Blog ou blogue?

Depuis 2013, je tiens un blogue; si j’étais Européen, j’écrirais un blog. Bien sûr, il s’agit d’un anglicisme et il a été importé comme tel en français. Sauf qu’au Canada, la graphie a été francisée.

On observe le même phénomène pour bug, écrit bogue dans notre pays.

Le vocabulaire informatique est largement américanisé en Europe alors que les irréductibles Canadiens s’entêtent à essayer de tout traduire. J’en ai déjà parlé. De prime abord, d’aucuns jugeront ridicule d’écrire blogue et bogue, d’autant plus que les deux versions, anglaise et française, se prononcent de la même manière.

Pour défendre les graphies canadiennes, on pourrait faire un parallèle avec redingote et paquebot, qui sont la transposition française de riding-coat et packet-boat. À ce que je sache, ces deux francisations ne suscitent aucun commentaire désagréable ou condescendant; elles sont passées dans l’usage.

Permettez-moi d’évoquer un troisième cas : ce service dévastateur au tennis auquel l’adversaire n’arrive même pas à toucher. On parle d’un as, graphie francisée de l’anglicisme ace. Dans ce cas-ci, détail intéressant : le Larousse donne une prononciation française (as), tandis que le Robert suggère la prononciation anglaise (ès). Chose certaine, si le mot est prononcé à la française, seule la graphie est différente.

Bien sûr, ces francisations, que certains jugeront forcées, ne sont qu’un épiphénomène d’un mouvement beaucoup plus vaste, celui de l’arrivée massive de mots anglais dans notre langue, depuis le XIXe siècle. J’en ai parlé à plusieurs reprises dans ce blog(ue), les perspectives sont très différentes au Canada et en Europe.

Les graphies francisées peuvent peut-être faire sourire en Europe. Mais les Français qui viennent vivre à Montréal, ou ailleurs au Québec, constatent rapidement que le français est bien moins ancré dans notre métropole qu’à Paris, Bruxelles ou Genève. Ceci expliquant cela.

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

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