Shutdown

Le shutdown est sur toutes les lèvres; les médias s’en gargarisent. Bref, l’expression paraît aussi inévitable que les tempêtes de neige au Canada.

Une brève escapade sur la Grande Toile permet de constater que le mot est présent un peu partout, tant dans la presse canadienne que dans les médias européens francophones.

Un article du Monde a retenu mon attention.

Son titre est éloquent : « Shutdown » oblige, Donald Trump invite la malbouffe à la Maison Blanche. Bien entendu, shutdown revient dans le corps de l’article, qui porte essentiellement sur le festin de bouffe industrielle, grasse et salée, offert par le président à une équipe de football américain qui lui rendait visite.

Ce qui est appelé malbouffe dans le titre devient fast-food dans l’article. Les rédacteurs ont vite repris leurs esprits après un moment d’étourderie… de quoi passer pour un de ces Québécois ou Canadiens fanatiques qui cherchent à tout traduire…

Mais peut-on justement traduire shutdown? Pas si simple, à moins de recourir à une périphrase, comme fermeture du gouvernement, paralysie du gouvernement. En fait, il serait plus précis de parler de la fermeture de l’administration fédérale, puisque le gouvernement au sens général du terme continue de fonctionner, d’une certaine manière.

Un lecteur suggère les traduction suivantes : fermeture de l’État, des agences fédérales, des services publics.

C’est là tout le génie de l’anglais. Prendre un verbe, lui accoler une préposition et former un nouveau mot, mot qui en soi ne veut rien dire au départ, mais prend tout son sens quand on connaît le contexte. Il exprime un concept bien défini. Qui a dit que l’anglais est une langue facile?

Les États américains en français

Faut-il franciser la graphie du nom des États américains? C’est une fausse question. En géographie, TOUT peut être francisé, à la condition de le vouloir. Y compris Oregon et Hawaii.D’ailleurs, bon nombre d’États ont vu leur nom francisé : la Californie, la Caroline du Nord, le Nouveau-Mexique, le Dakota du Sud, la Virginie-Occidentale, entre autres. Sans compter la Louisiane, fondée par les Français et dont la capitale, Bâton-Rouge, s’énonce en français, tout comme la ville principale, La Nouvelle-Orléans.

Dans un article précédent, j’ai déjà évoqué les cas de Détroit et Bâton-Rouge, jadis orthographiés à la française, mais écrit depuis quelques décennies à l’anglaise dans les ouvrages français : Detroit, Baton-Rouge. Une honte.

Un lecteur m’interroge à propos de la graphie d’Oregon et Hawaii. Il aurait pu également aborder les termes suivants : Nebraska, Nevada. Pourquoi ne prennent-ils pas l’accent? Après tout, on en met déjà un à Géorgie – si, si, on l’écrit à la française, voir mon article à ce sujet. La traduction des toponymes américains est entachée d’illogismes de toutes sortes. Par exemple, nous avons le Nouveau-Mexique mais le New Hampshire et le New Jersey; on emploie l’article défini pour le Colorado, mais pas pour les États de Washington et New York. Serait-il illogique de dire le New-York et le Washington ?

À propos de la Grosse Pomme, n’oublions pas qu’elle s’appelait jadis la Nouvelle-Amsterdam, parce que fondée par les Néerlandais. La vente du territoire aux colons états-uniens a entraîné un changement de nom : New York, jadis orthographiée avec le trait d’union : New-York.

Ne serait-il pas plus logique de franciser la graphie de tous les toponymes d’États américains? Je pense que oui. Ces graphies seraient-elles inusitées? Sûrement pas. En effet, le Petit Larousse a entrepris il y a quelques années de franciser l’orthographe de certains pays pour la rendre plus conforme à la logique de notre langue. Sont apparus : Nigéria, Libéria, Vénézuéla, Guatémala, qui allaient dans le même sens que Monténégro, francisé depuis belle lurette.

Dans le même esprit, on pourrait écrire Nébraska, Névada, Orégon, Hawaï. (et non Hawaii). Et, quant à y être, le Nouveau-Jersey, le Nouveau-Hampshire.De fait, la plupart des lecteurs n’y verraient que du feu.

Autrice

Auteur ou bien autrice ? Il est curieux que l’on ait à se poser pareille question en 2019. Et bien décevant que tellement de francophones s’opposent farouchement à toute féminisation des titres. Pourtant, autrice a déjà fait partie du corpus de notre langue, en tant que forme féminine, normale, acceptée d’auteur.

Toutefois, l’Académie française a éradiqué des titres féminins, comme médecine, autrice, inventrices ou philosophesse… Les formes masculines médecin, auteur, inventeur ou philosophe étant jugées bien suffisantes.

De nos jours, ces ratures masculinistes sont considérées comme inacceptables.

Comme le fait observer Éliane Viennot, autrice de Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin : « Ils ne se sont pas attaqués aux basses fonctions ou aux fonctions traditionnellement féminines. » Autrement dit, on conserve cuisinière, servante…

Heureusement, les choses changent.

La Banque de dépannage linguistique nous signale ce qui suit : « En France et en Belgique, on emploie la forme épicène une auteur,et en Suisse, autrice. »

Le Grand Dictionnaire terminologique donne autrice comme forme féminine d’auteur. Le Trésor de la langue française, quant à lui, mentionne aussi autrice comme une résurgence isolée qu’il met sur le même pied que authoresse et auteuresse, bref deux curiosités à ranger au rayon des antiquités.

Chose intéressante, le quotidien belge Le Soir penche pour autrice :

Auteure est sans doute bien plus simple et entre dans la lignée des procureure, ingénieure, etc. Mais le mot a le grand défaut de n’être pas intelligible à l’oral. Et c’est peut-être pour cela qu’il est préféré par une majorité d’hommes.

Bien sûr, autrice semblera inusité, saugrenu aux oreilles de certains. Mais alors que dire d’actrice, rédactrice ? Faut-il les radier aussi ? D’ailleurs, Le Soir fait observer qu’autrice était employé dès le XVe siècle.

Fort bien. D’ailleurs, une écrivaine d’ici, Sophie Bienvenu, se qualifie d’autrice. Amusant de noter qu’elle est d’origine belge…

Le mur concret?

Le fameux mur du fou furieux de la Maison-Blanche n’a pas fini de défrayer la chronique – et nul doute qu’on reparlera en 2019. Pour l’instant c’est l’impasse entre le Congrès et la présidence. Les opérations du gouvernement sont en bonne partie paralysées, ce que l’on appelle en anglais le shutdown, anglicisme repris en chœur par la presse francophone.

Le chef de cabinet sortant du président a fait la déclaration qui suit :

Nous avons abandonné l’idée d’un mur solide et concret lors des débuts de ce gouvernement.

Il s’agit de la traduction de la phrase suivante :

Trump abandoned the notion of “a solid concrete wall early on in the administration.”

La traduction vient de l’Agence France Presse. Manifestement, le journaliste n’a pas compris ce que voulait dire Kelly et a fait une traduction littérale qui, en français, est étrange.

Un mur concret ? L’incongruité de l’expression aurait dû mettre la puce à l’oreille de tout le monde.

Le journaliste fait preuve d’une double ignorance : 1) Le mot concrete renvoie à du béton et non à l’adjectif concret ; 2) l’anglais opère un renforcement en qualifiant le béton de solide, ce qui est un pléonasme, mais aussi une forme de doublon fréquemment utilisé dans la langue de Shakespeare. Ce genre de doublon ne s’importe pas toujours en français.

Je ne m’étendrai pas sur la curieuse cooccurrence « lors des débuts du gouvernement » que l’on aurait pu rendre par : « lorsque le gouvernement s’est installé/a pris le pouvoir. »

Je ne lance pas la pierre au scribe qui est tombé dans l’un des multiples pièges de la traduction, celui des faux amis. Mais cet exemple démontre, encore une fois, que la traduction ne se limite pas à un exercice binaire de transposition mot à mot du texte original.

En terminant, je souhaite à tous mes lecteurs une très belle année 2019, à l’enseigne de la francophonie fièrement assumée.

Les mots de 2018

Certains nous hantent; ils sont comme la mouche du coche. On a beau les écarter d’un geste impatient de la main, ils reviennent en bourdonnant et semblent ne jamais vouloir partir.

D’autres sont des étoiles filantes dans le firmament du français. On les croit installés pour l’éternité, puis ils s’éclipsent.

Voici une modeste compilation des mots et expressions qui ont retenu mon attention durant l’année qui s’achève.

Le mot qui s’incruste

Une vilaine tache qui ne veut pas partir. On la frotte, on la javellise mais rien n’y fait. Je parle ici de partager. Comme d’habitude, les ouvrages français tardent à accepter le nouveau sens erroné qu’elle a pris sous l’influence de l’anglais. Observateurs prudents qu’ils sont. Peut-être espèrent-ils comme moi que le délire créatif entourant ce verbe s’essoufflera. Pour l’instant aucun espoir à l’horizon.

On partage tout : un gâteau, un appartement, un avis, une photo, des souvenirs, sans tenir compte du sens véritable du mot. On l’oublie, mais on partage une chose quand on la divise en plusieurs parts. Partager un document, des photos devient carrément illogique, sauf si on les découpe en morceaux.

Comme si ce beau gâchis sémantique ne suffisait pas, voilà maintenant qu’on décline allègrement partager en mode réflexif. Réplique affreuse de Louis-José Houde dans De père en flic : « Il me le partage! » au lieu de dire tout simplement « Il me le dit. »

Dans un cours de rédaction donné à l’université, j’ai glissé dans un texte l’expression « Je vous partage un rapport d’audit… » Le texte comportait une vingtaine d’erreurs que mes étudiants en traduction devaient repérer. Seulement deux personnes sur vingt-trois ont encerclé l’erreur. Troublant.

Le mot envahissant

Tout est historique. Écoutez les médias et il ne se passe pas une seule journée pour que tel évènement, si futile soit-il, soit qualifié d’historique. J’en suis au point de vouloir faire une compilation de tout ce qui sera considéré comme historique en 2019 et d’envoyer la liste à nos scribes pour qu’ils constatent les dégâts.

L’expression erronée

Le président des États-Unis est polarisant. Trudeau dirait qu’il est divisif. Qu’importe. Polarisant est ce que l’on pourrait qualifier de calque aveugle, de faux ami. Dans notre langue, polariser signifie concentrer en un seul point et non pas être aux antipodes. Le mot clivant suffit à la tâche.

Fâchant que personne n’ait seulement songé à vérifier au dictionnaire… Mais tout le monde sait que la traduction, c’est facile.

En régression

Les scribes ont une tendance naturelle à l’hyperbole. Parfois, ils cherchent aussi un élément de comparaison pour mieux illustrer leur propos. Dans les dernières années, on disait souvent que telle usine était grande comme cinq terrains de football, ce qui n’était pas une mauvaise idée en soi. Toutefois, la répétition de cet étalon devenait quelque peu lassante, car nos scribes sont souvent comme des moutons de Panurge : ils bêlent en troupeau.

La recrue de l’année

Les jeunes l’emploient beaucoup. Je ne serais pas surpris qu’elle gagne du terrain chez les plus âgés et, éventuellement, dans les médias, ceux-ci ne faisant pas toujours la différence entre les niveaux de langue.

Une situation est malaisante. C’est-à-dire elle est embarrassante, perturbante, dérangeante. Ce barbarisme se répand tranquillement. À suivre.

Chose étonnante, les lecteurs du journal belge Le Soir ont élu malaisant comme mot de l’année 2018.

Le petit dernier

Le fou furieux à la Maison-Blanche veut son mur, bon, parce que sans cela je vais péter une crise. C’est clair? Il provoque donc la fermeture du gouvernement, dans un conflit ouvert avec le Congrès. En anglais on parle de shutdown; la brièveté de l’anglais m’étonnera toujours.

L’anglicisme brillait de mille feux et des scribes d’outre-mer ont sauté sur l’occasion pour ajouter cette irrésistible perle à leur florilège d’anglicismes consacrés.

Si la présidence ne s’entend pas avec le Congrès, les opérations du gouvernement sont suspendues; le gouvernement est fermé; le gouvernement est paralysé. Donc, on peut parler de fermeture, de paralysie.

Nul besoin de shutdown en français.

Clash

Clash fait partie du cortège d’anglicismes qui pullulent en Europe francophone. On entend ce mot assez souvent de ce côté-ci de l’Atlantique. D’ailleurs il est entré dans les dictionnaires. On le définit ainsi : un désaccord violent, un conflit, une rupture. Notions qui pourraient être rendues par choc, affrontement.

Mais ce terme est-il un autre intrus en chapeau melon dans notre langue ou bien décrit-il une réalité spécifique?

Le mot clash revient parfois lorsqu’il est question de groupes politiques en conflit et qu’un affrontement violent se prépare. Par ailleurs, l’expression clash des civilisations a pris du galon depuis de nombreuses années. Un livre a d’ailleurs été écrit sur le sujet.

Le titre de l’ouvrage en français : Le choc des civilisations…

Selon l’auteur, Samuel P. Huntington, l’immigration de plus en plus importante dans les pays occidentaux entraînerait une guerre des cultures, dont les actions terroristes de l’islam intégriste seraient une illustration. Les conflits du nouveau siècle ne seraient plus des affrontements militaires traditionnels entre nations, mais des conflits culturels.

Ce qui nous ramène à la question initiale : clash a-t-il sa place en français? On pourrait parler de différend, dispute, comme le propose le Larousse anglais-français (sans d’ailleurs donner l’anglicisme clash…). Mais ces traductions sont quelque peu décevantes; elles n’ont pas la force de frappe de clash.

Affrontement et choc demeurent les plus pertinents lorsqu’on se mesure à clash.

 

Divisif

Notre société est de plus en plus divisée. Les positions bien tranchées défendues avec hargne dans les médias sociaux écorchent les sociétés libres et démocratiques. Au point où certains n’osent plus intervenir.

On parle souvent de questions polarisantes, un faux ami importé de l’anglais, allègrement propagé par tout ce qui gribouille et qui scribouille, comme disait le Général… Voir mon article à ce sujet.

Notre premier ministre, quant à lui, parle des enjeux divisifs… Autre emprunt de l’anglais. Celui-là relève d’une certaine logique : est divisif ce qui divise, n’est-ce pas? Malheureusement le terme ne figure pas dans les dictionnaires. Mais diviseur, lui, existe bel et bien, au sens d’une personne qui sème la division. Alors pourquoi ne pas en faire un adjectif?

La laïcité de l’État est un sujet diviseur.

Mais il y a d’autres moyens d’en sortir.

La meilleure solution consiste à employer l’adjectif clivant, dont le sens est clair, dixit Le Petit Robert :

Qui crée un clivage au sein d’un groupe, qui divise. Les sujets clivants.

On peut aussi s’en sortir par une périphrase :

La position de ce parti sème la division, elle attise les débats, jette de l’huile sur le feu (selon le contexte).

Ce qui sème la division est par définition controversé. Voilà qui est incontestable.

Black

Quelle mouche a donc piqué l’Hexagone pour parler des Blacks? Le terme est omniprésent et semble avoir supplanté le mot Noir, du moins par moments.

S’agit-il d’un effet collatéral de ce raz de marée qu’on appelle rectitude politique? Noir serait soudain devenu péjoratif, frappé d’une malédiction subite. Ou s’agit-il encore de cet engouement infantile pour la langue anglaise? Car il est clair que l’anglicisme – comme dans bien des cas – n’apporte absolument rien au français.

En effet, noir faisait bien l’affaire. Ne parlait-on pas du pasteur noir Martin Luther King? De l’esclavage des Noirs aux États-Unis qui a mené à une guerre civile? Sans oublier le Continent noir, l’Afrique.

Amusons-nous un peu et réécrivons le tout en français « moderne » : le pasteur black Martin Luther King assassiné en 1968; l’esclavage des Blacks dans les plantations de coton, des esclaves arrachés au continent black.

Il y a de quoi broyer du noir… ou du black, si vous préférez.

La population noire est de plus en plus présente en France et d’aucuns considèrent que le concours de Miss France n’est pas assez représentatif, alors on a créé Miss Black France (sic) pour « célébrer la beauté noire », nous dit Frédéric Royer, organisateur du concours. La suite vaut la peine d’être lue :

Les femmes noires sont très peu à la une des magazines et à Paris les mannequins noirs sont beaucoup moins employés qu’à Londres.

Dominique Sopo, président de SOS Racisme souligne que « il ne faut pas ethnicer (sic) la question du corps noir. ».

Les lecteurs perspicaces auront remarqué l’emploi répétitif de l’adjectif désuet noir pour parler du concours Miss Black France.

Alors comment expliquer cette éclipse soudaine de l’anglicisme black? Ce mélange de néologisme anglais et d’archaïsme français est quelque peu déroutant.

Est-ce que quelque chose m’échappe ou bien nageons-nous en plein délire?

Master

La France et le Canada ont un vocabulaire universitaire semblable, sauf que les mots n’ont pas toujours la même signification.

À commencer par le baccalauréat, le premier grade universitaire au Canada, représentant trois ans d’études. En France, ce diplôme consacre la fin des études secondaires. Les trois premières années d’université mènent à une licence.

Apparaît l’affreux et agaçant master pour les études de deuxième cycle, ce que l’on appelle chez nous une maîtrise. D’ailleurs, ce terme avait cours dans l’Hexagone, naguère.

Le Petit Robert donne comme exemple : « Le master se substitue à la maîtrise suivie du D.E.A (master de recherche) ou du D.E.S.S. (master professionnel).

Cette mutation du vocabulaire s’explique par une volonté européenne de normaliser le nom des grades universitaires, ce que l’on appelle le Processus de Bologne. La séquence baccalauréat-master-doctorat serait adoptée un peut partout sur le Vieux Continent. Hors de l’anglais point de salut.

On imagine bien la jubilation du milieu universitaire français d’avoir réussi à introduire un flamboyant anglicisme dans sa nomenclature. Avoir un master, cela fait tellement Oxford, tellement New York. Imaginez, avoir un master sans parler un mot d’anglais. C’est formidable!

Alors que reste-t-il de la maîtrise, cette appellation issue de l’ancien français encore parlé par ces pittoresques Canadiens? Ne craignez rien, il s’agit toujours d’un grade universitaire; mais il est délivré en enseignement « après la première année de validation du master », nous explique fièrement le Petit Robert.

On peut maintenant se demander combien de temps l’appellation archaïque licence va survivre avant d’être remplacée par un triomphant bachelor, tant qu’à y être.Bref, le français en prend pour son grade.

Le 11 novembre 1918

Le 11 novembre prochain marquera le centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, cette effroyable boucherie dont toute l’horreur a été décrite dans l’extraordinaire série Apocalypse.

À l’aube de ce triste anniversaire, il convient de signaler quelques erreurs linguistiques qui ne manqueront pas de pulluler dans les prochains jours.

Tout d’abord il est déplacé de commémorer l’anniversaire de l’armistice. En français on commémore un évènement, pas une date, pas un anniversaire. En temps normal, on célèbre, on fête un anniversaire; dans ce cas-ci, il est difficile de manifester quelque joie que ce soit, sinon d’observer le silence, de se recueillir. On marquera, soulignera cet anniversaire.

Le 11 novembre de chaque année est appelé le jour du Souvenir. On notera l’économie de majuscule : il s’agit d’un jour dont le nom est Souvenir. La double majuscule serait impensable, selon les grammairiens. Le français continue de s’inscrire en faux contre la logique naturelle qui voudrait qu’une appellation aussi solennelle comporte deux majuscules, et non pas une seule. Les autres langues opèrent différemment.

Le 11 novembre est aussi l’Armistice, que l’on écrit avec la majuscule, en toute logique, puisqu’il s’agit d’un évènement historique. À propos, le mot armistice est de genre masculin : un armistice.

La date en question est le 11 novembre 1918. La forme elliptique s’écrit le 11-Novembre, la majuscule indiquant qu’il ne s’agit pas de n’importe quel 11 novembre, mais bien de ce qui marque la fin des hostilités de la Grande Guerre. Ce genre de raccourci existe pour d’autres dates historiques, comme le 11-Septembre ou le 14-Juillet. On remarquera le trait d’union – qui peut être omis – et surtout la majuscule inhabituelle au nom du mois.

La boucherie effroyable de 14-18 est appelée de différentes façons. À l’époque, on parle de la Grande Guerre, celle qui devait être la « der des ders ». C’était oublier l’incommensurable bêtise humaine, toujours aussi prégnante.

Après l’autre boucherie, celle de 1939-1945, on parla de la Première Guerre mondiale.