l’accent sur, souligner, faire ressortir, mettre en évidence font très bien l’affaire.

Évitons que cet anglicisme courant ne devienne un pic, une péninsule, un continent…

Mettre l’épaule à la roue

Pour combattre la grippe de Wuhan, tout le monde doit mettre l’épaule à la roue… et éviter les anglicismes! Non, je blague.

Nous espérons tous atteindre bientôt le sommet (ou pic) de la courbe, si chacun met la main à la pâte.

Mettre l’épaule à la roue est une jolie expression, très imagée, comme il arrive souvent en anglais. On en devine les origines médiévales, un paysan pousse sur la roue de sa charrette embourbée. Aujourd’hui, ce serait son VUS…

Malheureusement, mettre l’épaule à la roue est un calque syntaxique de To put one’s shoulder to the wheel.  En français on dira pousser à la roue. La similarité des deux expressions n’échappe à personne. Encore une fois, il est probable que l’anglais se soit inspiré du français.

Heureusement, il est facile de se dépêtrer. Des tournures comme mettre la main à la pâte, s’atteler à la tâche, prêter main-forte nous évitent de nous embourber. En tenant compte du contexte et avec un peu d’imagination, on peut aussi dire contribuer, commencer le travail, se lancer, s’embrayer (!), apporter son aide, venir à la rescousse.

Lavez vos mains

Le message diffusé au public par les autorités québécoises affiche la consigne maintenant bien connue : Lavez vos mains. Cette consigne est certes pleine de sagesse mais elle infectée par le virus… de l’anglais.

Eh oui! Le Wash your hands ne part pas avec le savon. Il est inodore aussi.

En français, on dit : Lavez-vous les mains. C’est ce qu’on appelle un idiotisme, soit une façon particulière qu’a une langue de s’exprimer. Cet idiotisme ne peut être traduit intégralement. Imaginez en anglais : Wash yourself the hands…

Réflexions coronales

Nous sommes inondés d’informations sur cette pandémie et le point de saturation risque d’être atteint bientôt. Cette rubrique s’adresse donc aux irréductibles qui n’ont pas encore eu leur dose de coronanouvelles.

*** Je ne puis m’empêcher de saluer l’apparition d’un néologisme qui, il y a quelques mois, aurait été considéré comme un terme de science-fiction. Il s’agit de la téléconsultation. Les médecins veulent aussi se protéger, c’est compréhensible. Mais ils veulent aussi éviter que les patients se contaminent dans leur salle d’attente. Alors ils offrent maintenant des téléconsultations.

Certains y voient un signe de ce que nous réserve l’avenir.

*** Un autre phénomène facilement observable ces temps-ci, c’est le déni de la réalité, un mécanisme de défense répandu. Par exemple, le réchauffement climatique nous énerve parce qu’il remet en question notre mode de vie. Alors on nie son existence; on prétend que c’est un phénomène naturel qui n’est pas lié aux activités humaines. L’autre possibilité est de soutenir qu’il s’agit d’un complot des Chinois – encore eux! – pour déstabiliser l’économie occidentale. C’est ce qu’a déjà affirmé l’ancien premier ministre Stephen Harper.

L’histoire se répète avec le coronavirus. Malheureusement, les conséquences sont dramatiques quand des dirigeants importants nient la gravité de la situation. Comme on le voit, la réalité finit par les rattraper. Mais leur insouciance initiale aura de terribles conséquences qui se chiffreront peut-être en millions de morts. C’est ça qui arrive quand on s’en lave les mains.

Centers for Disease Control and Prevention

La crise mondiale provoquée par la COVID-19, la grippe de Wuhan, met sur la sellette les Centers for Disease Control and Prevention. Les langagiers se demandent immédiatement s’il existe un titre officiel en français; s’il faut traduire; si on peut traduire.

Les réponses à ces questions sont : non; oui; oui.

En clair, les Centers for Disease Control and Prevention peuvent sans hésitation être traduits par les Centres de prévention et de contrôle des maladies.

Un mythe

J’ai entendu souvent dans le milieu de la traduction le raisonnement suivant : le français n’est pas langue officielle aux États-Unis, donc il ne faut pas traduire le nom des institutions officielles.

C’est un sophisme qui ferait reculer d’horreur tous les philosophes de la Grèce antique (confinés dans l’agora à cause de l’épidémie…). Comme je l’ai répété maintes et maintes fois dans mes cours, on traduit les réalités étrangères en français. Autrement comment parler du Japon? De la Chine? De l’Argentine? De la Namibie? De la Russie? En nommant les institutions par leur nom original?

Cela ne tient évidemment pas debout. Dans les faits, on traduit le nom des organismes étrangers par pure nécessité, pour arriver à se comprendre, peu importe que le français soit ou non langue officielle.

Les États-Unis

Comme ce sont nos voisins immédiats, en plus d’être la première puissance mondiale, il est normal qu’un grand nombre de leurs institutions soient traduites. Des appellations comme Maison-Blanche, département du Commerce, Agence de protection de l’environnement, Réserve fédérale américaine, Congrès, Parti démocrate sont traduites sans que personne ne sourcille.

Certaines organisations ne voient pour ainsi dire jamais leur nom traduit : la Food and Drug Administration; la Drug Enforcement Agency; la National Highway Trafic Safety Administration.

Pourrait-on traduire ces noms? Bien entendu! Mais il faut être conscient que des traductions comme l’Administration des aliments et des produits pharmaceutiques, bien que parfaitement correctes, ne sont pas retenues dans l’usage. Pour des raisons mystérieuses, elles ne sont pas traduites. Il serait préférable d’employer l’appellation anglaise, quitte à mettre entre parenthèses la traduction.

Pour d’autres organisations, il y a flottement : tantôt leur nom est traduit, tantôt pas. Parmi elles : le Massachusetts Institute of Technology, la Central Intelligence Agency, la National Aeronautics and Space Administration, le Federal Bureau of Investigation.

Le plus souvent, on verra des sigles pour désigner ces organisations : MIT, CIA, NASA, FBI. Mais il arrive que l’on voie aussi des appellations comme l’Institut de technologie du Massachusetts, l’Agence centrale de renseignement, l’Agence spatiale américaine, le Bureau fédéral des enquêtes.

Le cas des Centres de prévention et de contrôle des maladies rentre dans cette catégorie. On voit souvent l’appellation anglaise, sûrement parce que le rédacteur ne sait pas trop quoi faire. Mais, au risque de me répéter, le français est parfaitement acceptable.

La majuscule ou pas?

Autre question fondamentale : si je traduis une appellation américaine, dois-je utiliser la majuscule même si ce n’est pas un nom officiel? La réponse est très simple. On écrit bel et bien la Maison-Blanche, le Congrès des États-Unis, le Parti démocrate, etc. Ce ne sont pourtant pas des noms officiels.

Il convient donc de traiter les noms traduits comme des appellations officielles, sans quoi votre texte pourrait manquer d’uniformité.

COVID-19 : le vocabulaire

Je vous invite à consulter l’intéressant lexique de la COVID-19 élaboré par la Terminologie du Bureau de la traduction : ici.

En cette période de pandémie mondiale de la COVID-19, certaines rectifications de vocabulaire s’imposent.

Pandémie et épidémie

À cause de la situation actuelle, nul n’ignore la distinction entre les deux termes. Si une épidémie est une apparition d’un grand nombre de cas de maladie infectieuse dans une collectivité, une pandémie touche une vaste région. Dans le cas de la grippe de Wuhan, comme il conviendrait de l’appeler, la pandémie est devenue mondiale.

Au sujet de l’abréviation COVID-19, on peut se demander si on se serait donné la peine de rebaptiser la maladie si elle était apparue au Congo, par exemple. J’ai bien l’impression qu’on s’en serait tenu à l’appellation grippe du Congo. Mais il ne faut pas froisser les Chinois; ces gens-là veulent sauver la face et, comme le savent les Canadiens, ils prennent des otages.

Plan de contingence

Un bel anglicisme à jeter avec les déchets biomédicaux. En français : plan d’urgence. Le mot contingence n’a pas vraiment le sens d’urgence dans notre langue. Est contingente une chose qui peut se produire ou non.

Dépister

Entendu aux informations d’Ottawa : « Ces personnes n’ont pas encore été dépistées. » Il aurait fallu dire qu’elles n’avaient pas été testées, examinées. On dépiste une maladie, pas des personnes.

Viro-anxiété

Une belle trouvaille sur Twitter. Quand on regarde tous ces braves gens qui dévalisent les supermarchés, il y a lieu de croire que ce néologisme a un bel avenir devant lui.  

Isolation

Anglicisme pour isolement.

Cluster

Un cluster est un groupe de personnes infectées par le coronavirus.

Distanciation sociale

Rendu parfois par éloignement social. Les deux expressions sont correctes. Le fait de se tenir à l’écart des rencontres sociales et de la fréquentation des lieux publics. Le fait aussi de garder une distance d’un mètre avec les autres personnes.

Téléconsultation

Le fait pour un médecin d’offrir des consultations téléphoniques au lieu de rencontrer les patients dans son cabinet.

Déconfinement

Apparemment un néologisme pour définir la fin de l’isolement des populations, après la pandémie.

COVID-19

La grippe provoquée le coronavirus a été baptisée COVID-19. Il s’agit d’une opération inédite à l’échelle mondiale pour éviter de parler de la grippe de Wuhan, comme on aurait dû continuer de l’appeler. Après tout, on a déjà eu la grippe espagnole – mal nommée, car elle n’a jamais commencé en Espagne. Ce pays a été le premier à en parler ouvertement, à l’époque où les nations en guerre censuraient l’information. Nous étions en 1918.

Donc, pour éviter de stigmatiser la Chine, l’OMS a choisi une appellation neutre, COVID-19. Comme on pouvait s’y attendre le sigle retenu est anglais : CO pour « corona », V pour « virus », D pour « disease ».

Pendant quelques temps, on a parlé du COVID-19, alors que cette appellation désigne la maladie liée au virus de Wuhan.

Pour une fois, Radio-Canada a rectifié rapidement et on peut espérer que les autres suivront la parade. Une épidémie linguistique a peut-être été évitée.

Poster

Il fut un temps où le verbe poster désignait l’action de mettre une lettre à la poste. Les temps ont bien changé. Tout d’abord parce qu’on ne met plus grand-chose à la poste et, surtout, parce que les médias sociaux ont radicalement changé la manière dont nous communiquons.

Je me rappelle ces correspondances aujourd’hui surannées avec des amis rencontrés en Europe; ces lettres écrites à la main sur papier fin et expédiées dans des enveloppes ultralégères frappées de l’appellation Par avion.

Avant qu’un jeune impudent ne s’écrie « Ok boomer », je passe au paragraphe suivant.

Poster à l’ère moderne

À l’ère des milléniaux on s’envoie des mails, bizarrement appelés courriels – ah ces Québécois, ce qu’ils sont ridicules; on partage des photos sur Instagram; on poste des commentaires sur Facebook.

Ce n’est qu’un aperçu de l’influence de l’anglais sur le vocabulaire de l’électronique.

Évidemment, le verbe poster vient directement de l’anglais. Il serait facile de le remplacer par publier, faire paraitre, afficher… Mais c’est trop simple et, surtout, on y perd l’incandescence de l’anglais, cette merveilleuse langue de l’Amérique…

Poster, et son substantiel post, sont entrés dans les dictionnaires français.

Le Robert : Introduire un article, une contribution, sur un groupe de discussion.

Larousse : Publier un article, un commentaire, une photo ou une vidéo sur un média Internet.

Un post est un message publié sur un forum ou un blogue… pardon, un blog.

Difficile de revenir en arrière, bien sûr, mais parler d’un billet, d’un article ou d’un commentaire est tout aussi compréhensible.

Profil bas

Pour tout langagier à l’esprit aiguisé, il ne fait aucun doute que l’expression Garder un profil bas vient de l’anglais To keep a low profile. La cause est entendue.

Les plus raffinés opteront pour une forme sensiblement différente : Adopter un profil bas; faire profil bas.

Comme on s’en doute, l’expression se voit fréquemment dans la presse française, mais un peu moins au Canada. Elle est entrée au Robert qui la signale comme anglicisme et aussi dans le Larousse.

On peut aisément lui substituer avoir une attitude discrète; se montrer réservé; essayer de ne pas se faire remarquer; se faire oublier.

Détail amusant, les dictionnaires ne recensent aucun profil haut, de quoi avoir le caquet bas…

Nominer

Depuis quelques années déjà, les termes nominer et nominé paradent dans le vocabulaire artistique avec la fierté d’un paon qui déploie son panache. J’en ai parlé, le vocabulaire du monde du spectacle est fortement influencé par l’anglais.

Les deux anglicismes qui font l’objet de cette chronique semblent heureusement en déclin. Un film qui est nominé est en réalité en lice, en compétition; il a été sélectionné.

Beaucoup diront en nomination. Puisque nominer et nominé sont des anglicismes, nomination doit l’être lui aussi. C’est du moins ce que je pensais. Après tout, nomination renvoie à l’action de nommer quelqu’un à un poste. Un film ou une actrice en nomination aurait donc remporté un Oscar ou un César.

Il semble bien que non. La Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française précise que nomination

outre le sens d’« action de nommer quelqu’un à un poste », connaît aussi un autre sens, peu connu au Québec, qui est celui de « mention ».

C’est pourquoi il est acceptable de dire qu’une actrice est en nomination pour un Oscar, de la même manière qu’on dirait qu’elle est en lice. Un film peut aussi recevoir trois nominations sans pour autant remporter un seul trophée.

L’anglicisme nominer dérive de l’anglais to nominate. Sa lente disparition montre que parfois les francophones tirent le rideau sur des anglicismes, somme toute, inutiles, l’engouement initial une fois dissipé.

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