L’Iran en révolte

La République islamique d’Iran n’a jamais été aussi vulnérable. Ce fruit pourri de l’islam politique semble sur le point de tomber.

Chronique en deux volets. Le premier porte sur le terme anglais proxy et le second est une somme de mes réflexions sur la situation en Iran après avoir lu divers articles dans la presse étrangère. Vous y trouverez un tas de détails qui sont ignorés par nos médias locaux, dont la couverture internationale est vraiment minimale.

Proxies

La République islamique soutient divers groupes terroristes que sont le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen.

Le terme proxy vient bien entendu de l’anglais et il peut sembler difficile à traduire. Lu récemment dans Le Figaro : les affidés de Téhéran. Une jolie trouvaille, bien que le mot soit quelque peu obscur pour bien des gens. On pourrait lui substituer acolytes ou parler des complices de l’Iran. Les méchantes langues diront les sbires

Le terme proxy existe en français. Il désigne en informatique un serveur mandataire, c’est-à-dire un serveur secondaire.

Fin du volet linguistique.

Une insurrection contre le régime islamique

Au Québec, la presse bien-pensante essaie de faire croire que les émeutes récentes en Iran étaient surtout dues à la vie chère. Du bout des lèvres, elle est bien obligée de mentionner que beaucoup d’Iraniens veulent en finir avec cette tyrannie religieuse qui les écrase depuis 1979.

Pourtant, l’évidence s’impose : la vaste majorité de la population est excédée par le régime des mollahs. De nombreux manifestants réclament la tête de l’ayatollah Khamenei, d’autres brandissent des pancartes en faveur de Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979 par la Révolution islamique.

Autre fait qu’ignorent nos médias, toujours soucieux de ménager l’islam, c’est que cette révolte n’a rien de nouveau. Depuis des décennies, la population iranienne élit des parlementaires progressiste au Majlis, le Parlement. Elle a aussi élu des présidents modernes déterminés à moderniser le régime. Pensons à Akbar Hachémi Rafsandjani en 1989 ou à Mohammad Khatani, élu en 1997. Il se sont tous heurtés au pouvoir religieux inflexible : les ayatollahs ont toujours le dernier mot. La volonté de changement de la population reste lettre morte.

L’opposition iranienne

Les récentes émeutes n’ont pas suffi à renverser le régime islamique. Le peuple iranien est laissé à lui-même : il n’a pas de leader qui pourrait prendre la tête de l’insurrection. Celle-ci est spontanée et désorganisée. Mais, surtout, elle n’a pas d’armes pour tenir tête à cette armée redoutable que sont les Gardiens de la révolution

Les Gardiens de la révolution

Un État dans l’État. Ils comptent 200 000 hommes, armés jusqu’aux dents, mieux équipés, en fait, que l’armée régulière.

La République islamique ne faisait pas confiance à l’armée régulière, qu’elle soupçonnait de soutenir le shah exilé. Les Gardiens de la révolution sont donc devenus l’armée privée des mollahs. Ce sont des hauts gradés de l’armée, des anciens combattants contre l’Iraq… mais aussi toute une fratrie d’opportunistes, de gens d’affaires qui s’enrichissent, fait paradoxal, grâce aux sanctions.

Les Gardiens de la révolution possèdent une flotte de 60 pétroliers, amarrés à des ports privés, grâce à laquelle ils peuvent vendre du pétrole illégalement. Ils sont également dans l’import-export et contournent les sanctions occidentales en s’en mettant plein les poches par la vente de produits interdits.

Bref, une sorte de multinationale mafieuse, considérée comme un groupe terroriste par le Canada et, enfin, par l’Union européenne, tout dernièrement.

Les insurgés iraniens devront marcher sur le corps des Gardiens de la révolution s’ils veulent se débarrasser des mollahs. Or, ils ne le peuvent pas sans aide extérieure.

Impasse

Le régime islamique n’a plus rien à offrir à sa population. Les diatribes contre Israël et le Satan américain ne portent plus. La pudibonderie imposée à la population ne fait que dresser celle-ci contre le régime. Les femmes brûlent parfois leur hidjab en pleine rue; d’autres ne le portent plus, mettant leur vie en péril. Pensons à Mahsa Amini, jeune Kurde battue à mort en 2022 parce que son voile était mal ajusté.

L’élément déclencheur des émeutes du début de l’année est la misère économique due à l’incompétence monstrueuse des élites religieuses. Les religieux ne sont pas des administrateurs chevronnés. Comme le disait l’ayatollah Khomeini, « les économistes sont des ânes. » Eh bien les ânes ce sont eux, les religieux!

En clair, les mollahs sont incapables d’assurer la prospérité économique du pays. Le taux de chômage est de l’ordre de 40 pour 100. Comble de malheur, la classe moyenne s’appauvrit et les classes populaires ont perdu tout espoir d’ascension sociale. Une situation explosive.

Bien entendu, les sanctions ont un effet délétère sur la population, mais il ne faut pas se leurrer, c’est d’abord et avant tout l’incompétence des religieux qui est responsable du bourbier économique actuel.

Autre pièce du puzzle, le rôle politique de l’Iran sur l’échiquier international.

L’Iran est un élément perturbateur au Moyen-Orient depuis des décennies, une sorte de boutefeu très dérangeant. Sa cible principale est Israël, mais les pétromonarchies tout autour sont agacées par l’instabilité provoquée par les manigances de Téhéran, notamment de son utilisation de complices pour perpétrer des actes terroristes. À cela s’ajoute un autre facteur de division : les Iraniens sont chiites, tandis que la majorité des peuples environnants est sunnite.

Des conditions inacceptables

Le président états-unien a promis son aide aux insurgés avant de retourner sa veste. Il semble maintenant chercher un deal, comme il les affectionne. Pourtant, les conditions qu’il veut imposer à Téhéran sont inacceptables pour le régime des mollahs. En effet, l’Iran doit :

  • Renoncer à son programme nucléaire.
  • Arrêter de tyranniser la population.
  • Mettre fin à l’appui à des groupes terroristes comme le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban et aux Houthis au Yémen.

On pourrait penser que le locataire de la Maison-Blanche est un fin stratège en poussant Téhéran dans ses derniers retranchements, sachant très bien que l’ayatollah Khamenei n’acceptera jamais ces conditions. Au fond, Washington demande la capitulation de du régime islamique.

Que va faire Washington?

Mais le président américain n’a pas cette finesse de jugement. Il a carrément laissé tomber la population iranienne à qui il avait promis son aide. Le voilà maintenant en train de négocier un deal sur le nucléaire. Chose certaine, la population ne s’est pas soulevée pour avoir une entente sur le nucléaire. Les 30 000 personnes massacrées par les Gardiens de la révolution ne protestaient pas contre les stocks de plutonium enrichi.

Trahison? C’est ce que pensent bien des Iraniens interrogés sur place par des journalistes français. Malheureusement pour les Iraniens, la suite des choses n’est pas claire.

Au sein de la Maison-Blanche, isolationnistes et interventionnistes se disputent l’attention du président, qui semble indécis, même s’il a dépêché quelques navires de guerre non loin de l’ancienne Perse.

Les isolationnistes craignent que les États-Unis s’embourbent dans un autre conflit interminable, comme en Afghanistan ou en Iraq, sans parler de la catastrophe en Libye. Par ailleurs, disent les interventionnistes, l’occasion n’a jamais été aussi favorable pour se débarrasser de la République islamique.

Idéalement, la révolution devrait venir de l’intérieur. Il faudrait que l’armée et les forces policières prennent position en faveur de la population. Jusqu’à maintenant elles n’ont pas bougé, d’autant plus que les Gardiens de la révolution veillent au grain.

Si soldats et policiers en venaient à soutenir la population, la révolution pourrait mener à une guerre civile dont l’issue est imprévisible. À moins, bien sûr, que Washington…

Cassation

Écouter les informations françaises à TV5, ou les lire dans un journal de l’Hexagone, est une immersion dans la fontaine de jouvence pour tout Nord-Américain francophone.

On est frappé par la richesse du vocabulaire, un débit fluide, des phrases bien construites, non inspirées de la syntaxe anglaise.

L’affaire Marine Le Pen met en évidence des différences flagrantes entre le vocabulaire juridique français et celui qui a cours au Québec et au Canada.

Dans le cas de Mme Le Pen, il est question de cassation. La cheffe du Rassemblement national veut faire annuler une décision du tribunal. Elle forme un pouvoi en cassation. Cette formulation est inusitée au Canada.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on va en appel, on interjette appel. Le mot cassation risque d’être mal compris.

Pourtant, le mot est bel et bien français : « Annulation, par une cour suprême, d’un jugement, d’une décision rendue en dernier ressort par une cour d’une juridiction inférieure. » Dixit le Robert.

(Au Canada français, le mot juridiction est trop souvent employé dans son sens anglais d’État ou d’administration.)

En toute logique, une cour de cassation est ce qu’on appelle chez nous un tribunal d’appel.

Renverser une décision

En toute logique, une juridiction supérieure peut casser une décision rendue par un tribunal inférieur.

Des variantes existent : annuler, infirmer une décision.

Toutefois, « renverser une décision », comme on l’entend très souvent dans nos contrées, est un calque de l’anglais. Pensez-y, avez-vous déjà vu une cour de renversement? Par pitié, chers juristes et chers journalistes, évitez cette formulation anglo-saxonne.

Autre pays, autres mœurs

Bien entendu, il ne saurait être question d’adopter intégralement le vocabulaire français, d’autant plus que les mots de la justice sont souvent incompréhensibles pour le commun des mortels. Mais, il me semble qu’entendre une fois de temps à autre sur nos ondes que la Cour suprême vient de casser une décision serait une bouffée d’air frais.

La cause est entendue.

Internet

Internet est un univers fantasmagorique, peuplé d’anges et de démons. Un enfer serti dans l’écrin d’un paradis (je suis en piste pour le Goncourt).

La Grande Toile, comme on l’appelle parfois, présente aussi quelques problèmes sur le plan linguistique.

Internet, mode d’emploi

L’auteur de ce billet – qui n’est pas un robot, soit dit en passant – a contourné la question de la majuscule en amorçant son texte avec le mot litigieux : Internet.

Un petit coup d’œil aux grands dictionnaires révèle une certaine ambiguïté, qui se reflète dans l’usage. Le Larousse donne Internet et internet. Le Robert précise qu’on peut dire l’internet, avec minuscule. Comme on le voit, l’utilisation du déterminant le serait acceptable, mais il me semble qu’elle s’inspire de l’anglais the Internet.

À noter toutefois que certains considèrent Internet comme un nom propre et l’écrivent avec la majuscule initiale. Je suis de cet avis.

Le Robert donne la Toile, le Net et le Web comme synonymes.

Web

Le Web, c’est l’ensemble des données reliées par des liens hypertextes. Un diminutif de World Wide Web. Là encore, on observe une alternance entre majuscule initiale et minuscule initiale. Le mot ne prend pas la marque du pluriel. On écrira donc des sites Web.

Sur Internet?

Se pose maintenant la question de la préposition. On navigue sur Internet ou dans internet? Une visite dans la Vitrine linguistique de l’Office québécois de la langue française nous réserve quelques surprises.

L’Office donne l’explication suivante :

Le cyberespace peut être considéré métaphoriquement comme un volume (ce qui appelle la préposition dans) ou comme une surface (ce qui appelle la préposition sur). Les deux prépositions, dans et sur, peuvent donc être employées devant un nom désignant un cyberespace, comme Internet, site Web, réseau social, blogue, etc.

En clair, on navigue dans Internet, on a vu un article dans le Web, on se promène dans le site Web d’Air Canada. Vous lisez mon article dans mon blogue. Dans toutes les phrases qui précèdent, on peut aussi employer la préposition sur.

L’Office justifie l’utilisation de la préposition sur en faisant valoir qu’on surfe sur quelque chose. Dixit l’OQLF :

Lorsqu’on utilise sur, on se représente le cyberespace comme une surface sur laquelle on se déplace, un peu comme avec un bateau. Le verbe naviguer, dont le sens premier est « voyager sur l’eau », peut d’ailleurs renforcer cette conception. Ainsi, on évoque la navigation maritime au lieu de la navigation aérienne.

On surfe donc sur le Net, on se promène sur les réseaux sociaux. Sur mon blogue, vous trouverez des articles de fond et des conseils linguistiques.

J’ai encore du mal à digérer cette prise de position des linguistes de l’Office. En fait, je la trouve plutôt déroutante. Elle sème une dangereuse confusion. Une seule chose est claire : le verbe surfer appelle la préposition sur.

Personnellement, je surfe sur le Web du New York Times, mais j’ai découvert une information dans les réseaux sociaux et vous trouverez des centaines d’articles instructifs dans mon blogue.

Sur ou dans? Un petit coup d’œil aussi bien dans la littérature que dans la Toile permet de constater que l’usage est très diversifié.

Exfiltrer

L’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis défraie la manchette, pour toutes sortes de raisons. L’une d’entre elles, linguistique, fait l’objet de cette chronique.

Certains médias ont parlé d’exfiltration, ce qui est inexact. Un simple coup d’œil au Petit Robert aurait permis d’éviter l’erreur. Voyons ce que dit le dictionnaire.

« Assurer le rapatriement de (un agent secret) au terme de sa mission. Organiser clandestinement la fuite de (qqn qui se trouve en milieu hostile). Exfiltrer des dissidents. »

On voit tout de suite que ça ne colle pas. Il aurait été plus juste de parler d’extradition, procédé qui consiste à se faire livrer un individu condamné. Par exemple, la France peut demander au Portugal l’extradition d’un trafiquant de drogues coupable de plusieurs crimes dans l’Hexagone.

Venezuela

Un petit mot sur ce toponyme espagnol, qui s’écrit sans accent, alors que le gentilé Vénézuélien en prend deux. Un autre illogisme du français? Pas vraiment, car Vénézuélien est bel et bien un mot français, et non espagnol. Dans la langue de Cervantès, on dit Venezolano.

Dans une autre chronique, j’ai déjà exprimé le vœu que certains toponymes étrangers soient écrits avec les accents du français. Matière à réflexion.

Fast fashion

La langue française a beau être fastueuse – quand elle n’est pas fastidieuse –, mais la tentation de tout angliciser semble irrépressible.

Un concept récemment apparu, la fast fashion, en est un bel exemple. Définition qui nous vient d’Oxfam France : « … cette mode rapide et jetable qui a inondé les marchés de ses multiples collections depuis les années 1990. » La même source nous parle aussi de l’ultra fast-fashion, dont le renouvellement des collections est quotidien. Oui, vous avez bien lu.

Un beau pied de nez à l’environnement. On imagine le gaspillage des ressources causée par ces marques de consommation rapide, sans parler de la qualité médiocre, grâce à laquelle certaines chaines offrent des prix sans équivalent.

On comprend rapidement que les acheteurs se lassent rapidement de leurs achats, d’autant plus qu’ils risquent de se détériorer à vitesse grand V.

Les médias français nous parlent aussi de la Fashion Week, qui se déroule à Paris, mais aussi à Londres, Milan et à New York.

Traduire

On peut comprendre que la Fashion Week conserve son appellation anglaise, puisqu’il s’agit d’une manifestation internationale. Cependant, le concept de fast fashion peut aisément être traduit en français. Voici quelques suggestions :

  • Mode éphémère
  • Mode rapide
  • Mode instantanée
  • Mode de courte durée
  • Mode jetable
  • Mode à bas prix

Mais, comme d’habitude, la volonté de traduire semble complètement disparue de l’autre côté de l’Atlantique.

Fast-food

On peut tracer un parallèle avec l’expression indigeste fast-food. Celle-ci habite le français depuis 1972, précise Le Petit Robert.

Certaines traductions se sont frayé un chemin dans l’usage, bien que fast-food soit très répandu. Pensons à restauration rapide et à malbouffe.

Fin de cette chronique rapide et indigeste.

Cul

Une chronique cul par-dessus tête qui demande un certain CULot. Un mot innocent de trois lettres qui oscille entre vulgarité et acceptabilité. Car on peut parler de cul sans nécessairement être vulgaire et ceux qui souhaiteraient être dyslexiques pour éviter bassesse et trivialité seront confondus. Ils en resteront sur le cul.

Un mot comme un autre

On aurait tort de penser que cul rime sans cesse avec trivialité. Les automobilistes qui s’engagent dans un cul-de-sac pourront en témoigner, de même que les culs-de-jatte et toutes les personnes qui parlent avec la bouche en cul-de-poule. Celles qui pètent plus haut que le cul, bref. Au Québec, on est plus poli et on pète plus haut que le trou. L’honneur est sauf.

Les amateurs de vins aiment faire cul sec et boivent leur élixir jusqu’au fond de la bouteille. Ce fond de bouteille s’appelle le cul de la bouteille et jamais ne pourra-t-on accuser un œnologue de vulgarité lorsqu’il en parle. Eh oui, cul revêt parfois ses habits de gala et se glisse dans les conversations les plus innocentes. De quoi tomber sur le cul, diront les loustics, surtout si ladite bouteille nous coûte la peau du cul.

Un mot pas comme les autres

Il m’a fallu me botter le cul pour écrire ce texte, car le mot cul est le plus souvent employé dans un contexte de vulgarité. Qu’on en juge par les quelques expressions suivantes :

  • En avoir plein le cul : en avoir assez.
  • Se bouger le cul : se grouiller, réagir.
  • Lécher le cul : flatter quelqu’un.
  • Avoir le feu au cul : être en colère.

En Europe

Il y a prolifération d’expressions avec le mot cul, dont un certain nombre sont plutôt inusitées de ce côté-ci de l’Atlantique.

L’expression très imagée avoir le cul bordé de nouilles, c’est-à-dire être veinard, ne se voit pas au Canada français. Elle pourrait même susciter l’étonnement. Avoir du pot serait mieux compris.

Un peu de porno? Allons voir un film de cul, ou, de façon plus moderne, pourquoi ne pas le regarder sur son ordinateur, bien assis sur son cul. Tant qu’à y être, consultons les sites de rencontre pour se trouver un plan cul avec une gentille partenaire, généreuse de sa personne.

Un plan cul, vous dites? Jamais entendu cela ici. S’offrir une bonne baise, peut-être.

Autre expression étrange pour nous. Renaud chantait que les Français sont une bande de faux-culs, donc des hypocrites. Ce terme étonne.

Et que dire de cul-terreux? Une façon péjorative de décrire les paysans. Là encore, inusité au Québec et au Canada.

Icitte

Dans nos contrées enneigées, où des températures négatives, qualifiées de polaires en Europe, ne sont que rafraichissantes, on ne se pogne pas le cul. Non, on se grouille le cul… Et, s’il le faut, on se donne des coups de pied au cul pour affronter un froid polaire, soit en bas de vingt sous zéro.

Pourtant l’expression se pogner le cul est entrée dans le Robert. Signification? Ne rien faire tout simplement, comme on dit icitte (ici). On en reste sur le cul, n’est-ce pas?

Clause grand-père

Dans cette chronique, j’ai souvent déploré le français parfois raboteux des médias et leur peu d’ouverture à l’idée de se corriger. Il ne faudrait cependant pas imaginer que tous les journalistes sont des rustauds qui se fichent de notre langue. Beaucoup ont à cœur sa bonne santé et son épanouissement.

Le dernier projet de loi présenté par le gouvernement du Québec sur la laïcité nous rappelle l’existence de ce que l’on appelait jadis la clause grand-père. Il s’agissait bien sûr d’un calque de l’anglais grand father clause.

Mais les journalistes semblent avoir adopté l’expression clause des droits acquis. En clair, les personnes qui portaient le voile ou tout autre signe religieux dans leur milieu de travail pourront continuer de le faire, tandis que les nouveaux employés devront le retirer.

Grand-papa a cédé la place à d’autres traductions possibles : clause d’antériorité, clause des droits acquis, clause de protection des droits acquis.

Cette évolution vers une langue française plus naturelle est rafraichissante.

On peut ici tracer un parallèle avec l’affreuse clause nonobstant devenue la disposition de dérogation. Comme quoi, les médias arrivent à se corriger, quand ils le veulent bien.

Technologie en français

Lorsqu’on lit des publications européennes, on a l’impression que toute la technologie ne peut être exprimée qu’en anglais. Or c’est faux. Force est de constater que la volonté de traduire a disparu en Europe.

Pourtant, des traductions françaises se sont imposées dès les débuts de l’informatique.

Ordinateur

Commençons par le mot ordinateur. Dans d’autres langues, comme l’allemand ou l’italien, on dit computer. L’anglicisme aurait pu s’imposer en français, mais l’idée de computer quelque chose sonnait drôle à l’oreille, pour des raisons qui n’échappent à personne.

Beaucoup l’ignorent, mais l’anglicisme vient du français… computer, lui-même issu du latin computare, qui signifie calculer. Citation de Châteaubriand : « On compute encore par les ères julienne, grégorienne, ibérienne et actienne. »

Quant au mot ordinateur, il a été imposé par le général de Gaulle.

Logiciel

Traduction de software. Je ne suis pas certain que le terme serait traduit aujourd’hui. Malheureusement, les anglicismes prennent maintenant toute la place.

E-mail

Ce mot très répandu semble impossible à rattraper. On reçoit un mail, on mail une autre personne. Au Québec, nous utilisons à peu près uniquement le mot courriel, un mot valise combinant courrier et électronique. Une belle trouvaille, à un point tel que le Larousse donne une définition lapidaire d’e-mail : courriel.

Smartphone

Traduit par téléphone intelligent par les irréductibles Québécois. Mais, dans la vie courante, cette traduction n’est plus aussi employée qu’auparavant. Pourquoi? Parce que la plupart des gens possèdent un téléphone intelligent; par conséquent, on parle de téléphone tout court  

Podcast

Autre terme répandu et inscrit dans les dictionnaires, dont le Robert : « Fichier audio ou vidéo diffusé par Internet, destiné à être téléchargé. » L’ouvrage mentionne cependant qu’au Québec on dit balado. Il s’agit d’un raccourci pour baladodiffusion, terme que l’on entend couramment à Radio-Canada.

Ransomware

On ne souhaite à personne de se faire pirater son ordinateur et de recevoir par la suite une demande de rançon. Ce sont souvent les grandes entreprises qui en sont victimes.

L’expression a été rendue par le très inélégant rançongiciel.

Hacker

On peut certes parler de pirate informatique, mais force est de reconnaître que l’anglicisme s’est frayé un chemin dans notre langue. Lisez mon article à ce sujet.

Web

« Système hypermédia permettant d’accéder aux ressources du réseau Internet », nous dit le Larousse. On parle parfois de la Toile. L’anglicisme est largement utilisé.

Liker

Certes, on pourrait dire aimer, mais le terme est plus général. Une vidéo peut être aimée… mais combien de likes a-t-elle reçus? Dire que l’on a aimé un post de son ami est assez vague. On peut l’avoir lu tout simplement, tandis que si on l’a liké, il devient clair qu’on a cliqué sur le petit cœur.

Là encore, le substantif aussi bien que le verbe sont entrés en français.

Hypertrucage

De plus en plus, il est difficile de faire la différence entre réalité et trucage. Il est maintenant aisé de copier une personne réelle et de lui faire dire toutes les conneries que l’on veut. En anglais, il est question de deepfake : hypertrucage. La traduction est ici très réussie.

Morale de cette histoire : avec un peu de volonté il est toujours possible de trouver une traduction, mais celle-ci n’est pas nécessairement inspirée et convaincante. Même avec toute la bonne volonté du monde, certains termes anglais s’immiscent dans notre langue, ce qui n’est pas nécessairement un mal.

Compte rendu

L’usage du trait d’union demeure l’un des grands mystères de la langue française. J’en ai parlé dans une chronique précédente. L’Académie française a bien tenté d’amener un peu plus de logique en préconisant la soudure de certains termes commençant par des préfixes précis.

Mais des mots comme compte rendu y échappent.

Hélas, le palmarès des illogismes continue de parader, ce qui fait le bonheur des mandarins de la langue.

En toute logique, lorsqu’une expression représente un concept exprimé en deux ou plusieurs mots, elle devrait s’écrire avec le trait d’union. Quelques exemples avec le mot compte.

  • Compte-fil
  • Compte-goutte
  • Compte-pas
  • Compte-tour

Jusqu’à maintenant, tout va bien.

Arrive l’expression compte rendu qui, comme on le voit, ne prend pas de trait d’union. On observe donc une rupture de logique, puisque compte rendu est un bel et bien un concept, tout comme un compte-tour, par exemple.

Petite surprise dans le Larousse, cependant. Voilà qu’apparait compte-rendu, avec son trait d’union manquant.

Et pour cause. Il suffit de penser que son petit cousin, procès-verbal, prend bel et bien le fameux trait d’union.

Singulier ou pluriel?

Il va de soi qu’un compte-goutte ne compte pas une seule goutte; idem pour un compte-tour. D’où l’idée d’apposer la marque du pluriel dès le départ, de sorte que les ouvrages de langue signalent une seconde orthographe, avec le S du pluriel : compte-gouttes.

Les noms composés sont truffés de chausse-trapes (admirez le pluriel!). On ne sait pas toujours très bien où mettre la marque du pluriel; c’est parfois au premier mot, parfois au second. L’explication se perd dans la nuit des temps et les Immortels ont résolu en 1990 de sonner la fin de cette récréation méphistophélique. Le S est apposé au second terme… la plupart du temps.

Dans les exemples énoncés précédemment, le mot initial compte ne prend pas la marque du pluriel. Nous aurons donc un singulier et un pluriel qui se confondent : un compte-tours et des compte-tours.

Un agent de la langue ne pourra donc pas dresser un procès-verbal contre vous.

Trappe

Il faut se méfier des faux amis, surtout des faux-faux-amis. Méfiance peut être porteuse d’erreur. En effet, l’inlassable chasse à l’erreur incite des langagiers à se méfier de tout… même de ce qui est correct.

Le mot trappe en est un bel exemple. Il m’apparaissait évident que des expressions comme « trappe à touristes » ou « trappe à souris » étaient un calque de l’anglais.

Pantoute. (En québécois, signifie « pas du tout ».)

Une trappe est un piège, nous disent les ouvrages de langue, un piège pour attraper des animaux en couvrant un trou avec des branchages.

Une trappe, c’est aussi une ouverture pour accéder à une cave ou à un grenier.

Au Canada

Les Canadiens donnent un autre sens au mot étudié. Ils en ont fait un synonyme de « gueule ». Par exemple, on dira que Jérôme est une grande trappe. Rien à voir avec un piège ou une ouverture. Il a tout simplement une grande gueule, il parle trop.

Selon le Multidictionnaire de la langue française, le mot a pris également le sens de chasse. Faire de la trappe, c’est pratiquer un type de chasse à l’aide de pièges. Les Amérindiens sont des trappeurs, par exemple.

Comme quoi, il faut parfois faire passer à la trappe notre méfiance légendaire de langagier.

Blogue destiné à tous ceux qui ont à cœur l'épanouissement de la langue française.