Monthly Archives: avril 2021

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Tréma

Dans un article paru dans Le Devoir en 2020, le journaliste Jean-François Nadeau décrivait la prolifération du tréma dans les raisons sociales au Québec et à l’étranger. Cette tendance vient, quant à moi, d’un mimétisme maladroit par rapport à certaines langues scandinaves, comme le suédois et le finnois. (Le danois et le norvégien n’utilisent pas le tréma.)

Le suédois et le finnois utilisent régulièrement le tréma pour infléchir la prononciation de certaines voyelles, bien que le finnois ne soit pas une langue germanique comme le suédois.

Toujours est-il que la Scandinavie est associée, à tort ou à raison, à un certain art de vivre, moderne, dépouillé et tout ce que vous voudrez, qui fait tendance, comme on dit. Insuffler un certain exotisme à des noms de marques est irrésistible. Voici quelques exemples que relevait Nadeau :

  • NüBerri
  • Le projet domiciliaire Fridöm
  • Kabïnn
  • Les appartements Blü
  • Förena, une « cité thermale »
  • La crème glacée Häagen-Dazs, un autre de ces faux noms danois, celui-ci patenté de toutes pièces par un Polonais du Bronx, et qui ne veut strictement rien dire, lui non plus, dans aucune langue.
  • Iögo, votre yougourt.
  • Motörhead
  • Humör, votre slip à bas prix bien québécois de la maison Simons.

Le tréma dans les autres langues

Le tréma n’est pas l’apanage des langues scandinaves. On le voit en allemand comme en turc, aussi en hongrois, entre autres. Dans la langue de Goethe, par exemple, placer un tréma sur le o a une incidence : il se prononce eu et non plus o.

Le tréma n’est donc pas un accessoire décoratif sans effet, comme semblent le croire les agents de publicité. D’ailleurs la question de la prononciation se pose dans les marques précitées. Quelqu’un peut m’expliquer comment le tréma dans Häagen-Dazs doit être prononcé? Et le zs final? Doit-on dire Frideum quand on lit Fridöm? Et que peut bien signifier le ï dans Kabïnn? Vacuité? Insignifiance?

Le tréma en français

En français le tréma indique que la voyelle qui précède doit être prononcée séparément. Par exemple ambiguë.

Or l’Académie française a changé son fusil d’épaule et précise que le tréma doit être placé sur la voyelle qui doit être prononcée avec son timbre propre : aigüe, ambigüe, ambigüité, cigüe, exigüe, etc.

En outre, signale Joseph Hanse, « Elle a (…) décidé de mettre un tréma sur u dans certains mots pour lutter contre une prononciation défectueuse: argüer, gageüre, mangeüre, rougeüre, vergeüre. » Fort bien, mais bilinguisme a été laissé de côté. On devrait écrire bilingüisme.

Ai-je besoin de préciser que ces changements, pourtant très logiques, n’ont pas pénétré l’usage?

Qu’on le mette sur une voyelle ou sur une autre, le tréma a son utilité la plupart du temps. Dans certains cas, toutefois, son inutilité est flagrante, comme dans Noël. On pourrait lui emprunter son tréma et le transférer à arguer, que beaucoup d’érudits prononcent (logiquement) ar-gué, et non ar-gu-é. Le saviez-vous?

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André Racicot vient de faire paraître un ouvrage Plaidoyer pour une réforme du français.  Ce livre accessible à tous est la somme de ses réflexions sur l’histoire et l’évolution de la langue française. L’auteur y met en lumière les trop nombreuses complexités inutiles du français, qui gagnerait à se simplifier sans pour autant devenir simplet. Un ouvrage stimulant et instructif qui vous surprendra.

On peut le commander sur le site LesLibraires.ca ou encore aux éditions Crescendo.

Futur

Le futur constitue la temporalité majeure du Pour-Soi, dans la philosophie de Jean-Paul Sartre. Je vous laisse le soin de spéculer sur le sens profond de cette affirmation.

Le mot futur y est employé au sens d’« avenir » et certains condamnent cet usage. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien établi. Le Robert signale que l’utilisation de futur est abusive et influencée par l’anglais, dans une locution comme « Le passé, le présent et le futur. »

Je suis d’accord pour dire que l’influence de l’anglais est ici palpable, si ce n’est que le sens demeure clair et qu’il correspond à la définition que donne le même ouvrage du mot en question :

Partie du temps qui vient après le présent.

Plus jeune, je lisais des livres dans la collection Présence du futur, aux éditions Gallimard. Il s’agissait d’ouvrages de science-fiction, autre anglicisme bien implanté. Il serait possible de parler de romans d’anticipation, mais cette expression n’a pas la cote et pourrait être considérée comme appartenant au passé… Rien à voir avec le futur, bref.

Tout cela pour dire que l’on peut discerner une certaine influence de l’anglais dans l’emploi du mot futur, mais qu’il me parait difficile de le condamner, malgré tout. Quant à cette lorgnette grossissante vers le futur qu’est la science-fiction, il serait bien malaisé de tenter de l’éradiquer, même dans un futur, pardon, un avenir lointain.

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Binge watching

La crise sanitaire engendrée par la covid-19 et tous les (re)confinements qui se sont ensuivis nous ont transformés en reclus involontaires. Cette interminable hibernation a changé nos habitudes, le moins qu’on puisse dire.

Comme bien des gens, j’ai davantage exploré Netflix, cette caverne d’Ali Baba de séries étrangères souvent passionnantes. Comme bien d’autres je me suis attelé aux Peaky Blinders, Enquêtes internes et, plus récemment, Le serpent, des émissions regardées en rafale, c’est-à-dire en quelques soirées seulement, à coups de plusieurs épisodes à la fois.

C’est ce qu’on appelle en anglais le binge watching. Le terme a été repris dans le bulletin français de Netflix, avec en prime le verbe binge watcher. Je vous laisse deviner dans quel pays ce bulletin « français » est rédigé…

Au Canada on a fait l’effort de traduire et les idées ne manquent pas.  Cette façon de regarder la télé s’apparente à un gavage, une boulimie. Il y a quelque chose de compulsif. D’où les expressions de gavage télévisuel, visionnage boulimique, glouton, excessif, compulsif. On voit tout de suite que ces traductions sont quelque peu péjoratives, alors que visionnage en rafale est plus neutre.

En espagnol, on dit « maratón de series ». Ça me plaît… Et il semble que cette formulation est passée en français : se lancer dans un marathon de séries.

Quant à y être, pourquoi pas « se souler d’une série », sur le modèle de binge drinking?

Mais d’autres pistes peuvent être explorées. Si on disait que j’ai dévoré la série Enquêtes internes, une des meilleures jamais produites sur le monde de la police britannique, il me semble que tout le monde comprendrait. Quand on dévore, on mange à toute vitesse.

Dans la même veine : avaler une série, la visionner sans pouvoir s’arrêter, y être accroché, ne pas pouvoir en décrocher. Être accro à une série, ça vous arrive?

Quelles sont vos recommandations? Pour les bonnes séries et la traduction de cette expression.

Merci à certains de mes abonnés (et non followers) dans Twitter pour leurs suggestions.

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Influenceur

On me pardonnera cette chronique quelque peu narcissique.

Aujourd’hui, la notion d’influenceur.

Question existentielle : suis-je un influenceur?

Qu’est-ce qu’un influenceur?

En gros, une personne se servant de son blogue ou d’une plate-forme comme YouTube pour propager ses opinions et influencer un groupe d’individus. Le Larousse précise que cette influence s’étend sur l’opinion publique, voire sur les décideurs.

Évidemment, tout dépend de ce qu’est un groupe d’individus et de sa taille. En outre, il faut aussi – et surtout – considérer le nombre d’abonnés. Quand on regarde l’influence qu’ont certaines personnalités connues, on revient vite sur le plancher des vaches.

Personnellement, je compte 1903 abonnés sur Twitter; Guy A. Lepage en a 455 000, Karine Vanasse, 87 000. J’ai des croûtes à manger…

Ce serait bien prétentieux de dire que moi, je suis un influenceur.

Quand on parle d’influenceurs, il est surtout question de personnalités très connues, dans le monde du journalisme, de la politique et de cette race nouvelle apparue au cours des dernières années : celles qui se font connaitre dans les médias sociaux.

Ce sont par exemple des filles qui analysent des produits de beauté, des cuisiniers qui exercent leur art sur YouTube.

Je n’ai pas la prétention de rejoindre autant de personnes. La question de la langue française n’est pas celle qui excite tellement les foules; la difficulté que j’ai à attirer l’attention des médias sur mon livre en est une preuve brutale (gros soupir).

Sauf que…

Les chiffres parlent

Mon blogue attire l’attention d’un public spécialisé qui n’a rien à voir avec celui des grandes vedettes artistiques et médiatiques (le pouvoir de l’adjectivite!). Il est évidemment oiseux de faire des comparaisons avec ces gens qui défilent régulièrement dans les médias, l’un invitant l’autre à son émission…

Mais, toutes proportions gardées, je pense quand même obtenir un certains succès.

En consultant les statistiques de mon blogue, je me rends compte que mes articles sont beaucoup plus lus que je ne l’imaginais. C’est même assez renversant.

J’ai donc une certaine influence dans un monde relativement restreint.

La publication d’un nouvel article suscite une certaine anxiété… (Voir mon article sur ce mot.) Combien de gens vont le lire? Je vois assez vite si j’ai fait mouche… Si le compteur du blogue affiche quelques dizaines de personnes en moins d’une heure, je sais que de 300 à 400 personnes l’auront lu en fin de journée.

Pour ceux que ça intéresse, le record mondial, absolu et jamais égalé (un nouveau record) pour une journée est mon article sur le français au Québec et en France. Il a eu un grand retentissement (façon de parler). Je m’attendais à des critiques outrées de Québécois susceptibles, convaincus de parler un excellent français… eh bien non! Beaucoup m’ont félicité de mon courage. Des Français y ont réagi avec sympathie; ils ignoraient que le français était si précaire au Canada.

Certains articles suscitent des centaines de clics, mais pas toujours les articles que j’attends. Au cours du dernier trimestre, les textes les plus populaires sont les suivants :

  1. Empowerment.
  2. États-Unis : pluriel ou singulier?
  3. Finnois ou Finlandais?
  4. Des chevals?
  5. Le français au Québec et en France.

Ah, les fameux chevals… Qui aurait pensé? Le billet a été publié en mars 2018. Mais s’il avait paru en 2013, il caracolerait sûrement en tête de peloton.

J’écris mes articles depuis mars 2013. Certains d’entre eux sont dans le paysage depuis un bon bout de temps. Je constate que les billets à saveur géographique retiennent beaucoup l’attention. Voici les articles les plus lus depuis la création du blogue, avec le nombre de clics :

  1. Finnois ou Finlandais?                                   30 031
  2. Écrire et traduire les adresses.                      15 9345
  3. États-Unis : pluriel ou singulier?                   15 237
  4. Iraq ou Irak?                                                  8 193
  5. Sinophones ou magyarophones.                  7 672
  6. Politiciens ou politiques?                                7 221
  7. Empowerement.                                           7 173
  8. Les majuscules : des règles à revoir.             7 066
  9. Viet Nam ou Vietnam?                                  6 562
  10. Seconde ou Deuxième Guerre mondiale?    4 952

Courrier

Tenir un blogue suscite des réactions de toutes sortes. Certaines font chaud au cœur, tandis que d’autres sont vraiment décevantes. Je vous renvoie à un article écrit l’an dernier à ce sujet. Qui écrit à un blogueur/influenceur?

Anxieux

On dit souvent que la dépression est le mal du siècle, mais l’anxiété ne laisse pas sa place, surtout en période de pandémie. L’anxiété, qui vient du latin anxietas, est cette appréhension de l’imminence d’un évènement dangereux. Les personnes éprouvant cette émotion sont anxieuses.

L’anglais anxiety a le même sens que son équivalent français. Son adjectif anxious a aussi le même sens qu’anxieux. On relève toutefois une définition assez surprenante :

Intensely, desirous, eager

Le Collins donne comme exemple : anxious for promotion.

On pourrait penser qu’il s’agit d’un sens spécifique à l’anglais, cette langue ne concordant pas toujours avec le français, comme nous le savons.

Être anxieux de…

Pourtant une petite surprise nous attend au détour. Pas besoin d’éprouver de l’anxiété… pour être anxieux. En effet, l’expression être anxieux s’entend au sens d’être désireux, impatient de faire quelque chose. Le Larousse précise : « attendre quelque chose avec une grande impatience ».

Le calque syntaxique parait évident. Tant le Dictionnaire des anglicismes de Colpron que le Multidictionnaire sanctionnent l’expression, la dénonçant comme un anglicisme.

La cause semble entendue, mais attendons un peu avant de crier au calque!

Ni le Robert ni le Larousse n’indique que cette expression vient de l’anglais, ce qui est déjà suspect. Eh bien le calque n’est pas du tout là où on le croit.

Surprise! Le Trésor de la langue française recense l’expression « être anxieux de »:

Qui éprouve, témoigne de l’anxiété, dont l’extrême tension nerveuse résulte d’une attente vécue dans le plaisir.

Cette tournure m’a toujours parue suspecte et quelque peu absurde. Être anxieux n’est pas un état agréable et attendre avec impatience un évènement heureux ne génère pas d’anxiété au sens classique du terme.

Pas étonnant que bien des langagiers tiquent. Dans son célèbre ouvrage, Meertens suggère « être très désireux, soucieux, avide de… » Une variante : « Souhaiter vivement, tenir beaucoup à… » Il semble donc que c’est finalement l’anglais qui a calqué le français, comme cela s’est produit souvent. Être langagier rend parfois anxieux, n’est-ce pas?