Monthly Archives: février 2020

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Le H problématique

Réformer le français

Sixième article portant sur une réforme modérée de la langue française.

Le français est la seule langue latine à inventer un h initial sans aucune justification. Ainsi, huître qui vient de ostrea, d’où le mot ostréiculture.

Pensons aussi à huile qui vient du latin oleum, d’où le terme oléagineux. Plus logique, l’anglais huile son discours de oil, dont le sens est plus large, puisqu’il englobe aussi bien l’huile pour la cuisine, le massage ou les moteurs que le pétrole tout court.

Le h muet

La question du h inventé est de la petite bière quand on se demande s’il faut prononcer le fameux h en question. Le plus embêtant, c’est que le h initial ne se prononce souvent pas. Par exemple on va à l’hôpital, l’habilité est une belle qualité; l’hydrogène est un gaz alors que l’hormone n’en est pas; l’hippopotame est un animal.

L’Office québécois de la langue française nous offre toute une nomenclature de mots commençant par un h muet :

Heure, habiter, hameçon, humilité, haleine, etc.

Le h aspiré

Mais comment savoir? Car existe aussi le h aspiré. La honte est un sentiment tout comme la hargne; on mange des haricots (sans liaison). Et, comme d’habitude, le français nous réserve de beaux illogismes.

Le héros a rencontré l’héroïne.         

Nouvelle nomenclature de l’Office :

Hall, halo, hamac, hamac, hâter, handicap, harem, hareng, harpe, hisser, hockey, hublot, humble

Que faire?

Les plus impétueux seront tentés de faire le ménage dans ce joyeux fouillis. Tout d’abord en éliminant les « faux h ».

Manger des uitres. Apprécier l’uile d’olive.

Quant à y être, pourquoi ne pas faire la même chose avec les h muets?

All, alo, amac, âter, andicap, arem, areng, arpe, isser, ockey, ublot, umble, etc.

Je l’ai mentionné dans un article précédent, je ne suis pas d’accord l’idée de passer un rouleau compresseur sur l’orthographe du français. Cela ne signifie pas que notre orthographe doit rester immuable, comme bien des gens le souhaitent.

Je vous soumets cette citation de Maurice Grevisse, qu’on ne peut certainement pas qualifier de maoïste de la langue :

Notre orthographe est donc difficile, elle est savante, trop savante. Que ne s’est-elle libérée, comme l’a su faire celle des Italiens, des Espagnols ou des Portugais, de certaines servitudes étymologiques, qui l’empêchent si fâcheusement de se mieux conformer à la prononciation (…). Une réforme progressive et raisonnable se fera peut-être.

Nénufar

Tout le monde écrit nénuphar, pourtant, le croiriez-vous, cette graphie est erronée. Elle résulte d’une faute de transcription inscrite dans le dictionnaire de l’Académie française en 1935 et qui s’est incrustée dans l’usage.

La faute s’est répandue dans tous les dictionnaires, pourtant. Nénuphar est un faux hellénisme : le mot ne vient pas de la langue grecque, mais bien de l’arabe nînufâr

Les rectifications orthographiques de 1990 rétablissaient la graphie originale nénufar qui avait cours avant la bourde de l’Académie. Bien entendu, cette rectification a été conspuée par les partisans de l’écriture traditionnelle, certains faisant valoir que la graphie avec le ph était plus poétique que l’authentique…

Qu’on se le dise, nénuphar avec un ph EST UNE FAUTE. Point à la ligne.

Le pluriel des mots en -al

Réformer le français

Cinquième article d’une série prônant une modernisation de notre langue.

Qui n’a pas hésité? Des cérémonials ou des cérémoniaux? Des examens finals ou des examens finaux?

Pour bien des mots, le pluriel s’impose dans nos têtes bien remplies de règles et d’exceptions :

            Des animaux, arsenaux, chenaux, hôpitaux, journaux, etc.

Bon, c’est clair. Des chevaux, des chacals…

Exact, n’est-ce pas? Oui.

Mais cette confrontation animalière laisse songeur, quand même. De fait, on compte un nombre à peu près égal – j’allais dire égaux – de noms dans les deux camps. Donc, difficile de prétendre qu’il y a une règle et des exceptions. Il n’y a tout simplement pas de règle et nous devons mémoriser une première série de mots dont le pluriel se construit avec –als et une autre série en –aux. En somme, une double liste d’exceptions. Un petit dernier?

            Des combats navals devant les arsenaux.

QUIZ

Mettez les adjectifs suivants au pluriel

  1. Bitonal
  2. Causal
  3. Choral
  4. Final
  5. Idéal
  6. Marial
  7. Pascal

Réponse : pour une fois, tout le monde a gagné! On peut aussi bien écrire des examens finals que des examens finaux. Les autres adjectifs du quiz s’accordent eux aussi de deux façons.

Vous n’aimez pas des liens causaux? Alors dites des liens causals! Ah! Si le français était toujours aussi simple!

En somme, nous avons deux listes qui s’excluent mutuellement – finale en –alsou finale en –aux– et une troisième qui fait exception avec deux formes possibles pour le pluriel. On croirait qu’un troll s’est ingénié à compliquer le français pour en rendre les locuteurs à moitié fous…

En fait, en quoi est-il si important que certains mots finissant en al fassent leur pluriel enaux? Voici une trop longue ribambelle d’exceptions dont on pourrait se dispenser. Je propose donc d’adopter le pluriel en –alspour les mots finissant par –al

Nous aurions donc :

            Des animals, arsenals, chacals, chenals, chevals, festivals, hôpitals, journals, etc.

            Des championnats mondials d’athlétisme. Des maris idéals.

J’en entends certain hennir devant chevals, car oui, on pourrait dire chevals – enfin!Parce que pour l’instant, on ne peut pas…

Mettre fin à des litanies d’exceptions inutiles est une bonne façon de réformer le français.

Prochain article : le H aspiré

Faire du sens

L’expression faire du sens a bonne presse même si certains « puristes », dont je suis, la condamnent. « Puristes » entre guillemets, car il y a anguille sous roche.

Au Canada, il nous apparait évident qu’il s’agit d’un calque de l’anglais to make sense. La cause est donc entendue, d’autant plus que cette erreur est relevée dans des ouvrages correctifs comme le Multidictionnaire de la langue française et Le Colpron des anglicismes.

Faire sens

Ce que l’on entend parfois, cependant, c’est l’expression faire sens. Les « puristes » précités montent immédiatement aux barricades et la condamnent sans appel. Ont-ils raison? Pas certain, comme on dit chez nous.

La Banque de dépannage linguistique vient nous éclairer

Notons que la locution verbale faire sens (sans l’article du), utilisée notamment en philosophie et en littérature, était déjà en usage en moyen français au sens d’« agir sensément ». Elle a acquis au fil du temps de nouvelles significations, dont « avoir un sens, être intelligible » et, plus récemment, « avoir du sens ». La locution faire sens est peu employée au Québec.

D’ailleurs, elle figure dans Le Robert : « Avoir un sens, être intelligible. »

En outre, faire sens employé par divers auteurs français :

L’intonation est quelque chose qui fait sens. – Claude Hagège

Les bruits, les phénomènes les plus grotesques faisaient sens – Émile Olivier

L’apparence des êtres et des choses, seule susceptible de faire sens – Marc Auger

Nous l’avons appelé culturel pour que cela fasse immédiatement sens pour le plus grand nombre – Alain Rey

Puisque rien ne fait sens a priori…  – Pascal Bruckner

À la forme négative, on verra : Ne faire aucun sens ou, pour citer encore une fois le linguiste Claude Hagège : Ne faisait pas grand sens.

Le Figaro

Tous ne l’entendent pas de cette oreille.

La formule « fait problème » et pour cause! Elle est le fruit d’un bricolage hasardeux qui ne trouve aucun fondement dans les dictionnaires. (…) Mais d’où vient alors cette curieuse construction? À l’instar de l’expression « poser question » – décriée par l’Académie française mais acceptée dans les thésaurus – « faire sens » dérive d’une volonté maladroite de résumer une pensée en un minimum de mots.

Le journal admet que des tournures comme faire plaisir ou faire peur ont été admises au dictionnaire, mais condamne néanmoins faire sens.

L’Académie, pour sa part, propose Avoir, prendre du sens.

Anguille sous roche?

Certainement. Un lecteur me signale que l’expression Faire (grand) sens signifiait « Agir raisonnablement » au XIVe siècle. Comme on le sait, l’anglais a été lourdement influencé par le français, jadis. Il m’apparait donc possible, sinon probable, que le make sense anglais dérive de cette ancienne formulation française : faire sens.

Écriture phonétique

Réformer le français

Quatrième article d’une série prônant une modernisation de notre langue.

L’écriture phonétique

Il fut un temps, lointain il faut le dire, où le français était écrit de manière phonétique.Au milieu du XIe siècle, l’orthographe de l’ancien français commence à se fixer. Néanmoins, de nombreuses variations persistent à cause de la transmission orale des connaissances et des textes. Le plus souvent, les manuscrits servent d’aide-mémoire aux conteurs. Ce qui signifie que l’écriture est très souvent phonétique. Par exemple le tandem qui-ki se voyait dans les textes.

Certains auteurs voudraient que l’on revienne à ce qui est à leurs yeux un paradis perdu. Cette solution peut sembler attrayante de prime abord, mais une réflexion plus approfondie nous montre qu’il s’agit en fait d’une fausse bonne idée.

L’étymologie

Le français est une langue à la fois phonétique et étymologique. En effet, bon nombre de mots s’écrivent à peu près comme il se prononcent, l’un des obstacles étant la prolifération des doubles consonnes, dont nous avons parlé dans le premier article de cette série.

Les homophones foisonnent dans notre langue, bien que moins nombreux que dans les langues orientales comme le japonais. Il serait donc bien tentant de tout niveler. Ce serait cependant faire fi de l’étymologie.

Prenons le ch grec qui se retrouve dans un certain nombre de mots. Sommes-nous prêts à voir les graphies suivantes?

Ekimose; arkéologie; manikéen; psykiatre, arkange; kiromanie

Idem pour le ph.

Filosofie, farmacie, fénomène, grafisme, orthografe

Une écriture entièrement phonétique balaierait aussi le th latin.

Téâtre, tèse, termique, ortografe

Certains feront valoir que des langues comme l’espagnol ont justement fait le ménage de ce côté. Toutefois, le français compte tellement de caprices orthographiques nettement plus illogiques, qu’il faut choisir ses combats, comme on dit. Éliminer l’étymologie gréco-latine n’est peut-être pas la meilleure idée.

Homophones les plus courants

a) Le son o

On peut l’écrire de plusieurs manières : o, au, eau, sans compter les lettres muettes en fin de mot qui multiplient singulièrement le nombre des possibilités. Tout ramener à la lettre o donnerait les orthographes suivantes :

Boire de l’o. Aimer l’otone. Un bo vase. Il s’est acheté une nouvelle oto. Il était tout peno devant sa bévue. Il est encore to pour commencer à travailler.

b) an et en

Ceux qui rêvent de révolutionner l’orthographe française ont du pain sur la planche. Qui n’a pas hurlé devant des graphies capricieuses comme intendance? Le son en écrit de deux manières différentes.

Autre cas d’espèce : indépendance. Les anglophones écrivent independence. On serait tenté de faire comme eux.

Pas besoin d’une longue démonstration pour imaginer le nombre considérable de mots qui changeraient subitement d’allure si les graphies étaient harmonisées dans un sens ou dans l’autre. Qu’on en juge.

Anvelope, angager, évidemmant, tandremant.

Comme on le voit, c’est toute l’orthographe des adverbes qui s’en trouverait bouleversée. La question est : sommes-nous prêts à un tel changemant?

Et nous n’avons pas encore parlé de la graphie ean, une graphie accidentelle, il faut le dire.

Le e s’intercale entre le g et le an pour adoucir la consonne.

Engeance, vengeance, engageant, nageant

Pour remédier à ces graphies quelque peu délinquantes, nous devrions adopter le en afin d’éviter le ean.

Engence, vengence, engagent, nagent

c) Le son in

Un autre son qui se décline en plusieurs graphies.

Intendant, pingre, mince

Peintre, teinture, geindre

Hautain, plantain, saint

Comme dans les cas précédents, la normalisation affecterait des milliers de mots. Et les graphies ne manqueraient pas de surprendre…

Le pintre applique sans gindre de la tinture sur les murs, l’air hautin (hôtin?). Il a une patience de sint.

Parlons un peu de saintqui se confond avec sein, ceint. Passer le rouleau compresseur nous donnerait sin ou sint, selon que l’on veuille ou non supprimer les lettres muettes.

Les lettres muettes

Le français compte un nombre considérable de mots se terminant par des lettres muettes. Bien entendu, elles rendent l’orthographe plus compliquée. Mais ces lettres ne sont pas fortuites, bien au contraire.

Par exemple, écrire fran au lieu de franc reviendrait à arracher un bras à ce mot, puisque le féminin est franche et que le substantif est franchise. Les cas semblables sont innombrables.

Conclusion

Les timides rectifications orthographiques de 1990 ont suscité un tollé en France et un peu partout dans la francophonie. Trente ans plus tard, la résistance est encore vive, bien qu’un nombre croissant de francophones s’insurgent contre les absurdités de notre orthographe.

Il est donc utopique d’imaginer que l’on pourra bientôt, sans coup férir, passer un rouleau compresseur sur les graphies du français. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut conserver l’orthographe tel qu’il est actuellement.

Comme le signalait Charles Müller, dans son article « À force de purisme, on nuit à la langue française », paru dans L’Express, le 18 avril 2005.

En simplifiant l’orthographe, on améliorerait l’image du français. Au moins pourrait-on donner un signe de bonne volonté en supprimant les sottises les plus évidentes, comme ce fameux événement qui doit son deuxième accent aigu au fait qu’un imprimeur, en 1736, s’est trouvé à court d’accents graves.

Événement s’écrit maintenant évènement, mais la graphie erronée nénuphar persiste. C’est pourtant une faute de transcription apparue en 1935 et qui continue d’être perpétuée…

Dans les prochains articles, nous verrons que l’on peut simplifier certains éléments inutilement compliqués de l’orthographe du français.

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