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Impact

« Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient atteints. » C’est un peu ce que l’on pourrait écrire au sujet de cette véritable épidémie d’impacts qui dévaste la langue journalistique depuis plusieurs années. Il n’est pas rare de l’entendre deux fois et plus dans la même phrase. La chef d’antenne du Téléjournal l’emploie sans relâche.

Pourtant les synonymes existent : retentissement, effets, conséquences, contrecoups, etc.

Malheureusement, les médias contaminent le public, ce qui mène à un appauvrissement du vocabulaire. Nous avons des impacts partout : en économie, en politique, en environnement, dans les services sociaux, dans les transports en commun, etc.

Il faut être conscient qu’un impact est un choc violent : l’impact d’une collision entre deux véhicules; l’impact d’une balle de pistolet dans un mur. Normalement, le terme devrait être réservé à ce genre de circonstances. Bien entendu, on peut l’employer sous forme de métaphore ou d’hyperbole, pour amplifier notre propos, et c’est justement ce à quoi nous assistons depuis plusieurs années, sous l’influence de l’anglais, il va sans dire.

L’ennui, c’est qu’à force d’utiliser impact dans tous les contextes, il finit par s’émousser. Surtout quand n’importe quelle conséquence devient un impact.

Avec un peu d’imagination, on peut pourtant remplacer cet envahisseur par un verbe. Quelques suggestions : se répercuter sur, avoir un retentissement sur, faire sentir ses effets sur, influer sur, retentir sur, avoir des répercussions…

Soulignons que le mot fait maintenant partie d’expressions consacrées, comme impact médiatique, impact environnemental, étude d’impact environnemental. On aurait pu trouver mieux.

Impact a malheureusement enfanté un monstre : impacter. En français, on dit influer sur. Pas mal plus joli, non?

Pékin ou Beijing?

La question m’est souvent posée : lequel des deux termes faut-il préférer? La réponse n’est pas simple.

En fait, se pose ici la question de la traduction ou non d’un toponyme étranger. Le français a traduit environ 7000 noms de lieux étrangers, particulièrement ceux de pays latins, comme l’Italie et l’Espagne, de pays voisins de la France, comme la Belgique flamande, les Pays-Bas et l’Allemagne. Les noms de villes et de régions connues dans le monde ont souvent été traduits, mais pas toujours. À ce chapitre, ni constance ni cohérence.

La civilisation chinoise revêt une grande importance dans l’histoire de l’humanité et c’est pourquoi bon nombre de toponymes chinois ont été traduits en français, dont Pékin.

Le chinois est l’une des six langues officielles de l’ONU et, en 1979, le système de transcription Wade-Giles a été abandonné au profit du pinyin. Auparavant, la façon de transcrire les noms chinois, originalement écrits en idéogrammes, variait selon le système phonétique de la langue d’arrivée. Par exemple, Pékin s’écrivait Peking en anglais, tandis que Nankin devenait Nanking dans la langue de Shakespeare.

L’avènement du pinyin a changé la donne. À présent, Pékin s’écrit Beijing dans toutes les langues occidentales utilisant l’alphabet romain. La graphie des noms de lieux et des noms de personnes, y compris les personnages historiques, a été normalisée, ce qui a donné lieu à des transformations parfois spectaculaires. Quelques exemples : Teng Hsiao-Ping qui devient Deng Xiaoping; Lao Tseu qui devient Laozi et, bien sûr, le Grand Timonier Mao Tsé-toung qui se réincarne en Mao Zedong.

Cela signifie-t-il que le français est tenu d’adopter ces nouvelles graphies? Pas nécessairement. Les ouvrages de langue et les publications en ligne ont généralement fait la conversion vers le pinyin, mais il reste des îlots de résistance : Pékin, Canton et Nankin. Les nouvelles graphies sont les suivantes : Beijing, Guangzhou et Nanjing.

L’anglais intègre généralement les néologismes plus vite que le français, de sorte que les nouvelles graphies des trois villes précitées figurent dans les dictionnaires anglais et sont employées dans les médias. Du côté francophone,  on s’en tient encore aux trois transcriptions originales. Ce conservatisme très présent chez les francophones européens s’observe également pour la Biélorussie, devenue le Bélarus en 1991, mais toujours appelée Biélorussie dans les dictionnaires récents.

Bien entendu, on peut le déplorer, certains estimant que Beijing, Guangzhou et Nanjing sont les noms officiels de ces villes chinoises; d’autres soutiennent au contraire que ce ne sont pas aux Chinois à décider de la façon de s’exprimer en français. Le débat est ouvert…

États-Uniens ou Américains?

Tout le monde s’entend pour dire que le terme Américains, pour désigner les habitants des États-Unis, est une impropriété, dans la mesure où son sens véritable qualifie les habitants de l’Amérique, vue en tant que continent et non de pays.

L’usage en a cependant décidé autrement. Dès la naissance des États-Unis, la question du nom des habitants s’est posée avec acuité, car, quand on y songe bien, il est difficile de construire un nom d’habitants avec un terme qui décrit le régime politique d’un pays. Habituellement, un pays possède un nom propre. Les colons se sont donc rabattus sur le nom du continent, pour le meilleur et surtout le pire….

À défaut de mieux, Americans s’est donc implanté, tout comme le mot America qui en est venu à désigner le pays, au lieu du continent. De fait, nos voisins du Sud utilisent America au sens de continent uniquement quand ils parlent de la « découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb; autrement, America est le nom de leur pays, point à la ligne et coup de pistolet au plafond.

L’erreur a fini par déborder sur d’autres langues, dont le français. Et certains ont également fini par se révolter, à bon droit.

L’expression États-Uniens, ou Étasuniens ou Étazuniens, est apparue en français en 1955, si l’on se fie au Petit Robert. Contrairement à ce que l’on peut croire, états-unien employé comme gentilé ou comme adjectif n’a rien de saugrenu ou de péjoratif, bien au contraire. On peut le voir régulièrement dans certains médias, dont Le Devoir, dans lequel il remplace avantageusement américain.

Il ne faut donc pas hésiter à l’employer.

International

Êtes-vous international? La question peut sembler saugrenue, mais elle se pose pourtant. Sous l’influence de l’anglais, semble-t-il, le mot international est employé un peu à tort et à travers. Bref, le sens en a été infléchi, du moins par rapport à ce que disent les dictionnaires.

Commençons par quelques expressions correctes : une conférence internationale; une organisation internationale; le droit international; les relations internationales; le développement international. Dans tous ces cas, le mot en question a bien le sens que lui attribuent les dictionnaires. Par exemple le Robert : « Qui a lieu, qui se fait de nation à nation, entre plusieurs nations; qui concerne les rapports des nations entre elles. »

On remarquera que les ministères qui se chargent des relations avec les autres pays s’appellent généralement ministère des Affaires étrangères, et non internationales. Le Québec a pourtant un ministère des Relations internationales, mais cette appellation s’explique par le fait qu’il n’est pas un État souverain. Certes, le Mexique a un secrétariat aux Relations extérieures, mais cet exemple a plutôt valeur d’exception.

Jusqu’ici, tout va bien. Abordons maintenant la question de la politique internationale. Il s’agit des relations politiques entre les divers États de la planète. Pourtant, on ne dit pas que le Canada ou la France a une politique internationale, mais plutôt une politique étrangère. Voilà qui nous amène sur une piste intéressante. Le mot étranger peut donc remplacer international lorsque ce dernier ne convient pas.

Il est indispensable d’avoir un mot de substitution pour international. Bon nombre d’expressions dans lesquelles il est utilisé sont franchement douteuses : Une aérogare distincte est affectée aux vols internationaux. Les arrivées de voyageurs internationaux sont scrutées par les services de sécurité. L’Université McGill accueille de nombreux étudiants internationaux. L’enlèvement international d’enfants. Plus récemment dans La Presse, un fugitif international.

On voit tout de suite l’ombre de l’anglais se profiler derrière ces expressions. International flights, international arrivals, international students, international abductions of children, un fugitif recherché par plusieurs pays. Pourtant, la définition anglaise d’international dans le Canadian Oxford ressemble étrangement à celle du français : « Existing, involving or carried on between two or more nations ». Bien sûr on pourra arguer que la langue de Shakespeare est plus souple que celle de Molière quant à l’adaptation du vocabulaire. Il n’en demeure pas moins que ces expressions, traduites directement en français, sans reformulation, m’apparaissent douteuses.

J’ai eu le grand plaisir d’étudier à l’Université de Bonn. Certains auraient dit que je faisais partie des étudiants internationaux de cette institution. À mon avis c’est absurde. Je n’ai jamais été international de ma vie : j’étais tout simplement un étudiant étranger. À ce que je sache, le fait de détenir un passeport canadien ne me confère aucun statut d’ordre international.

Par contre, il est courant dans les aéroports de parler des vols internationaux à un point tel que nous n’imaginons plus de dire tout simplement les vols vers l’étranger. Et pourtant n’est-ce pas ce dont il s’agit vraiment? Bien sûr, on pourrait dire à la rigueur qu’il s’agit de vols internationaux puisqu’ils se font entre plusieurs nations. Mais est-ce vraiment être puriste que de rechercher une expression plus juste, moins servile?

Le recours au mot international peut aussi être le fruit d’une ellipse. La réaction internationale à une crise n’est au fond rien d’autre que la réaction de la communauté internationale. Certains crieront à l’adjectivite, tandis que d’autres y verront une tournure parfaitement acceptable. C’est un peu la même chose quand on parle de l’opinion internationale.

Il est donc clair qu’un certain laxisme règne. Le sens d’international est étiré dans tous les sens et si certaines expressions peuvent être acceptées au nom de l’économie, il est des cas où le sens même du mot est carrément faussé. Des rectifications s’imposent alors et il ne faut surtout pas hésiter à remettre les pendules (internationales) à l’heure.

 

État et gouvernement

Le mot État s’écrit avec la majuscule initiale lorsqu’il désigne une autorité administrative.

        Il est dans les prérogatives de l’État d’assurer l’ordre public.

      Les États membres de l’Onu disposent d’un siège à l’Assemblée générale.

Le président Mandela a été un grand chef d’État qui favorisait la conciliation.

Les militaires turcs ont tenté un coup d’État pour préserver la laïcité.

Le mot état employé dans un autre sens ne prend pas la majuscule.

Les noms de famille composés constituent un problème d’état civil.

Des états généraux sur le français au Québec s’imposent.

L’état-major s’est réuni de toute urgence.

 

Quant au mot gouvernement, il s’écrit toujours avec la minuscule initiale.

Le gouvernement Trudeau est revenu sur sa promesse de revoir le système électoral.

Les gouvernements démocratiques doivent trouver un équilibre entre la protection de l’État et celle des droits individuels.

La majuscule apparaît dans des textes plus solennels, comme la correspondance diplomatique

Son Excellence le Gouverneur général a l’honneur d’accueillir des dignitaires du Gouvernement de l’Éthiopie à l’occasion d’une fête organisée dans les jardins de la Résidence du chef d’État canadien.

Dans ce genre de texte, on donne généreusement de la majuscule. Pour les textes courants, il vaut mieux écrire gouvernement avec la minuscule.

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Juridiction

Encore un média qui écrit ce matin que le Québec est une juridiction.

Encore cet anglicisme grossier, ce faux ami qui nous envahit sous l’influence de l’anglais.

Or, un État ne peut être une juridiction.

Ce mot relève strictement du domaine judiciaire. Il désigne le domaine de compétence d’un tribunal ou encore un tribunal tout court. Par exemple, La Cour suprême est la plus haute juridiction du pays. La Cour d’appel fédérale a juridiction dans le domaine de l’immigration.

Le mot juridiction devient erroné lorsqu’il est employé pour désigner une autorité administrative, comme un État, un gouvernement. Il s’agit d’un anglicisme.

Sur le plan constitutionnel, les gouvernements ont des compétences, et non des juridictions. Ces compétences leur sont attribuées par la Constitution canadienne. Le terme juridiction ne peut être employé dans ce contexte, car il est lié au domaine judiciaire et les gouvernements ne sont pas des tribunaux.

Voici quelques exemples de phrases erronées :

  • Le Québec et d’autres juridictions s’opposent aux intrusions fédérales dans le domaine de l’éducation.
  • La santé est de juridiction provinciale.

Dans le contexte canadien, juridiction est souvent employé à tort pour désigner les provinces et les territoires. Le mot juridiction n’a pas sa place dans ces cas, parce que provinces et territoires ne sont pas des entités juridiques.

On pourrait dire que la santé relève des provinces, est du ressort des provinces.

Deux conclusions s’imposent : 1) Une juridiction est donc un tribunal, pas un gouvernement. 2) Les États fédératifs, provinces, cantons, Länder allemands n’ont pas de juridictions, mais des pouvoirs, des compétences. Ils ont autorité dans tel domaine, et non pas juridiction.