Partager le délire

Dans ce délire collectif qu’on appelle « usage », le verbe partager a pris son envol dans un tourbillon stratosphérique qui défie tout entendement. La contamination par l’anglais n’est plus un simple symptôme, mais une pandémie.

Dans le Devoir d’aujourd’hui, on rapporte le commentaire de la ministre Julie Boulet à propos de la procureure Sonia Le Bel qui défendra les couleurs de la CAQ aux prochaines élections. La ministre soutient que Mme Le Bel n’a pas l’air sympathique et elle ajoute : « Tout le monde le partage. »

Obnubilée par l’omniprésent partager, la ministre a oublié le verbe penser. « Tout le monde le pense. » Une phrase toute simple, pourtant.

Autre exemple. L’amusant film De père en flic. L’inénarrable Louis-Josée Houde qui s’exclame : « Il me le partage! » après que son père lui eut confié un secret. Les scénaristes ont-il oublié l’existence du verbe dire? « Il me le dit, par dessus le marché! » Une belle phrase, bien appuyée, avec le bon verbe.

Mais c’était peut-être trop recherché, au fond. Le bon public n’y a probablement vu que du feu, abreuvé qu’il est par la prose médiatique dans laquelle ne semble plus exister le moindre filtre. Animateurs et rédacteurs nous bombardent de partager à tous les jours et à toutes les sauces.

On partage des récits, des commentaires, des images, etc. Pire encore, on se les partage.

Car l’usage a fini par adopter la forme réflexive qui, sans doute pour bien des gens, renforce le propos. Elle devient, en quelque sorte, partager sur les stéroïdes.

Entre amis, on partage une bouteille vin; est-ce que se la partager la rendrait plus gouleyante, plus tannique?

Les plus curieux voudront peut-être relire mon article initial sur ce mot, dont le sens véritable en français, on l’oublie de plus en plus, est de diviser en plusieurs parties.

Mais, au fond, ce rappel semble de nos jours complètement dépassé.

Donner sa langue au chat

La révolution informatique qui se déroule sous nos yeux a transformé notre façon de vivre. Je me désole d’accourir à mon téléphone intelligent dès que j’entends l’alerte d’un nouveau courriel, d’un texto ou d’un j’aime sur Facebook (pour le plus grand plaisir de toutes les entreprises qui m’espionnent).

J’ai l’impression d’être un chien qui réagit à l’appel de son maitre. Suis-je devenu un cyberzombie?

Les lecteurs européens s’étonneront, voire s’amuseront, des expressions imprimées en gras. Devant ces termes énigmatiques, ils seront tentés de donner leur langue au chat. Ce sont pourtant les termes que l’on utilise au Québec pour smartphone, email, SMS et like.

Le mot chat lui-même pose maintenant problème. De côté-ci de l’Atlantique, ce mot renvoie à un félin, alors qu’en Europe il désigne une conversation en direct entre internautes. Bref, un envoi rapide de courriels. Ce qu’on appelle au Québec le clavardage.

Clavardage est un ingénieux mot-valise. Il combine clavier et bavarder. Or, quand on chatte, on bavarde justement par claviers interposés. Courriel relève de la même logique : courrier électronique.

Mais voilà, ce ne sont pas des mots anglais et c’est pourquoi ils sont considérés comme des curiosités en Europe. Le Robert leur appose l’étiquette de « régionalismes ».

La traduction en français de néologismes est une spécialité au Canada. La survie du français en Amérique du Nord passe par la traduction systématique des expressions nouvelles issues du monde anglo-saxon. Et, ne soyons pas modestes, nos traductions sont souvent très inspirées.

Je le réitère : la situation est très différente en France, en Belgique et en Suisse; le besoin pressant de traduire y est beaucoup moins présent. En outre, l’anglais américain y brille de mille feux. On enfile les anglicismes dans la conversation comme des perles dans un collier.

Il est quand même triste de voir que nos efforts de traduction et de francisation suscitent aussi peu d’intérêt sur le Vieux Continent.

 

 

 

SMS

Le monde vibre aux textos, ces courts messages envoyés par téléphone portable. Nos appareils en ronronnent de plaisir.

Assez curieusement, les textes européens parlent surtout de SMS, autre anglicisme qui fait vibrer nos cousins d’outre-mer. Et surtout autre sigle dont le français pourrait se passer. Voir mon article sur l’invasion des sigles.

SMS est un sigle anglais signifiant Short Message Service. Ce terme se voit en anglais, certes, mais on parle aussi de text message, qui a donné le verbe to text.

Les entreprises de téléphonie utilisent l’expression messagerie-texte. En outre, on entend couramment dans les conversations texter un ami, j’ai reçu un texto. D’ailleurs, texto est inscrit au dictionnaire; il s’agit d’une marque déposée, lexicalisée, que l’on écrit avec la minuscule initiale. C’est bel et bien un mot français.

En somme, le SMS anglais n’est pratiquement pas utilisé au Québec et au Canada; sa prolifération en Europe étonne. Car il faut préciser que le sigle s’affiche aussi fièrement en allemand, espagnol, italien, turc, suédois…

SMS, heureusement ou malheureusement, ne se décline pas en verbe. Texter un ami devient quelque peu barbare si on recourt au sigle : je SMS(se) un ami. Quant à y être : je essemesse un ami. Je texte un ami devient nettement plus simple, mais il implique de parler de texto.

Une tempête dans un portable? Pas de quoi poster à sa mère? Peut-être. Mais une très bonne chose que SMS reste lettre morte de ce côté-ci de l’Atlantique. On n’en a vraiment pas besoin, point à la ligne.

Pin’s

Le phénomène des anglicismes en Europe francophone ne cesse de prendre de l’ampleur. Les communicateurs s’efforcent sans arrêt de glisser des mots anglais qu’ils arrivent très mal à prononcer, d’ailleurs. Les titres de séries de télévision américaines et anglaises ne sont plus traduits, tandis que des films voient leur titre original retraduit en anglais parisien. Le ridicule ne tue pas. Ce n’est pas un serial killer.

Certains anglicismes prennent leur place dans notre langue parce qu’ils comblent une lacune : raid, snob, leadership, hamburger, timing, camping. Ils se joignent à tout un cortège de mots que le français a empruntés à l’espagnol, l’allemand, l’arabe, le turc, le russe, etc. Ils sont les bienvenus dans notre langue. D’autres anglicismes sont inutiles et déclassent des mots français, comme sniper, listing, planning.

Le mot pin’s est une curiosité. Tout d’abord, il n’est pas indispensable, car on peut dire épinglette, qui est la recommandation officielle et qu’on utilise couramment au Canada. Ensuite, l’apostrophe suivie du s étonne. Étonne beaucoup, même.

En anglais, cette apostrophe indique le possessif. Ce que l’on dit littéralement c’est « de l’épinglette ». Mais quoi au juste? La couleur, la taille?

Pas surprenant que le Robert qualifie pin’s de « faux anglicisme ». En effet, la faute n’échappe pas à toute personne qui parle anglais. Ce qui n’est pas le cas de toutes celles qui arborent fièrement « un pin’s ».

 

Aphorismes sur la langue française

Apprendre le français, le parler, l’écrire pour ensuite apprendre d’autres langues et le comparer à elles permet d’approfondir la réflexion. Notre langue est incroyablement compliquée.

Mes réflexions se résument pour l’instant à ces trois aphorismes. Je suis persuadé qu’il y en aura d’autres.

 

Le francophone doit non seulement être ferré en grammaire, mais aussi posséder une mémoire d’éléphant pour mémoriser tout un lot d’exceptions qui accompagnent les règles de grammaire. Idéalement aussi, il devrait avoir appris deux langues mortes, le grec ancien et le latin, pour comprendre certaines graphies autrement inexplicables.

En français, tout ce qui pourrait être simple est compliqué; et tout ce qui est compliqué l’est encore plus que vous ne le croyez.

Soutenir que le français a des règles est quelque peu exagéré; il a plutôt des régularités assorties d’un cortège d’exceptions, souvent illogiques et résultant d’erreurs passées. L’apprentissage du français devient un travail de mémorisation de ces régularités et exceptions, une sorte de talmud que le francophone doit apprendre par cœur.

Des chevals

Une des rumeurs les plus persistantes concernant les rectifications orthographiques de 1990 concerne le mot cheval. Bien des gens, y compris des enseignants, sont convaincus que le pluriel chevals serait maintenant accepté. Devant autant d’ignorance, il y a de quoi ruer.

Faut-il le répéter, les propositions de l’Académie française visaient l’orthographe, pas la grammaire. Il n’a jamais été question de changer le pluriel des mots finissant en -al. Pourtant on devrait. Voici pourquoi.

Une cinquantaine de mots font leur pluriel en –aux : journal, amiral, bocal, capital, éditorial, général, hôpital, mal signal, tribunal, parmi d’autres.

L’ennui c’est qu’on peut recenser quelque 70 autres maux, pardon mots, qui, eux, requièrent le –als au pluriel. Pensons à étal, floréal, narval, pascal, rétinal, santal, virginal.

Qui d’entre nous n’a pas hésité avant d’écrire « des congés pascals. »? Est ce que des congés pascaux auraient paru si surprenants? Probablement pas; bien des francophones n’y auraient vu que du feu, tandis que d’autres auraient ouvert le dictionnaire.

Et les personnes ayant ouvert le dictionnaire auraient découvert que les formes pascals et pascaux sont admises. Ce qui jette un doute sur tous les autres mots…

Un peu de ménage s’impose dans cette écurie. Former le pluriel des mots en –al revient à jouer à la roulette russe, à moins d’avoir une mémoire d’éléphant dans cette compétition équestre qu’est la grammaire française. Les obstacles ne manquent pas et le francophone se retrouve souvent les quatre fers en l’air.

Henni soit qui mal y pense.

Peu de gens le savent, mais la graphie de cheval au pluriel résulte d’une erreur de scribe. On écrivait chevals mais on prononçait chevausse, qu’on finit par écrire chevaus. Des scribes voulant gagner du temps et de l’espace commencèrent à remplacer le us par x, ce qui donna chevax. Celui-ci en vint à être prononcé chevau. Ne restait plus qu’à ajouter le u à chevax…

Le même raccourci des scribes explique les graphies marginales de bijoux, hiboux, genoux, joujoux. Une part importante de l’orthographe française résulte de caprices de grammairiens, d’erreurs de transcription et de toutes sortes d’usages illogiques.

Compte tenu que l’on recense un nombre égal de pluriel en –als et en –aux, ne serait-il pas plus simple, pour une fois, de simplifier les règles et d’adopter le pluriel en –als pour tous les noms finissant par –al?

 

 

 

Noms composés

Les incohérences du français me tuent. Comme moi, vous en avez sûrement assez de voir procès-verbal cohabiter avec compte rendu. De devoir accepter qu’on écrive portefeuille mais porte-monnaie.

Bienvenue dans le monde ésotérique des noms composés – ou devrais-je écrire noms-composés, pour être un tantinet plus logique.

Les exemples cités viennent d’un ouvrage méconnu, Libérons l’orthographe ! paru en 2006 sous la plume de Maryz Courberand. Cette rédactrice répertorie les illogismes orthographiques de la langue française. Son ouvrage est un réquisitoire implacable pour la modernisation de l’orthographe de notre langue.

Courberand observe, avec justesse, que les règles du français ne sont pas véritablement des règles, mais des régularités porteuses d’un cortège d’exceptions le plus souvent illogiques et que tout francophone est obligé d’apprendre par cœur.

Cette constatation se vérifie pour les noms composés, un champ de mines pour tout rédacteur.

Qui n’a pas hésité devant le terme petit déjeuner? Faut-il l’écrire avec le trait d’union? Certains le font : petit-déjeuner. Est-ce une faute? En tout cas, c’est dans le Robert.

Idem pour faux ami : j’ai souvent été tenté de l’écrire avec le trait d’union : faux-ami. Bien des lecteurs n’y auraient vu que du feu. Le Robert écrit faux ami.

Il semblerait que le nom composé est soudé quand son sens diffère des mots qui le composent. Ainsi, un portefeuille ne porte pas des feuilles tandis qu’un porte-monnaie porte de la monnaie. Combien d’entre vous connaissaient cette pseudo-règle?

Et que dire d’un portemine? Ne porte-t-il pas des mines? Alors? Une autre exception à mémoriser?

Bien des concepts sont exprimés par des mots séparés. Liste non exhaustive : compte rendu, clin d’œil, pomme de terre, clé de voûte, etc.

Devrait-on les écrire avec le trait d’union? D’après Courberand, on mettrait le trait d’union quand il y a métaphore. Par exemple œil-de-bœuf. L’œil ne représente pas un œil, pas plus que le bœuf ne représente un bœuf.

Donc la métaphore amène le trait d’union (ou trait-d’union?); pas de métaphore, pas de trait d’union.

Cette règle serait très connue des correcteurs professionnels, mais pas du public. Est-ce surprenant?

Mais alors, qu’en est-il d’arc-en-ciel? Il s’agit bien d’un arc dans le ciel. On devrait donc écrire arc en ciel comme on écrit pomme de terre. Mais non, encore une faute de logique qu’il nous faut gober.

Le pluriel

Continuons de tourner le fer dans la plaie.

Il y a eu longtemps confusion entre cure-dent et cure-dents, coupe-ongle et coupe ongles. Tout rédacteur est saisi par le doute : coupe-t-on un ongle ou des ongles? Le Robert est maintenant sans équivoque et met les deux expressions au singulier, le s étant réservé au pluriel.

Parlons-en du pluriel.

Mettre au pluriel un nom composé requiert logique et réflexion. Des connaissances aussi. Et un bon dictionnaire. Récent, si possible. À moins que vous souhaitiez absolument passer par les fourches caudines des règles pointilleuses du français.

Bien entendu, les éléments invariables du nom(-)composé… demeurent invariables. Ce sont notamment les adverbes, les préfixes, etc.

Des arrière-petits-enfants

Bien sûr, les éléments variables varient…

Des belles-sœurs, des gardes-barrières

Un adjectif employé comme adverbe devient invariable.

Des nouveau-nés

Le nom reste invariable s’il n’est pas dénombrable.

Des sans-gêne

Pour simplifier le tout, certains noms composés possèdent deux graphies au pluriel :

Des stations-service, des stations-services

Les rectifications de 1990 sont venues mettre un peu d’ordre dans ce capharnaüm. Désormais, c’est le dernier mot de l’expression qui reçoit la marque du pluriel. Simple? Oui. Logique? La plupart du temps.

Des porte-documents, des avant-midis, des essuie-mains, des garde-côtes

Que diriez-vous de prie-dieux? Les loustics feront observer que nous changeons de religion… Cette graphie plurielle n’a pas été retenue. Heureusement aussi, on a conservé l’invariabilité de trompe-la-mort. Le néologisme trompe-les-morts serait quelque peu terrifiant.

Malheureusement, certains nouveaux pluriels infléchissent le sens de l’expression originale.

Chasse-neiges, gratte-ciels, chauffe-eaux

Chasse-t-on plusieurs neiges? Non, la neige tout simplement. Les édifices grattent le ciel et non plusieurs ciels en même temps. Notre appareil chauffe l’eau et non les eaux.

Ce petit périple dans l’univers des noms composés nous rappelle que toute modernisation du français est une entreprise complexe. Faut-il pour autant se rallier aux traditionalistes qui, depuis des siècles, freinent toute évolution de notre langue?

Non. À mon sens, le français est condamné à se simplifier. Pourquoi faut-il qu’il soit à tout prix une des langues les plus difficiles du monde?

Subjonctif

Le subjonctif

Abolir le subjonctif? Vous n’y pensez pas?

La tentation existe, il faut bien l’avouer. On imagine mal le cortège de difficultés qu’il comporte pour toute personne apprenant le français. Il n’est pas toujours facile de percevoir qu’un verbe, qu’une locution exige le subjonctif. Parfois, son emploi est très subtil.

Mais pas toujours très logique, il faut bien l’avouer.

Prenons deux verbes, espérer et souhaiter. Leur signification est très semblable au point qu’on peut les interchanger sans trop de mal. Pourtant… Considérons les deux phrases suivantes :

J’espère que vous serez présent (indicatif).

Je souhaite que vous soyez présent (subjonctif).

Pourquoi deux régimes différents pour la même affirmation? Mystère.

Le subjonctif sert à exprimer le doute, la crainte. Tout naturellement, on dira :

Il me dit qu’il est amoureux.

La personne qui parle exprime un doute; elle n’est pas entièrement sûre des intentions réelles de son ami. Pourtant, la phrase est à l’indicatif. L’italien, lui, est plus logique :

Mi dice che sia amoroso.

Il me dit qu’il soit amoureux.

Bien entendu, cette dernière affirmation écorche nos oreilles de francophone, même si elle a finalement plus de sens.

Mais à quoi sert au juste le subjonctif?

Il marque la volonté et la préférence; le désir et le regret; le refus et l’acceptation; l’appréciation, qu’elle soit positive ou négative. Aussi : l’étonnement.

Le subjonctif imprime une nuance à notre discours, là où des langues germaniques comme l’anglais, l’allemand, le suédois y vont d’affirmations directes, brutales. Bien entendu, ces idiomes ont aussi leurs manières pour exprimer regret, refus ou préférence.

Outre les difficultés liées à l’apprentissage de toute une panoplie de conjugaisons, le subjonctif comporte des petits pièges qui viennent compliquer son utilisation.

En effet, certains verbes comme dire que, penser que, croire que, considérer que, supposer que… sont suivis de l’indicatif ou du conditionnel à la forme affirmative.

Je pense que c’est (ou serait) le moment.

Pourtant, on emploiera l’indicatif pour exprimer le futur.

Je crois que le président sera réélu.

Mais la forme interrogative ou la forme négative commande le subjonctif.

Pensez-vous que ce soit le moment?

Je ne crois pas que ce soit le moment.

Le verbe sembler exprime par définition un doute. Encore une fois, le subjonctif se fait discret… Il est réservé à la forme négative.

Il ne me semble pas que cette mesure soit exacte.

La forme positive, elle, requiert l’indicatif ou le conditionnel.

Il me semble que les étudiants sont moins attentifs en classe.

Il me semble qu’on pourrait interdire les téléphones en classe.

Le même illogisme surgit avec le verbe paraître.

Il paraît que vous avez obtenu la promotion.

Il paraît qu’il serait souffrant.

Il ne paraît pas qu’un accord soit possible.

Parfois, un verbe changera de sens selon le mode utilisé. Un exemple suffira : comprendre. À l’indicatif, ce verbe signifie se rendre compte, déduire.

Je comprends, à son air, qu’il est très déçu par ses résultats.

Au subjonctif, comprendre prend le sens de s’expliquer.

Après tous ces efforts, je comprends qu’il soit déçu par ses résultats.

On pourrait citer d’autres exemples.

À eux seuls, justifient-ils qu’on envoie le subjonctif à la casse?

Non, car les exemples précédents montrent que le français comporte toute une panoplie de nuances, selon le mode utilisé. Le subjonctif est imbriqué dans la langue française. Il est certes exigeant pour le locuteur, mais il est riche en nuances et infléchit le discours de manière subtile. L’éliminer serait une perte pour notre langue.

L’imparfait du subjonctif

Mais qu’en est-il de l’imparfait du subjonctif? Ne l’a-t-on pas fait passer à la trappe, lui?

Dans un sens, les francophones ont de la chance. En espagnol ou en italien, l’imparfait du subjonctif n’est pas tombé en désuétude. Ceux qui apprennent ces deux langues doivent s’atteler à un rude apprentissage de conjugaisons « déviantes ».

Elle sert même dans des phrases interrogatives commençant par si. Là où le français emploie l’imparfait, l’italien recourt à l’imparfait du subjonctif.

Si j’avais le temps – Se io avessi il tempo (si j’eusse le temps).

Si tu étais un auteur, tu écrirais des livres – Se tu fossi un scritore, scriverai dei libri (si tu fusses).

En français, il en va tout autrement. Dans les faits, cette forme passée du subjonctif s’est écroulée sous le poids de son ridicule. Le texte suivant texte suivant d’Alfred Allais met en relief les allures ronflantes que prend l’imparfait du subjonctif en français :

Ah fallait-il que je vous visse

Fallait-il que vous me plussiez

Qu’ingénument je vous le disse

Qu’avec orgueil vous vous tussiez

Fallait-il que je vous aimasse

Que vous me désespérassiez

Et qu’en vain je m’opiniâtretasse (sic)

Et je vous idolâtrasse.

Pour que vous m’assassinassiez.

Tant dans les journaux que dans les textes littéraires, force est de constater que cette forme du subjonctif a largement disparu. La traduction française du grand succès L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante, ignore systématiquement l’imparfait du subjonctif.

Un peu partout, celui-ci surnage dans les eaux de l’indicatif à la troisième personne du singulier, moins ridicule que pour les autres personnes.

En effet, les graphies dût, pût, voulût, sût agacent moins que dussions, pussiez ou encore susse.

Qui a dit que le français n’évoluait pas?

 

 

Département

Le mot département a un sens aussi vaste en anglais qu’en français. Mais, dans les deux langues, l’usage a imposé certaines balises.

En anglais, department est très souvent utilisé au sens de ministère. Le Department of Agriculture devient dans notre langue le ministère de l’Agriculture. Quant au State Department, il est traduit par le département d’État. Certains crieront à l’anglicisme.

Respirons par le nez, comme on dit familièrement.

Il est vrai que département est rarement utilisé au sens de ministère. Une exception notable, la Suisse, où l’on trouve le département des Finances, le département de la Justice et de la Police. Nos amis helvétiques sont-ils en train de s’angliciser? Que nenni.

Dans ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle employait département au sens de ministère : département de la guerre, des affaires étrangères. Notons l’absence de majuscules.

Les sceptiques seront étonnés de lire le premier sens que donne le Petit Robert au mot département : « Chacune des parties de l’administration des affaires de l’État dont s’occupe un ministre. » L’ouvrage renvoie au mot ministère et donne comme exemples département de l’Intérieur, des Affaires étrangères.

Les plus futés auront vite saisi que l’anglais department vient du français. Nos amis anglophones l’emploient à toutes les sauces, mais, le plus souvent, le terme renvoie à une administration ministérielle. L’usage s’est imposé.

Est-ce à dire que l’anglais embrasse plus large? Pas vraiment. En français, un département est aussi une entité administrative. Les universités, les musées ont des départements. La France a des départements d’outre-mer.

L’anglais américain a un champ sémantique semblable. Le Collins donne les définitions suivantes pour department : « A separate part, division, or branch, as of a government, business, or school. » Par ailleurs, certains sens se distinguent du français : « A field of knowledge or activity; a specialized column or section appearing regularly in a periodical. »

***

Dans un article précédent, j’ai abordé la question de l’utilisation de la majuscule pour les appellations ministérielles. Retenons que l’usage au Canada est d’écrire ministère avec la minuscule et le spécifique avec la majuscule. Ce qui donne :

Le ministère des Transports, le ministère des Affaires mondiales.

La Norvège

La Norvège est arrivée en tête du palmarès des médailles aux Jeux olympiques de PyeongChang. Elle devançait des puissances olympiques comme l’Allemagne, la France, les États-Unis, la Russie… et le Canada.

Depuis de nombreuses années, le premier se classe dans le peloton de tête des pays de l’Indice de développement humain, du Programme des Nations unies pour le développement. En 2018, elle continue d’occuper le premier rang.

La Norvège fait figure de pays exemplaire pour sa qualité de vie, ses services sociaux étendus. Le mode de vie axé sur le plein air, la glorification de l’activité physique expliquent ses succès olympiques. L’hiver n’est pas une calamité, mais une belle occasion d’aller jouer dehors.

De province à pays

Après les guerres napoléoniennes, la Norvège a été rattachée au Royaume de Suède. Cette situation politique inconfortable a pris fin en 1905 lorsque les Norvégiens ont voté pour l’indépendance politique lors d’un référendum. Cette sécession s’est déroulée pacifiquement. Pas de guerre civile, pas de famine, pas de fuites de capitaux.

La Norvège s’est tenue à l’écart de la Première Guerre mondiale. Elle a toutefois été envahie et occupée par l’Allemagne nazie en 1940. Paradoxalement, l’existence même du royaume norvégien a mis la Suède à l’abri d’une occupation qui serait survenue celle-ci était restée unie. Les nazis voulaient contrôler le littoral norvégien de la mer du Nord et ne voyaient pas l’intérêt d’occuper la Suède, tournée vers l’Est, avec qui ils ont noué des relations commerciales intéressantes… Disons-le aussi, il est toujours pratique d’avoir un État neutre à portée de la main, juste au cas où…

La Norvège et le Québec

La sécession de la Norvège constitue un cas intéressant pour les indépendantistes québécois. Les deux peuples ont une population semblable : cinq millions pour la Norvège et sept millions pour le Québec. Mon ancien directeur de thèse en science politique, M. Edmond Orban, a d’ailleurs écrit un livre sur le Conseil nordique, ce regroupement des États nordiques, qu’il compare au projet de souveraineté-association.

Le public en a très peu entendu parler, car le Parti québécois ne voulait pas citer cet exemple, pourtant éloquent, de peur d’ameuter la population. Dixit un ministre du cabinet de René Lévesque : « Ça fait trop séparatiste. » Dommage pour les souverainistes, car le fonctionnement du Conseil nordique, sur lequel j’ai fait des recherches, aurait constitué un bel exemple de fonctionnement harmonieux entre deux États qui, naguère, n’en formaient qu’un.

À ce que je sache, l’exemple norvégien n’a pas été repris non plus par les dirigeants du Oui au référendum de 1995.

Fin de la parenthèse.

La Norvège d’aujourd’hui

L’occupation nazie a été un choc pour les Norvégiens qui ont vu les limites que pouvait comporter un statut de neutralité. La Norvège est membre fondatrice de l’OTAN tout comme de l’ONU; le premier secrétaire général de cette organisation était un Norvégien : Trygve Lie.

Le pays n’est pas membre de l’Union européenne. D’ailleurs, il a refusé par deux fois d’y adhérer. Cette question fait encore l’objet d’un débat public intense. Sa voisine, la Suède, a choisi d’adhérer à l’Union européenne tout en conservant sa neutralité militaire. Les sous-marins russes viennent régulièrement faire de la nage synchronisée dans les eaux territoriales suédoises.

Tout comme ses voisins du Danemark et de la Suède, la Norvège est une monarchie constitutionnelle, autre trait qui la rapproche du Québec.

Le Conseil nordique regroupe les pays scandinaves. En sont membres le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède. L’Organisation, fondée en 1952, travaille à l’harmonisation des législations nationales et l’élaboration de règles communes pour le marché du travail et la protection sociale.

Tout comme le Québec, le pays possède de vastes ressources hydrauliques, en plus d’exploiter le pétrole de la mer du Nord.

La langue norvégienne

En fait, il y a deux : le bokmål et le nynorsk.

La Norvège a fait longtemps partie du Danemark et l’idiome de ce pays a influencé la langue norvégienne. C’est l’origine du bokmål, la langue des livres. Quant au nynorsk, le néo-norvégien, il tire son origine du vieux norrois.

En fait, les deux langues se ressemblent beaucoup et tout le monde se comprend. En outre, les locuteurs du danois et du suédois n’auront pas de mal à comprendre les Norvégiens, car le vocabulaire et la grammaire – relativement simple – sont très semblables. Les prononciations peuvent varier, cependant.

L’islandais, pour sa part, reste difficile à comprendre pour les autres scandinaves. L’isolement de l’Islande due à son insularité a en quelque sorte figé cette langue germanique restée très proche du vieux norrois. Cet état miraculeux de conservation fait le délice des linguistes. L’islandais est le musée des langues nordiques.

Le finnois, soit dit en passant, est très différent des autres langues scandinaves. Il tire son origine du bassin finno-ougrien. Bref, ce n’est pas une langue germanique. Il est apparenté au hongrois et à l’estonien. La nuance entre finnois et finlandais vous intrigue? Réponses ici.

L’univers des langues nordiques échappe toutefois quelque peu à l’entendement des francophones. La connaissance de l’anglais et de l’allemand aide à déchiffrer certains mots, mais tout est très relatif.

Il faut un certain effort pour deviner le sens d’une phrase comme : Jeg drikker et glass øl. « Je bois un verre de bière. » Le plus futés auront reconnu le drink anglais ainsi que glass. Un effort supplémentaire s’impose pour deviner le ale anglais derrière øl (prononcé eul)

Il y a toutefois des limites aux pouvoirs de divination des plus zélés comme moi, quand nous sommes confrontés à des expressions comme celles-ci :

Skogen – la forêt

Et bord – une table           

Ein stor gut – un grand garçon

Senger – des lits

La Norvège fait partie de la Scandinavie. On la considère comme un pays nordique, un pays d’Europe du Nord. Pleins feux sur ces expressions dans cet article.

En terminant, je vous dis Ha det!