Category Archives: Anglicismes

Le français au Québec et en France

En lisant mon fil Twitter, j’ai fait une constatation stupéfiante : des Québécois estiment qu’ils parlent mieux leur langue que les Français eux-mêmes!

Cette affirmation farfelue peut s’expliquer en partie par une ignorance crasse et par cette relation troublée d’amour-haine envers la mère patrie.

Dans plusieurs billets, j’ai reproché aux Français leur fascination infantile à la fois pour la langue américaine et pour cette nation phare qu’ils appellent « Amérique », c’est-à-dire les États-Unis. Ces commentaires ont pu laisser croire que je partageais cette vision négative de la France si courante au Québec, alors qu’il n’en est rien.

Une grande nation

S’en prendre systématiquement et aveuglément à la France, c’est renier sa propre mère. Je suis fier d’être un descendant de la France. Si cette dernière offrait la possibilité d’obtenir la double citoyenneté canadienne et française, sans devoir immigrer, je serais le premier à présenter une demande.

Les Français semblent l’oublier, mais ils possèdent une culture admirée partout dans le monde. D’ailleurs, la France est le pays le plus visité dans le monde et ce n’est pas uniquement à cause des vins et des fromages! La société française est extraordinairement raffinée. Que l’on pense à la littérature, l’architecture, la peinture, la mode ou le design.

Les Français ont du panache, ils sont fiers et cocardiers. Qui oserait le leur reprocher?

D’où l’étonnement que suscite au Québec leur fascination pour la langue anglaise.

Les anglicismes en France

La dénonciation des anglicismes qui pullulent en France fait consensus au Québec. Il est de bon ton de rapporter chaque nouvelle importation du vocabulaire américain dans la littérature aussi bien que dans les médias. Les moqueries fusent quant aux prononciations fantaisistes des termes anglais entendus à la télévision française. Comme dirait le loustic, c’est voir la paille dans l’œil du voisin en oubliant le poteau d’Hydro-Québec qui est planté de notre œil à nous.

En réalité, l’anglicisation du Québec est beaucoup plus profonde que celle de la France.

Disons-le clairement, les Français ont une bien meilleure maîtrise de notre langue, en dépit de leurs petites escapades anglophiles. Les Français parlent une langue fluide et nuancée; le vocabulaire est précis et nuancé, les phrases s’enchaînent sans heurt. Ils sont diserts au point d’en étourdir les Québécois.

Une telle aisance avec la langue se voit rarement au Québec. Adresser des reproches aux Français, qui parleraient moins bien que nous parce qu’ils disent parking ou week-end, relève du plus haut ridicule.

Le français au Québec

La situation est beaucoup plus préoccupante au Québec, car non seulement on y voit des emprunts lexicaux – souvent différents de ceux des Français – mais aussi des calques sémantiques et syntaxiques, eux bien plus insidieux. La menace est là.

Nous parlons une sorte de charabia franco-anglais que certains voudraient élever au rang de langue nationale. Un charabia au vocabulaire étriqué, ponctué d’anglicismes, d’impropriétés de toutes sortes. Une syntaxe bancale, comme une vieille bâtisse vermoulue sur le point de s’écrouler.

« La fille que je sors avec. »

« L’enjeu qu’il est question. »

Au Québec, le délabrement de la langue s’observe dans toutes les sphères de la société : parler mal n’est pas l’apanage des classes populaires, des gens moins instruits. Des professeurs d’université, des avocats, des gens d’affaires, des journalistes et des politiciens s’expriment atrocement mal. Pas tous, mais un grand nombre d’entre eux.

Le charabiamédia

À cela s’ajoute le charabia distillé par les médias; du kérosène lancé par des étourdis dans un brasier. Un exemple puisé dans un journal d’Ottawa : « Le conseiller municipal compte apporter l’item à la prochaine réunion du conseil. » Tout le monde a compris? Bring the item : soulever la question.

Vous en voulez d’autres?

« Le ministre n’a pas voulu se commettre. » – Il n’a pas voulu s’engager.

« La députée siège sur un comité. » – Elle siège à un comité.

« Le conseil scolaire est imputable de l’éclosion. » – Il est responsable.

Je pourrais en écrire des pages et des pages.

Certains mots sont tellement influencés par l’anglais, qu’il devient impossible d’en extraire le véritable sens français, tant l’usage est devenu confus. Par exemple le mot délai (échéance à respecter) est confondu avec le delay anglais (retard). Certaines phrases deviennent incompréhensibles si on ne parle pas anglais.

« Il y a eu de nombreux délais à l’aéroport. Cette grève pourrait occasionner des délais dans la livraison du programme (sic). »

Idem pour éventuellement (peut-être), confondu avec le sens anglais de « par la suite, finalement ».

Trop souvent, les médias québécois et canadiens-français contribuent à propager des fautes de langue qui, dans l’esprit populaire, sont frappées du sceau de l’acceptabilité, puisqu’on les entend partout sur nos ondes.

Cet amour-haine envers notre propre langue

Des commentateurs comme moi suscitent le mépris chez bon nombre de Québécois. Nous sommes des puristes, des chiens dans un jeu de quilles.

Car les Québécois cultivent une ambivalence troublante envers leur propre langue. Nous parlons la langue de nos ancêtres et de la mère patrie qui nous a abandonnés à la Grande-Bretagne en 1763. Derrière la langue française se cache un ressentiment envers la France, ce qui mène à des situations absurdes.

Incroyable mais vrai, parler correctement, sans affectation, est mal vu. On se fait reprocher de parler comme des Français, des gens suffisants par définition. L’érudition suscite la méfiance, trop souvent.

Cette étrange attitude s’abreuve à un climat d’anti-intellectualisme typique en Amérique du Nord. Si les présidents français se font une gloire de discuter de littérature, d’écrire eux-mêmes leurs livres et de faire construire une grande bibliothèque pour les générations futures, notre premier ministre François Legault se fait reprocher de lire des livres québécois avant d’aller au lit! Des contempteurs de toute forme de culture lui ont dit d’arrêter de perdre son temps ainsi et d’administrer le Québec.

En fait, les leaders politiques québécois se gardent bien de parler de leurs goûts littéraires, de peur d’être accusés de snobisme. Les Québécois, contrairement aux Français, manquent d’assurance. Toute personne un peu trop sûre d’elle-même dérange. On préfère le nivellement par le bas, d’où cette tendance pour des gens plus instruits à parler comme des prolétaires pour se faire accepter par tout le monde.

À l’université, on m’a reproché de ne pas jurer à chaque phrase, comme beaucoup de Québécois le font, qu’ils soient instruits ou pas. Ces jurons à connotation religieuse amusent les Français, mais ils témoignent à leur tour du délabrement de la langue. Que bien des gens de tous les milieux ponctuent leurs phrases de jurons, pour étoffer leur discours, est désolant. Un peu comme si des Français glissaient des « Nom de Dieu » et des « putain » tout au long de leur discours. Certains Québécois se font une gloire de parler ainsi. Leur vulgarité les dédouane de toute accusation de snobisme. Autrement, ils pourraient passer pour des « maudits Français ».

L’écrivaine et journaliste Denise Bombardier est appréciée en France. Au Québec, elle est l’objet d’une haine sans retenue. Certes, son attitude est cassante. Mais, surtout, elle parle un français châtié et elle a étudié à Paris, comble de malheur. Bien des lecteurs lui disent d’aller vivre en France, si elle n’est pas contente.

Malgré ses attitudes clivantes, il me semble qu’on devrait l’admirer. Elle est l’une des rares Québécoises à être publiée en France. Une honte?

Conclusion

Le Québécois est donc un être aussi paradoxal que tourmenté. Il dit chérir le français mais est profondément agacé quand on lui signale ses fautes, arguant que « c’est pas important, tout le monde comprend. »

Et des fautes il y en a partout, partout, partout dans les affichages, les petites annonces en ligne. On dirait que tout le monde a arrêté ses études en quatrième année du cours primaire.

Mais le Québécois se dit prêt à défendre le français à la condition de ne pas avoir d’effort à faire. Il attend des mesures énergiques de la part du gouvernement pour soutenir notre langue nationale. Entretemps, il continue de traiter le français comme une vieille carpette sale en le parlant et en l’écrivant n’importe comment. Mais il est fier d’être francophone… Comprenne qui pourra.

Pendant ce temps, la métropole québécoise, Montréal, s’enlise dans les sables mouvants de l’anglicisation. Les affichages en anglais seulement se multiplient; bien des commerçants ne parlent pas français. Le tout dans une relative indifférence.

On peut bien dénoncer les anglicismes des Français, mais ne perdons pas de vue l’ensemble de la situation. Nous devons retrousser nos manches, nous cracher dans les mains et poursuivre notre combat séculaire afin d’assurer la survie de notre langue nationale. Le problème, ce n’est pas les Français, c’est nous.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Tunnel

« Voir la lumière au bout du tunnel » est une expression que l’on entend quotidiennement dans les médias québécois et canadiens. Pourtant cette expression n’est pas tout à fait exacte, quand on connait bien la langue.

Pensons-y bien : que peut-on voir d’autre au bout du tunnel que la lumière? Au fond, cette tournure signale une évidence. Elle marque surtout un calque de l’anglais.

To see light at the end of the tunnel.

En français, on dira tout simplement : « Voir le bout du tunnel. » Comme cela arrive souvent, l’anglais décrit ce qu’il voit, tandis que le français se situe au niveau de l’entendement.

Origine du mot

Bien des francophones seront étonnés d’apprendre que tunnel est un anglicisme apparu dans notre langue vers 1825. Peut-être parlait-on déjà du fameux tunnel sous la Manche… Mais les tunnels ont existé par la suite sur le continent : beaucoup ont été percés dans les Alpes, par exemple.

Tunnel est donc venu par l’anglais, mais, en réalité, il s’agit d’un gallicisme pour les anglophones, car le mot dérive du français tonnelle, cette construction en cerceaux autour de laquelle on fait grimper des plantes.

Traduction

L’envahissant « Voir la lumière au bout du tunnel » peut facilement être remplacé par « Être au bout de nos peines », « En finir (avec cette foutue pandémie) », « Voir venir la fin », « S’en sortir une fois pour toutes ».

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Job

Le français parlé en Europe et celui parlé en Amérique diffère de bien des manières. On peut observer la même chose entre l’espagnol parlé en Espagne et celui pratiqué en Amérique latine. Idem pour le portugais et le brésilien.

Nord-Américains et francophones d’Europe partagent certains anglicismes, mais pour des raisons difficiles à cerner, les genres attribués diffèrent.

Job

Des deux côtés de l’Atlantique, job est un petit boulot qui peut devenir un vrai travail. Au Québec, on dit une job, tandis qu’en Europe il est question d’un job.

Les variantes québécoises amuseront les autres lecteurs et lectrices.

  • Une grosse job : tout un travail.
  • Une job de bras : demander à des voyous d’aller casser la figure de quelqu’un.
  • Faire la job à quelqu’un est le résultat d’une job de bras.
  • Faire la job tout court… faire le travail.

Covid

L’exemple le plus frappant et le plus récent est celui de la pandémie actuelle.

Au Québec, on a tout d’abord dit le COVID, mais cette formulation a été promptement rectifiée : la COVID, puisque l’acronyme anglais signifie maladie du coronavirus, le D désignant le mot disease.

Comme le constatent les auditeurs québécois canadiens, le bulletin d’information de TV5 utilise plutôt le masculin : « le COVID », comme si l’abréviation désignait le virus, qui porte un autre nom, en fait.

Les lecteurs attentifs auront remarqué que le titre de cette rubrique est écrit en minuscule. Je ne fais que suivre la même logique qu’avec sida, acronyme devenu nom commun depuis un bon bout de temps. Ce n’est qu’une question de temps avant que covid n’entre dans les dictionnaires tout en minuscule –- en étant, souhaitons-le qu’un douloureux souvenir du début de la troisième décennie du siècle.

Van

En Europe, un van peut être aussi bien un fourgon servant à transporter des chevaux qu’une fourgonnette transportant des personnes. Au Québec, les deux sens existent mais une van peut aussi être un camion plus long.

Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à m’en faire part.

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Administration

La nouvelle administration Biden prend son envol… ou plutôt faudrait-il dire le nouveau gouvernement Biden?

Voilà une expression qu’on n’entend guère. Par le passé, autant les médias que les analystes se sont penchés sur les faits et gestes des administrations Kennedy, Nixon, Obama, etc. Pourtant il s’agissait bel et bien d’un anglicisme, comme le confirment les ouvrages de langues.

Le Petit Larousse :

Aux États-Unis, ensemble formé par le gouvernement proprement dit et par les conseillers engagés par le président pour l’aider à élaborer sa politique.

Car administration ne s’emploie pas pour le gouvernement d’un autre pays que les États-Unis. Imagine-t-on l’administration Macron en France? L’administration Merkel en Allemagne? Non.

En français, le mot administration s’entend de l’ensemble des services de l’État. On désigne souvent par ce mot les fonctionnaires.

Administration est donc un anglicisme passé dans l’usage, bref un américanisme.

Un autre américanisme est le mot convention, au sens de congrès d’un parti politique pour désigner un candidat à la présidence et son colistier.

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Pennsylvania Avenue

Le président des États-Unis loge à la Maison-Blanche, située au 1600 Pennsylvania Avenue. C’est ce que vous dira tout moteur de recherche.

Peut-on traduire cette adresse?

Il semble bien que non, puisque les recherches « avenue de (la) Pennsylvanie » ne donnent pas de résultats probants, le langagier étant ramené à des sites en anglais qui parlent, évidemment, du 1600 Pennsylvania Avenue. Cette recherche, faussement candide de la part de l’auteur de ces lignes, conduit à un résultat qui n’a rien de très surprenant. Sauf pour Wikipédia qui, dans son article sur 1600 Pennsylvania Avenue, donne entre parenthèses la traduction avenue de Pennsylvanie.

Un tout petit doute s’installe. Toute personne ayant voyagé à New York constate que les guides en français parlent bel et bien de la Cinquième Avenue, de la 125e Rue. Alors pourquoi ces traductions soudaines? Alors que l’on dit Park Avenue, Madison Avenue, au lieu de l’avenue du Parc et de l’avenue Madison, ce qui serait pourtant très logique. Illogisme et incohérence sont les marques de commerce de l’usage.

De retour dans la capitale américaine. Bien d’autres artères portent des noms d’États et leur nom n’est jamais traduit. Et que penser des rues dont le nom se résume à une lettre de l’alphabet, comme K Street? La rue K?

Notre volonté de traduire dans la mesure du possible se heurte à un usage à la fois têtu et illogique. Ce qui est acceptable dans la métropole ne l’est plus dans la capitale et, au fond, dans les autres villes états-uniennes. Par exemple, on ne parle pas du boulevard du Crépuscule pour traduire Sunset Boulevard à Los Angeles. New York demeure donc l’exception qui confirme la règle. Dommage.

Quant à moi, je serais fort tenté d’utiliser avenue de la Pennsylvanie, dans un texte, ne serait-ce qu’à titre d’exception. Mais mes disciples ne seront pas légion, je le devine.

Washington DC

Cette appellation est pertinente en anglais, car on pourrait confondre la capitale avec l’État du nord-ouest des États-Unis. Elle l’est cependant beaucoup moins dans la langue de Molière.

Quand on dit que John habite à Washington, tout le monde comprend. Jane, elle, habite dans l’État de Washington (ou le Washington, comme on dit parfois). Le DC est donc parfaitement inutile en français.

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Centers for Disease Control and Prevention

En cette période de pandémie, il est souvent question des Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis. Les rédacteurs ont tendance à laisser cette appellation en anglais, tandis que d’autres y vont d’une traduction logique, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.

Les appellations américaines suscitent la confusion. Le premier réflexe est de les garder telles quelles, comme pour l’Office of Management and Budget. Pourtant, bien d’autres institutions états-uniennes se déclinent en français : la Réserve fédérale américaine, le département d’État, etc.

Dans le cas présent, il n’y a tout simplement pas de règle, seulement des exceptions. Les piliers de la démocratie étasunienne (cette graphie est correcte) ont vu leur nom traduit : la Maison-Blanche, le Congrès, la Chambre des représentants, etc. Quant aux organismes, eh bien c’est l’anarchie tyrannique de l’usage. Pour compliquer les choses, certains organismes sont mieux connus par leur sigle : le FBI, la CIA. Les traductions Bureau fédéral des enquêtes, police fédérale, Agence spatiale américaines se voient parfois.

Dans ce contexte, on peut très bien décider de traduire les Centers for Disease Control and Prevention, car aucune règle ne s’y oppose. En outre, l’actualité a mis en vedette ces centres et il n’y a aucune raison de garder à tout prix l’appellation anglaise.

Traductions

L’Office of Management and Budget précité se traduit par le Bureau de la gestion et du budget. Cette traduction coule de source et devrait nous inspirer.

Je propose la ligne de conduite suivante :

  • Lorsqu’un organisme jouit d’une certaine notoriété, il faut essayer d’en traduire le nom. – L’Agence de protection de l’environnement
  • Les noms d’organismes moins connus qui se traduisent facilement en français devraient être traduits. – Les Services postaux américains
  • Les appellations plus compliquées, comme la Commodity Futures Trading Commission, et peu connues peuvent rester en anglais.

Dès qu’on s’écarte des organismes connus, la tendance lourde est de tout garder en anglais. Les francs-tireurs comme moi dérangent et franciser n’est pas toujours une tâche facile.

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Compétitionner

Compétitionner vient de l’anglais to competition, certes, mais il s’est bien intégré dans la langue française au point de figurer à la fois dans le Larousse et le Robert. Il a pris le sens de « participer à une épreuve sportive » mais aussi celui de se faire concurrence. Le Petit Larousse :

Être en compétition avec une personne, une entreprise; se faire concurrence : journaux qui compétitionnent.

Compétition

Ce qui nous amène à compétition. Lui aussi pourrait être soupçonné d’anglicisme, particulièrement lorsqu’il est question de concurrence commerciale. D’ailleurs, le Dictionnaire des anglicismes de Colpron le condamne comme tel de même que le dictionnaire en ligne québécois Usito.

Il faut reconnaitre que compétition et concurrence ressemblent à des frères jumeaux, sur le plan sémantique. La Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française donne une série d’exemples où les deux mots sont interchangeables.

La concurrence était forte entre les participants à cette épreuve.

Tous les deux étaient en compétition pour obtenir le poste.

L’Office signale que certains auteurs considèrent compétition comme un anglicisme, car les dictionnaires traditionnels – y compris celui de l’Académie française – ne donnent pas d’exemple où ce mot est employé pour parler de la concurrence. On parle de la compétition que se livrent deux entreprises, chacune étant la rivale de l’autre. Mais cette autre entreprise n’est jamais appelée compétition dans les ouvrages.

Il semblerait donc que cette acception vient davantage de l’anglais. C’est pourquoi, beaucoup trouveront plus prudent de s’en tenir à concurrence dans ce contexte.

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Base

La « locution sur la base de » est devenue particulièrement envahissante, au point d’éclipser des manières plus naturelles et plus simples de s’exprimer. Quelques exemples :

Le nombre de cas de covid augmente sans cesse sur une base quotidienne.

Sur une base hebdomadaire, on recense 3000 nouveaux cas.

Le taux d’inflation dans ce pays frise les 30 pour 100, sur une base annuelle.

L’agent de sécurité vérifie la fermeture des portes sur une base régulière.

Ces formulations paraissent tout ce qu’il y a de plus naturelles, sauf si on les reformule en français.

Le nombre de cas de covid augmente sans cesse tous les jours.

Toutes les semaines, on recense 3000 nouveaux cas.

Le taux d’inflation annuel dans ce pays frise les 30 pour 100.

L’agent de sécurité vérifie régulièrement la fermeture des portes.

Première constatation : le texte est moins lourd. Deuxième constatation : les expressions de remplacement vont dans la logique du français, elles n’écorchent pas les oreilles.

On se demande alors pourquoi les rédacteurs ne les emploient pas. La réponse est simple : parce qu’ils pensent en anglais.

Basé

« Êtes-vous basé en Outaouais? », me demandait récemment un journaliste. Cette question m’a fait froncer les sourcils. Le lévrier parfois congestionné que je suis parfois flairait l’anglicisme. Avais-je tort?

D’emblée, cette expression me paraissait relever du vocabulaire militaire, ce qui est tout à fait exact. Être basé quelque part signifie avoir pour base. Par extension, on peut dire qu’une entreprise, un diplomate ou un journaliste est basé à Abidjan.

Mais il serait plus juste et plus élégant d’affirmer qu’une entreprise est implantée à Abidjan, qu’un diplomate ou un journaliste est en poste dans la même ville.

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Inauguration

Le 20 janvier prochain le président élu Joe Biden prêtera serment sur les marches du Capitole. Cette cérémonie solennelle, à laquelle assistent habituellement le président sortant (battu aux élections ou en fin de second mandat) est appelée assermentation.

En anglais, on parle d’inauguration. Ce terme est souvent repris par les observateurs – à tort malheureusement. Il est temps qu’on en finisse avec cet anglicisme ronflant de cérémonie d’inauguration.

Cette expression ne passe pas en français. Dans notre langue, on inaugure un bâtiment, comme en témoigne Le Petit Larousse :

Cérémonie, acte par lequel on procède officiellement à l’installation, à la mise en service d’un monument, d’un édifice, d’une construction, etc. : Inauguration d’un établissement scolaire.

Le Petit Robert ajoute la nuance suivante :

FIG. et LITT. Commencement, début. L’inauguration d’une nouvelle politique.

Comme on le voit, on n’inaugure pas un président. Certains rédacteurs anglicisants seront tentés de parler de l’inauguration de la présidence de Biden. Cette solution est un peu forcée, mais les plus zélés pourront s’appuyer d’une certaine manière sur un usage dépassé, signalé par l’Académie (eh oui, surprise!).

Jadis, le terme inauguration était utilisé pour des personnes. Mais, nous précise Le Trésor de la langue française, il s’agissait d’une « Cérémonie religieuse qui se pratique au sacre, au couronnement des souverains. L’inauguration d’un empereur. » L’ouvrage souligne que cet emploi est vieilli.

Intronisation

Dans un sens figuré, on sera tenté de parler de l’intronisation de Joe Biden. Ce n’est pas parfaitement exact, au sens strict du terme, et même carrément antirépublicain. On sait que la Révolution américaine était dirigée contre la monarchie britannique.

Être intronisé, c’est monter sur un trône. Dans le passé, des politologues ont parlé de présidence impériale et celle qui s’achève pourrait certainement prêter flanc à ce genre d’accusation. Mais, compte tenu des multiples obstacles qui attendent Joe Biden, tant au Congrès que dans la société civile, il sera risqué de parler de présidence impériale. Le terme intronisation est donc à écarter.

Investiture

Au sens moderne, une investiture est un acte par lequel un parti politique désigne un candidat à une élection. Les loustics diront que les élections primaires aux États-Unis pourraient être considérées comme des querelles d’investiture, pour faire allusion à ce conflit historique entre les papes et les empereurs germaniques.

Pour être plus sérieux, M. Biden a remporté l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2020.

Mais le terme investiture n’est pas totalement dénué de logique, comme je l’explique dans un autre article.

Assermentation

Le vote des grands électeurs est officiellement dépouillé le 14 décembre. Le 6 janvier, le Sénat reconnaît officiellement le résultat du scrutin, ce qui est normalement une formalité. Suit la cérémonie d’assermentation du nouveau président des États-Unis qui se déroule devant le Capitole, le 20 janvier.

Docteur

N’est pas docteur qui veut, du moins dans la francophonie canadienne et québécoise. Ce titre est réservé aux détenteurs d’un doctorat en médecine, ce qui inclut les médecins comme tels, les dentistes et les vétérinaires. D’autres professionnels, comme les podiatres, les optométristes, les psychologues peuvent également se faire appeler docteur, mais à la condition d’indiquer après leur nom la discipline pour laquelle ils ont obtenu leur diplôme.

Paul Piébot, docteur en podiatrie.

Ce qui laisse en plan toute une cohorte de détenteurs d’un doctorat qui ne peuvent arborer le titre tant convoité sur leur carte de visite. Les sociologues et autres philosophes et biologistes peuvent se consoler en faisant suivre leur titre de l’auguste abréviation Ph. D.

Paul Pot, Ph. D. (science politique)

Erreurs courantes

Sous l’influence de l’anglais, on écrit parfois Dr. Latendresse. En français, l’abréviation comportant la première et la dernière lettre du mot ne prend pas le point.

Le Dr Prudent-Lafraise est dentiste depuis 25 ans.

L’abréviation n’est pas obligatoire et on peut écrire le titre au long, sans majuscule initiale, toutefois.

Le docteur Prudent-Lafraise fait aussi des chirurgies mineures.

Autre influence de l’anglais :

Dr Latendresse ne prend pas de nouveaux patients.

En français, il faut mettre l’article défini avant le titre :

Le Dr Latendresse ne prend plus de rendez-vous le vendredi.

Autres langues

Dans d’autres langues, l’utilisation du titre de docteur est moins restrictive. En italien, par exemple, on appellera volontiers docteur une personne ayant fait des études universitaires, même si elle est titulaire d’un diplôme de premier cycle.

Lorsque j’apprenais l’italien, il était normal d’appeler l’enseignante dottoressa, alors qu’elle n’avait aucun doctorat.

Au Québec, on appellera souvent docteur(e) une personne dont on respecte le bagage intellectuel, ou qui prétend en avoir. L’appellation est sur le ton de la badinerie, naturellement.

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