Monthly Archives: février 2020

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Autochtones

Les Autochtones s’écrit maintenant avec la majuscule initiale et personne ne la remet en question. Il y a une vingtaine d’années, bien des rédacteurs et traducteurs hésitaient à l’employer – un problème typique du français, toujours avare en majuscules.

Certains privilégiaient l’appellation « peuples autochtones » qui évitait la douloureuse interrogation sur la majuscule. Les temps ont changé, heureusement. Bien entendu, on pouvait faire valoir que les Autochtones étaient en fait constitués de plusieurs peuples, ce qui, pour des esprits plus conservateurs, justifiait la minuscule. Il était facile de répondre à cet argument qui relevait du plus pur sophisme.

Personne ne songerait en effet à écrire les asiatiques, les européens. Voilà deux noms collectifs qui englobent aussi bien les Japonais, les Vietnamiens que les Luxembourgeois ou les Roumains. Pourtant, on écrit bel et bien les Asiatiques, les Européens.

Mais qu’en est-il de l’appellation Autochtones? Elle a supplanté l’impropriété Indiens d’Amérique dont Christophe Colomb est responsable. Ayant oublié son GPS à la maison, il croyait aborder les côtes de l’Inde en débarquant en Amérique. Son erreur a persisté pendant des siècles. Mais il existait un synonyme : les Sauvages.

Il existe pourtant d’autres termes semblables à Autochtones : les indigènes et les aborigènes. C’est d’ailleurs ainsi qu’on appelle les Autochtones d’Australie. Y a-t-il une nuance? Je n’en vois guère. Voyons ce qu’en disent les dictionnaires Robert et Larousse.

Aborigène : Autochtone dont les ancêtres sont considérés comme étant à l’origine du peuplement. Larousse : Qui est originaire du pays où il vit. Se dit en particulier des autochtones de l’Australie.

Autochtones : Qui est issu du sol même où il habite, qui n’est pas venu par immigration ou n’est pas de passage. Larousse : Originaire du pays qu’il habite, dont les ancêtres ont vécu dans ce pays.

Indigène : qui est né dans le pays dont il est question (sens vieilli); qui appartient à un groupe ethnique existant dans un pays avant sa colonisation. Larousse : Originaire du pays où il vit. Qui était implanté dans un pays avant la colonisation.

On voit bien que toutes ces définitions se recoupent, mais l’usage semble imposer des variantes. En Australie, on parle des Aborigènes; au Canada des Autochtones.

Mais les dictionnaires ne disent pas tout. Au sens strict du terme, on pourrait par exemple qualifier les Écossais d’autochtones, car ils sont les fiers représentants des populations celtiques qui peuplaient la Grande-Bretagne d’aujourd’hui. Les Aborigènes d’Australie pourraient aussi bien être appelés Indigènes qu’Autochtones.

Le terme Indigène a des relents de colonialisme évident. Dans notre imagerie d’Occidental, nous voyons des peuples primitifs d’Afrique ou d’Amazonie. Je ne vous conseille pas de qualifier un Écossais ou un Irlandais d’indigène…

Pourtant, la presse anglophone du Canada, très politiquement correcte comme on le sait, parle des Indigenous peoples. Il semble que le cousin anglais d’indigène n’a pas la même connotation négative qu’en français.

La définition que donne le Collins Dictionary ressemble étangement à celle du français : people or things belong to the country in which they are found, rather than coming there or being brought there from another country.

Pour être plus précis…

Le mot Autochtones comprend les Indiens (Premières Nations), les Métis et les Inuits, trois peuples différents. Remerciements à Marc-André Descôteaux pour cette précision.

S’objecter

On avait selon nous des motifs de s’objecter…

L’Ontario continue de s’objecter aux normes américaines laxistes…

Le Dossier santé sera déployé à Montréal, mais les pharmaciens s’objectent…

Le juge Marie-Chantal Doucet s’est référée à la sentence prononcée en Cour supérieure à l’endroit de l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest pour justifier sa décision de s’objecter à la remise en liberté de l’accusé.

Devant l’insistance de Me Nitoslawski, il a fini par perdre patience et, puisqu’il se défend lui-même, a tenté de s’objecter en demandant à la juge « pourquoi on parle de WDNR ? »

Voilà autant de citations puisées dans La Presse, le Soleil, Le Journal de Montréal et Le Devoir qui montrent que l’expression s’objecter à a bonne presse…

L’ennui étant qu’elle est fautive et dériverait de l’anglais to object. Tout d’abord, il faut savoir que le verbe objecter n’a pas de forme pronominale et qu’il commande un complément direct.

Comme le précise la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française, objecter c’est :

 …réfuter une opinion, une affirmation à l’aide d’un argument contraire ou donner pour raison afin de repousser un projet, une demande, prétexter.

Utilisation correcte d’objecter :

Elle objecte le manque de temps pour ne pas préparer sa conférence.

Objecter la fatigue pour ne pas sortir.

S’objecter signifie marquer une opposition, s’opposer à une action, s’inscrire en faux, s’élever contre.

Par exemple, l’opposition à la Chambre des communes peut s’opposer (et non s’objecter) à la création d’un système national de garderies.

Des objections?

Zone de confort

Dans l’expression zone de confort, il y a tout d’abord le mot confort. Celui-ci est un emprunt de l’anglais, datant de 1815. Nul ne songerait à le dénoncer aujourd’hui comme anglicisme; de toute façon, le mot vient de l’ancien français … confort.

Il faut dire que l’expression en l’objet a gagné beaucoup de popularité ces derniers temps, sûrement à cause de l’influence de l’anglais.

Toujours est-il qu’elle est répertoriée dans les deux grands dictionnaires que sont le Larousse et le Robert. Définition du Robert pour zone de confort de quelqu’un :

L’ensemble des situations qui font partie de ses habitudes. Oser sortir de sa zone de confort.

Et le Larousse :

Ensemble des habitudes des croyances intégrées, des savoir-faire maîtrisés qui procurent à quelqu’un un sentiment de sécurité.

Sommes-nous enchainés à cette zone de confort? Pas du tout. Ceux qui souhaitent y échapper n’ont qu’à puiser dans leur imagination.

Imaginons un politicien qui ne veut pas sortir de sa zone de confort. Qu’est-ce que ça signifie? Le plus souvent, il a contourné la question; il a refusé de répondre; il n’a pas voulu se prononcer; il n’a pas voulu s’aventurer plus loin.

Vous êtes sorti de votre zone de confort. Vous avez osé. Vous vous êtes aventuré à faire telle chose. Et pourquoi pas? Vous êtes allé un petit peu plus loin, vous avez pris des risques.

En poussant la réflexion, on peut vouloir sortir de son cocon, de ses rituels, faire les choses autrement, faire preuve d’imagination, etc. Bref, s’avancer.

Dans certains cas, on pourra employer la bonne vieille expression sortir des sentiers battus.

On voit que le contexte nous aide à reformuler. Penser en français aussi.

Vous n’êtes pas dans votre zone de confort. Qu’est-ce que ça signifie en mots simples?

(Temps de réflexion.)

« Je suis mal à l’aise. »

Tout simplement.

Le chat est sorti du sac

Certaines expressions venant de l’anglais sont tellement attrayantes qu’on les adopte d’emblée sans trop réfléchir. Les remplacer est souvent peu commode, car les solutions de remplacement sont tout sauf attrayantes.

On peut penser bien sûr à dévoiler le pot aux roses, vendre la mèche, la vérité est dévoilée, est apparue, mais, honnêtement, ces expressions n’ont pas tout à fait le même punch que l’anglicisme.

En fin de compte, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Une autre expression venant de l’anglais s’est taillé une belle place dans notre langue, et même dans les dictionnaires français : ce n’est pas ma tasse de thé.

Comme quoi, emprunter à l’anglais n’est pas toujours une mauvaise chose, même s’il ne faut pas réveiller le chat qui dort

À bon chat bon rat.

Noms composés

Réformer le français

Cette semaine, le fouillis des noms composés.

Toute simplification du français passe nécessairement par une réforme du mode d’écriture des noms composés. La tâche s’annonce colossale, parce que les noms composés sont un véritable capharnaüm.

J’ai été plus d’une fois surpris par les traquenards et les chausse-trapes, mais jamais plus souvent que par les 36 logiques qui se contredis(ai)ent concernant la formation des mots composés au pluriel[1]

Comme nous, vous en avez sûrement assez de voir procès-verbalcohabiter avec compte rendu. De devoir accepter qu’on écrive portefeuillemais porte-monnaie.

Bienvenue dans le monde chaotique des noms composés – ou devrais-je écrire noms-composés, pour être un tantinet plus logique?

Ce chaos vient du fait que les grammairiens ont persuadé les usagers qu’un nom composé n’était pas un nom composé, mais un tour syntaxique. Avant de savoir comment écrire un nom, il faut reconstituer la périphrase qui lui donné naissance et imaginer la situation dans laquelle cette périphrase serait employée[2].

Les exemples suivants viennent d’un ouvrage méconnu, Libérons l’orthographe ! paru en 2006 sous la plume de Maryz Courberand. Cette rédactrice répertorie les illogismes orthographiques de la langue française et présente un réquisitoire implacable pour la modernisation de l’orthographe de notre langue.

Courberand observe, avec justesse, que les règles du français ne sont pas véritablement des règles, mais des régularités porteuses d’un cortège d’exceptions, le plus souvent illogiques, et que tout francophone est obligé d’apprendre par cœur.

Cette constatation se vérifie pour les noms composés, un champ de mines pour tout rédacteur.

Un raz de marée et un rez-de-chaussée

Qui n’a pas hésité devant le terme petit déjeuner? Faut-il l’écrire avec le trait d’union? Certains le font : petit-déjeuner. Est-ce une faute? En tout cas, c’est dans le Robert.

Idem pour faux ami : j’ai souvent été tenté de l’écrire avec le trait d’union : faux-ami. Bien des lecteurs n’y auraient vu que du feu. Le Robert écrit faux ami.

Il semblerait que le nom composé est soudé quand son sens diffère des mots qui le composent. Ainsi, un portefeuille ne porte pas des feuilles tandis qu’un porte-monnaie porte de la monnaie. Combien d’entre vous connaissaient cette pseudo-règle? Est-elle vraiment appliquée partout? J’en doute.

Et que dire d’un portemine? Ne porte-t-il pas des mines? Alors? Une autre exception à mémoriser?

Certains grammairiens, comme Goose, estiment que les noms composés avec trait d’union acquièrent un sens propre[3]. Une belle-fille n’est pas nécessairement une belle fille.

Entre vous et moi, cela nous fait une belle jambe, car bien des concepts sont exprimés par des mots séparés. Liste non exhaustive : compte rendu, clin d’œil, pomme de terre, clé de voûte, etc.

Devrait-on les écrire avec le trait d’union? D’après Courberand, on mettrait le trait d’union quand il y a métaphore. Par exemple œil-de-bœuf. L’œil ne représente pas un œil, pas plus que le bœuf ne représente un bœuf.

Donc la métaphore amène le trait d’union (ou trait-d’union?); pas de métaphore, pas de trait d’union.

Cette règle serait très connue des correcteurs professionnels, mais pas du public. Est-ce surprenant?

Mais alors, qu’en est-il d’arc-en-ciel? Il s’agit bien d’un arc dans le ciel et non d’une métaphore. On devrait donc écrire arc en ciel comme on écrit pomme de terre.

Mais la question demeure : faudrait-il écrire avec le trait d’union toute expression qui désigne un concept? Si nous répondons oui, nous n’aurons pas assez d’un siècle pour réviser en profondeur la langue française. Des milliers d’expressions liées par un trait d’union jailliraient dans nos écrits. On imagine la foire-d’empoigne entre spécialistes. Pardon, foire d’empoigne.  

  • Souder tous les noms composés?

Si nous retenons l’idée de ne pas ajouter des traits d’union un peu partout, nous pourrions être tenté d’en diminuer le nombre. Tiens, pourquoi ne pas souder tous les noms composés? D’ailleurs, selon les ouvrages, nous allons dans cette direction.

Mais la sortie du tunnel est encore bien loin et il y aurait peut-être lieu de modérer nos ardeurs réformatrices. Un petit aperçu :

arcenciel, oeildeboeuf, bellefille, arrièrepetitenfant, gardebarrière, nouveauné, sansgêne, stationservice, portedocument, avantmidi, essuiemain, gratteciel, avantmidi, chauffeeau…

Voilà qui nous donne une idée des périls qui nous attendent.

Ouf! C’est ce que l’on pourrait appeler le syndrome allemand qui consiste à souder tous les mots d’un concept, d’une expression. Par exemple, limite de vitessese dit Geschwindigkeitsbegrenzung dans la langue de Goethe. Un pensezybien

  • Éliminer complètement le trait d’union?

Cette solution est attrayante, du moins de prime abord. Elle était d’ailleurs proposée dans le rapport Beslais, publié en 1965. Mais, comme nous l’avons vu, les expressions liées peuvent prendre un sens qui leur est propre.

Une belle fille n’est pas nécessairement une belle-fille.

Si l’on fait exception de cas précis, peut-on envisager de faire maison nette et d’éliminer le trait d’union?

Ces quelques exemples montrent que la plupart des noms composés pourraient perdre leur trait d’union sans problème.

Arc en ciel, œil de bœuf, arrière petit enfant, garde barrière, nouveau né, sans gêne, station service, porte document, avant midi, essuie main, gratte ciel, chauffe eau…

L’élimination du trait d’union est un changement tout aussi considérable que de l’ajouter un peu partout… De plus, cette rectification irait à l’encontre de la tendance actuelle de souder les termes qui en comportent un…

Il n’est pas envisageable dans l’immédiat de bannir le trait d’union, ni d’en ajouter à des milliers d’expressions. Cependant, on pourrait le faire disparaitre pour des expressions miroirs dont l’une est sans trait d’union.

  • Des traits d’union dont on pourrait se passer?

Si nous devons abandonner l’idée de faire maison nette, nous pouvons certainement envisager d’éliminer les discordances pour des termes similaires :

Par dessous, en-dessous

Château fort, coffre-fort

L’eau douce, l’eau-forte

État civil, état-major

Libre arbitre, libre penseur, libre-échange

Nouveau marié, nouveau-né

Compte rendu, procès-verbal

Le français compte des centaines de locutions construites avec des mots comme delà, dessous, devant, derrière. Même s’il n’existe pas de règle stricte, la plupart d’entre elles s’écrivent sans trait d’union.

En bas de, à côté de, en deçà, en haut de, hors de, au milieu de, à travers, jusque dans, etc. 

On ne peut pas affirmer que ces expressions sont incompréhensibles ainsi écrites. Malheureusement, d’autres viennent brouiller les cartes :

Par-dehors, par-delà, par-derrière, par-dessous, par-dessus, par-devers; au-delà, au-devant, au-dedans, au-dehors, au-dessous, au-dessus.

Déjà, le Robert propose au-delà et au delà. La question à se poser est la suivante : le trait d’union ajoute-t-il un élément de compréhension indispensable qui justifie son maintien dans une douzaine d’expressions? Poser la question, c’est y répondre.

Ce cas illustre aussi le fait que le français n’est pas qu’un enchevêtrement de règles parfois absurdes constellées d’exceptions inexplicables. Dans bien des cas, il n’y a en fait aucune règle. Mais l’absurdité, elle, est omniprésente.

Quelques illogismes

Les trois exemples suivants montrent à quel point l’adoption d’un trait d’union ou non est finalement très arbitraire.

Il ne faut pas confondre un contresens et un faux sens. Souvent, les traductions faites par des amateurs sont de véritables non-sens.

On aurait tout aussi bien pu écrire :

Il ne faut pas confondre un contre-sens et un faux-sens. Souvent, les traductions faites par des amateurs sont de véritable non-sens

Parions que bien des gens n’y auraient vu que du feu.


[1] Roger Little, commentant les préparatifs aux dictées de Pivot, dans Contre la réforme de l’orthographe, p. 64.

[2] Goose, op. cit., p. 63.

[3] Ibid., p.57.

Partager : mise à jour

1) Sens élargi

Depuis quelques années, le verbe partager a pris un sens nouveau, et tend à s’aligner sur la définition que donne l’anglais à share.

On entend régulièrement des employés qui veulent partager des renseignements avec leurs collègues pendant une réunion. Par la suite, ils partageront un document, des photos. Rendus dans leur bureau, ils partageront un tweet sur tel sujet.

Le mot a pris le sens de diffuser, communiquer, envoyer.

Ce sens élargi a tellement envahi l’espace public qu’il devient pratiquement impossible de revenir en arrière. Il faut dire que les sites Web comme Facebook n’aident pas les francophones à faire la différence lorsqu’ils affichent des boutons Partager.

Le sens nouveau sens apparait maintenant dans les grands dictionnaires. Par exemple, le dictionnaire électronique québécois Usito donne la définition suivante : « Mettre en réseau des ressources matérielles. » Le Robert et le Larousse vont maintenant dans le même sens après avoir ignoré l’usage pendant de longues années.

2) Sens traditionnel

Les dictionnaires sont formels : on partage une chose lorsqu’on la divise en plusieurs parties. Par exemple, on partage une tarte entre cinq invités; chacun en reçoit un morceau. On peut aussi partager un appartement.

Car partager peut aussi avoir le sens d’avoir en commun. Par exemple, on peut partager l’avis de quelqu’un, c’est-à-dire être d’accord avec lui.

On conviendra que ce sens se rapproche quelque peu de l’anglais.

On peut aussi partager des inquiétudes.

3) Le délire

Rien n’est plus dangereux qu’un mot à la mode… parfois, il finit par courir dans tous les sens, tel un chien fou.

C’est un peu ce qui arrive avec partager.

Dans le film De père en flic, l’inénarrable Louis-Josée Houde s’exclame : « Il me le partage! » après que son père lui eut confié un secret. Les scénaristes ont-ils oublié l’existence du verbe dire?« Il me le dit, par-dessus le marché! » Une belle phrase, bien appuyée, avec le bon verbe.

D’ailleurs, l’expression « Je vous partage » se multiplie de plus belle dans l’usage populaire, comme le fait observer une lectrice de ce blogue.

Comme on le voit, partager s’emploie de plus en plus de manière pronominale. On a l’impression qu’il n’y a plus de limite et le verbe en question est devenu la sauce Worcestershire du français moderne : on en met dans tous les plats…

Personnellement, je préfère garder une certaine réserve. Même s’il est tentant de dire qu’on a partagé un tweet dans Twitter ou un statut dans Facebook, je préfère dire que je l’ai diffusé. Il semble que tout le monde comprend quand même. Des documents? Des photos? On peut les montrer, en faire des copies, les envoyer par courriel.

Le H problématique

Réformer le français

Sixième article portant sur une réforme modérée de la langue française.

Le français est la seule langue latine à inventer un h initial sans aucune justification. Ainsi, huître qui vient de ostrea, d’où le mot ostréiculture.

Pensons aussi à huile qui vient du latin oleum, d’où le terme oléagineux. Plus logique, l’anglais huile son discours de oil, dont le sens est plus large, puisqu’il englobe aussi bien l’huile pour la cuisine, le massage ou les moteurs que le pétrole tout court.

Le h muet

La question du h inventé est de la petite bière quand on se demande s’il faut prononcer le fameux h en question. Le plus embêtant, c’est que le h initial ne se prononce souvent pas. Par exemple on va à l’hôpital, l’habilité est une belle qualité; l’hydrogène est un gaz alors que l’hormone n’en est pas; l’hippopotame est un animal.

L’Office québécois de la langue française nous offre toute une nomenclature de mots commençant par un h muet :

Heure, habiter, hameçon, humilité, haleine, etc.

Le h aspiré

Mais comment savoir? Car existe aussi le h aspiré. La honte est un sentiment tout comme la hargne; on mange des haricots (sans liaison). Et, comme d’habitude, le français nous réserve de beaux illogismes.

Le héros a rencontré l’héroïne.         

Nouvelle nomenclature de l’Office :

Hall, halo, hamac, hamac, hâter, handicap, harem, hareng, harpe, hisser, hockey, hublot, humble

Que faire?

Les plus impétueux seront tentés de faire le ménage dans ce joyeux fouillis. Tout d’abord en éliminant les « faux h ».

Manger des uitres. Apprécier l’uile d’olive.

Quant à y être, pourquoi ne pas faire la même chose avec les h muets?

All, alo, amac, âter, andicap, arem, areng, arpe, isser, ockey, ublot, umble, etc.

Je l’ai mentionné dans un article précédent, je ne suis pas d’accord l’idée de passer un rouleau compresseur sur l’orthographe du français. Cela ne signifie pas que notre orthographe doit rester immuable, comme bien des gens le souhaitent.

Je vous soumets cette citation de Maurice Grevisse, qu’on ne peut certainement pas qualifier de maoïste de la langue :

Notre orthographe est donc difficile, elle est savante, trop savante. Que ne s’est-elle libérée, comme l’a su faire celle des Italiens, des Espagnols ou des Portugais, de certaines servitudes étymologiques, qui l’empêchent si fâcheusement de se mieux conformer à la prononciation (…). Une réforme progressive et raisonnable se fera peut-être.

Nénufar

Tout le monde écrit nénuphar, pourtant, le croiriez-vous, cette graphie est erronée. Elle résulte d’une faute de transcription inscrite dans le dictionnaire de l’Académie française en 1935 et qui s’est incrustée dans l’usage.

La faute s’est répandue dans tous les dictionnaires, pourtant. Nénuphar est un faux hellénisme : le mot ne vient pas de la langue grecque, mais bien de l’arabe nînufâr

Les rectifications orthographiques de 1990 rétablissaient la graphie originale nénufar qui avait cours avant la bourde de l’Académie. Bien entendu, cette rectification a été conspuée par les partisans de l’écriture traditionnelle, certains faisant valoir que la graphie avec le ph était plus poétique que l’authentique…

Qu’on se le dise, nénuphar avec un ph EST UNE FAUTE. Point à la ligne.

Le pluriel des mots en -al

Réformer le français

Cinquième article d’une série prônant une modernisation de notre langue.

Qui n’a pas hésité? Des cérémonials ou des cérémoniaux? Des examens finals ou des examens finaux?

Pour bien des mots, le pluriel s’impose dans nos têtes bien remplies de règles et d’exceptions :

            Des animaux, arsenaux, chenaux, hôpitaux, journaux, etc.

Bon, c’est clair. Des chevaux, des chacals…

Exact, n’est-ce pas? Oui.

Mais cette confrontation animalière laisse songeur, quand même. De fait, on compte un nombre à peu près égal – j’allais dire égaux – de noms dans les deux camps. Donc, difficile de prétendre qu’il y a une règle et des exceptions. Il n’y a tout simplement pas de règle et nous devons mémoriser une première série de mots dont le pluriel se construit avec –als et une autre série en –aux. En somme, une double liste d’exceptions. Un petit dernier?

            Des combats navals devant les arsenaux.

QUIZ

Mettez les adjectifs suivants au pluriel

  1. Bitonal
  2. Causal
  3. Choral
  4. Final
  5. Idéal
  6. Marial
  7. Pascal

Réponse : pour une fois, tout le monde a gagné! On peut aussi bien écrire des examens finals que des examens finaux. Les autres adjectifs du quiz s’accordent eux aussi de deux façons.

Vous n’aimez pas des liens causaux? Alors dites des liens causals! Ah! Si le français était toujours aussi simple!

En somme, nous avons deux listes qui s’excluent mutuellement – finale en –alsou finale en –aux– et une troisième qui fait exception avec deux formes possibles pour le pluriel. On croirait qu’un troll s’est ingénié à compliquer le français pour en rendre les locuteurs à moitié fous…

En fait, en quoi est-il si important que certains mots finissant en al fassent leur pluriel enaux? Voici une trop longue ribambelle d’exceptions dont on pourrait se dispenser. Je propose donc d’adopter le pluriel en –alspour les mots finissant par –al

Nous aurions donc :

            Des animals, arsenals, chacals, chenals, chevals, festivals, hôpitals, journals, etc.

            Des championnats mondials d’athlétisme. Des maris idéals.

J’en entends certain hennir devant chevals, car oui, on pourrait dire chevals – enfin!Parce que pour l’instant, on ne peut pas…

Mettre fin à des litanies d’exceptions inutiles est une bonne façon de réformer le français.

Prochain article : le H aspiré

Faire du sens

L’expression faire du sens a bonne presse même si certains « puristes », dont je suis, la condamnent. « Puristes » entre guillemets, car il y a anguille sous roche.

Au Canada, il nous apparait évident qu’il s’agit d’un calque de l’anglais to make sense. La cause est donc entendue, d’autant plus que cette erreur est relevée dans des ouvrages correctifs comme le Multidictionnaire de la langue française et Le Colpron des anglicismes.

Faire sens

Ce que l’on entend parfois, cependant, c’est l’expression faire sens. Les « puristes » précités montent immédiatement aux barricades et la condamnent sans appel. Ont-ils raison? Pas certain, comme on dit chez nous.

La Banque de dépannage linguistique vient nous éclairer

Notons que la locution verbale faire sens (sans l’article du), utilisée notamment en philosophie et en littérature, était déjà en usage en moyen français au sens d’« agir sensément ». Elle a acquis au fil du temps de nouvelles significations, dont « avoir un sens, être intelligible » et, plus récemment, « avoir du sens ». La locution faire sens est peu employée au Québec.

D’ailleurs, elle figure dans Le Robert : « Avoir un sens, être intelligible. »

En outre, faire sens employé par divers auteurs français :

L’intonation est quelque chose qui fait sens. – Claude Hagège

Les bruits, les phénomènes les plus grotesques faisaient sens – Émile Olivier

L’apparence des êtres et des choses, seule susceptible de faire sens – Marc Auger

Nous l’avons appelé culturel pour que cela fasse immédiatement sens pour le plus grand nombre – Alain Rey

Puisque rien ne fait sens a priori…  – Pascal Bruckner

À la forme négative, on verra : Ne faire aucun sens ou, pour citer encore une fois le linguiste Claude Hagège : Ne faisait pas grand sens.

Le Figaro

Tous ne l’entendent pas de cette oreille.

La formule « fait problème » et pour cause! Elle est le fruit d’un bricolage hasardeux qui ne trouve aucun fondement dans les dictionnaires. (…) Mais d’où vient alors cette curieuse construction? À l’instar de l’expression « poser question » – décriée par l’Académie française mais acceptée dans les thésaurus – « faire sens » dérive d’une volonté maladroite de résumer une pensée en un minimum de mots.

Le journal admet que des tournures comme faire plaisir ou faire peur ont été admises au dictionnaire, mais condamne néanmoins faire sens.

L’Académie, pour sa part, propose Avoir, prendre du sens.

Anguille sous roche?

Certainement. Un lecteur me signale que l’expression Faire (grand) sens signifiait « Agir raisonnablement » au XIVe siècle. Comme on le sait, l’anglais a été lourdement influencé par le français, jadis. Il m’apparait donc possible, sinon probable, que le make sense anglais dérive de cette ancienne formulation française : faire sens.