Téléjournal

Petit intermède de douce moquerie sur les tics langagiers qui fleurissent dans les médias. Combien en voyez-vous dans ce texte fantaisiste, mais pas si loin de la réalité?

L’envoi de vaccins est un enjeu significatif dans cette course contre les variants du coronavirus. Les autorités ont en effet eu des problématiques avec l’approvisionnement venant d’Europe et les délais font en sorte que le calendrier de vaccination risque de ne pas être respecté.

Clip d’un responsable gouvernemental : « C’est évident qu’à ce moment-ci, nous ne pouvons rencontrer nos échéances. C’est définitivement un défi qui nous interpelle. »  Question du journaliste : Pourquoi au juste? Réponse : « Parce que plus de monde va tomber malade éventuellement. » 

C’est tout un enjeu pour le gouvernement et l’impact de ces délais pourrait faire la différence. Notre correspondant Christian Lalancette, basé à Trois-Rivières, est allé voir comment se déroule la vaccination là-bas. Bon matin Christian :

La mairie suit la situation sur une base régulière pour faire en sorte que les impacts ne soient pas trop importants dans la Mauricie. Pourtant les arrivages arrivent à temps à toutes fins utiles et les Trifluviens affluent aux centres de vaccination.

Images d’aiguilles que l’on prépare suivie de quatre scènes d’injection dans l’épaule en gros plan.

Les vaccinés sont interviewés à la caméra.

– Y’était temps que ça arrive.

– On va pouvoir sortir!

– Mon mari est contre, pis moi je viens pareil.

Vieille dame en chaise roulante : « C’est ma fille qui m’amène. »

Les responsables de la Ville ont été rencontrés par des représentants fédéraux et disent qu’ils voient la lumière au bout du tunnel. Beaucoup de gens se font dépister, également.

Le maire de la ville, Lucien Laurier, souligne qu’un nombre historique de citoyens ont été vaccinés aujourd’hui, plus de 5 000, un record absolu et jamais égalé.

L’animateur : on va continuer de suivre ça… Merci Christian. En terminant, une histoire incroyable de girafe qui a accouché d’un rhinocéros… Après la pause.

Une douzaine de spots publicitaires explosent à l’écran, dont deux qui se répètent. Le rythme de l’émission est complètement brisé. Pseudo-reportage qui reprend les grandes lignes d’une émission d’affaires publiques diffusée plus tard en semaine. Douze autres annonces. Arrive le reportage sur la girafe.

Bon matin tout le monde…

***

André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Muséum

Le Museum d’Histoire naturelle de Paris était jadis appelé le Jardins des Plantes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le mot muséum n’est pas un autre emprunt à l’anglais; le mot vient du latin.

Il fait figure d’incongruité dans le paysage du français, car il n’est utilisé que pour désigner les musées d’histoire naturelle. L’exception étonne. Car les autres institutions du genre reçoivent l’appellation de musée, par exemple, le Musée des sciences et de la technologie ou le Musée canadien de la nature.

La majuscule

Le Museum d’Histoire naturelle est une curiosité à un autre égard : par l’utilisation de la majuscule, et ce, deux fois plutôt qu’une!

Les règles de typographie du français en ce qui a trait aux majuscules sont alambiquées et inutilement compliquées. Voir mon article à ce sujet. En Europe, on écrit musée avec la minuscule initiale et c’est l’élément déterminatif qui prend la majuscule. Ce qui donne :

Le musée du Louvre

Le musée des Offices

Curieusement, on fait exception pour le Museum d’Histoire naturelle dont le générique reçoit la majuscule, tout comme le déterminatif Histoire naturelle.

Appellations administratives

Normalement, ce genre d’appellation suit le modèle très simple qui coiffe de la majuscule initiale l’élément générique du début de l’appellation : la Direction des communications. Pour des raisons incompréhensibles, le nom des musées suit la logique inverse… sauf pour notre Museum d’Histoire naturelle.

Au Canada, on a renoncé à cet illogisme et toutes les appellations muséales prennent la majuscule initiale à l’élément générique, par exemple le Musée des beaux-arts de Montréal, et non le musée des Beaux-Arts.

Lueur d’espoir? Toujours est-il que les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique étalent une triple majuscule! C’est exactement le genre de graphie que je préconise dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français, paru aux éditions Crescendo.

Le français distribue ses majuscules comme un avare ses deniers. Il est temps que cela change.

Abolir la monarchie?

Les évènements récents, tant aux États-Unis (entrevue du prince Harry et de sa femme) qu’au Canada (Julie Payette) suscitent toute sortes de réflexions sur les liens entre le Canada et la monarchie britannique.

Allons-y dans l’ordre.

Abolir la monarchie au Canada?

La question demeure controversée au Canada anglais, bien qu’un nombre croissant de nos voisins estiment que la monarchie constitutionnelle au Canada est quelque peu dépassée. Bien entendu, la réaction est tout autre au Québec, car les habitants ont bien du mal à s’identifier à la souveraine britannique.

La vraie question à se poser est la suivante : est-il possible d’abolir la monarchie au Canada?

L’ennui, c’est que même un consensus d’un océan à l’autre sur la nécessité d’en finir avec la Couronne britannique ne suffirait pas. En effet, conformément à la Loi constitutionnelle de 1982, il faut que les dix provinces canadiennes ainsi que les deux chambres du Parlement donnent leur accord pour que le Canada devienne une république. On conviendra qu’une pareille situation est hautement improbable à moins qu’on découvre soudain que la famille royale est composée de pédophiles satanistes…

La nécessité d’avoir un chef d’État

Tous les États, quels qu’ils soient, démocraties ou autocraties, ont besoin d’un chef pour sanctionner les lois, accepter les lettres officielles des ambassadeurs étrangers et se charger de diverses tâches officielles. Le président de la République, le roi, l’empereur, etc. doivent aussi participer à toute une ribambelle de cérémonies protocolaires ennuyeuses. Parlez-en à Julie Payette…

Dans beaucoup de pays, les rôles de chef d’État et de chef de gouvernement sont distincts, justement parce que leur cumul est exigeant. Les fonctions les plus protocolaires échoient à une personne ne jouant aucun rôle politique, sauf dans certaines situations. Cette division des tâches permet à la personne dirigeant le gouvernement de se consacrer entièrement à son travail.

Dans une monarchie, le souverain s’occupe des tâches protocolaires. Des pays comme la Grande-Bretagne, la Norvège, les Pays-Bas, le Japon, la Thaïlande, l’Espagne, etc. sont des monarchies.

Les républiques les plus connues sont les États-Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie, Israël, l’Argentine, la Russie, etc.

Une république? Puis après?

Le fait de transformer le Canada en république n’est pas la panacée qu’on imagine. Sorry to be positive about that.

Les fonctions protocolaires ne disparaissent pas avec la monarchie. Même si le Canada arrivait à rompre avec les Windsors, il devrait se choisir un chef d’État pour les raisons exposées ci-dessus. Ce chef pourrait être :

  1. Le premier ministre
  2. Une personne désignée par le premier ministre
  3. Une personne choisie par le Parlement
  4. Une personne choisie par une assemblée spéciale
  5. Une personne élue par la population

Examinons ces options. La première a peu de chance d’être adoptée, le premier ministre étant déjà suffisamment occupé.

Actuellement, le gouverneur général est nommé par la reine sur proposition du premier ministre (option 2). Par conséquent, il n’y aurait pas de changement avec le gouverneur général… Bella affaire!

Les options 3 et 4 sont celles retenues par beaucoup de pays. En Allemagne, par exemple, le président est désigné par l’Assemblée fédérale, qui regroupe des députés et des représentants des Länder, les États fédératifs allemands. Un ancien politicien respecté de tous est souvent choisi par cette assemblée.

Les pays cherchent en effet des personnes qui pourront, le cas échéant, jouer le rôle d’arbitre ou de conciliateur impartial en cas de conflit politique aigu entre les partis. Soit dit en passant, c’est exactement le rôle que joue le gouverneur général.

Le gouverneur général

La controverse entourant le départ de Julie Payette a relancé le débat sur l’utilité du gouverneur général. Pour beaucoup, cette fonction représente une dépense inutile et mieux vaudrait la faire passer par la trappe.

On voit tout de suite que les personnes préconisant cette solution ne connaissent rien au régime constitutionnel canadien.

Or le Canada ne peut faire partie du Commonwealth sans que son chef d’État ne relève de la Couronne britannique. Et, comme nous venons de le voir, le poste de chef d’État est indispensable.

Donc, que ça nous plaise ou non, le Canada continuera d’avoir la reine de Grande-Bretagne comme chef d’État, tant et aussi longtemps qu’il demeurera une monarchie constitutionnelle. Ce qui signifie qu’un gouverneur général sera toujours dans le paysage pour assumer des fonctions protocolaires dont la reine ne peut se charger, étant chef d’État d’une quinzaine de pays.

Il faut donc éviter de juger les institutions à partir d’une seule personne, si détestable soit-elle.

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Rangoun

On disait Birmanie, on dit maintenant Myanmar. L’ancienne capitale s’appelle Rangoun, jadis orthographiée Rangoon. Mais certains écrivent Yangon. Pourquoi tous ces noms?

Dès que l’on traite de la Birmanie, la question de la traduction des exonymes reprend le devant de la scène. Faut-il traduire en français le nom des pays, villes et régions de l’étranger? J’ai traité de cette problématique dans plusieurs articles.

La Birmanie a été sous domination britannique de sorte que les noms de lieux ont été énoncés à l’anglaise. Ainsi en va-t-il de l’ancienne capitale et métropole Rangoon, dont l’orthographe a été francisée : Rangoun. Cette appellation dérive du birman Yangoun.

Myanmar et Yangon

Les ouvrages français retiennent l’exonyme traditionnel de Birmanie. Toutefois, l’appellation Myanmar, et son gentilé Myanmarais, ont fait une percée dans la presse écrite française. Les journaux canadiens favorisent Myanmar.

Mais la situation est tout autre quand il s’agit de l’ancienne capitale, le terme Yangon – nom officiel de la ville depuis 1989 – se faisant rare. C’est donc dire que les médias francophones font cohabiter l’appellation traditionnelle Rangoun tantôt avec Birmanie et tantôt avec Myanmar.

Il est clair qu’encore une fois le français penche vers un certain conservatisme.

Il me semble que pour être le moindrement logique, il conviendrait soit d’utiliser les deux appellations traditionnelles Birmanie-Rangoun soit les deux plus récentes Myanmar-Yangon.

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Le français au Québec et en France

En lisant mon fil Twitter, j’ai fait une constatation stupéfiante : des Québécois estiment qu’ils parlent mieux leur langue que les Français eux-mêmes!

Cette affirmation farfelue peut s’expliquer en partie par une ignorance crasse et par cette relation troublée d’amour-haine envers la mère patrie.

Dans plusieurs billets, j’ai reproché aux Français leur fascination infantile à la fois pour la langue américaine et pour cette nation phare qu’ils appellent « Amérique », c’est-à-dire les États-Unis. Ces commentaires ont pu laisser croire que je partageais cette vision négative de la France si courante au Québec, alors qu’il n’en est rien.

Une grande nation

S’en prendre systématiquement et aveuglément à la France, c’est renier sa propre mère. Je suis fier d’être un descendant de la France. Si cette dernière offrait la possibilité d’obtenir la double citoyenneté canadienne et française, sans devoir immigrer, je serais le premier à présenter une demande.

Les Français semblent l’oublier, mais ils possèdent une culture admirée partout dans le monde. D’ailleurs, la France est le pays le plus visité dans le monde et ce n’est pas uniquement à cause des vins et des fromages! La société française est extraordinairement raffinée. Que l’on pense à la littérature, l’architecture, la peinture, la mode ou le design.

Les Français ont du panache, ils sont fiers et cocardiers. Qui oserait le leur reprocher?

D’où l’étonnement que suscite au Québec leur fascination pour la langue anglaise.

Les anglicismes en France

La dénonciation des anglicismes qui pullulent en France fait consensus au Québec. Il est de bon ton de rapporter chaque nouvelle importation du vocabulaire américain dans la littérature aussi bien que dans les médias. Les moqueries fusent quant aux prononciations fantaisistes des termes anglais entendus à la télévision française. Comme dirait le loustic, c’est voir la paille dans l’œil du voisin en oubliant le poteau d’Hydro-Québec qui est planté de notre œil à nous.

En réalité, l’anglicisation du Québec est beaucoup plus profonde que celle de la France.

Disons-le clairement, les Français ont une bien meilleure maîtrise de notre langue, en dépit de leurs petites escapades anglophiles. Les Français parlent une langue fluide ; le vocabulaire est précis et nuancé, les phrases s’enchaînent sans heurt. Ils sont diserts au point d’en étourdir les Québécois.

Une telle aisance avec la langue se voit rarement au Québec. Adresser des reproches aux Français, qui parleraient moins bien que nous parce qu’ils disent parking ou week-end, relève du plus haut ridicule.

Le français au Québec

La situation est beaucoup plus préoccupante au Québec, car non seulement on y voit des emprunts lexicaux – souvent différents de ceux des Français – mais aussi des calques sémantiques et syntaxiques, eux bien plus insidieux. La menace est là.

Nous parlons une sorte de charabia franco-anglais que certains voudraient élever au rang de langue nationale. Un charabia au vocabulaire étriqué, ponctué d’anglicismes, d’impropriétés de toutes sortes. Une syntaxe bancale, comme une vieille bâtisse vermoulue sur le point de s’écrouler.

« La fille que je sors avec. »

« L’enjeu qu’il est question. »

Au Québec, le délabrement de la langue s’observe dans toutes les sphères de la société : parler mal n’est pas l’apanage des classes populaires, des gens moins instruits. Des professeurs d’université, des avocats, des gens d’affaires, des journalistes et des politiciens s’expriment atrocement mal. Pas tous, mais un grand nombre d’entre eux.

Le charabiamédia

À cela s’ajoute le charabia distillé par les médias; du kérosène lancé par des étourdis dans un brasier. Un exemple puisé dans un journal d’Ottawa : « Le conseiller municipal compte apporter l’item à la prochaine réunion du conseil. » Tout le monde a compris? Bring the item : soulever la question.

Vous en voulez d’autres?

« Le ministre n’a pas voulu se commettre. » – Il n’a pas voulu s’engager.

« La députée siège sur un comité. » – Elle siège à un comité.

« Le conseil scolaire est imputable de l’éclosion. » – Il est responsable.

Je pourrais en écrire des pages et des pages.

Certains mots sont tellement influencés par l’anglais, qu’il devient impossible d’en extraire le véritable sens français, tant l’usage est devenu confus. Par exemple le mot délai (échéance à respecter) est confondu avec le delay anglais (retard). Certaines phrases deviennent incompréhensibles si on ne parle pas anglais.

« Il y a eu de nombreux délais à l’aéroport. Cette grève pourrait occasionner des délais dans la livraison du programme (sic). »

Idem pour éventuellement (peut-être), confondu avec le sens anglais de « par la suite, finalement ».

Trop souvent, les médias québécois et canadiens-français contribuent à propager des fautes de langue qui, dans l’esprit populaire, sont frappées du sceau de l’acceptabilité, puisqu’on les entend partout sur nos ondes.

Cet amour-haine envers notre propre langue

Des commentateurs comme moi suscitent le mépris chez bon nombre de Québécois. Nous sommes des puristes, des chiens dans un jeu de quilles.

Car les Québécois cultivent une ambivalence troublante envers leur propre langue. Nous parlons la langue de nos ancêtres et de la mère patrie qui nous a abandonnés à la Grande-Bretagne en 1763 pour ensuite nous oublier complètement pendant 200 ans. Derrière la langue française se cache un ressentiment profond envers la France, ce qui mène à des situations absurdes.

Incroyable mais vrai, parler correctement, sans affectation, est mal vu. On se fait reprocher de parler comme des Français, des gens suffisants par définition. L’érudition suscite la méfiance, trop souvent.

Cette étrange attitude s’abreuve à un climat d’anti-intellectualisme typique en Amérique du Nord. Si les présidents français se font une gloire de discuter de littérature, d’écrire eux-mêmes leurs livres et de faire construire une grande bibliothèque pour les générations futures, notre premier ministre François Legault se fait reprocher de lire des livres québécois avant d’aller au lit! Des contempteurs de toute forme de culture lui ont dit d’arrêter de perdre son temps ainsi et d’administrer le Québec. Aliénation est un mot qui trouve tout son sens au Québec et au Canada français.

En fait, les leaders politiques québécois se gardent bien de parler de leurs goûts littéraires, de peur d’être accusés de snobisme. Les Québécois, contrairement aux Français, manquent d’assurance. Toute personne un peu trop sûre d’elle-même dérange. On préfère le nivellement par le bas, d’où cette tendance pour des gens plus instruits à parler comme des prolétaires pour se faire accepter par tout le monde.

À l’université, on m’a reproché de ne pas jurer à chaque phrase, comme beaucoup de Québécois le font, qu’ils soient instruits ou pas. Ces jurons à connotation religieuse amusent les Français, mais ils témoignent à leur tour du délabrement de la langue. Que bien des gens de tous les milieux ponctuent leurs phrases de jurons, pour étoffer leur discours, est désolant. Un peu comme si des Français glissaient des « Nom de Dieu » et des « putain » tout au long de leur discours. Certains Québécois se font une gloire de parler ainsi. Leur vulgarité les dédouane de toute accusation de snobisme. Autrement, ils pourraient passer pour des « maudits Français ».

L’écrivaine et journaliste Denise Bombardier est appréciée en France. Au Québec, elle est l’objet d’une haine sans retenue. Certes, son attitude est cassante. Mais, surtout, elle parle un français châtié et elle a étudié à Paris, comble de malheur. Bien des lecteurs lui disent d’aller vivre en France, si elle n’est pas contente.

Malgré ses attitudes clivantes, il me semble qu’on devrait l’admirer. Elle est l’une des rares Québécoises à être publiée en France. Une honte?

Conclusion

Le Québécois est donc un être aussi paradoxal que tourmenté. Il dit chérir le français mais est profondément agacé quand on lui signale ses fautes, arguant que « c’est pas important, tout le monde comprend. »

Et des fautes il y en a partout, partout, partout dans les affichages, les petites annonces en ligne. On dirait que tout le monde a arrêté ses études en quatrième année du cours primaire.

Mais le Québécois se dit prêt à défendre le français à la condition de ne pas avoir d’effort à faire. Il attend des mesures énergiques de la part du gouvernement pour soutenir notre langue nationale. Entretemps, il continue de traiter le français comme une vieille carpette sale en le parlant et en l’écrivant n’importe comment. Mais il est fier d’être francophone… Comprenne qui pourra.

Pendant ce temps, la métropole québécoise, Montréal, s’enlise dans les sables mouvants de l’anglicisation. Les affichages en anglais seulement se multiplient; bien des commerçants ne parlent pas français. Le tout dans une relative indifférence.

On peut bien dénoncer les anglicismes des Français, mais ne perdons pas de vue l’ensemble de la situation. Nous devons retrousser nos manches, nous cracher dans les mains et poursuivre notre combat séculaire afin d’assurer la survie de notre langue nationale. Le problème, ce n’est pas les Français, c’est nous.

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Tunnel

« Voir la lumière au bout du tunnel » est une expression que l’on entend quotidiennement dans les médias québécois et canadiens. Pourtant cette expression n’est pas tout à fait exacte, quand on connait bien la langue.

Pensons-y bien : que peut-on voir d’autre au bout du tunnel que la lumière? Au fond, cette tournure signale une évidence. Elle marque surtout un calque de l’anglais.

To see light at the end of the tunnel.

En français, on dira tout simplement : « Voir le bout du tunnel. » Comme cela arrive souvent, l’anglais décrit ce qu’il voit, tandis que le français se situe au niveau de l’entendement.

Origine du mot

Bien des francophones seront étonnés d’apprendre que tunnel est un anglicisme apparu dans notre langue vers 1825. Peut-être parlait-on déjà du fameux tunnel sous la Manche… Mais les tunnels ont existé par la suite sur le continent : beaucoup ont été percés dans les Alpes, par exemple.

Tunnel est donc venu par l’anglais, mais, en réalité, il s’agit d’un gallicisme pour les anglophones, car le mot dérive du français tonnelle, cette construction en cerceaux autour de laquelle on fait grimper des plantes.

Traduction

L’envahissant « Voir la lumière au bout du tunnel » peut facilement être remplacé par « Être au bout de nos peines », « En finir (avec cette foutue pandémie) », « Voir venir la fin », « S’en sortir une fois pour toutes ».

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Toast

Toast

Le mot toast s’emploie au masculin lorsqu’il est question de lever son verre en l’honneur de quelqu’un. On porte un toast à un invité.

Par ailleurs, au Québec, nous mangeons des toasts, aussi appelées rôties. Or les toasts, aussi bien que les rôties, sont bien beurrées, car les toasts sont de genre féminin par chez nous.

Le substantif a donné naissance au verbe toaster, qui signifie faire griller légèrement.

Moustiquaire

Les personnes immigrant au Canada sont parfois étonnées de voir tous ces moustiquaires dans les fenêtres et certains s’empressent de les enlever. Pour leur plus grand malheur!

Car le Canada n’est pas seulement un pays de neige et de glace, mais aussi un pays dont les étés peuvent être torrides et chargés d’humidité. Ce genre de température favorise la prolifération des moustiques – appelés maringouins dans notre pays. L’utilité des moustiquaires s’impose. Le buzz est donné…

Une nouvelle surprise attend les Européens, pour qui une moustiquaire est forcément de genre féminin. Voilà qui piquera leur curiosité : les Canadiens parlent d’un moustiquaire. De quoi piquer la curiosité…

Trampoline

Sauter à la trampoline peut représenter un saut dans l’inconnu, si vous êtes Africain, Européen ou Asiatique. En effet, le mot se décline au masculin ailleurs qu’au Canada. Entendre « le trampoline » ressemble pour nous à une faute de genre.

Voilà déjà un second billet sur les mots à deux genres. Si vous en voyez d’autres que j’ai oubliés, n’hésitez pas à m’écrire.

Billet précédent : Job

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Job

Le français parlé en Europe et celui parlé en Amérique diffère de bien des manières. On peut observer la même chose entre l’espagnol parlé en Espagne et celui pratiqué en Amérique latine. Idem pour le portugais et le brésilien.

Nord-Américains et francophones d’Europe partagent certains anglicismes, mais pour des raisons difficiles à cerner, les genres attribués diffèrent.

Job

Des deux côtés de l’Atlantique, job est un petit boulot qui peut devenir un vrai travail. Au Québec, on dit une job, tandis qu’en Europe il est question d’un job.

Les variantes québécoises amuseront les autres lecteurs et lectrices.

  • Une grosse job : tout un travail.
  • Une job de bras : demander à des voyous d’aller casser la figure de quelqu’un.
  • Faire la job à quelqu’un est le résultat d’une job de bras.
  • Faire la job tout court… faire le travail.

Covid

L’exemple le plus frappant et le plus récent est celui de la pandémie actuelle.

Au Québec, on a tout d’abord dit le COVID, mais cette formulation a été promptement rectifiée : la COVID, puisque l’acronyme anglais signifie maladie du coronavirus, le D désignant le mot disease.

Comme le constatent les auditeurs québécois canadiens, le bulletin d’information de TV5 utilise plutôt le masculin : « le COVID », comme si l’abréviation désignait le virus, qui porte un autre nom, en fait.

Les lecteurs attentifs auront remarqué que le titre de cette rubrique est écrit en minuscule. Je ne fais que suivre la même logique qu’avec sida, acronyme devenu nom commun depuis un bon bout de temps. Ce n’est qu’une question de temps avant que covid n’entre dans les dictionnaires tout en minuscule –- en étant, souhaitons-le qu’un douloureux souvenir du début de la troisième décennie du siècle.

Van

En Europe, un van peut être aussi bien un fourgon servant à transporter des chevaux qu’une fourgonnette transportant des personnes. Au Québec, les deux sens existent mais une van peut aussi être un camion plus long.

Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à m’en faire part.

Article suivant : Toast

Amarsissage

Je viens de lire dans Le Devoir un néologisme : amarsissage. Flanqué d’un autre néologisme : astromobile… enfin pas si néo que cela. Le terme figure en effet dans le Larousse : « Véhicule conçu pour se déplacer à la surface d’un astre autre que la Terre. »

Le rover Perseverance s’est donc posé sur la planète rouge et cet exploit pourrait amener une évolution du vocabulaire. Celle-ci ne se fera cependant pas sans heurt.

L’expression amarsissage ne se posera pas en douceur sur la langue française, car elle soulève la question suivante : devra-t-on forger d’autres néologismes du genre lorsqu’un vaisseau se posera sur Vénus, sur Neptune? Aurons-nous un vénussage, un neptunage?

Mais ne dit-on pas déjà alunissage, alors où est le problème, se demanderont certains. Justement, il y en a un. L’Académie fait valoir que le terme atterrissage convient parfaitement, parce qu’il renvoie non pas à la planète Terre, mais à la terre comme synonyme de sol. C’est donc dire qu’un vaisseau peut atterrir aussi bien sur la Lune que sur Mars ou Mercure.

Cette restriction a l’avantage d’être simple et claire, chose extrêmement rare en français, la simplicité n’étant pas l’apanage de notre langue, comme je l’explique dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.

L’anglais ne se pose pas ce genre de question puisqu’il est question de landing, peu importe l’endroit où l’on atterrit. Pour une fois, le français a la chance d’être aussi simple, alors que trop souvent les deux langues sont à des années-lumière.

Un article du Figaro fait le point sur alunissage et amarsissage : https://tinyurl.com/gk46wq24.

Acheter

Le verbe acheter s’entend habituellement de l’action de se procurer un bien matériel ou un droit. Mais il s’utilise aussi de manière plus abstraite.

En français

Ces temps-ci, plusieurs recteurs d’université s’abaissent à acheter la paix. On peut donc acheter autre chose que des objets matériels.

Le Petit Robert cite l’auteur Jacques Roumain : « La confiance, c’est presque un mystère. Ça ne s’achète pas et ça n’a pas de prix. »

Mais le plus souvent, le verbe en question implique de verser une somme d’argent. D’ailleurs, le Robert définit le verbe acheter de la manière suivante : « Obtenir un avantage au prix d’un sacrifice. » Par exemple, les gouvernements achètent la libération de certains otages.

Il est également possible d’acheter le silence d’un témoin gênant.

En anglais

« Acheter du temps. » Voilà ce qui arrive quand on est confronté à une situation embêtante et qu’on souhaite l’éviter. Avez-vous déjà essayé de trouver du temps dans des sites commerciaux comme eBay? Évidemment non. Le temps ne s’achète pas, à moins de penser en anglais.

En français, on gagne du temps. Voir mon billet à ce sujet.

En anglais, on entend parfois la réplique suivante : « I don’t buy that. » il serait malvenu de la traduire par « Je n’achète pas cela. » De manière plus idiomatique, on répondra que l’on n’est pas d’accord, qu’on ne croit pas telle chose.

Comme cela arrive très souvent, le champ sémantique anglais apparait comme un boulevard. Dans l’autre langue officielle du Canada, on peut acheter une idée, un mythe, une théorie, etc. En fait, cela signifie que l’anglais nous ouvre plein de portes qui, en français, nous claquent au nez.

En français, on adhère à une idée, à une théorie; on croit les fausses nouvelles et tous les mythes qu’elles propagent.

Revenons à « I don’t buy that. » Selon le contexte, le francophone pourra moduler sa traduction :

  • Je m’y oppose.
  • Je m’élève contre cette idée.
  • Ce point de vue m’apparait erroné.
  • Ça n’a aucun sens.
  • C’est de la folie pure.
  • Jamais de la vie!