International

Êtes-vous international? La question peut sembler saugrenue, mais elle se pose pourtant. Sous l’influence de l’anglais, semble-t-il, le mot international est employé un peu à tort et à travers. Bref, le sens en a été infléchi, du moins par rapport à ce que disent les dictionnaires.

Commençons par quelques expressions correctes : une conférence internationale; une organisation internationale; le droit international; les relations internationales; le développement international. Dans tous ces cas, le mot en question a bien le sens que lui attribuent les dictionnaires. Par exemple le Robert : « Qui a lieu, qui se fait de nation à nation, entre plusieurs nations; qui concerne les rapports des nations entre elles. »

On remarquera que les ministères qui se chargent des relations avec les autres pays s’appellent généralement ministère des Affaires étrangères, et non internationales. Le Québec a pourtant un ministère des Relations internationales, mais cette appellation s’explique par le fait qu’il n’est pas un État souverain. Certes, le Mexique a un secrétariat aux Relations extérieures, mais cet exemple a plutôt valeur d’exception.

Jusqu’ici, tout va bien. Abordons maintenant la question de la politique internationale. Il s’agit des relations politiques entre les divers États de la planète. Pourtant, on ne dit pas que le Canada ou la France a une politique internationale, mais plutôt une politique étrangère. Voilà qui nous amène sur une piste intéressante. Le mot étranger peut donc remplacer international lorsque ce dernier ne convient pas.

Il est indispensable d’avoir un mot de substitution pour international. Bon nombre d’expressions dans lesquelles il est utilisé sont franchement douteuses : Une aérogare distincte est affectée aux vols internationaux. Les arrivées de voyageurs internationaux sont scrutées par les services de sécurité. L’Université McGill accueille de nombreux étudiants internationaux. L’enlèvement international d’enfants. Plus récemment dans La Presse, un fugitif international.

On voit tout de suite l’ombre de l’anglais se profiler derrière ces expressions. International flights, international arrivals, international students, international abductions of children, un fugitif recherché par plusieurs pays. Pourtant, la définition anglaise d’international dans le Canadian Oxford ressemble étrangement à celle du français : « Existing, involving or carried on between two or more nations ». Bien sûr on pourra arguer que la langue de Shakespeare est plus souple que celle de Molière quant à l’adaptation du vocabulaire. Il n’en demeure pas moins que ces expressions, traduites directement en français, sans reformulation, m’apparaissent douteuses.

J’ai eu le grand plaisir d’étudier à l’Université de Bonn. Certains auraient dit que je faisais partie des étudiants internationaux de cette institution. À mon avis c’est absurde. Je n’ai jamais été international de ma vie : j’étais tout simplement un étudiant étranger. À ce que je sache, le fait de détenir un passeport canadien ne me confère aucun statut d’ordre international.

Par contre, il est courant dans les aéroports de parler des vols internationaux à un point tel que nous n’imaginons plus de dire tout simplement les vols vers l’étranger. Et pourtant n’est-ce pas ce dont il s’agit vraiment? Bien sûr, on pourrait dire à la rigueur qu’il s’agit de vols internationaux puisqu’ils se font entre plusieurs nations. Mais est-ce vraiment être puriste que de rechercher une expression plus juste, moins servile?

Le recours au mot international peut aussi être le fruit d’une ellipse. La réaction internationale à une crise n’est au fond rien d’autre que la réaction de la communauté internationale. Certains crieront à l’adjectivite, tandis que d’autres y verront une tournure parfaitement acceptable. C’est un peu la même chose quand on parle de l’opinion internationale.

Il est donc clair qu’un certain laxisme règne. Le sens d’international est étiré dans tous les sens et si certaines expressions peuvent être acceptées au nom de l’économie, il est des cas où le sens même du mot est carrément faussé. Des rectifications s’imposent alors et il ne faut surtout pas hésiter à remettre les pendules (internationales) à l’heure.

 

État et gouvernement

Le mot État s’écrit avec la majuscule initiale lorsqu’il désigne une autorité administrative.

        Il est dans les prérogatives de l’État d’assurer l’ordre public.

      Les États membres de l’Onu disposent d’un siège à l’Assemblée générale.

Le président Mandela a été un grand chef d’État qui favorisait la conciliation.

Les militaires turcs ont tenté un coup d’État pour préserver la laïcité.

Le mot état employé dans un autre sens ne prend pas la majuscule.

Les noms de famille composés constituent un problème d’état civil.

Des états généraux sur le français au Québec s’imposent.

L’état-major s’est réuni de toute urgence.

 

Quant au mot gouvernement, il s’écrit toujours avec la minuscule initiale.

Le gouvernement Trudeau est revenu sur sa promesse de revoir le système électoral.

Les gouvernements démocratiques doivent trouver un équilibre entre la protection de l’État et celle des droits individuels.

La majuscule apparaît dans des textes plus solennels, comme la correspondance diplomatique

Son Excellence le Gouverneur général a l’honneur d’accueillir des dignitaires du Gouvernement de l’Éthiopie à l’occasion d’une fête organisée dans les jardins de la Résidence du chef d’État canadien.

Dans ce genre de texte, on donne généreusement de la majuscule. Pour les textes courants, il vaut mieux écrire gouvernement avec la minuscule.

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Juridiction

Encore un média qui écrit ce matin que le Québec est une juridiction.

Encore cet anglicisme grossier, ce faux ami qui nous envahit sous l’influence de l’anglais.

Or, un État ne peut être une juridiction.

Ce mot relève strictement du domaine judiciaire. Il désigne le domaine de compétence d’un tribunal ou encore un tribunal tout court. Par exemple, La Cour suprême est la plus haute juridiction du pays. La Cour d’appel fédérale a juridiction dans le domaine de l’immigration.

Le mot juridiction devient erroné lorsqu’il est employé pour désigner une autorité administrative, comme un État, un gouvernement. Il s’agit d’un anglicisme.

Sur le plan constitutionnel, les gouvernements ont des compétences, et non des juridictions. Ces compétences leur sont attribuées par la Constitution canadienne. Le terme juridiction ne peut être employé dans ce contexte, car il est lié au domaine judiciaire et les gouvernements ne sont pas des tribunaux.

Voici quelques exemples de phrases erronées :

  • Le Québec et d’autres juridictions s’opposent aux intrusions fédérales dans le domaine de l’éducation.
  • La santé est de juridiction provinciale.

Dans le contexte canadien, juridiction est souvent employé à tort pour désigner les provinces et les territoires. Le mot juridiction n’a pas sa place dans ces cas, parce que provinces et territoires ne sont pas des entités juridiques.

On pourrait dire que la santé relève des provinces, est du ressort des provinces.

Deux conclusions s’imposent : 1) Une juridiction est donc un tribunal, pas un gouvernement. 2) Les États fédératifs, provinces, cantons, Länder allemands n’ont pas de juridictions, mais des pouvoirs, des compétences. Ils ont autorité dans tel domaine, et non pas juridiction.