Le français au Québec et en France

En lisant mon fil Twitter, j’ai fait une constatation stupéfiante : des Québécois estiment qu’ils parlent mieux leur langue que les Français eux-mêmes!

Cette affirmation farfelue peut s’expliquer en partie par une ignorance crasse et par cette relation troublée d’amour-haine envers la mère patrie.

Dans plusieurs billets, j’ai reproché aux Français leur fascination infantile à la fois pour la langue américaine et pour cette nation phare qu’ils appellent « Amérique », c’est-à-dire les États-Unis. Ces commentaires ont pu laisser croire que je partageais cette vision négative de la France si courante au Québec, alors qu’il n’en est rien.

Une grande nation

S’en prendre systématiquement et aveuglément à la France, c’est renier sa propre mère. Je suis fier d’être un descendant de la France. Si cette dernière offrait la possibilité d’obtenir la double citoyenneté canadienne et française, sans devoir immigrer, je serais le premier à présenter une demande.

Les Français semblent l’oublier, mais ils possèdent une culture admirée partout dans le monde. D’ailleurs, la France est le pays le plus visité dans le monde et ce n’est pas uniquement à cause des vins et des fromages! La société française est extraordinairement raffinée. Que l’on pense à la littérature, l’architecture, la peinture, la mode ou le design.

Les Français ont du panache, ils sont fiers et cocardiers. Qui oserait le leur reprocher?

D’où l’étonnement que suscite au Québec leur fascination pour la langue anglaise.

Les anglicismes en France

La dénonciation des anglicismes qui pullulent en France fait consensus au Québec. Il est de bon ton de rapporter chaque nouvelle importation du vocabulaire américain dans la littérature aussi bien que dans les médias. Les moqueries fusent quant aux prononciations fantaisistes des termes anglais entendus à la télévision française. Comme dirait le loustic, c’est voir la paille dans l’œil du voisin en oubliant le poteau d’Hydro-Québec qui est planté de notre œil à nous.

En réalité, l’anglicisation du Québec est beaucoup plus profonde que celle de la France.

Disons-le clairement, les Français ont une bien meilleure maîtrise de notre langue, en dépit de leurs petites escapades anglophiles. Les Français parlent une langue fluide et nuancée; le vocabulaire est précis et nuancé, les phrases s’enchaînent sans heurt. Ils sont diserts au point d’en étourdir les Québécois.

Une telle aisance avec la langue se voit rarement au Québec. Adresser des reproches aux Français, qui parleraient moins bien que nous parce qu’ils disent parking ou week-end, relève du plus haut ridicule.

Le français au Québec

La situation est beaucoup plus préoccupante au Québec, car non seulement on y voit des emprunts lexicaux – souvent différents de ceux des Français – mais aussi des calques sémantiques et syntaxiques, eux bien plus insidieux. La menace est là.

Nous parlons une sorte de charabia franco-anglais que certains voudraient élever au rang de langue nationale. Un charabia au vocabulaire étriqué, ponctué d’anglicismes, d’impropriétés de toutes sortes. Une syntaxe bancale, comme une vieille bâtisse vermoulue sur le point de s’écrouler.

« La fille que je sors avec. »

« L’enjeu qu’il est question. »

Au Québec, le délabrement de la langue s’observe dans toutes les sphères de la société : parler mal n’est pas l’apanage des classes populaires, des gens moins instruits. Des professeurs d’université, des avocats, des gens d’affaires, des journalistes et des politiciens s’expriment atrocement mal. Pas tous, mais un grand nombre d’entre eux.

Le charabiamédia

À cela s’ajoute le charabia distillé par les médias; du kérosène lancé par des étourdis dans un brasier. Un exemple puisé dans un journal d’Ottawa : « Le conseiller municipal compte apporter l’item à la prochaine réunion du conseil. » Tout le monde a compris? Bring the item : soulever la question.

Vous en voulez d’autres?

« Le ministre n’a pas voulu se commettre. » – Il n’a pas voulu s’engager.

« La députée siège sur un comité. » – Elle siège à un comité.

« Le conseil scolaire est imputable de l’éclosion. » – Il est responsable.

Je pourrais en écrire des pages et des pages.

Certains mots sont tellement influencés par l’anglais, qu’il devient impossible d’en extraire le véritable sens français, tant l’usage est devenu confus. Par exemple le mot délai (échéance à respecter) est confondu avec le delay anglais (retard). Certaines phrases deviennent incompréhensibles si on ne parle pas anglais.

« Il y a eu de nombreux délais à l’aéroport. Cette grève pourrait occasionner des délais dans la livraison du programme (sic). »

Idem pour éventuellement (peut-être), confondu avec le sens anglais de « par la suite, finalement ».

Trop souvent, les médias québécois et canadiens-français contribuent à propager des fautes de langue qui, dans l’esprit populaire, sont frappées du sceau de l’acceptabilité, puisqu’on les entend partout sur nos ondes.

Cet amour-haine envers notre propre langue

Des commentateurs comme moi suscitent le mépris chez bon nombre de Québécois. Nous sommes des puristes, des chiens dans un jeu de quilles.

Car les Québécois cultivent une ambivalence troublante envers leur propre langue. Nous parlons la langue de nos ancêtres et de la mère patrie qui nous a abandonnés à la Grande-Bretagne en 1763. Derrière la langue française se cache un ressentiment envers la France, ce qui mène à des situations absurdes.

Incroyable mais vrai, parler correctement, sans affectation, est mal vu. On se fait reprocher de parler comme des Français, des gens suffisants par définition. L’érudition suscite la méfiance, trop souvent.

Cette étrange attitude s’abreuve à un climat d’anti-intellectualisme typique en Amérique du Nord. Si les présidents français se font une gloire de discuter de littérature, d’écrire eux-mêmes leurs livres et de faire construire une grande bibliothèque pour les générations futures, notre premier ministre François Legault se fait reprocher de lire des livres québécois avant d’aller au lit! Des contempteurs de toute forme de culture lui ont dit d’arrêter de perdre son temps ainsi et d’administrer le Québec.

En fait, les leaders politiques québécois se gardent bien de parler de leurs goûts littéraires, de peur d’être accusés de snobisme. Les Québécois, contrairement aux Français, manquent d’assurance. Toute personne un peu trop sûre d’elle-même dérange. On préfère le nivellement par le bas, d’où cette tendance pour des gens plus instruits à parler comme des prolétaires pour se faire accepter par tout le monde.

À l’université, on m’a reproché de ne pas jurer à chaque phrase, comme beaucoup de Québécois le font, qu’ils soient instruits ou pas. Ces jurons à connotation religieuse amusent les Français, mais ils témoignent à leur tour du délabrement de la langue. Que bien des gens de tous les milieux ponctuent leurs phrases de jurons, pour étoffer leur discours, est désolant. Un peu comme si des Français glissaient des « Nom de Dieu » et des « putain » tout au long de leur discours. Certains Québécois se font une gloire de parler ainsi. Leur vulgarité les dédouane de toute accusation de snobisme. Autrement, ils pourraient passer pour des « maudits Français ».

L’écrivaine et journaliste Denise Bombardier est appréciée en France. Au Québec, elle est l’objet d’une haine sans retenue. Certes, son attitude est cassante. Mais, surtout, elle parle un français châtié et elle a étudié à Paris, comble de malheur. Bien des lecteurs lui disent d’aller vivre en France, si elle n’est pas contente.

Malgré ses attitudes clivantes, il me semble qu’on devrait l’admirer. Elle est l’une des rares Québécoises à être publiée en France. Une honte?

Conclusion

Le Québécois est donc un être aussi paradoxal que tourmenté. Il dit chérir le français mais est profondément agacé quand on lui signale ses fautes, arguant que « c’est pas important, tout le monde comprend. »

Et des fautes il y en a partout, partout, partout dans les affichages, les petites annonces en ligne. On dirait que tout le monde a arrêté ses études en quatrième année du cours primaire.

Mais le Québécois se dit prêt à défendre le français à la condition de ne pas avoir d’effort à faire. Il attend des mesures énergiques de la part du gouvernement pour soutenir notre langue nationale. Entretemps, il continue de traiter le français comme une vieille carpette sale en le parlant et en l’écrivant n’importe comment. Mais il est fier d’être francophone… Comprenne qui pourra.

Pendant ce temps, la métropole québécoise, Montréal, s’enlise dans les sables mouvants de l’anglicisation. Les affichages en anglais seulement se multiplient; bien des commerçants ne parlent pas français. Le tout dans une relative indifférence.

On peut bien dénoncer les anglicismes des Français, mais ne perdons pas de vue l’ensemble de la situation. Nous devons retrousser nos manches, nous cracher dans les mains et poursuivre notre combat séculaire afin d’assurer la survie de notre langue nationale. Le problème, ce n’est pas les Français, c’est nous.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Tunnel

« Voir la lumière au bout du tunnel » est une expression que l’on entend quotidiennement dans les médias québécois et canadiens. Pourtant cette expression n’est pas tout à fait exacte, quand on connait bien la langue.

Pensons-y bien : que peut-on voir d’autre au bout du tunnel que la lumière? Au fond, cette tournure signale une évidence. Elle marque surtout un calque de l’anglais.

To see light at the end of the tunnel.

En français, on dira tout simplement : « Voir le bout du tunnel. » Comme cela arrive souvent, l’anglais décrit ce qu’il voit, tandis que le français se situe au niveau de l’entendement.

Origine du mot

Bien des francophones seront étonnés d’apprendre que tunnel est un anglicisme apparu dans notre langue vers 1825. Peut-être parlait-on déjà du fameux tunnel sous la Manche… Mais les tunnels ont existé par la suite sur le continent : beaucoup ont été percés dans les Alpes, par exemple.

Tunnel est donc venu par l’anglais, mais, en réalité, il s’agit d’un gallicisme pour les anglophones, car le mot dérive du français tonnelle, cette construction en cerceaux autour de laquelle on fait grimper des plantes.

Traduction

L’envahissant « Voir la lumière au bout du tunnel » peut facilement être remplacé par « Être au bout de nos peines », « En finir (avec cette foutue pandémie) », « Voir venir la fin », « S’en sortir une fois pour toutes ».

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Toast

Toast

Le mot toast s’emploie au masculin lorsqu’il est question de lever son verre en l’honneur de quelqu’un. On porte un toast à un invité.

Par ailleurs, au Québec, nous mangeons des toasts, aussi appelées rôties. Or les toasts, aussi bien que les rôties, sont bien beurrées, car les toasts sont de genre féminin par chez nous.

Le substantif a donné naissance au verbe toaster, qui signifie faire griller légèrement.

Moustiquaire

Les personnes immigrant au Canada sont parfois étonnées de voir tous ces moustiquaires dans les fenêtres et certains s’empressent de les enlever. Pour leur plus grand malheur!

Car le Canada n’est pas seulement un pays de neige et de glace, mais aussi un pays dont les étés peuvent être torrides et chargés d’humidité. Ce genre de température favorise la prolifération des moustiques – appelés maringouins dans notre pays. L’utilité des moustiquaires s’impose. Le buzz est donné…

Une nouvelle surprise attend les Européens, pour qui une moustiquaire est forcément de genre féminin. Voilà qui piquera leur curiosité : les Canadiens parlent d’un moustiquaire. De quoi piquer la curiosité…

Trampoline

Sauter à la trampoline peut représenter un saut dans l’inconnu, si vous êtes Africain, Européen ou Asiatique. En effet, le mot se décline au masculin ailleurs qu’au Canada. Entendre « le trampoline » ressemble pour nous à une faute de genre.

Voilà déjà un second billet sur les mots à deux genres. Si vous en voyez d’autres que j’ai oubliés, n’hésitez pas à m’écrire.

Billet précédent : Job

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Job

Le français parlé en Europe et celui parlé en Amérique diffère de bien des manières. On peut observer la même chose entre l’espagnol parlé en Espagne et celui pratiqué en Amérique latine. Idem pour le portugais et le brésilien.

Nord-Américains et francophones d’Europe partagent certains anglicismes, mais pour des raisons difficiles à cerner, les genres attribués diffèrent.

Job

Des deux côtés de l’Atlantique, job est un petit boulot qui peut devenir un vrai travail. Au Québec, on dit une job, tandis qu’en Europe il est question d’un job.

Les variantes québécoises amuseront les autres lecteurs et lectrices.

  • Une grosse job : tout un travail.
  • Une job de bras : demander à des voyous d’aller casser la figure de quelqu’un.
  • Faire la job à quelqu’un est le résultat d’une job de bras.
  • Faire la job tout court… faire le travail.

Covid

L’exemple le plus frappant et le plus récent est celui de la pandémie actuelle.

Au Québec, on a tout d’abord dit le COVID, mais cette formulation a été promptement rectifiée : la COVID, puisque l’acronyme anglais signifie maladie du coronavirus, le D désignant le mot disease.

Comme le constatent les auditeurs québécois canadiens, le bulletin d’information de TV5 utilise plutôt le masculin : « le COVID », comme si l’abréviation désignait le virus, qui porte un autre nom, en fait.

Les lecteurs attentifs auront remarqué que le titre de cette rubrique est écrit en minuscule. Je ne fais que suivre la même logique qu’avec sida, acronyme devenu nom commun depuis un bon bout de temps. Ce n’est qu’une question de temps avant que covid n’entre dans les dictionnaires tout en minuscule –- en étant, souhaitons-le qu’un douloureux souvenir du début de la troisième décennie du siècle.

Van

En Europe, un van peut être aussi bien un fourgon servant à transporter des chevaux qu’une fourgonnette transportant des personnes. Au Québec, les deux sens existent mais une van peut aussi être un camion plus long.

Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à m’en faire part.

Article suivant : Toast

Amarsissage

Je viens de lire dans Le Devoir un néologisme : amarsissage. Flanqué d’un autre néologisme : astromobile… enfin pas si néo que cela. Le terme figure en effet dans le Larousse : « Véhicule conçu pour se déplacer à la surface d’un astre autre que la Terre. »

Le rover Perseverance s’est donc posé sur la planète rouge et cet exploit pourrait amener une évolution du vocabulaire. Celle-ci ne se fera cependant pas sans heurt.

L’expression amarsissage ne se posera pas en douceur sur la langue française, car elle soulève la question suivante : devra-t-on forger d’autres néologismes du genre lorsqu’un vaisseau se posera sur Vénus, sur Neptune? Aurons-nous un vénussage, un neptunage?

Mais ne dit-on pas déjà alunissage, alors où est le problème, se demanderont certains. Justement, il y en a un. L’Académie fait valoir que le terme atterrissage convient parfaitement, parce qu’il renvoie non pas à la planète Terre, mais à la terre comme synonyme de sol. C’est donc dire qu’un vaisseau peut atterrir aussi bien sur la Lune que sur Mars ou Mercure.

Cette restriction a l’avantage d’être simple et claire, chose extrêmement rare en français, la simplicité n’étant pas l’apanage de notre langue, comme je l’explique dans mon ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.

L’anglais ne se pose pas ce genre de question puisqu’il est question de landing, peu importe l’endroit où l’on atterrit. Pour une fois, le français a la chance d’être aussi simple, alors que trop souvent les deux langues sont à des années-lumière.

Un article du Figaro fait le point sur alunissage et amarsissage : https://tinyurl.com/gk46wq24.

Acheter

Le verbe acheter s’entend habituellement de l’action de se procurer un bien matériel ou un droit. Mais il s’utilise aussi de manière plus abstraite.

En français

Ces temps-ci, plusieurs recteurs d’université s’abaissent à acheter la paix. On peut donc acheter autre chose que des objets matériels.

Le Petit Robert cite l’auteur Jacques Roumain : « La confiance, c’est presque un mystère. Ça ne s’achète pas et ça n’a pas de prix. »

Mais le plus souvent, le verbe en question implique de verser une somme d’argent. D’ailleurs, le Robert définit le verbe acheter de la manière suivante : « Obtenir un avantage au prix d’un sacrifice. » Par exemple, les gouvernements achètent la libération de certains otages.

Il est également possible d’acheter le silence d’un témoin gênant.

En anglais

« Acheter du temps. » Voilà ce qui arrive quand on est confronté à une situation embêtante et qu’on souhaite l’éviter. Avez-vous déjà essayé de trouver du temps dans des sites commerciaux comme eBay? Évidemment non. Le temps ne s’achète pas, à moins de penser en anglais.

En français, on gagne du temps. Voir mon billet à ce sujet.

En anglais, on entend parfois la réplique suivante : « I don’t buy that. » il serait malvenu de la traduire par « Je n’achète pas cela. » De manière plus idiomatique, on répondra que l’on n’est pas d’accord, qu’on ne croit pas telle chose.

Comme cela arrive très souvent, le champ sémantique anglais apparait comme un boulevard. Dans l’autre langue officielle du Canada, on peut acheter une idée, un mythe, une théorie, etc. En fait, cela signifie que l’anglais nous ouvre plein de portes qui, en français, nous claquent au nez.

En français, on adhère à une idée, à une théorie; on croit les fausses nouvelles et tous les mythes qu’elles propagent.

Revenons à « I don’t buy that. » Selon le contexte, le francophone pourra moduler sa traduction :

  • Je m’y oppose.
  • Je m’élève contre cette idée.
  • Ce point de vue m’apparait erroné.
  • Ça n’a aucun sens.
  • C’est de la folie pure.
  • Jamais de la vie!

Péninsule

Qu’est-ce que la péninsule Ibérique?

  1. Une pointe de terre dans l’Antarctique.
  2. Le Portugal et l’Espagne.
  3. La portion méridionale de la Corée du Sud.

La plupart d’entre vous aurez opté pour la seconde réponse. Si je vous avais demandé ce qu’est la péninsule Arabique, vous n’auriez eu aucun mal à me pointer sur une mappemonde ce vaste territoire découpé en plusieurs États, dont l’Arabie saoudite.

Les deux expressions s’écrivent de la même façon, c’est-à-dire avec la majuscule à l’élément déterminatif, puisqu’il s’agit d’une appellation géographique. Jusqu’ici tout va bien.

Mais les choses se compliquent rapidement, car des péninsules il y en a un grand nombre un peu partout dans le monde. À commencer par la péninsule acadienne, ici au Canada. Mais pensons aussi à la Corée dans son ensemble, la péninsule coréenne, à l’Italie, qui peut aussi être qualifiée de péninsule italienne.

On aura remarqué que ces dernières appellations sont écrites en minuscules. Autrement dit, la logique appliquée aux péninsules ibérique et arabique ne tient plus. Étrange. De fait, ce sont plutôt les appellations péninsule Ibérique et péninsule Arabique qui surprennent avec leur majuscule. Pourquoi ces deux exceptions? Selon la même logique, on devrait écrire péninsule Coréenne, par exemple.

Pourtant, Le Petit Robert continue d’indiquer que la péninsule regroupant le Portugal et l’Espagne s’appelle Ibérique avec majuscule. D’ailleurs, celle-ci peut se formuler de manière elliptique : la Péninsule. Je me demande combien de francophones dans le monde diraient spontanément, sans la moindre hésitation, que la péninsule Ibérique est la seule que l’on peut appeler la Péninsule tout court.

Bref, il y a incohérence.

Dans mon ouvrage, Plaidoyer pour une réforme du français, je propose d’adopter pour les toponymes le régime de la majuscule double, soit une pour le générique et une pour le spécifique. Ce qui donnerait :

La Péninsule Ibérique, la Péninsule Arabique, la Péninsule Acadienne, Bretonne, etc.

L’autre solution consisterait à tout mettre en minuscule, comme le veut la tradition française d’aplatissement des appellations et de méfiance farouche envers la majuscule. Ce qui donnerait ceci :

La péninsule ibérique, la péninsule arabique, la péninsule acadienne, bretonne, etc.

Évidemment ce serait plus simple et les esprits conservateurs seraient confortés. Mais quel ennui! Des noms ayant une valeur quasi officielle relégués au rang des marteaux et des tournevis.

Vous lirez avec intérêt mon article sur la Crise des majuscules.

De seconde main

Bien des consommateurs achètent des véhicules de seconde main parce qu’ils sont moins chers. En lisant cette phrase, les langagiers crient à l’anglicisme, accusation étayée par les mises en garde qu’on peut lire dans Le dictionnaire des anglicismes et le Multidictionnaire.

Pourtant, l’expression existe bel et bien français. Alors qu’en est-il?

Dans le premier ouvrage, surnommé le Colpron, il est fait état d’une voiture usagée, traduction exacte de second hand car. Comme on le voit, l’anglais s’est encore une fois abreuvé à la fontaine du français. Dans l’opus de Marie-Éva de Villers, seconde main signifie indirectement et non pas usagé.

Cette définition rejoint celle figurant dans le dictionnaire de l’Académie qui parle d’un bien acquis indirectement, sans passer par un intermédiaire.

Le Petit Robert précise : « Voiture de première, de seconde main, qui a eu un, deux propriétaires précédents. » Il va sans dire qu’une telle voiture est forcément usagée. Mais on voit tout de suite que l’expression en l’objet n’est pas la traduction exacte de l’anglais second hand.

C’est donc dire que la langue de Shakespeare a donné à seconde main un sens légèrement différent, phénomène tout à fait normal lorsqu’une langue fait des emprunts à sa voisine.

Par conséquent, on peut acheter une voiture de seconde main uniquement si elle a eu deux propriétaires précédents, sinon il faut parler d’une voiture usagée.

Je reviens à la définition du Trésor de la langue française, qui parle de l’acquisition indirecte d’un bien. Par exemple, une collectionneuse pourrait acheter une statue médiévale de seconde main par l’intermédiaire d’un antiquaire. Dans ce cas, il ne s’agit évidemment pas d’une statue usagée.

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Sponsor

Assez souvent la France et le Québec expriment des réalités avec des mots différents. Les deux pays font des emprunts lexicaux à l’anglais, mais ce ne sont pas toujours les mêmes.

Il est amusant de constater que des anglicismes implantés depuis longtemps au Québec apparaissent dans l’Hexagone. On entend parfois « C’est fun », forme raccourcie du québécois « C’est le fun », avec variante « Avoir du fun. » Dans une série française, quelle ne fut pas ma surpr­­­­ise d’entendre checker, immensément populaire ici.

Par contre, bon nombre d’anglicismes franco-français ont été traduits au Québec; que l’on pense à ferry rendu par traversier. L’un d’entre eux est sponsor, et ses dérivés sponsorisation, sponsoriser et sponsoring. Voilà des termes qui sont font rares dans notre contrée enneigée.

D’après le dictionnaire Collins, sponsor viendrait du latin spondere, promettre solennellement. Un sponsor-commanditaire-parrain est une personne physique ou morale qui soutient financièrement une entreprise. Par exemple, les maillots des joueurs de football européens et des coureurs automobiles portent les écussons de leurs sponsors.

En français

Au Québec, une entreprise commandite un tournoi de golf. On dit alors qu’elle est le commanditaire de l’évènement (anglicisme québécois venant de l’anglais event, qui signifie dans ce contexte manifestation).

On peut substituer au mot commandite le terme parrainage. Une entreprise peut être le parrain d’un évènement.

Il n’y a pas si longtemps, le site Facebook parlait d’une page sponsorisée. Facebook semble avoir rectifié sa terminologie – du moins au Québec – et parle maintenant d’une page commanditée.

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Sniper

Le mot claque comme un coup de fouet. Il est facile à prononcer pour les francophones qui se débattent avec la prononciation anglaise. Il désigne une réalité contemporaine que l’on peut associer à des conflits récents partout dans le monde. Bref, l’anglicisme idéal.

Idéal, certes, mais on peut facilement le remplacer par tireur isolé, tireur embusqué. Mais demander à tous ceux qui le canardent dans leurs discours de revenir au français constitue un coup d’épée dans l’eau… ou autant de balles perdues, si vous préférez.

Franc-tireur

Je lisais récemment dans la Débâcle d’Émile Zola cette jolie expression qui m’apparut soudain quelque peu surannée. Franc-tireur, voilà un terme qu’on n’entend plus de nos jours. Je me suis demandé s’il ne pourrait pas remplacer l’anglicisme sniper.

Pas tout à fait. Un franc-tireur n’est pas tout à fait la même chose qu’un tireur embusqué. Il s’agit plutôt d’un combattant n’appartenant pas à l’armée régulière. « Dans les armées de la Révolution française, soldat de certains corps d’infanterie légère. », précise le Petit Larousse. Jadis, les francs-tireurs étaient issus des corps francs, ces soldats qui se portaient volontaires pour défendre leur pays.

Un franc-tireur est aussi une personne qui fait bande à part dans un groupe.

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