Germanismes en français

La France et l’Allemagne sont des voisins dont les relations ont été tumultueuses. Néanmoins, le français a quand même emprunté un certain nombre de mots à l’allemand. Certains d’entre eux ont conservé leur forme d’origine, tandis que d’autres se sont fondus dans le décor.

Les emprunts directs

Zeitgeist, l’esprit du temps, au sens littéral, est un terme à la mode. C’est d’ailleurs le titre de la chronique de Josée Blanchette, dans le journal Le Devoir. Le Zeitgeist, c’est la mentalité générale d’une époque, les idées qui ont cours.

L’Allemagne nous a donné de brillants philosophes, dont Schopenhauer, Nietzsche ou Marx. Ils ont tissé leur vision du monde, leur Weltanschauung. Bien sûr, le mot n’est pas indispensable, puisqu’on peut l’exprimer facilement avec des termes français, mais il est nettement plus chic…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les conservateurs n’éprouvent aucune sympathie pour Justin Trudeau. Ils se réjouissent de ses déboires, ce que l’on appelle en allemand Schadenfreude. Littéralement : joie du malheur.

Pendant l’occupation allemande, en France, bien des produits courants devinrent rares. Notamment le café, remplacé par un ersatz, un succédané. Le Robert précise qu’un ersatz peut être un produit de remplacement de qualité inférieure. Pendant l’occupation, le café était souvent remplacé par de la chicorée.

Bien entendu, la Seconde Guerre mondiale a amené son lot d’emprunts à l’allemand, dont ces chars d’assaut appelés Panzer. On oublie que le Führer avait pris le pouvoir en toute légalité, en 1933. Toutefois, il avait tenté dix ans plus tôt de renverser le gouvernement de Bavière; c’est que l’on appelle le putsch de la brasserie. Le mot putsch est resté et il cohabite avec l’expression coup d’État.

Bien avant Hitler, le chancelier Bismarck avait appliqué une politique pragmatique nommée Realpolitik. Elle était basée sur la défense des intérêts stratégiques du Reich et sur la neutralisation d’ennemis potentiels, comme la France, la Russie et la Grande-Bretagne.

Bismarck a également mené un combat contre l’Église catholique afin de diminuer son influence en Allemagne, ce que les historiens appellent le Kulturkampf.

Les germanismes déguisés

Certains emprunts à l’allemand ont fini par être francisés. Ils ont revêtu des habits français qui font oublier l’origine véritable du terme.

On appelle souvent chenapan un petit garnement. Ce mot dérive de l’allemand Schnapphahn.

On frappe à votre porte? Vous regardez par le judas pour voir s’il s’agit d’un démarcheur ou d’une amie? Vous utilisez un vasistas, mot qui vient de l’allemand Was ist das. Littéralement, qu’est-ce que c’est?

Une ritournelle vous trotte dans la tête? Vous avez un ver d’oreille, terme qui s’inspire du germanisme Ohrwurm.

Ce n’était qu’un aperçu; il y en a bien d’autres. Tschuss!

Cornouailles

La Cornouailles est une région du sud-ouest de l’Angleterre. Dotée d’un microclimat, elle abrite des palmiers à certains endroits.

Le nom d’origine est Cornwall, l’un des rares toponymes britanniques qui soient traduits en français. Certains auteurs se laissent berner par le s et écrivent les Cornouailles.

Il faut dire que, comme d’habitude, les dictionnaires français ne font rien pour aider le lecteur en indiquant succintement que le nom est féminin, mais sans préciser s’il s’agit d’un pluriel et s’il faut employer l’article ou pas.

La Cornouailles est une région gaélique, tout comme le pays de Galles et l’Écosse. On y parlait un dialecte, le cornique, qui est maintenant disparu. On oublie souvent que l’Angleterre était peuplée de Celtes, avant les invasions anglo-saxonnes du Ve siècle. On appelait la grande île la Bretagne. L’arrivée de peuples germaniques a tout bouleversé et les populations celtiques furent refoulées en Écosse, au pays de Galles et en Cornouailles.

Bien des Celtes prirent la fuite et allèrent s’établir dans cette jolie région française, que l’on appelle maintenant… la Bretagne. Évidemment, son nom n’est pas dû au hasard. On ne sera pas surpris d’apprendre que la province bretonne compte une région appelée Cornouaille, dont la graphie se rapproche de sa sœur britannique, à la différence qu’elle ne prend pas de s muet.

Nous sommes donc à un s près de renvoyer les Bretons à leur terre d’origine.

L’existence de deux territoires portant le nom de Bretagne a certainement posé des problèmes. L’avènement des Stuarts en 1603 a fini par amener un changement dans la toponymie. C’est en effet un souverain écossais, Jacques VI, qui monte sur le trône de l’Angleterre sous le nom de Jacques 1er. En 1707, l’Acte d’union unit les deux monarchies anglaise et écossaise. On parle désormais de la Grande-Bretagne, pour éviter toute confusion avec la région française.

En clair, la Grande-Bretagne est constituée de l’Angleterre, del’Écosse, du pays de Galles et, accessoirement, de la Cornouailles. Pourquoi accessoirement? Parce qu’on ne parle que très rarement de la Cornouailles. Quant au Royaume-Uni, il englobe aussi l’Irlande du Nord.  

Visiter

Quoi de plus naturel que d’aller visiter un ami? Pourtant, cette affirmation n’a pas tout à fait le même sens au Québec ou en France.

De notre côté de l’Atlantique, le verbe signifie « rendre visite à une personne », tandis que dans les vieux pays son sens s’est infléchi au fil des siècles. On visite une personne par charité.

Visiter sa grand-mère, c’est sous-entendre qu’elle est malade. Un médecin visite ses patients.

Donc, un Français croira que l’ami que vous visitez est souffrant. Le sens retenu au Québec, et dans le reste du Canada, est considéré comme vieilli; pourtant, les Alsaciens, Congolais et Luxembourgeois rendent visite en visitant…

Ce n’est pas le seul cas de divergence sémantique entre le Québec et la France. Certains d’entre eux sont carrément des impropriétés :

  • Carrosse au lieu de poussette ou landau.
  • S’endormir au lieu d’avoir sommeil.
  • Cabaret au lieu de plateau.

La liste est longue.

Mais dans le cas qui nous occupe, on peut penser que ce sont nos ancêtres qui ont fait traverser l’Atlantique au sens québécois de visiter.

Faut-il bannir le sens de « rendre visite à une personne »? Je ne le crois pas. Sinon, il faudrait revisiter (!) les tournures propres à l’Afrique, à la Belgique ou à la Suisse ou au Luxembourg. Bref imposer l’usage de Paris et d’une bonne partie de la France au reste de la francophonie.

On imagine très bien les réactions…

Par ailleurs, le fait de visiter un endroit prête beaucoup moins à confusion. Vous visitez le Cameroun? Une bibliothèque? Un appartement à louer? Aucun problème! Vous vous y rendez dans le but d’en prendre connaissance, de l’examiner.

Fin de l’article. Comme on dit chez nous : Bonsoir la visite!

Voyager à New York

New York est le Paris de l’Amérique. Cette comparaison peut relever du lieu commun pour certains, mais elle correspond à la vérité. Je me souviens de ma première visite à New York, j’avais eu tout un choc. Je pensais que la métropole américaine serait assez semblable à ma ville natale, Montréal, mais ce n’est pas le cas. Je ne m’attendais pas à autant de magnificence.

J’étais ébloui. Tous ces édifices qui tutoyaient le ciel étaient d’une beauté renversante. Très souvent, les halls d’entrée ressemblaient à l’antichambre d’un palais. L’art déco valsait avec le gothique. Des portes d’ascenseurs devenaient des chefs-d’œuvre de design.

Les grandes avenues, ces nervures sillonnées par des véhicules impatients transportant une population trépidante, dessinaient des perspectives époustouflantes. Comme à Paris, bref.

Je reviens d’un voyage de sept jours, après une absence d’un quart de siècle. Impardonnable, quand on habite à une heure d’avion. Les tours jumelles, que je n’aimais pas tellement, ont disparu, remplacées par le One World Trade Center, à mon avis beaucoup plus réussi. Mais la ville est toujours aussi envoûtante.

Voici quelques impressions de mon périple, qui vous aideront peut-être à mieux planifier le vôtre.

La météo

Voyager en hiver (de janvier à mars) est très avantageux puisque des forfaits hôtel-vol rendent la métropole américaine bien plus abordable. Cependant, il fait un froid de canard, même pour un Canadien. N’oublions pas que New York est bordée par deux fleuves, l’Hudson et l’East River, qui se jettent dans l’Atlantique, tout près de la ville. Les courants d’air entre les immeubles peuvent être frigorifiants.

Le printemps arrive plus vite qu’au Canada; l’automne est aussi plus clément. Voilà deux saisons à privilégier pour ceux qui préfèrent éviter les températures extrêmes. Car l’été est une fournaise, à cause de l’humidité.

Les gens

J’aime bien les Américains ; ils sont généralement affables. Les rapports entre individus sont moins compliqués qu’en Europe. On pourrait croire que dans une cité carburant à l’adrénaline, les gens seraient plus impatients. Ce n’est pas vraiment le cas.

En général, ils sont bien disposés à aider les touristes égarés; et ils sourient. Comme partout ailleurs, on tombe sur des rustauds mal embouchés, mais c’est plutôt rare. Voilà un premier mythe de brisé.

La sécurité

En voici un second : la ville est dangereuse. C’était le cas il y a une vingtaine d’années, mais les administrations municipales ont nettoyé leurs écuries. En y retournant cette année, j’ai été frappé par la différence.

Les gens louches qui traînaient aux alentours de Time Square ont disparu. D’ailleurs, la fameuse place grouille de New-Yorkais et de touristes en verve; les cinémas pornos et autres peep shows ont disparu.

Pendant ma semaine de tourisme, je n’ai vu personne de vraiment inquiétant, y compris dans le Bronx (où je suis allé voir le stade des Yankees) et dans Harlem (pour prendre le métro). De temps à autre, on peut tomber sur des sans-abris ou des personnes souffrant de troubles mentaux. Mais il n’y en pas plus qu’à Montréal.

De fait, New York est devenue la grande ville américaine la plus sécuritaire. Si vous prenez les précautions les plus élémentaires pour ne pas appâter les pickpockets et que vous faites attention, rien ne devrait vous arriver.

À mon sens, la pire menace à la sécurité, ce sont… les taxis. Ils ne font pas de quartier quand ils tournent. Alors si vous pensez pouvoir traverser avant eux… mieux vaut leur laisser le passage.

Les transports

Le taxi est justement un moyen de transport à éviter. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les frais de prise en charge s’élèvent à 4,50 dollars; ensuite, les voitures jaunes sont souvent prises dans la circulation et avancent à pas de tortue. Pendant ce temps, le compteur tourne…

À partir de l’aéroport, il est beaucoup plus avantageux de prendre le transport en commun ou une navette. Une course vers le centre-ville en taxi peut en effet coûter une centaine de dollars, à cause de la circulation, des frais de péage sur les ponts et du supplément pour les bagages.

Le métro est le moyen le plus pratique de voyager en ville. Il va presque partout, les stations abondent et le prix est fixe, que vous descendiez à la station suivante ou à l’autre bout de la ville. Il est avantageux d’acheter une carte de transport Metrocard dans les automates, pour éviter de payer comptant. On peut la recharger à volonté. Les touristes apprécient la carte de sept jours car le nombre de courses est illimité. Celle-là, pas besoin de la recharger.

Toutefois, le métro new-yorkais a ses aléas et ils sont nombreux. Tout d’abord il est quelque peu sordide. Les stations sont vieilles, voire vétustes, et l’accent n’a pas été mis sur la convivialité et le design. Oh que non.

Pire encore, il s’agit du métro est le plus difficile à utiliser que j’ai vu. Et des métros j’en ai vus, ailleurs en Amérique et un peu partout en Europe. Aucun n’est aussi frustrant que celui de New York. Même le déroutant métro de Londres, l’enchevêtré métro de Paris, me paraissent d’une simplicité enfantine comparés à celui de New York.

Les obstacles sont multiples. Tout d’abord l’entrée des stations. À Montréal, les édicules sont visibles de loin. Pas à New York. Un petit poteau coiffé d’un luminaire sphérique blanc et vert signale l’entrée d’une station. Dans une ville qui brille de mille feux, les entrées de métro sont pratiquement invisibles.

Ce n’est pas le plus petit problème. Une station peut comporter plusieurs entrées. Celle que vous avez repérée peut vous amener dans la mauvaise direction. Par exemple, vous êtes à Central Park et voulez descendre vers le Financial District. Vous devez prendre la direction Downtown. Malheur! Votre entrée vous mène vers le quai Uptown seulement.

On vous signale que les trains Downtown se prennent par l’entrée de la rue Vanderbilt. Mais où est diable la rue Vanderbilt? Aucune indication. En fait, une station peut comporter quatre ou cinq entrées éparpillées tout autour.

Bon, vous avez enfin trouvé votre entrée Downtown. Mais attention! Ne sautez pas dans le premier train! Plusieurs lignes passent par le même quai. Pour arriver à bon port, il faut trouver celle qui se rend à la station visée. Par exemple la N. Ne prenez pas le train W qui lui file vers Brooklyn, de l’autre côté de la rivière! Ni la Q, ni la S qui s’en vont dans une autre direction.

Voilà enfin le train de la ligne N. Vous êtes sauvé. Pas encore, car il y a deux types de trains : locaux et express. Le train local arrête à toutes les stations; le train express en saute plusieurs. Pratique quand on part d’un bout de la ville et qu’on ne souhaite pas arrêter à quinze stations, chemin faisant. Mais le touriste qui ne fait pas attention peut découvrir avec effroi que le métro qui allait le conduire au Natural History Museum ne s’y arrête pas du tout et file vers Harlem! Diantre, c’était un express! C’est arrivé à ma femme.

Le coût de la vie

Les prix sont exorbitants. Monter dans une tour coûte environ 35 dollars; une salade dans la cafétéria d’un musée 15 dollars; un plat de pâtes, facilement 20 à 25 dollars; un plat de viande? Une quarantaine de dollars. Une entrée au musée? Facilement 25 dollars.

Les attractions

Comme toutes les grandes métropoles, New York regorge de centres d’intérêt. On peut y passer des semaines, des mois, toute une vie sans en voir la fin. Les personnes cherchant de bons tuyaux auraient intérêt à consulter YouTube. Des chroniqueuses comme Sarah Funk et Jennifer O’Brien offrent des conseils très intéressants pour bien profiter de la ville.

L’attraction la plus célèbre est Time Square. Inondée de lumière, elle est devenue une place réservée aux piétons. La foule s’y presse nuit et jour, mais ce sont les illuminations géantes qui valent le détour. On y passerait des heures. Le clou du voyage.

Difficile d’énumérer tout ce qu’il y a à faire dans la Grosse Pomme. Allons-y par catégories.

Les gratte-ciels : la montée du World Trade Center est à faire à tout prix. L’ascension permet de visualiser une vidéo géniale montrant la construction de la ville, du temps de la colonie jusqu’à notre époque. Au sommet, la vue est époustouflante. La statue de la Liberté est presque à nos pieds, tout comme le pont de Brooklyn. Au loin, on aperçoit l’Empire State Building et Central Park… entre autres.

La montée des tours représente un problème en pleine saison touristique à cause de l’affluence. Perdre deux heures à attendre est frustrant. Mieux vaut réserver par Internet. Pour ce qui est du World Trade Center, on peut acheter un billet coupe-file qui vient avec un audio-guide. Pour trois dollars de plus que le prix régulier, pourquoi se priver?

Les touristes se ruent aussi à l’Empire State Building; en période de pointe, l’attente peut être longue. Moins couru, le Top of the Rock, le sommet du Rockefeller Center, offre une vue intéressante et une attente moins longue.

Le Chrysler Building est une splendeur art déco. On n’y grimpe pas, mais on peut en admirer le hall.

Tout le monde veut aller voir la statue de la Liberté. L’ennui c’est qu’il faut débourser pour prendre le traversier. Ensuite, la statue est aussi surveillée qu’un aéroport. Difficile d’y entrer et il est fortement conseillé de réserver. Pour la saison de pointe, c’est des mois à l’avance…

Un truc : prendre le traversier vers Staten Island. Il est GRATUIT. Le bateau passe devant la statue et offre les mêmes vues spectaculaires sur le centre-ville. À moins de tenir absolument à vous rendre sur l’île de la Liberté, Staten Island constitue un excellent moyen d’épargner.

Les musées

Certains d’entre eux sont gratuits certains durant une période restreinte. Une belle économie! L’ennui c’est qu’il faut arriver tôt, faire la file et endurer la foule un peu partout. Mais épargner 25 dollars ici et là n’est pas un luxe dans la métropole américaine.

Le Metropolitan Museum présente des collections qui font passer nos musées canadiens pour des garages municipaux. Par exemple, la collection des antiquités égyptiennes compte au moins 25 sarcophages, alors que quand il y en a un à Ottawa ou à Montréal, c’est tout un évènement…

Que ce soit la peinture européenne, les antiquités romaines ou bien l’art musulman qui vous intéressent, vous trouverez (amplement) de quoi occuper votre journée.

Et ce n’est qu’un musée. Les arts sont bien servis avec le Museum of Modern Art, la collection Frick (avec des Monet… hi hi) et le célèbre Gugenheim à l’architecture révolutionnaire.

Le Natural History Museum est une splendeur avec ses squelettes de dinosaures et ses expositions impressionnantes sur l’astronomie. Une grande attraction en soi.

Les férus de politique ne voudront pas manquer la visite de l’édifice des Nations Unies.

Un musée chargé d’histoire est celui d’Ellis Island. C’est à cet endroit que les bateaux déchargeaient les immigrants qui cherchaient la terre promise. Les installations ont fermé depuis belle lurette et sont devenues un passionnant musée sur l’immigration. On y explique en détail toutes les étapes que devaient franchir les nouveaux arrivants.

Les balades à ne pas manquer

La traversée du pont de Brooklyn qui nous mène vers le Financial District, offre une vue inoubliable sur la ville. Prendre le métro et descendre à High Street. On marche ensuite sur une travée en bois, au-dessus du trafic routier et la vue qui se dégage de Manhattan est inoubliable.

Mais avant de faire la grande traversée, il faut parcourir les rues paisibles de Brooklyn Heights, un havre de paix qui nous repose du rythme effréné de la métropole. La promenade le long de l’East River, avec son panorama sur Manhattan, est mémorable.

Central Park a été construit vers la fin du XIXe siècle pour permettre aux New-Yorkais de profiter un peu de la nature. Les espaces verts sont rares dans la métropole. Les habitants profitent pleinement du parc et musardent, lisent le journal, s’étendent sur l’herbe et jouent au ballon. Sur le côté ouest, dans l’Upper West Side, s’élèvent les deux tours gothiques du Dakota Building où ont résidé Lauren Bacall, Leonard Bernstein et John Lennon. Une portion du parc, devant l’immeuble, a été rebaptisée Strawberry Fields et comporte une rosace offerte par la ville de Naples. Y est inscrit Imagine.

Le Financial District est le cœur financier du monde. Une promenade dans Wall Street s’impose. Le Federal Hall est un temple de l’histoire américaine où Washington a prêté serment pour la première fois.

La Cinquième Avenue, Park Avenue, Madison Avenue, entre autres, sont des musts. Elles sont bordées d’immeubles prestigieux. Armez-vous d’un bon guide de voyage pour mieux les apprécier. Et n’oubliez pas Broadway qui traverse la ville en diagonale.

Une ancienne voie de chemin de fer a été transformée en promenade verte. Il s’agit de la High Line qui parcourt une vingtaine de rues, dans la partie sud-ouest de Manhattan. L’hiver, elle est toutefois exposée aux vents de l’Hudson.

Les hôtels

Loger à bas prix dans la métropole américaine est une mission quasiment impossible. En haute saison, les chambres sont hors de prix. Nous avons logé au Sheraton Time Square au mois de mars. La chambre était incluse dans un forfait avec l’avion. Cet hôtel, d’un standing semblable au Reine-Élisabeth de Montréal, demande 1200 dollars en haute saison. Vous avez bien lu. Et ce n’était pas une suite, mais une chambre modeste.

Comme partout ailleurs, les tarifs baissent quand on s’éloigne du centre-ville et des quartiers touristiques. Certains visiteurs élisent domicile à Jersey City, juste en face de New York. Des hôtels ont un service de navette qui partent régulièrement de Manhattan pour ramener les clients à l’hôtel.

En revenant de voyage, nous avons été sidérés de voir que le Sheraton nous avait facturé des Daily Destination Fees de 28 dollars par nuitée. Une petite recherche sur le Web nous a permis de constater que certains établissements new-yorkais ont lancé cette pratique qui relève de la fraude pure et simple, pour rester poli. Le site Elliott Advocacy dénonce ces frais imposés sans avertissement aux clients, et qui ne se justifient absolument pas. Il donne la liste des hôtels qui arnaquent ainsi leurs clients.

Les restaurants

Manger à New York coûte horriblement cher. Mais le choix est immense et on peut goûter à toutes les cuisines. Comme dans toutes les grandes villes, les restaurants situés près des attractions ont tendance à être plus chers. Les endroits à la mode aussi.

Nous avons découvert une multitude de restaurants ethniques dans les environs de la Huitième et de la Neuvième Avenue, dans Midtown, qui ne dévalisaient pas les convives.

Il est toujours préférable de faire des réservations pour éviter d’attendre une heure avant d’avoir une table.

Les touristes pensent faire une bonne affaire en allant dans Little Italy ou le Chinatown. Il faut avoir une bonne recommandation, cependant, car bien des endroits laissent à désirer.

La meilleure chose est de se munir d’un bon guide de voyage. Je recommande le Routard pour plusieurs raisons. Premièrement, il est fait par des Français pour qui la qualité de la nourriture est importante; deuxièmement, ce guide cherche le meilleur rapport qualité-prix; troisièmement, il est à l’affût des endroits charmants et originaux…

Je peux vous dire que neuf fois sur dix, le Routard nous a comblés.

Les arnaques

Bon nombre de vidéos sur YouTube vous mettent en garde contre les arnaques qui guettent les touristes.

Time Square est fascinant. Des amuseurs publics déguisés en Spiderman et autres attirent les touristes. Toutefois, ils exigent d’être payés si vous les prenez en photo. D’ailleurs, Time Square n’est pas un bon endroit pour faire des achats, car les prix sont soufflés. Les fameux t-shirts I Love NY et autres souvenirs devraient être achetés dans des quartiers moins centraux.

Évitez aussi le Musée de Madame Tussaud. Il y a trop à faire à New York pour perdre son temps dans un musée de cire.

Parfois, de faux moines bouddhistes vous tendront un papier sur lequel est inscrite une maxime quelconque distillant une sagesse de pacotille. Refusez net! Le faux moine vous demandera de l’argent.

Attention à ceux qui essaient d’attirer votre attention par tous les moyens. Ils essaient de vous distraire pendant que le type derrière vous fait les poches. D’ailleurs, soyez méfiant quand on vous tend quelque chose. Rien n’est donné à New York et si on vous remet un dépliant c’est qu’on veut votre argent.

Devant le terminal du traversier de Staten Island, des arnaqueurs essaient parfois de vendre des billets pour le bateau. Je le répète, celui-ci est GRATUIT.

Dans une des gares de la ville, certains types vont vous faire croire qu’ils ont perdu leur portefeuille et qu’ils n’ont pas d’argent pour rentrer à la maison. C’est un vieux truc. Envoyez-les paître.

Il existe un moyen simple d’éloigner les importuns qui essaient de vous piéger : répondez en français! Les Américains parlent rarement des langues étrangères. Soit dit en passant, l’allemand, l’italien ou le norvégien fonctionnent également très bien.

New York

Traduire ou ne pas traduire? Tel est le dilemme qui attend le langagier qui débarque en Nouvelle-Amsterdam, le nom originel de New York. En consultant aussi bien la littérature touristique que les ouvrages généraux consacrés à la métropole américaine, force est de constater que l’anglais prédomine. Mais le français s’est quand même taillé une petite place.

Géographie de la ville

Le nom hollandais de Nieuw Amsterdam a été traduit par Nouvelle-Amsterdam. Par la suite, le territoire a été cédé à la Grande-Bretagne et a pris le nom de New York, rendu en français avec un trait d’union : New-York. Celui-ci a disparu au fil des décennies, malheureusement. Voir mon article sur la défrancisation des noms de villes.

La Grosse Pomme, comme on la surnomme souvent, est divisée en cinq boroughs, que l’on appelle districts dans notre langue : Manhattan, Staten Island, Queens, Bronx et Brooklyn. La grande question que l’on se pose, en français, est la manière de les énoncer : avec ou sans article? L’usage penche pour l’article dans les cas suivants : le Bronx et le Queens. Pourquoi? La réponse s’est perdue dans l’East River… ou peut-être dans la Seine.

Il est facile de se déplacer dans la ville puisqu’elle découpée en damier. Les Avenues vont de de nord en sud tandis que les Streets sont tracées dans le sens de la largeur. Ces termes sont traduits en français.

La Cinquième Avenue est de loin la plus prestigieuse et elle s’étire le long de Central Park (non traduit). La Sixième Avenue est surnommée l’avenue des Amériques. Les Streets deviennent des rues en français. La Quarante-deuxième Rue est reconnue pour ses bijouteries.

Mais pas de traduction pour Park Avenue. Si vous déambulez sur l’avenue du Parc, vous êtes à Montréal.

Certains lieux géographiques mythiques s’énoncent en anglais, même si une traduction française serait concevable : Central Park; Time Square; Chinatown; Greenwich Village; Midtown; Upper Westside; Lower Eastside.

Certains quartiers sont identifiés par des acronymes, généralement un signe de leur embourgeoisement. Le dernier en date est DUMBO : Down Under Manhattan Bridge Overpass. Lui emboitent le pas : SOHO (South of Houston Street); TriBeCa (Triangle Below Canal Street). Ouf!

Les édifices

New York est hérissée d’édifices vertigineux. Un véritable porc-épic urbain. Leur nom n’est jamais traduit. Que l’on pense au One World Trade Center, à l’Empire State Building ou au Chrysler Building. Idem pour le Rockefeller Center. Soit dit en passant, le nom Rockefeller viendrait du français Roquefeuille.

La statue de la Liberté me semble être la seule exception.

La gare centrale, la majestueuse Grand Central Terminal roule en anglais aussi. Seuls les aéroports peuvent arborer un générique français : l’aéroport La Guardia, John Kennedy ou de Newark.

Le plus souvent, on omet le générique, tant en anglais qu’en français. Si vous atterrissez à La Guardia tout le monde comprend.

Les musées

Durant mon séjour, j’étais fort amusé de voir mon téléphone intelligent me traduire certains noms figurant sur une carte, dont le Musée métropolitain des arts… Pourtant, cette appellation aurait très bien pu exister. Elle serait parfaitement logique. Pourtant…

Que diriez-vous du Musée des arts de Brooklyn, du Musée juif ou encore du Musée d’histoire naturelle ? C’est pourtant ainsi que nous l’appelions entre nous. Mais les guides en français énoncent les titres en anglais.

Petite exception toutefois pour la collection Frick.

On pourrait penser à d’autres institutions qui ne sont pas des musées à proprement parler. Notamment le Jardin botanique de Brooklyn et le zoo du Bronx.

New York en français ?  

Très peu. Sauf peut-être cette Montréalaise exilée que nous avons rencontrée au Metropolitan Museum. Ou encore cette hôtesse dans un restaurant, qui avait séjourné au Sénégal. Mais pour ce qui est de la nomenclature, s’en tenir à l’anglais, le plus souvent.

Le dysfonctionnement du système politique américain

La présidence clownesque du locataire de la Maison-Blanche met en relief le côté dysfonctionnel de certaines des institutions américaines.

Les États-Unis sont fiers de leur Constitution. Et ils ont raison. Tout au long de mes études de science politique, je n’ai pas lu de document plus brillant que la Constitution des États-Unis.

Peu de gens le savent, mais elle s’inspire des réflexions de Jean-Jacques Rousseau, pour le contrat social, et de Montesquieu, pour la séparation des pouvoirs.

Obsédés par la peur d’élire un despote, les Jefferson, Franklin et Washington se sont employés à imaginer un pouvoir politique fractionné et équilibré. Le président serait détenteur du pouvoir exécutif, mais ses actions seraient contrôlées par le Congrès. Ce dernier adopterait des lois, mais le président pourrait y opposer son véto s’il les juge abusives. Enfin, les tribunaux empêcheraient les deux premiers de commettre des abus envers le peuple américain, notamment de se liguer pour imposer une dictature.

Le Collège électoral

Le Collège est censé être un corps de sages chargés de choisir le président des États-Unis. Son existence constitue une entorse importante à la souveraineté du peuple. En effet, les constituants de 1776 ne jugeaient pas les Américains assez éclairés pour éviter l’élection d’un démagogue. Par conséquent ils ont décidé que la population n’élirait pas le président des États-Unis ; elle voterait pour une liste de candidats qui, au nom de leur État, choisiraient le président. C’est donc dire que le président des États-Unis est indirectement élu par le peuple américain.

Les grands électeurs pourraient, du moins en théorie, barrer la route à un éventuel démagogue aux ambitions douteuses.

Tout cela est bien beau sur papier, mais la réalité des choses est très différente. En fait, ce sont les partis qui proposent une liste de candidats au Collège électoral. Cette liste est composée de membres émérites du parti, de sympathisants reconnus que l’on veut honorer. C’est donc dire qu’il est extrêmement improbable que ces personnes s’opposent à la candidature de celui que leur propre parti a choisi.

Les grands électeurs républicains ont raté une excellente chance en 2016 de donner tout son sens au Collège électoral en choisissant d’appuyer Donald Trump. Ce personnage sulfureux correspondait incontestablement au type de personne que les constituants de 1776 voulaient écarter de la présidence.

Pourquoi ? Parce que cet homme ne respecte ni l’esprit ni la lettre de la Constitution des États-Unis.

La procédure de destitution

Que Trump ne comprenne pas les éléments fondamentaux de la Constitution américaine est déjà inquiétant. Un président qui bafoue aussi allègrement la séparation et l’équilibre des pouvoirs est tout à fait inédit.

Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est que nous avons un président qui a clairement pactisé avec une puissance étrangère pour se faire élire. N’a-t-il pas, entre autres, lancé un appel public à la Russie pour qu’elle divulgue d’autres courriels pouvant compromettre l’élection de Hilary Clinton ? De plus, il apparait de plus en plus clair que son entourage a eu des liens étroits avec les Russes pendant la campagne électorale. Par-dessus le marché, les services secrets américains ont révélé que la Russie a inondé Facebook de faux comptes répandant des faussetés sur la candidate démocrate, notamment qu’elle était gravement malade et ne serait pas capable de gouverner.

Soit dit en passant, ce réflexe de répandre de fausses informations en Occident n’est pas nouveau : l’Union soviétique le faisait régulièrement, bien avant l’avènement des médias sociaux.

Cette complicité évidente avec la Russie est un motif suffisant de destitution. En effet, la Constitution américaine prévoit la destitution du président, du vice-président, d’un ministre si cette personne commet un crime très grave (high crime) ou encore un délit (misdemeanor). Pas besoin d’être un grand juriste pour comprendre que le président actuel pourrait être destitué.

Alors pourquoi ne l’est-il pas ?

Parce que la destitution est un processus politique.

Le président doit tout d’abord être formellement mis en accusation par la Chambre des représentants. Ses membres adoptent à la majorité simple un bill of impeachment qui accuse le président de telle et telle chose. Mais ce sont des politiciens qui enclenchent ce processus, pas des observateurs indépendants. Les Washington et cie ont peut-être cru que les élus sauraient mettre de côté leurs intérêts partisans, mais ils se sont trompés.

Une fois adopté, le projet de loi visant la destitution est transmis à d’autres politiciens, les sénateurs. Ces derniers se transforment en juristes et instruisent le procès du président. Les mêmes réflexes partisans risquent de jouer.

La majorité des deux tiers est requise pour l’un ou l’autre des chefs d’accusation pour que le président soit destitué.

Autrement dit, il faudrait que des sénateurs républicains se rallient aux démocrates pour qu’un bill of impeachement aboutisse à la destitution. Là encore, il y a loin de la coupe aux lèvres pour qu’un tel revirement survienne, à moins de s’imaginer que les politiciens actuels, à couteaux tirés, s’émancipent soudain de toute considération partisane et ne voient que l’intérêt supérieur de la République. On peut rêver.

D’ailleurs, les trois cas de mise en accusation d’un président démontrent amplement que la procédure de destitution est avant tout politique.

1. Après la Guerre de Sécession, le président Andrew Johnson s’oppose entre autres à la reconnaissance des Afro-Américains comme citoyens des États-Unis. Il fait obstacle à la réconciliation entre le Nord et le Sud. Il est visé par une mesure de destitution qui échoue par un vote.

2. Le président Clinton est accusé par les représentants d’avoir menti et entravé la justice dans une affaire de mœurs. Le fait d’avoir succombé aux avances de Monica Lewinsky est-il un motif sérieux de destitution ? Ou bien est-ce la haine féroce que les conservateurs américains vouent à Clinton, un libéral et un libertin?

3. Le président Nixon est embourbé dans l’affaire du Watergate. Il est clair que la Maison-Blanche était à l’origine du cambriolage commis dans le célèbre immeuble. Bref, Nixon n’avait aucune chance et il allait vers la destitution. Quand il a vu que la Chambre des représentants allait le mettre en accusation, il a préféré démissionner. Surtout qu’il ne pouvait plus rien attendre de ses alliés politiques.

Tout cela pour dire que la procédure de destitution a toujours été une arme politique et non pas une manière objective de déterminer si un président doit continuer de gouverner.

Le 25e amendement

Un autre moyen d’écarter le président actuellement en poste serait d’invoquer le vingt-cinquième amendement de la Constitution.

Celui-prévoit que le vice-président ainsi qu’une majorité des ministres peut aviser les deux chambres du Congrès que le président ne peut exercer ses fonctions. Les deux chambres devront voter à la majorité des deux tiers pour la destitution du président, sans quoi il reste en poste.

Il ne fait aucun doute que Trump est inapte à exercer ses fonctions. De nombreux témoignages montrent sans l’ombre d’un doute qu’il souffre de troubles caractériels qui le rendent même dangereux pour la sécurité du pays, notamment parce qu’il ne comprend pas les rouages élémentaires de l’économie, des relations internationales, de la sécurité collective de l’Occident, sans parler du fonctionnement du système politique américain.

Il y a donc déjà matière abondante pour le destituer.

Mais le recours au vingt-cinquième amendement est encore plus périlleux que la procédure de destitution elle-même, car elle implique que les alliés immédiats du président, soit le cabinet qu’il a choisi, décident qu’il ne peut plus exercer ses fonctions.

Ce scénario apparait extrêmement improbable, surtout à cause de la forte personnalité du vice-président Pence…

Conclusion

Le dysfonctionnement des trois éléments mentionnés représente une entrave considérable au fonctionnement harmonieux de la démocratie états-unienne. Il est clair que les institutions en question ne jouent pas le rôle prévu par les pères de la démocratie américaine.

Le Collège électoral ne bloque rien. De plus, son existence constitue un déni de démocratie.

La procédure de destitution n’a rien d’un processus objectif destiné à sanctionner les coquins, comme on disait jadis. L’enclencher est très difficile. Dans deux cas sur trois elle n’a pas abouti à la destitution. Nixon aurait pu être le seul président de l’histoire à être destitué, parce que sa culpabilité ne faisait plus aucun doute.

Le vingt-cinquième amendement est également à peu près impossible à appliquer, même s’il est évident que le président américain n’a ni les compétences ni l’équilibre nécessaires pour exercer ses fonctions.

Un sérieux examen de conscience s’impose aux États-Unis.

L’Académie et la féminisation

L’Académie française vient d’arriver en ville, comme on dit au Québec. Après des siècles de résistance, elle fait une entrée fracassante dans le XXIe siècle en acceptant le principe de la féminisation des titres.

Non sans avoir résisté.

Une résistance farouche

Un article paru dans l’hebdomadaire L’Express claironne la bonne nouvelle. Il signale l’avant-gardisme du Québec en la matière et la résistance forcenée, épidermique de l’Académie devant la féminisation.

Dorénavant, une ambassadrice sera une femme dirigeant une ambassade, et non plus l’épouse de l’ambassadeur.

À mon avis, deux facteurs expliquent ce recul historique (oui, pour une fois, le mot est justifié). Premièrement la vigueur qu’a pris ces dernières années le courant féministe et la recherche de l’égalité pour les femmes ; deuxièmement, l’usage, tout simplement. Si le Québec a ouvert le chemin, suivi assez rapidement par la Belgique et la Suisse, la France, par contre, s’est insurgée contre la féminisation des titres de profession. Avec la même hargne aveugle, irrationnelle et délirante dont elle a fait preuve envers la très timide réforme de l’orthographe de 1990.

On pourrait ajouter un troisième facteur : l’absurdité de la position de l’Académie a fait le reste.

Madame le ministre

L’hostilité des Immortels envers les femmes a été bien documentée. Il a fallu attendre 400 ans avant qu’une femme, Marguerite Yourcenar, fasse son entrée au Quai Conti. Comme le signale l’article précité, l’historien Pierre Gaxotte s’opposait à l’élection d’une femme, parce qu’elle conduirait éventuellement à celle d’un nègre (sic)…

Encore aujourd’hui, la secrétaire perpétuelle de l’Académie, Hélène Carrère d’Encausse, insiste pour se faire appeler Madame LE secrétaire perpétuel. Parce que oui, certaines femmes s’élèvent contre la féminisation, reprenant les arguments des grammairiens réactionnaires et misogynes du XVIIe siècle.

On a observé la même résistance envers l’appellation Madame LA ministre.

En 1997, le premier ministre Alain Juppé nomme une douzaine de femmes ministres; elles insistent toutes pour être appelées « Madame la ministre », ce qui entraîna immédiatement une polémique. C’est le scandale des Jupettes…

Nadeau et Barlow, dans leur livre Le français, quelle histoire !, rapportent l’anecdote suivante :

À cette époque, le journaliste Jean-François Lisée interviewa le secrétaire perpétuel de l’Académie, Maurice Druon, et lui posa une colle : “Doit-on dire “Madame la ministre est bien bon“ ou “Madame la ministre est bien bonne“? Coincé, Druon s’en tira par une pirouette en répondant “Bonne à quoi[

Atterrant.

Éradication des titres féminins

L’Académie française revient de loin. Elle a jadis éradiqué des titres féminins, comme médecine, autrice, inventrices ou philosophesse…

Pratiquant le sophisme, elle a fait valoir que le masculin était le genre générique en français. Donc pas besoin de médecine, puisque médecin englobait les deux genres.

Pendant des siècles, on a invoqué ce prétexte pour s’opposer à toute féminisation.

Cette règle grammaticale n’était nullement sexiste : elle relevait du génie de notre langue.  

L’ennui, c’est que le genre générique s’appelait… le masculin. L’argument aurait été plus convainquant si on avait parlé du genre A et du genre B. Appeler les deux genres féminin et masculin n’est-il pas porteur de sens ?

En outre, le fait d’énoncer au masculin les titres touchant des professions nobles comme la médecine, l’écriture, la philosophie était révélateur. Comme le fait observer Éliane Viennot, autrice de Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin : « Ils ne se sont pas attaqués aux basses fonctions ou aux fonctions traditionnellement féminines. » Autrement dit, on n’a pas éliminé la blanchisseuse, par exemple.

Pour tout résumer, le recul de l’Académie est une grande victoire pour les femmes et la logique élémentaire, quoi qu’en pensent certains.

On lira avec intérêt mon article sur l’écriture inclusive.


[1] Nadeau et Barlow, op. cit., p. 486.

Hijab ou hidjab?

Le voile islamique déchire les opinions tant au Québec que partout en Occident. Tenons-nous loin de la polémique sur l’acceptabilité des signes religieux en milieu de travail, mais penchons-nous plutôt sur la graphie de ce terme.

On voit très souvent hijab. En fait le plus souvent, nous révèle une recherche sommaire sur la Grande Toile, celle qui nous espionne. Tant La Presse, Le Devoir au Québec, que Le Figaro, L’Express, Le Monde, etc., semblent favoriser la graphie hijab.

Tout le contraire des deux grands dictionnaires, Larousse et Robert favorisant la graphiehidjab, avec le d. La prononciation suggérée est hid-jab, bref comme cela s’écrit.

Ailleurs sur le Web

La graphie hijab semble aussi s’être imposée en italien et en espagnol. Des journaux comme La Republicca, La Stampa, en italien, El Pais, El Mundo, en espagnol, écrivent hijab.

Du côté germanique, on observe la même graphie dans les publications allemandes Die Welt et Der Spiegel.

Une mauvaise translittération

Mais d’où vient donc hijab?

Il s’agit d’une translittération vers l’anglais. Tout comme le russe et un grand nombre de langues, l’arabe ne s’écrit pas en caractères romains, ce qui signifie qu’il faut transcrire les sons originaux en respectant les graphies françaises. Ce qui se prononce hid-jab en arabe doit être écrit de manière à ce qu’un francophone le prononce de la même manière.

En anglais, le son dj s’écrit tout simplement avec le j. Donc hijab.

Or, les noms arabes doivent être translittérés à la française et non à l’anglaise.

Les noms arabes en français

Personne ne songerait à écrire Putin, Shostakovich ou Pushkin en français, car ce sont des graphies anglaises. Voir mon article à ce sujet.

Ainsi en est-il des noms arabes. Par exemple, Djedda s’écrit en anglais Jeddah. Les noms arabes les plus importants ont été traduits en français. Pensons à Le Caire, La Mecque, Jordanie, Égypte, etc. Les lieux moins importants voient leur nom translittéré en français. Les anglophones font exactement la même chose vers l’anglais.

Alors pourquoi hijab?

On pourrait bien sûr évoquer le rouleau compresseur de l’anglais, perçu comme un symbole de modernité, et ce pas uniquement par les Français mais par énormément de gens partout dans le monde.

L’autre facette du problème, c’est que la translittération n’est pas une science exacte. Les noms venant du russe, de l’ukrainien, du biélorusse, de l’arménien, du géorgien, etc. sont habituellement transcrits selon une graphie française.

Mais ce principe n’est pas appliqué pour les noms japonais ou chinois, par exemple. En fait, la plupart des noms asiatiques sont plutôt écrits à l’anglaise.

Commentaires des lecteurs

Les commentaires reçus après la publication de cet article sont éclairants. Je vous invite à les lire. La prononciation de l’arabe n’est pas uniforme et cela expliquerait en partie les différentes graphies.

Confronter

Peut-on être confronté à des difficultés? Peut-on confronter un problème?

Certaines formulations avec le verbe confronter sont frappées d’interdit pour cause d’anglicisme. Les zones de convergence et les zones de divergence entre l’anglais et le français sont autant de sables mouvants dans lesquels les langagiers peuvent facilement s’enliser.

Dans son sens original, confronter signifie comparer deux documents, deux témoignages, de mettre en présence deux personnes.

Confronter un document avec l’original.

Confronter un témoin à l’accusé.

On remarquera l’emploi possible de deux prépositions qui, d’ailleurs, sont la plupart du temps interchangeables.

Être confronté à une difficulté

Pour bien des langagiers, cette tournure est douteuse. À défaut d’avoir le temps de faire toutes les vérifications souhaitables, ils préfèrent contourner le problème et reformuler.

Et pourtant, pourtant, je n’aime que toi, chantait le grand Aznavour.

Pourtant, cette expression ne rompt pas véritablement avec la définition du verbe en question. Quand on est confronté à une difficulté, à un problème, on est en sa présence, non? Le sens n’est pas corrompu.

On pourrait dire aussi qu’on est aux prises avec un problème, qu’on fait face à une difficulté.

Comme le signalent les Clefs du français pratique :

Certains voient dans être confronté à une tournure lourde, familière ou un emploi critiqué inspiré de l’anglais. Le tour être confronté est pourtant correct.

Confronter une personne

Il faut toutefois se tenir loin de la construction confronter + complément direct.

L’avocat de la Couronne a décidé de confronter le témoin.

Dans cette phrase, on relève le sens anglais de s’en prendre à l’autre personne, de l’affronter. Ce sens est anglais.

Acculée, Nicole a confronté la situation et a pris les mesures nécessaires.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que Nicole était confrontée à une situation difficile et qu’elle a décidé de prendre le taureau par les cornes.

C’est historique!

Les médias continuent d’utiliser le mot historique à toutes les sauces et leur manie confine au délire total. Bel exemple d’un mot vidé de son sens initial.

Je m’étais promis de constituer un florilège des pires cas, quelque part en 2019. Force est de constater que l’inventivité des journalistes est loin de se tarir.

Voici donc un modeste bilan pour le début de cette année, étant entendu que les cas sont beaucoup plus nombreux que ceux que j’ai recensés.,

Les élections en République démocratique du Congo

Le nouveau gouvernement de ce pays

Nancy Pelosi, élue présidente de la Chambre des représentants

Le changement de nom de la Macédoine, qui devient la Macédoine du Nord

Le déménagement de la Chambre des communes

La visite du pape aux Émirats arabes unis

La victoire des Patriots de la Nouvelle-Angleterre au Super Bowl.

Il va sans dire que ce nouvel opus grognon de votre humble serviteur est lui aussi historique.