Data mining

Nous avons tous vu cela sur le Net, notamment dans Facebook : quel est le nom de ton premier chien? Et bien innocemment beaucoup d’entre nous répondons Nabuchodonosor, surnommé la Terreur des facteurs. Nous lisons ensuite les autres réponses, sans être conscient que nous venons de tomber dans un piège.

Il est question ici de data mining, que l’on peut traduire par exploration, extraction, forage, fouille, prospection de données.

Les cyberfripouilles qui hantent la Grande Toile cherchent à connaitre la réponse que vous donnerez à une banque, en ouvrant un nouveau compte. Ce compte sera protégé par des questions de sécurité, comme, justement le nom de votre premier toutou, votre première voiture ou le nom de votre meilleur ami.

Les cyberfripouilles en question cherchent aussi à connaitre votre adresse, l’endroit où vous travaillez etc., et amalgament tous ces éléments pour reconstituer le puzzle de votre identité. Identité qu’ils finiront par voler. Parlez-en à ceux qui ont reçu des comptes de cartes de crédit à leur nom, mais qu’ils n’ont jamais possédées.

Une autre arnaque est le clickbait ou piège à clics, aussi appelé attrape-clics. Dans Facebook, ou ailleurs, on vous soumet une affirmation douteuse à laquelle on vous demande de réagir, par exemple : « Il n’y a aucun mot qui commence par z et finit par o. » Fier comme un paon, vous écrivez zéro. Une prise contre vous.

Dans YouTube, on vous proposera des vidéos sensationnelles, comme Les évènements les plus bizarres filmés, avec en prime une photo de jeune femme dénudée sur un yacht. Curieux de nature, vous allez voir la vidéo où il n’y a ni yacht ni jeune femme. Le fumiste qui a mis en ligne cette vidéo a récolté un clic, qui lui servira à obtenir des revenus publicitaires. Deux prises.

Morale de cette histoire : il ne faut pas réagir à n’importe quoi sur le Net, ou vous pourriez être retiré sur trois prises.

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S’empirer

Les changements climatiques s’intensifient, la situation s’empire.

Certains crieront immédiatement à l’erreur en faisant valoir que le verbe empirer est intransitif. Donc s’empirer serait aussi pire (!) que se divorcer.

De fait, empirer est maintenant un verbe intransitif, mais il ne l’a pas toujours été. Jadis, on pouvait empirer une affaire, un mauvais remède pouvait empirer le mal. De nos jours, le mode transitif est considéré comme vieilli.

Ainsi en est-il de la forme pronominale. On en trouve un bel exemple daté de 1823 dans le Trésor de la langue française : « Il était impossible que notre situation s’empirât. »

Toujours est-il qu’au Canada français la forme pronominale est encore fréquente. D’après l’Office québécois de la langue française, elle n’est pas nécessairement à éviter :

Aujourd’hui, ces emplois sont considérés comme vieillis dans la plupart des ouvrages de référence, mais ils semblent survivre davantage au Québec. Il n’est pas nécessaire d’éviter ces emplois, qui sont corrects; toutefois, puisqu’ils sont moins courants dans le reste de la francophonie, on peut leur préférer la construction intransitive ou encore un synonyme d’empirer.

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Bruler Mein Kampf?

Au Canada, la réconciliation nécessaire avec les peuples autochtones devient un excellent prétexte pour les bien-pensants de la mouvance woke de poursuivre leur combat.

Comme le rapporte la journaliste Isabelle Hachey, Le comité d’évaluation du Conseil scolaire catholique Providence, en Ontario, « a retiré des encyclopédies pour des mots qui avaient mal vieilli, des bandes dessinées pour des dessins qui n’étaient pas assez représentatifs des Autochtones, des romans jeunesse qui ne passaient pas le test de cet obscur tribunal de l’Index. »

Radio-Canada révèle de son côté que près de 5000 livres jeunesse ont été retirés de 30 bibliothèques francophones du sud-est de l’Ontario. Certains ont été brulés au cours de cérémonies spirituelles inspirées par les Autochtones.

Parmi eux, Tintin en Amérique et Astérix et les Indiens.

Au Canada, on a commencé à bruler des livres dont on estime le contenu inacceptable, parce qu’ils dépeignent les Autochtones du Canada sous un jour défavorable. Même des citadelles de la bien-pensance comme Radio-Canada et La Presse s’en inquiètent. Certains Autochtones se sont dit perturbés de ce qui se fait en leur nom.

Bruler Mein Kampf?

Puisque l’on brule Tintin en Amérique, pourquoi ne fait-on pas la même chose avec Mein Kampf?

Contrairement à bien des gens qui en parlent, j’ai lu Mein Kampf d’un bout à l’autre. Je puis vous assurer que son contenu est nettement plus sulfureux que Tintin.

Mein Kampf est un torchon.

Il est atrocement mal écrit, plein de fautes de grammaire, de barbarismes; c’est une logorrhée assommante et répétitive, mal structurée. Comble de tout, l’ouvrage est d’une indigence intellectuelle consternante, ne comporte aucune bibliographie, aucune citation, aucun renvoi à des auteurs crédibles. Un ramassis d’affirmations non démontrées.

Les thèses avancées ne sont pas étayées. En voici quelques-unes :

  • La race aryenne est à l’origine de 75 pour 100 des progrès de l’humanité. L’auteur ne définit pas la race aryenne et son affirmation principale n’est pas appuyée par des statistiques probantes. Du vent.
  • Les Juifs sont un peuple malfaisant, un corps étranger dans la nation allemande. Les Juifs complotent à l’échelle internationale pour dominer le monde. Encore une fois, pas l’ombre d’une preuve n’est avancée.
  • L’histoire du monde est l’histoire de la lutte des races. Affirmation non démontrée et calquée sur le marxisme, pour qui la lutte des classes est le moteur de l’histoire.
  • Les races supérieures sont destinées à dominer le monde. La race allemande, qui en fait partie, doit contrôler un territoire suffisant pour asseoir sa suprématie. Elle a parfaitement le droit de coloniser les territoires fertiles de l’Est (Russie, Ukraine, etc.).
  • Les Russes et autres Slaves sont une race inférieure destinée à être dominée par les Aryens.

J’arrête ici.

Je demeure convaincu que si le peuple allemand avait pris la peine de lire Mein Kampf, il aurait vu quel fou furieux était Hitler et que le cours de l’histoire en aurait été changé.

Bruler Mein Kampf ?

Ce torchon écrit en prison était la bible du nazisme, dont les conséquences ont été effroyables. Alors comment expliquer qu’un tel ouvrage soit toujours vendu en libraire? Qu’attend-on au juste pour le bruler?

Croyez-le ou non, Mein Kampf a été réédité. Si, si, vous avez bien lu. Mais avec des pages explicatives, qui dénoncent les propos mensongers qu’il contient, avec toutes les mises en garde nécessaires. En outre, la traduction française a été révisée pour refléter fidèlement l’indigence de la langue d’Adolf Hitler. Contrairement à ce qu’on voyait dans la première édition, on n’a pas toiletté la version française pour la rendre plus digeste.

Les éditeurs européens nous montrent le chemin. Remettre l’ouvrage dans son contexte, expliquer, pour éviter de revivre le passé. Au lieu de jeter Tintin au feu, mieux aurait valu le garder en bibliothèque et expliquer à quel point sa vision des Autochtones était dégradante.

Et que dire de Tintin au Congo? Encore pire que l’autre, il projette une image infantilisante des Noirs. Va-t-on le garder pour le prochain autodafé?

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Insécure

Insécure est un anglicisme fréquemment employé au Canada. Et il l’est probablement parce que les traductions habituelles semblent marquer un léger glissement de sens par rapport à la langue originale.

Une personne insécure est inquiète, anxieuse. C’est ce que nous disent les dictionnaires de traduction. Mais quand on consulte les ouvrages anglais, on apprend aussi qu’elle manque de confiance en elle, qu’elle a des appréhensions. Bref, elle a peur.

Pour éviter insécure, on pourrait recourir à une périphrase comme « Elle se sent en état d’insécurité. Elle a des appréhensions. »

Bien sûr, il serait facile de dire qu’elle est tout simplement anxieuse, l’anxiété étant la crainte d’un danger imminent.

La popularité de l’anglicisme insécure s’explique probablement par la transparence de cet emprunt, qui renvoie à insécurité. Or, une personne souffrant d’insécurité est forcément anxieuse et nerveuse.

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Woke

Le mot est sulfureux et suscite la controverse. Je me contenterai d’en faire l’analyse linguistique.

Le dictionnaire en ligne Collins le définit ainsi : « Someone who is woke is very aware of social and political unfairness. »

Le mot dérive du verbe wake qui signifie s’éveiller. Les wokesprétendent posséder un degré de conscience supérieur à celui de la population; ils sont donc éveillés. Le prétérit de wake est woke et le passé composé est woken, comme dans « He has woken up early. »

On voit tout de suite que c’est le prétérit wokequi a généré un nouveau substantif, et non pas l’infinitif, ce qui est assez surprenant. Mais les langues n’empruntent pas toujours des chemins très logiques.

Amusant aussi de voir le sort réservé au passé composé woken, qui s’emploie régulièrement… contrairement à awoken, considéré comme dépassé. On dira plutôt qu’une personne est awake, de sorte que l’infinitif s’est transformé en adjectif ou en une nouvelle forme de participe passé. Tout le monde est bien éveillé?

Taliban

Le mot taliban est une importation de l’arabe talib, qui signifie « étudiant ». Le pluriel taliban a été adopté par les langues occidentales, ce qui n’est pas exceptionnel puisque d’autres formes plurielles étrangères sont passées en français et anglais. Pensons à spaghetti, pluriel de spaghetto et Touareg, pluriel de Targui.

Certains rédacteurs francophones préfèrent la forme plurielle sans s : les taliban. Mais il s’agit plutôt de cas exceptionnels. En effet, les mots étrangers acclimatés dans notre langue et mis au pluriel prennent habituellement le s final. On dit bel et bien des spaghettis et des Touaregs.

En français, taliban s’écrit sans majuscule, contrairement à ce qui se voit en anglais.

Le mot en question s’est tellement bien acclimaté à notre langue qu’il en existe une forme adjectivale : la politique talibane. L’anglais se sert aussi du terme comme adjectif.

Les médias anglophones comme le New York Times, le Washington Post, le Guardian de Londres et le Globe and Mail de Toronto écrivent Taliban sans jamais mettre le pluriel anglais, avec s.

L’arabe n’est pas la langue parlée en Afghanistan, mais c’est la langue du Coran; les habitants parlent le dari, dérivé du persan, le pachto, le turkmène et l’ouzbek. Il semble que l’appellation talibans, pour désigner ces étudiants en religion, soit passée dans les langues nationales.

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Engagement policy

En anglais, on appelle engagement policy le fait de maintenir des relations harmonieuses avec un pays qui ne respecte pas les conventions internationales; il peut s’agir dans certains cas d’un État voyou (voir l’article précédent).

En français, les traductions penchent souvent en direction du simple calque politique d’engagement ou encore engagement tout court, ce qui, à mon avis, est imprécis.

Au ministère des Affaires étrangères du Canada, le service de traduction avait retenu l’expression engagement constructif. Au sens de contrat, de pacte, le mot engagement se rapproche de la notion décrite, mais ne l’atteint pas tout à fait. Politique d’engagement est moins clair qu’engagement constructif.

Un exemple d’engagement constructif

Prenons l’exemple de la République islamique d’Iran. Sous le précédent gouvernement conservateur, le Canada a décidé de rompre les relations diplomatiques avec Téhéran, notamment à cause du non-respect des droits de la personne. Précisons que l’Irano-Canadienne Zahra Kazemi avait été assassinée en prison par le régime des ayatollahs.

Beaucoup ont salué la fermeté du Canada. La rupture des relations diplomatiques avec Téhéran complique cependant beaucoup le règlement des questions consulaires et Ottawa peut difficilement venir en aide aux Canadiens qui ont des problèmes avec le gouvernement iranien, car il n’a plus de légation diplomatique en Iran. Le gouvernement doit donc faire appel à des pays tiers.

D’aucuns estiment que ce genre d’approche radicale est contre-productif. Ils font valoir qu’il est plus judicieux pour les démocraties occidentales de maintenir des relations harmonieuses avec des régimes dictatoriaux pour mieux faire passer leurs messages.

Bien entendu, une dictature demeure une dictature, mais une politique d’engagement constructif, une attitude stratégique ou le maintien de relations de coopération (autres traductions possibles) peut donner plus de résultats que la dénonciation systématique d’un régime honni et la rupture complète des relations.

Les démocraties occidentales sont continuellement confrontées à ce genre de dilemme. Adopter une attitude intransigeante à l’égard de tous les régimes politiques contestables qui bafouent les droits de la personne reviendrait à entretenir des relations avec une poignée de pays, ce qui mènerait à une impasse.

De plus, les démocraties occidentales ont toujours eu du mal à gérer leurs relations avec des régimes abusifs, comme le démontre le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan et l’indécision des chancelleries occidentales.

Rogue state

La notion de rogue state en anglais désigne des pays qui ne se conforment pas au droit international et ont des pratiques répréhensibles. Ces pays ne tiennent pas compte des protestations de la communauté internationale et poursuivent leurs activités comme si de rien n’était. Les rogue states soutiennent souvent le terrorisme.

Cette notion peut être traduite de plusieurs manières :

  • État voyou
  • État dévoyé
  • État hors-la-loi
  • État paria
  • État renégat
  • État sans-foi-ni-loi
  • État délinquant
  • État rebelle
  • Sans scrupules
  • Qui se livre à des opérations illicites

La première traduction de la liste revient le plus souvent. L’idée de les percevoir comme des parias de la communauté internationale est également courante. Les autres traductions se défendent, mais avouons que la dernière, une périphrase, ne gagnera pas un concours de popularité auprès des langagiers…

Une notion subjective

Bien entendu, le fait de qualifier un pays d’État voyou ne relève pas d’un jugement objectif; il s’agit d’un acte politique, car aucun État ne reconnaît candidement en être un. Ce qualificatif est généralement appliqué à des puissances moyennes ou à des petits pays, rarement aux grandes puissances, bien que chacune d’entre elles considère sûrement les autres comme des États voyous.

Dans le passé, les États-Unis ont déclaré que la Libye, l’Iran et l’Iraq étaient des États voyous.

Tout dépend du point de vue. Par exemple, les pays arabes pourraient considérer Israël comme un État voyou, notamment à cause de l’occupation illégale de la Cisjordanie et des colonies de peuplement qu’il y installe. Pourtant Washington ne voit pas les choses sous le même jour et ne dénonce pas vertement ces colonies, condamnées par des résolutions des Nations unies.

À l’heure actuelle, le Bélarus est perçu comme un État paria, puisque le président Loukachenko a été réélu de manière frauduleuse et que l’opposition est persécutée, même à l’étranger.

Le gouvernement de la République populaire de Chine se comporte indubitablement en État voyou. La violente répression contre les Tibétains et les Ouïghours, ainsi que l’écrasement du mouvement démocratique à Hong Kong viennent étayer cette thèse, sans compter la persécution dont sont victimes les dissidents chinois installés à l’étranger.

Comble de tout, le régime communiste de Pékin retient en otage deux Canadiens pour faire pression sur le gouvernement canadien dans une affaire judiciaire, ce qui est contraire à toutes les lois internationales. Si le Zimbabwe avait agi ainsi, il y a longtemps que le Conseil de sécurité en aurait été saisi et qu’il aurait été condamné par la communauté internationale. Mais, comme je le disais plus haut, on ne traite une grande puissance d’État voyou, même si son gouvernement est exécrable.

DEMAIN : ENGAGEMENT POLICY

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Pass sanitaire

En France, il est de plus en plus question d’un nouveau document électronique appelé le pass sanitaire. Il permettrait à son détenteur d’entrer dans les restaurants, les cinémas, entre autres, en prouvant qu’il ou elle a reçu deux injections du vaccin contre la covid-19.

L’expression a été estampillée du sceau présidentiel lorsque Emmanuel Macron l’a employée dans une allocution télévisée. Il faut dire que le président français n’en est pas à un anglicisme près, mais, malgré tout, le village gaulois du Québec a (encore) sourcillé. Bien entendu, cette nouvelle expression a rapidement envahi les médias français, sans que personne ne songe à la traduire…

Chez nous, le le pass sanitaire n’est rien d’autre qu’un passeport sanitaire. L’anglicisme est absolument inusité au Québec et au Canada. Les irréductibles québécois ne sont pas les seuls à tiquer, puisque l’Académie française s’est prononcée sur la question. Les Immortels suggèrent l’emploi du mot féminin passe qui peut désigner un laissez-passer, ce qu’est au fond le fameux pass sanitaire.

L’Académie fait observer que le mot passe, au Québec, s’emploie pour un titre de transport et une carte d’abonnement. Une passe d’autobus.

Tiens! Pour une fois que l’auguste institution parle du Québec… Toutefois, elle suggère de remplacer le féminin par le masculin et de dire le passe sanitaire. Ainsi, on s’inspirerait du terme passe-partout, qui est masculin.

Nous voilà bien avancés. À l’oral, ce tour de passe-passe passerait inaperçu (désolé, c’était trop tentant). En outre, je doute beaucoup que le e final vienne orner les textes journalistiques. Après tout, on écrit toujours blog dans l’Hexagone, alors qu’il serait facile de l’orthographier à la française : un blogue.

Ceux qui défendent la graphie anglaise auront beau jeu de faire valoir que passeport n’a pas tout à fait le sens qu’on lui attribue dans passeport sanitaire. Mais cette expression me parait plus favorable à l’introduction d’un autre anglicisme dans la langue française.

En ligne

En ligne

Tout le monde le dit au point d’oublier qu’il s’agit d’un anglicisme, qu’il est un peu tard de vouloir remplacer… En fait, pas toujours un anglicisme, car dans un monde qui apparait aujourd’hui paléolithique, être en ligne signifiait être branché téléphoniquement avec quelqu’un…

À ce sujet, le dictionnaire de l’Académie française, toujours à la fine pointe des avancées technologiques, définit en ligne comme suit :

Qualifie un type de fonctionnement d’un ensemble terminal dans lequel le transfert des données passe par une ligne de transmission.

La définition date de 1972… Juste pour s’amuser : celle de logiciel remonte à 1982. Les mots imprimante et smartphone sont absents.

Plus sérieusement, le Robert donne la définition suivante :

            Actif, connecté à un autre appareil.

Ligne droite

Le mot ligne fait partie d’un bon nombre d’expressions en français. Il se trouve aussi dans la traduction correcte de l’anglais the last straight.En français, le mot droit n’a pas le sens de ligne ou de trajet. On dira plutôt la dernière ligne droite, le dernier droit étant à condamner.

Ligne dure

Autre calque de l’anglais : adopter la ligne dure. On peut parler d’approche musclée, de sévérité, de mesures énergiques, d’une attitude ferme, voire d’intransigeance.

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