Monthly Archives: septembre 2019

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Chaudière

Il pleuvait à seaux ce matin dans ma région, alors pourquoi ne pas parler de chaudière ?

Les Européens qui débarquent au Québec s’étonneront d’entendre dire que leur voisin a arrosé un début d’incendie dans son garage avec une chaudière pleine d’eau. Car, pour les Européens, une chaudière n’est rien d’autre qu’un appareil de chauffage. Un récipient où l’on transforme de l’eau en vapeur afin de fournir de l’énergie.

Donc rien à voir avec un seau d’eau. Enfin presque. Le sens initial de l’expression, nous apprend Le Robert, est : « Récipient métallique où l’on fait chauffer, bouillir ou cuire. » Évidemment, on ne se sert pas d’un seau pour faire chauffer des aliments, mais peut-être que la notion de récipient est le lien ténu qui unit le seau et l’impropriété canadienne de chaudière.

Dans nos contrées, l’appareil de chauffage en question est appelé fournaise. Il s’agit d’une deuxième impropriété. Le Robert la signale : « Chaudière de chauffage central. »

À l’origine, une fournaise était un grand four où brûlait un feu ardent. Probablement qu’on s’en servait aussi pour chauffer les chaumières, ce qui expliquerait que les Anglais aient adopté le mot furnace, venant du français, pour désigner un appareil de chauffage. Force est de constater que lesdits appareils ont bien évolué depuis lors.

Les Canadiens chauffent donc leur maison avec des fournaises au gaz ou… à l’huile ! Autre énigme pour les Européens. Eux mettent du mazout dans leurs chaudières… Utiliser cette terminologie avec un représentant d’Esso, par exemple, risque de déboucher sur un dialogue ésotérique…

L’huile, parlons-en.

Les Américains utilisent le terme générique oil pour désigner ce que les Britanniques appellent petroleum. Le Britannique qui fait le plein va à une petrol station, tandis que l’Américain ira à une gas station.

La chaudière est pleine, arrêtons cette chronique ébouriffée du lundi matin.  

Le traduit

La chanson thème du Parti libéral du Canada était une véritable insulte à tous les francophones du pays. Ce couac exaspérant est symbolique à plusieurs égards, mais il est surtout révélateur des périls qui attendent toutes les personnes qui cherchent à s’improviser traducteur.

Il faut reconnaître l’ouverture du groupe The Strumbellas qui a cherché à produire une version française de l’hymne trudeauesque. Le groupe a voulu faire de la traduction, probablement en faisant quelques recherches dans Google Traduction. Le résultat est un monstrueux charabia.

Passons sur la désinvolture sidérante des libéraux qui voulaient conserver ce chant du sink. L’absence de sensibilité de cette formation vis-à-vis de notre langue est renversante, quand on pense que c’est le parti de Trudeau père  – j’insiste, Trudeau père – qui a fait adopter la loi sur les langues officielles. Des loustics avancent que c’est Justin lui-même qui a fait la traduction… Ce ne serait pas étonnant, quand on l’écoute parler.

Cet incident met en évidence le statut précaire de la traduction au Canada. Il constitue une démonstration éclatante du danger à s’en remettre à des amateurs qui s’improvisent traducteurs.

Il nous rappelle aussi que des outils de traduction puisés un peu partout peuvent souvent produire une régurgitation putride qu’on pourrait appeler du traduit. Leur faire une confiance aveugle est périlleux. Certains outils donnent de meilleurs résultats que d’autres, certes, mais c’est quand même du traduit. Or, la seule façon de traiter du traduit, c’est de faire appel à des professionnels de la traduction, les seules personnes aptes à décider si ce qui vient de la machine – ou d’amateurs – est acceptable ou pas.

 Souhaitons que la chanson charabiesque des libéraux marque les esprits.

Frivole

La frivolité n’a jamais eu bonne presse. Lorsqu’il est question d’une personne frivole, on peut penser à Don Juan, à certaines vedettes du cinéma qui aiment batifoler ou encore au sinistre moine Raspoutine, dont l’appétit sexuel était paraît-il dévorant.

La frivolité, c’est le fait d’adopter un ton léger, qui manque de sérieux. Une personne frivole manque de constance. Le Larousse nous donne quelques synonymes : superficiel, insignifiant, puéril. Une personne qui a un goût pour les choses vaines et futiles pourrait être qualifiée de volage ou d’inconstante.

Un terme aussi éthéré s’emploie mal lorsqu’il qualifie une poursuite judiciaire dont l’objet n’est pas sérieux ou pire, mal intentionné.

L’expression anglaise frivolous claim est parfois rendue par demande frivole. Cette traduction me paraît douteuse, si l’on se reporte à la définition de frivole en français. Toutefois, cette condamnation mérite d’être nuancée, car le Trésor de la langue française précise : « Qui ne repose sur rien de solide ni de sérieux. », mais pour qualifier une idée, un prétexte, une raison.

Cependant, il convient de se montrer plus prudent lorsque nous entrons dans le domaine juridique. Une frivolous action serait une poursuite intentée sans fondement. Elle est mal fondée. Lorsqu’il y a intention de nuisance, on pourrait la qualifier d’abusive, voire de vexatoire. Mais certains juristes contestent cette traduction, qui, selon eux, ratisse plus large que le sens habituellement attribué au frivolous anglais.

La notion de frivolité est surtout employée dans le domaine de la procédure. Elle figure dans les Règles des Cours fédérales et dans le Code de procédure civile du Québec.

Une demande frivole serait dénuée de bien-fondé. Quant à futile, il serait mieux employé s’il s’agit d’un argument, par exemple s’il n’a pas d’importance par rapport au sujet.

À noter que le Centre de traduction et de terminologie juridique de Moncton atteste l’emploi de frivole dans son dictionnaire Juriterm. Comme le signale Geneviève Chênevert, jurilinguiste à la Chambre des communes du Parlement du Canada :

Ainsi, la notion de « frivolous » renvoie à quelque chose qui manque de fondement, mais aussi de sérieux. Il s’agit en quelque sorte d’un mélange de mauvaise foi et d’absence de fondement.

Dans le Dictionnaire de droit canadien, on donne la même définition pour frivole et futile. Voici comment l’ouvrage définit frivole :

Se dit d’une action ou d’une procédure qui n’est pas sérieuse, qui ne repose sur aucun fondement juridique. »

Tout cela pour dire que frivole s’est immiscé un peu partout dans le vocabulaire juridique, et ce même à la Cour suprême.

L’expression semble donc incrustée dans l’usage. Toutefois, une citation du Parlement du Canada indique que l’on peut traduire autrement :

Le tribunal, qui a été créé pour examiner ces questions, peut refuser d’étudier toute demande qu’il estime futile ou vexatoire (frivolous or vexatious).

Voyons voir comment le Dictionnaire de droit québécois et canadien d’Hubert Reid définit le terme en l’objet : « Se dit d’une action ou d’une procédure qui n’est pas sérieuse, qui ne repose sur aucun fondement juridique ».

Au fond, ne serait-il pas plus simple de dire qu’une demande manque de sérieux quand elle est manifestement non fondée ? L’emploi de frivole semble relever davantage d’un asservissement à l’anglais que de l’utilisation d’un terme pertinent.

L’auteur tient à remercier Geneviève Chênevert ainsi que Sara Tasset pour leur apport précieux à la rédaction de cet article.

Agressif

Lorsque vous achetez une nouvelle voiture, rien de plus agaçant que d’avoir affaire à un vendeur agressif. Non, le vendeur n’est pas en train de vous enguirlander, ni de vous insulter. Il se fait tout simplement insistant en essayant de vous manipuler par divers moyens : votre bolide coûtera plus cher l’an prochain ; il vous va comme un gant ; il va durer longtemps ; c’est le meilleur en ville, etc.

Bien sûr, ce genre d’attitude n’est pas de l’agressivité à proprement parler. Mais c’est souvent le client qui le devient à force de subir les pressions d’un représentant qui a des objectifs mensuels de vente à atteindre.

On a tout de suite compris que le terme agressif vient de l’anglais. Dans notre langue, on dira persuasif, dynamique, énergique, convaincu, etc.

Il y a longtemps, l’un des représentants de cette espèce m’a dit, après la négociation, qu’il allait en référer à son directeur (il ne s’est pas exprimé de cette manière…) pour voir s’il allait être agressif. Dans ce cas, il fallait comprendre compétitif. Bref allait-il m’offrir le prix que j’avais négocié ? Donc, serait-il audacieux, ouvert à une entente ?

En français, est agressive une personne qui se veut menaçante, une personne qui fait peur. En aucun cas n’est-il possible d’atténuer le sens de ce mot, comme on le fait en anglais, pour en faire une qualité.

L’achat de ma dernière voiture m’a permis de constater que l’approche d’une jeune vendeuse était bien plus agréable. Elle était dynamique et persuasive à sa façon. « Ce n’est pas à moi de vous dire d’acheter la voiture. Vous êtes assez grand pour savoir si elle vous convient ou non. Moi j’essaie de vous montrer toutes les qualités de l’auto. »

Le but demeure de vendre la voiture, mais on peut être convaincant sans être insistant. Souhaitons que cette jeune dame soit contagieuse.