Author Archives: Andre Racicot

Imparfait du subjonctif

Bien des langagiers sont d’avis que l’imparfait du subjonctif est un mode obsolète. D’ailleurs, il a disparu de la langue courante et on peut penser que la plupart des francophones n’ont pas la moindre idée ni de la manière dont on le forme.

Alors faut-il le faire passer à la trappe?

L’espagnol et l’italien

Dans un sens, les francophones ont de la chance. En espagnol ou en italien, l’imparfait du subjonctif n’est pas tombé en désuétude. Ceux qui apprennent ces deux langues doivent s’atteler à un rude apprentissage de conjugaisons « déviantes », du moins pour nous les francophones.

Car l’imparfait du subjonctif s’emploie même dans des phrases interrogatives commençant par si. Là où le français recourt à l’imparfait, le paon italien nous déploie le panache de du subjonctif (très) imparfait.

Si j’avais le temps – Se io avessi il tempo (si j’eusse le temps).

Si tu étais un auteur, tu écrirais des livres – Se tu fossi un scritore, scriverai dei libri (si tu fusses).

Quand le ridicule tue…

En français, il en va tout autrement. Dans les faits, cette forme passée du subjonctif s’est écroulée sous le poids de son ridicule apparent. Le texte suivant d’Alphonse Allais met en relief les allures ronflantes que prend l’imparfait du subjonctif en français :

Ah fallait-il que je vous visse

Fallait-il que vous me plussiez

Qu’ingénument je vous le disse

Qu’avec orgueil vous vous tussiez

Fallait-il que je vous aimasse

Que vous me désespérassiez

Et qu’en vain je m’opiniâtretasse (sic)

Et je vous idolâtrasse.

Pour que vous m’assassinassiez.

Le fait est que le subjonctif dispose de moyens limités dans l’expression du temps. Il n’y a pas de futur en français, alors qu’il existe en espagnol.

En français, ce sont les formes du passé qui posent problème. D’ailleurs, le journaliste André Thérive y allait d’un commentaire lapidaire : seuls les écrivains prétentieux emploient encore le subjonctif imparfait[1]. Pourtant, il y en a encore beaucoup.

Tant dans les journaux que dans les textes littéraires, force est de constater que cette forme du subjonctif a largement disparu.

Mais comment ne pas ressentir un (tout) petit malaise quand le subjonctif présent se substitue à son cousin imparfait? Exemples donnés par Bescherelle :

Je craignais que la tempête ne se lève (levât).

Je craignais que les tuiles ne s’envolent (s’envolassent).

On imagine ces phrases aussi bien dans la langue parlée que dans la langue écrite.

L’imparfait du subjonctif survit

Il survit, certes, mais tout juste.

La traduction française du grand succès L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante, ignore systématiquement l’imparfait du subjonctif.

La traductrice de Ferrante marche sur les traces de Simone de Beauvoir qui, dans les Mémoires d’une jeune fille rangée, écrivait : « Elle parut un peu scandalisée pour que j’y prenne du plaisir et qu’elle les tolérât. » L’écrivaine a voulu éviter un « j’y prisse » qu’elle a peut-être jugé cocasse.

En fait, le subjonctif imparfait survit dans la presse et la littérature en s’accrochant à la bouée de la troisième personne du singulier, particulièrement pour les verbes avoir et être. Au fil de mes lectures, j’ai également repéré çà et là quelques dût, pût, voulût, sût, qui agacent moins que dussions, pussiez, voulussiez ou encore susse.

Malgré tout, il est peut-être trop tôt pour prononcer l’éloge funèbre de l’imparfait et du plus-que-parfait du subjonctif. En effet, encore bien des auteurs l’incluent dans leur panoplie.

Elle trouvait inique que certaines sépultures croulassent sous les fleurs. (Alexandre Jardin, Le zèbre, p.60)

On me l’avait assez refusé pour que j’en connusse la valeur. (Amélie Nothomb, Biographie de la faim, p.132.)

Il serait peut-être plus exact de dire que « certains temps du subjonctif comme l’imparfait et le plus-que-parfait ont à peu près disparu de la langue parlée et sont même fortement concurrencés par l’écrit[2]. »

Mais les formes inhabituelles, pour ne pas dire surprenantes, des formes passées du subjonctif en ont peut-être signé l’arrêt de mort. L’avenir le dira.

Il est clair que le présent fait moins sentencieux que l’imparfait, ce qui explique pourquoi bien des auteurs préfèrent la forme présente, même lorsque le passé s’imposerait. L’imparfait, lui, est désavantagé parce qu’il est boudé dans la langue courante.

Néanmoins, les amoureux de la langue française, comme moi, ne peuvent que ressentir une pointe de nostalgie en voyant l’imparfait du subjonctif s’éclipser. Si seulement il pouvait délaisser son habit de gala et revêtir des vêtements moins bigarrés.


[1] Cité par Grevisse et Goose, Le bon usage., p. 1157.

[2] Ibid.,p.1152.

Post-mortem

Lorsque la pandémie de coronavirus serait chose du passé – le sera-t-elle vraiment? – il sera le temps d’en faire le bilan. Beaucoup parleront alors d’un post-mortem, mot qui ne peut qu’être correct, puisqu’il s’agit d’un emprunt au latin.

Donc, pas d’anglicisme. Erreur.

Dans quelques mois (souhaitons-le) on pourra faire l’autopsie de la pandémie. Une rétrospective, quoi. L’heure sera au bilan, à l’analyse. Un examen approfondi s’imposera. Un post-mortem, c’est cela en français.

Les locutions latines abondent aussi bien en français qu’en anglais, l’ennui étant que les latinismes retenus en anglais ne sont pas toujours les mêmes qu’en français.

Parmi ceux que nous partageons, pensons à a fortiori, curriculum vitae, mea culpa, per capita, vice versa. Mais l’expression post-mortem ne fait pas partie de cette catégorie.

Le virus chinois?

Le président américain parle du virus chinois, ce qui a royalement insulté le gouvernement de Pékin. Comme d’habitude, le locataire de la Maison-Blanche a été brutal et direct, une attitude que réprouvent les Orientaux en général. Habituellement, il faut être très diplomate avec eux, laisser entendre plutôt que d’affirmer, se perdre en circonlocutions. La franchise que les Occidentaux affichent les bouscule.

Les faits sont têtus

Pour une fois, cependant, je dois dire que je suis en partie d’accord avec le président américain. Non, je ne fais pas de fièvre… Je pense que l’heure n’est pas à la broderie diplomatique.

Comme le disait Lénine, les faits sont têtus. Une vidéo absolument dégueulasse circule sur les médias sociaux montant le marché de Wuhan où la pandémie a pris naissance. Je n’ose pas la diffuser; on y voit des serpents, des rats, des chauve-souris et toutes sortes d’autres bêtes étalées en plein air, vivantes ou à moitié mortes. Il n’y a aucune réfrigération, avec des mouches partout, des étals souillés de sang, des chiens qui errent. Une foule compacte achète de la nourriture dans ce dépotoir.

C’est là le foyer de cette pandémie mondiale qui fera des millions des morts. Attendez que le virus se propage en Afrique et dans les pays pauvres… Ce sera l’hécatombe; nous n’avons encore rien vu.

Comme si cela n’était pas assez, cette pandémie chinoise va gripper toute l’économie mondiale au point de provoquer une récession et peut-être même une dépression. Un nombre incalculable de gens vont perdre leur emploi, des millions de petits commerçants vont être ruinés. Votre boulanger du coin risque d’y passer.

Non, ce n’est vraiment pas le temps d’être poli avec la Chine.

Un blanchiment sémantique

Comme si cela n’était pas assez, il fallait que le politiquement correct s’en mêle. Il ne faut pas dire le virus chinois ou encore employer des termes racistes comme le virus de Wuhan, la grippe de Wuhan. Un peu plus et des gens comme l’éclairante Marie-France Bazzo vont nous faire croire que les Chinois représentent une communauté racisée et qu’il faut réagir en censurant le discours. Vous pensez que j’exagère? Attendez voir.

Bien entendu, il serait idiot de s’en prendre aux Chinois qui vivent au Canada et à tous les autres en général. Le vrai responsable de ce désastre est le gouvernement chinois.

Comme la Chine est un pays puissant, les autorités sanitaires mondiales se sont crues obligées de procéder à un blanchiment sémantique et d’inventer un sigle aseptisé, inspiré de l’anglais : COVID-19. Je pose à nouveau la question : si la pandémie avait commencé au Congo pensez-vous vraiment qu’on aurait fait la même chose? Poser la question c’est y répondre.

Le virus chinois

Alors faut-il reprendre l’expression de Trump? À moins d’avoir confiné toute réflexion critique, il faut reconnaitre que le virus a commencé à faire des dégâts en Chine. Il m’apparait plus exact – et plus scientifique – de parler de la grippe de Wuhan tout simplement. Cette appellation n’incrimine pas tout le peuple chinois et se fonde sur la réalité. En tout cas, elle est moins offensante que le virus chinois.

Faut-il écarter COVID-19? Je ne le pense pas, car l’expression se propage dans l’usage et elle n’est pas inexacte en soi. Bien sûr elle a été aseptisée et c’est fâchant. Le terme virus washing reste à inventer.

L’heure n’est pas aux rectifications de vocabulaire mais à la responsabilisation de tout le monde pour éviter à notre tour de propager cette épouvantable importation made in China.

COVID-19 : Réflexions

La pandémie mondiale de coronavirus dont est responsable la Chine s’aggrave de jour en jour, au point de provoquer une viro-anxiété galopante. Le monde est entré en récession économique et une dépression majeure n’est pas à écarter.

Le monde est glauque, mais cette crise comporte quand même des aspects positifs. Alors, pour clôturer la semaine, trêve de vocabulaire!

***

La crise actuelle est une répétition générale en vue d’une éventuelle pandémie mondiale beaucoup plus grave qui pourrait survenir n’importe quand. Heureusement, le monde est mieux préparé à faire face à une réédition de la grippe espagnole. Mieux préparé, mais PAS entièrement préparé.

Ce qui se passe en Chine aussi bien qu’aux États-Unis, en Italie, en Iran illustre tous les obstacles géopolitiques qui se dressent devant nous.

La Chine

L’un de ces obstacles est le déni de la réalité, tel qu’observé par le gouvernement chinois. Les scientifiques qui ont sonné l’alarme ont été menacés de représailles. L’un d’entre eux a succombé à la maladie. Le pays a perdu de précieuses semaines à ne pas réagir, ce qui a permis au dragon de se déployer dans l’Empire du Milieu.

La Chine est une dictature féroce et sans pitié. Son gouvernement veut contrôler tout ce qui se passe, tant il a peur d’une révolte populaire. Le fait que l’opposition soit jugulée et l’absence de contre-pouvoir permet au gouvernement de faire tout ce qu’il veut.

Le confinement de la population du Wuhan a donc été un succès. Il n’est pas certain que des démocraties occidentales pourraient arriver à des résultats semblables aussi facilement. Mais il est clair que la méthode est efficace.

Un autre effet positif en Chine a été la prise de conscience de la grave menace sanitaire que représentent les marchés publics où l’on vend des animaux sauvages destinés à être mangés. Les pratiques sanitaires moyenâgeuses de ce pays ont engendré une pandémie mondiale qui n’a pas encore donné toute sa mesure. D’après le National Geographic, les autorités de Pékin ont ordonné la fin de ces marchés. Souhaitons qu’elles ne les rétabliront pas après la pandémie, comme elles l’ont fait après le SRAS.

Néanmoins, il y a prise de conscience. Si Pékin se traîne les pieds, il est certain que les pays frappés de plein fouet par la grippe de Wuhan se chargeront de leur rappeler leurs responsabilités. Il y a des limites à toujours vouloir sauver la face.

L’incompétence de certains dirigeants

Au Canada, on a beaucoup dénoncé le manque de leadership de Justin Trudeau, un homme qui cherche ses idées autant que ses mots. Comme le faisait observer le journal libéral La Presse, le premier ministre est toujours en retard sur la réalité et manque de conviction.

Pourtant bien des États aimeraient bien avoir M. Trudeau comme dirigeant. Des fanfarons comme le président Bolsonaro au Brésil, Boris Johnson en Grande-Bretagne, Doug Ford en Ontario et bien d’autres encore ont minimisé la gravité de la pandémie. Malheureusement la pensée magique ça ne marche pas.

La crise actuelle est un révélateur de l’incompétence de tous ces clowns. Les populations en tireront-elles des leçons? On peut le souhaiter, mais rien n’est moins sûr.

Trump

L’incompétence est encore plus préoccupante quand elle touche l’homme le plus puissant de la planète. Cet homme souffre d’une maladie mentale, le narcissisme, qui déjà le rend inapte à gouverner. Si ce n’était que cela.

Le personnage ne possède aucune culture générale, est profondément ignorant des réalités géopolitiques mondiales, ne comprend pas la Constitution américaine, est impulsif et n’écoute personne; en fait, il ne comprend rien à rien. Ça tout le monde le savait déjà. Pourtant il voguait vers une réélection tranquille en novembre à cause de l’ignorance et de la bêtise d’une grande partie de la population américaine. Pourtant, ce pays mérite mieux. Il n’y a pas que des abrutis aux États-Unis.

Les États-Unis seront le prochain foyer d’infection. Ils ont réagi trop tard à la pandémie, leur système médical est dysfonctionnel : une trentaine de millions de personnes n’ont pas d’assurance et ne pourront se faire soigner; des dizaines de millions sont des sans-papier et vont continuer à se cacher; bien des Américains n’ont même pas de congé de maladie.

Bref, le pays est un désastre social et politique. Et la crise va frapper très fort au point qu’un scénario à l’italienne est prévisible.

Cette crise sanitaire pourrait déboucher sur une crise politique, car récession il y aura. Si tout va mal, on peut prévoir que le président finira par en payer le coût politique. Ils seront très nombreux à vouloir le ternir responsable du chaos.

Bref, l’immonde président pourrait être battu, non par une prise de conscience, par un débat intelligent entre personnes intelligentes, mais bel et bien par un virus. Ce serait un immense bienfait pour la planète, car le fou furieux de la Maison-Blanche ne sait pas ce qu’il fait. Il est un danger pour l’humanité entière, pandémie ou pas.

Personnes vulnérables

L’éloignement social et le confinement des populations provoquent des réactions inattendues. Tout d’abord ces Italiens qui chantent… Mais aussi des élans de générosité envers les personnes les plus vulnérables. Nous prenons conscience des conditions précaires dans laquelle vivent les personnes âgées, les sans-emploi, les personnes souffrant de problèmes de santé.

Et comment ne pas louer les personnes courageuses qui œuvrent dans les établissements de santé. Elles affrontaient déjà divers dangers, mais le coronavirus est une menace directe à leur santé à elles. Elles méritent toute notre admiration.

Petites entreprises

Les entreprises locales, les marchands de toute sorte, les artisans, les pigistes sont autant de personnes précaires. La mondialisation sauvage célébrée par bien des politiciens et des économistes a été un raz de marée pour bien des entreprises non affiliées à une chaîne. Un grand nombre ont disparu. À terme, nous sommes menacés de voir ces commerces disparaître, écrasés ou avalés par les grandes chaînes.

À cela s’ajoute maintenant la pandémie chinoise. Certains se réorganisent. Des restaurants livrent à domicile, par exemple, d’autres organisent le travail à distance. Il est important d’encourager tous ces commerces qui sont le gagne-pain d’un grand nombre de personnes, qui risquent d’être jetées à la rue par une éventuelle récession.

C’était vrai avant la pandémie, ce l’est encore plus à présent.

Le COVID-19 laissera des traces durables. Souhaitons que ce soit pour le mieux.

Distanciation sociale

La propagation alarmante du coronavirus a mené à l’apparition du concept de distanciation sociale. Les autorités invitent les citoyen.ne.s à éviter les contacts en public ou en groupes restreints et à maintenir une distance d’au moins un mètre avec les autres personnes. La notion concomitante est le confinement, en vigueur dans certains pays, dont la France et l’Italie.

Certains s’interrogent sur le terme distanciation sociale. Est-ce un anglicisme? De prime abord, on pourrait penser que oui, puisque l’on dit en anglais social distancing. Le calque parait évident.

L’expression éloignement social cohabite avec distanciation sociale. Le Lexique sur la COVID-19 du Bureau de la traduction la propose comme traduction de social distancing.

Cette proposition est très sensée puisque le mot éloignement peut être défini par le fait de se tenir à l’écart.

Mais faut-il rejeter le mot distanciation?

Au sens figuré, nous dit le Petit Robert, distanciation marque un « Recul pris par rapport à quelqu’un, quelque chose. ». On voit donc que l’expression distanciation sociale n’est pas aussi fautive qu’on le croit. Son seul défaut est de ressembler un peu trop à l’anglais.

Parmi les suggestions observées : cohésion sociale, éloignement physique. La première me parait un peu douteuse; la seconde est plus intéressante.

Par conséquent, je ne pense pas que distanciation sociale soit à condamner. Qu’en pensez-vous?

***

Dans un autre article, vous trouverez une liste des expressions à éviter au sujet de la pandémie de COVD-19.

Cluster

Depuis quelques semaines, la presse française nous assène le terme cluster. Il était impensable de parler de l’épidémie de coronavirus sans glisser un mot anglais, qui brille de mille feux chez nos cousins.

Cet anglicisme inutile peut facilement être traduit par foyer d’infection, comme on dit couramment au Canada. Il s’agit d’un groupe d’individus infectés.

Le blogue des correcteurs du journal Le Monde dénonce également l’anglicisme. Les correcteurs proposent le terme grappe qui désigne justement un groupe de personnes contaminées. Je n’ai toutefois pas trouvé cette définition dans le Petit Robert.

Le terme cluster n’est pas nouveau. Il existe en économie et en musique. Son emploi dans le monde médical est moins fréquent.

L’excuse que l’on entend souvent en France, c’est de dire que tel mot anglais n’a pas d’équivalent en français. Ce prétexte cache l’exaltation d’utiliser un nouvel anglicisme pour donner l’illusion que l’on parle anglais couramment.

À défaut d’avoir un seul mot qui rend parfaitement une idée de l’anglais, il est toujours possible de recourir à une expression, à une périphrase. En outre, il n’est pas certain que cluster soit parfaitement compris dans le contexte de la COVID-19. Alors mieux vaut s’exprimer en français.

Souhaitons qu’un jour on mette au point un vaccin contre l’anglomanie infantile.

Autres articles sur la COVID-19 :

Centers for Disease Control and Prevention

La crise mondiale provoquée par la COVID-19, la grippe de Wuhan, met sur la sellette les Centers for Disease Control and Prevention. Les langagiers se demandent immédiatement s’il existe un titre officiel en français; s’il faut traduire; si on peut traduire.

Les réponses à ces questions sont : non; oui; oui.

En clair, les Centers for Disease Control and Prevention peuvent sans hésitation être traduits par les Centres de prévention et de contrôle des maladies.

Un mythe

J’ai entendu souvent dans le milieu de la traduction le raisonnement suivant : le français n’est pas langue officielle aux États-Unis, donc il ne faut pas traduire le nom des institutions officielles.

C’est un sophisme qui ferait reculer d’horreur tous les philosophes de la Grèce antique (confinés dans l’agora à cause de l’épidémie…). Comme je l’ai répété maintes et maintes fois dans mes cours, on traduit les réalités étrangères en français. Autrement comment parler du Japon? De la Chine? De l’Argentine? De la Namibie? De la Russie? En nommant les institutions par leur nom original?

Cela ne tient évidemment pas debout. Dans les faits, on traduit le nom des organismes étrangers par pure nécessité, pour arriver à se comprendre, peu importe que le français soit ou non langue officielle.

Les États-Unis

Comme ce sont nos voisins immédiats, en plus d’être la première puissance mondiale, il est normal qu’un grand nombre de leurs institutions soient traduites. Des appellations comme Maison-Blanche, département du Commerce, Agence de protection de l’environnement, Réserve fédérale américaine, Congrès, Parti démocrate sont traduites sans que personne ne sourcille.

Certaines organisations ne voient pour ainsi dire jamais leur nom traduit : la Food and Drug Administration; la Drug Enforcement Agency; la National Highway Trafic Safety Administration.

Pourrait-on traduire ces noms? Bien entendu! Mais il faut être conscient que des traductions comme l’Administration des aliments et des produits pharmaceutiques, bien que parfaitement correctes, ne sont pas retenues dans l’usage. Pour des raisons mystérieuses, elles ne sont pas traduites. Il serait préférable d’employer l’appellation anglaise, quitte à mettre entre parenthèses la traduction.

Pour d’autres organisations, il y a flottement : tantôt leur nom est traduit, tantôt pas. Parmi elles : le Massachusetts Institute of Technology, la Central Intelligence Agency, la National Aeronautics and Space Administration, le Federal Bureau of Investigation.

Le plus souvent, on verra des sigles pour désigner ces organisations : MIT, CIA, NASA, FBI. Mais il arrive que l’on voie aussi des appellations comme l’Institut de technologie du Massachusetts, l’Agence centrale de renseignement, l’Agence spatiale américaine, le Bureau fédéral des enquêtes.

Le cas des Centres de prévention et de contrôle des maladies rentre dans cette catégorie. On voit souvent l’appellation anglaise, sûrement parce que le rédacteur ne sait pas trop quoi faire. Mais, au risque de me répéter, le français est parfaitement acceptable.

La majuscule ou pas?

Autre question fondamentale : si je traduis une appellation américaine, dois-je utiliser la majuscule même si ce n’est pas un nom officiel? La réponse est très simple. On écrit bel et bien la Maison-Blanche, le Congrès des États-Unis, le Parti démocrate, etc. Ce ne sont pourtant pas des noms officiels.

Il convient donc de traiter les noms traduits comme des appellations officielles, sans quoi votre texte pourrait manquer d’uniformité.

COVID-19 : le vocabulaire

Je vous invite à consulter l’intéressant lexique de la COVID-19 élaboré par la Terminologie du Bureau de la traduction : ici.

En cette période de pandémie mondiale de la COVID-19, certaines rectifications de vocabulaire s’imposent.

Pandémie et épidémie

À cause de la situation actuelle, nul n’ignore la distinction entre les deux termes. Si une épidémie est une apparition d’un grand nombre de cas de maladie infectieuse dans une collectivité, une pandémie touche une vaste région. Dans le cas de la grippe de Wuhan, comme il conviendrait de l’appeler, la pandémie est devenue mondiale.

Au sujet de l’abréviation COVID-19, on peut se demander si on se serait donné la peine de rebaptiser la maladie si elle était apparue au Congo, par exemple. J’ai bien l’impression qu’on s’en serait tenu à l’appellation grippe du Congo. Mais il ne faut pas froisser les Chinois; ces gens-là veulent sauver la face et, comme le savent les Canadiens, ils prennent des otages.

Plan de contingence

Un bel anglicisme à jeter avec les déchets biomédicaux. En français : plan d’urgence. Le mot contingence n’a pas vraiment le sens d’urgence dans notre langue. Est contingente une chose qui peut se produire ou non.

Dépister

Entendu aux informations d’Ottawa : « Ces personnes n’ont pas encore été dépistées. » Il aurait fallu dire qu’elles n’avaient pas été testées, examinées. On dépiste une maladie, pas des personnes.

Viro-anxiété

Une belle trouvaille sur Twitter. Quand on regarde tous ces braves gens qui dévalisent les supermarchés, il y a lieu de croire que ce néologisme a un bel avenir devant lui.  

Isolation

Anglicisme pour isolement.

Cluster

Un cluster est un groupe de personnes infectées par le coronavirus.

Distanciation sociale

Rendu parfois par éloignement social. Les deux expressions sont correctes. Le fait de se tenir à l’écart des rencontres sociales et de la fréquentation des lieux publics. Le fait aussi de garder une distance d’un mètre avec les autres personnes.

COVID-19

La grippe provoquée le coronavirus a été baptisée COVID-19. Il s’agit d’une opération inédite à l’échelle mondiale pour éviter de parler de la grippe de Wuhan, comme on aurait dû continuer de l’appeler. Après tout, on a déjà eu la grippe espagnole – mal nommée, car elle n’a jamais commencé en Espagne. Ce pays a été le premier à en parler ouvertement, à l’époque où les nations en guerre censuraient l’information. Nous étions en 1918.

Donc, pour éviter de stigmatiser la Chine, l’OMS a choisi une appellation neutre, COVID-19. Comme on pouvait s’y attendre le sigle retenu est anglais : CO pour « corona », V pour « virus », D pour « disease ».

Pendant quelques temps, on a parlé du COVID-19, alors que cette appellation désigne la maladie liée au virus de Wuhan.

Pour une fois, Radio-Canada a rectifié rapidement et on peut espérer que les autres suivront la parade. Une épidémie linguistique a peut-être été évitée.

Poster

Il fut un temps où le verbe poster désignait l’action de mettre une lettre à la poste. Les temps ont bien changé. Tout d’abord parce qu’on ne met plus grand-chose à la poste et, surtout, parce que les médias sociaux ont radicalement changé la manière dont nous communiquons.

Je me rappelle ces correspondances aujourd’hui surannées avec des amis rencontrés en Europe; ces lettres écrites à la main sur papier fin et expédiées dans des enveloppes ultralégères frappées de l’appellation Par avion.

Avant qu’un jeune impudent ne s’écrie « Ok boomer », je passe au paragraphe suivant.

Poster à l’ère moderne

À l’ère des milléniaux on s’envoie des mails, bizarrement appelés courriels – ah ces Québécois, ce qu’ils sont ridicules; on partage des photos sur Instagram; on poste des commentaires sur Facebook.

Ce n’est qu’un aperçu de l’influence de l’anglais sur le vocabulaire de l’électronique.

Évidemment, le verbe poster vient directement de l’anglais. Il serait facile de le remplacer par publier, faire paraitre, afficher… Mais c’est trop simple et, surtout, on y perd l’incandescence de l’anglais, cette merveilleuse langue de l’Amérique…

Poster, et son substantiel post, sont entrés dans les dictionnaires français.

Le Robert : Introduire un article, une contribution, sur un groupe de discussion.

Larousse : Publier un article, un commentaire, une photo ou une vidéo sur un média Internet.

Un post est un message publié sur un forum ou un blogue… pardon, un blog.

Difficile de revenir en arrière, bien sûr, mais parler d’un billet, d’un article ou d’un commentaire est tout aussi compréhensible.